VII. — l’oCOCOLIN ou perdrix de montagne du MEXIQUE
Celte espèce, que M. Seba a prise pour le rollier huppé du Mexique s’éloigne encore plus de la caille, et même de la perdrix, que le précédent : elle est beaucoup plus grosse, et sa chair n’est pas moins bonne que celle de la caille, quoique fort au-dessous de celle de la perdrix. L’ococolin se rapproche un peu de la perdrix rouge, par la couleur de son plumage, de son bec et de ses pieds : celle du corps est un mélange de brun, de gris clair el de fauve; celle de la partie inférieure des ailes est cendrée; leur partie supérieure est semée de taches obscures, blanches et fauves, de même que la tête et le cou. Il se plaît dans les climats tempérés et même un peu froids, et ne saurait vivre ni se perpétuer dans les climats bridants. Fernandez parle encore d’un autre ococolin, mais qui est un oiseau tout différent®.
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Il était aisé de rendre domestiques des oiseaux pesants, tels que les coqs, les dindons et les paons; mais ceux qui sont légers et dont le vol est rapide demandaient plus d’art pour être subjugués. Une chaumière basse dans un terrain clos suffit pour contenir, élever et faire multiplier nos volailles ; il faut des tours, des bâtiments élevés, faits exprès, bien enduits en dehors et garnis en dedans de nombreuses cellules, pour attirer, retenir et loger les pigeons : ils ne sont réellement ni domestiques comme les chiens et les chevaux, ni prisonniers comme les poules; ce sont plutôt des captifs volontaires, des hôtes fugitifs, qui ne se tiennent dans le logement qu’on leur offre qu’autant qu’ils s’y plaisent, autant qu’ils y trouvent la nourriture abondante, le gîte agréable et toutes les commodités, toutes les aisances nécessaires à la vie. Pour peu que quelque chose leur manque ou leur
a. Voyez Fernandez, chap. lïxxv. Brisson,t. l,p. 226.
b. Voyez YOrnithologîe de Brisson , t. II , p. 84. En général les rolliers ont le bec plus droit et la queue plus longue que les perdrix.
c. « Ococolin genus pici, rostro longo et acuto... vivit in Telzcocanarum sylvarum arboribus, « ubi sobolem educat : non cantillat. » Fernandez , cap. ccxi.
* Tetrao nævius (Gmel ). — Espèce mal déterminée.
Ordre id., genre pigeons (Cuv. ).
1. L’Histoire du pigeon est de Buffon. (Voyez la note 2 de la p. 229. )
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déplaise, ils quittent et se dispersent pour aller ailleurs : il y en a même qui préfèrent constamment les trous poudreux des vieilles murailles aux boulins les plus propres de nos colombiers; d’autres qui se gîtent dans des fentes et des creux d’arbres; d’autres qui semblent fuir nos habitations et que rien ne peut y attirer, tandis qu’on en voit, au contraire, qui n’osent les quitter et qu’il faut nourrir autour de leur volière qu’ils n’abandonnent jamais. Ces habitudes opposées, ces différences de mœurs sembleraient indiquer qu’on comprend sous le nom Aq pigeons un grand nombre d’espèces diverses dont chacune aurait son naturel propre et différent de celui des autres; et ce qui semblerait confirmer cette idée, c’est l’opinion de nos nomenclateurs modernes, qui comptent, indépendamment d’un grand nombre de variétés, cinq espèces de pigeons, sans y comprendre ni les ramiers, ni les tourterelles. Nous séparerons d’abord ces deux dernières espèces de celles des pigeons ; et comme ce sont, en effet, des oiseaux qui diffèrent spécifiquement les uns des autres, nous traiterons de chacun dans un article séparé.
Les cinq espèces de pigeons indiquées par nos nomenclateurs sont : 1° le pigeon domestique; 2° le pigeon romain, sous l’espèce duquel ils comprennent seize variétés; 3” le pigeon biset; 4" le pigeon de roche avec une variété; 5" le pigeon sauvage®. Or, ces cinq espèces, à mon avis, n’en font qu’une, et voici la preuve : le pigeon domestique et le pigeon romain avec toutes ses variétés, quoique différents par la grandeur et par les couleurs, sont certainement de la même espèce, puisqu’ils produisent ensemble des individus féconds et qui se reproduisent. On ne doit donc pas regarder les pigeons de volière et les pigeons de colombier, c’est-à-dire les grands et les petits pigeons domestiques, comme deux espèces différentes, et il faut se borner à dire que ce sont deux races dans une seule espèce, dont l’une est plus domestique et plus perfectionnée que l’autre; de même, le pigeon biset, le pigeon de roche et le pigeon sauvage sont trois espèces nominales qu’on doit réduire à une seule, qui est celle du biset, dans laquelle le pigeon de roche et le pigeon sauvage ne sont que des variétés très-légères, puisque, de l’aveu même de nos nomenclateurs, ces trois oiseaux sont à peu près de la même grandeur, que tous trois sont de passage, se perchent, ont en tout les mêmes habitudes naturelles et ne diffèrent entre eux que par quelques teintes de couleurs.
Voilà donc nos cinq espèces nominales déjà réduites à deux, savoir, le biset et le pigeon, entre lesquelles deux il n’y a de différence réelle, sinon que le premier est sauvage et le second est domestique : je regarde le biset comme la souche première, de laquelle tous les autres pigeons tirent leur origine, et duquel ils diffèrent plus ou moins, selon qu’ils ont été plus ou
a. Brisson, Ornithologie , 1. 1, page C8 jusqu’à 89.
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moins maniés par les hommes *. Quoique je n’aie pas été à portée d’en faire l’épreuve, je suis persuadé que le biset et le pigeon de nos colombiers produiraient ensemble s’ils étaient unis; car il y a moins loin de notre petit pigeon domestique au biset qu’aux gros pigeons pattus ou romains, avec lesquels néanmoins il s’unit et produit; d’ailleurs nous voyons dans cette espèce toutes les nuances du sauvage au domestique se présenter successivement et comme par ordre de généalogie, ou plutôt de dégénération. Le biset nous est représenté d’une manière à ne pouvoir s’y méprendre par ceux de nos pigeons fuyards qui désertent nos colombiers et prennent l’habitude de se percher sur les arbres : c’est la première et la plus forte nuance de leur retour à l’état de nature ; ces pigeons, quoique élevés dans l’état de domesticité, quoique en apparence accoutumés comme les autres à un domicile fixe, à des habitudes communes, quittent ce domicile, rompent toute société, et vont s’établir dans les bois; ils retournent donc à leur état de nature poussés par leur seul instinct. D’autres, apparemment moins courageux, moins hardis, quoique également amoureux de leur liberté, fuient de nos colombiers pour aller habiter solitairement quelques trous de muraille, ou bien en petit nombre se réfugient dans une tour peu fréquentée; et malgré les dangers, la disette et la solitude de ces lieux où ils manquent de tout, où ils sont exposés à la belette, aux rats, à la fouine, à la chouette, et où ils sont forcés de subvenir en tout temps à leurs besoins par leur seule industrie, ils restent néanmoins constamment dans ces habitations incommodes et les préfèrent pour toujours à leur premier domicile, où cependant ils sont nés, où ils ont été élevés, où tous les exemples de la société auraient dû les retenir : voilà la seconde nuance. Ces pigeons de murailles ne retournent pas en entier à l’état de nature, ils ne se perchent pas comme les premiers, et sont néanmoins beaucoup plus près de l’état libre que de la condition domestique. La troisième nuance est celle de nos pigeons de colombier, dont tout le monde connaît les mœurs, et qui, lorsque leur demeure convient, ne l’abandonnent pas ou ne la quittent que pour en prendre une qui convient encore mieux, et ils n’en sortent que pour aller s’égayer ou se pourvoir dans les champs voisins. Or, comme c’est parmi ces pigeons mêmes que se trouvent les fuyards et les déserteurs dont nous venons de parler, cela prouve que tous n’ont pas encore perdu leur instinct d’origine et que l’habitude de la libre domesticité dans laquelle ils vivent n’a pas entièrement effacé les traits de leur première nature, à laquelle ils pourraient encore remonter. Mais il n’en est pas de même de la quatrième et dernière nuance dans l’ordre de dégénération ; ce sont les gros et les petits pigeons de volière dont les races, les variétés, les mélanges sont presque
1. « De cette espèce (le bisel ou pigeon de roche) viennent nos pigeons de colombier, et, à ce a qu’ii paraît , la plus grande partie de nos innombrables races domestiques , dans la produc- (f tion desquelles le mélange de quelques espèces voisines pourrait aussi avoir influé. » (Cuvier, )
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innumérables, parce que depuis un temps immémorial ils sont absolument domestiques; et l’homme, en perfectionnant les formes extérieures, a en même temps altéré leurs qualités intérieures et détruit jusqu’au germe du sentiment de la liberté. Ces oiseaux, la plupart plus grands, plus beaux que les pigeons communs, ont encore l’avantage pour nous d’être plus féconds, plus gras, de meilleur goût, et c’est par toutes ces raisons qu’on les a soignés de plus près et qu’on a cherché à les multiplier malgré toutes les peines qu’il faut se donner pour leur éducation et pour le succès de leur nombreux produit et de leur pleine fécondité. Dans ceux-ci, aucun ne remonte à l’état de nature, aucun même ne s’élève à celui de liberté : ils ne quittent jamais les alentours de leur volière; il faut les y nourrir en tout temps; la faim la plus pressante ne les détermine pas à aller chercher ailleurs; ils se laissent mourir d’inanition plutôt que de quêter leur subsistance, accoutumés à la recevoir de la main de l’homme ou à la trouver toute préparée toujours dans le même lieu; ils ne savent vivre que pour manger, et n’ont aucunes des ressources, aucuns des petits talents que le besoin inspire à tous les animaux. On peut donc regarder cette dernière classe dans l’ordre des pigeons comme absolument domestique, captive sans retour, entièrement dépendante de l’homme; et comme il a créé tout ce qui dépend de lui, on ne peut douter qu’il ne soit l’auteur de toutes ces races esclaves, d’autant plus perfectionnées pour nous qu’elles sont plus dégénérées, plus viciées pour la nature.
Supposant une fois nos colombiers établis et peuplés; ce qui était le premier point et le plus diflicile fà remplir pour obtenir quelque empire sur une espèce aussi fugitive, aussi volage, on se sera bientôt aperçu que, dans le grand nombre de jeunes pigeons que ces établissements nous produisent à chaque saison, il s’en trouve quelques-uns qui varient pour la grandeur, la forme et les couleurs. On aura donc choisi les plus gros, les plus singuliers, les plus beaux; on les aura séparés de la troupe commune pour les élever à part avec des soins plus assidus et dans une captivité plus étroite; les descendants de ces esclaves choisis auront encore présenté de nouvelles variétés, qu’on aura distinguées, séparées des autres, unissant constamment et mettant ensemble ceux qui ont paru les plus beaux ou les plus utiles. Le produit en grand nombre est la première source des variétés dans les espèces ; mais le maintien de ces variétés et même leur multiplication dépend de la main de l’homme; il faut recueillir de celle de la nature les individus qui se ressemblent le plus, les séparer des autres, les unir ensemble, prendre les mêmes soins pour les variétés qui se trouvent dans les nombreux produits de leurs descendants, et par ces attentions suivies on peut, avec le temps, créer à nos yeux, c’est-à-dire amener à la lumière une infinité d’êtres nouveaux que la nature seule n’aurait jamais produits : les semences de toute matière vivante lui appartiennent, elle en compose
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lous les germes des êtres organisés ; mais la combinaison, la succession, l'assortiment, la réunion ou la séparation de chacun de ces êtres dépendent souvent de la volonté de l’homme : dès lors il est le maître de forcer la nature par ses combinaisons et de la fixer par son industrie ; de deux individus singuliers qu’elle aura produits comme par hasard, il en fera une race constante et perpétuelle, et de laquelle il tirera plusieurs autres races qui, sans ses soins, n’auraient jamais vu le jour
Si quelqu’un voulait donc faire l’histoire complète et la description détaillée des pigeons de volière, ce serait moins l’histoire de la nature que celle de l’art de l’homme ; et c’est par cette raison que nous croyons devoir nous borner ici à une simple énumération, qui contiendra l’exposition des principales variétés de cette espèce, dont le type est moins fixe et la forme plus variable que dans aucun autre animal.
Le biset ou pigeon sauvage, est la tige primitive de tous les autres pigeons : communément il est de la même grandeur et de la même forme, mais d’une couleur plus bise que le pigeon domestique, et c’est de cette couleur que lui vient son nom; cependant il varie quelquefois pour les couleurs et la grosseur, car le pigeon dont Frisch a donné la figure sous le nom de columba agrestis‘^, n’est qu’un biset blanc à tête et queue rousses, et celui que le même auteur a donné sous la dénomination de vinago, sive columba montana^, n’est encore qu’un biset noir-bleu; c’est le même qu’Albin a décrit sous le nom de pigeon ramier % qui ne lui convient pas; et le même encore dont Belon parle sous le nom de pigeon fuyard, qui lui convient mieux car on peut présumer que l’origine de cette variété dans les bisets vient de ces pigeons dont j’ai parlé, qui fuient et désertent nos colombiers pour se rendre sauvages, d’autant que ces bisets noirs-bleus nichent non-seulement dans les arbres creux, mais aussi dans les trous des bâtiments ruinés et les rochers qui sont dans les forêts, ce qui leur a fait donner par quelques naturalistes le nom Aq pigeons de roche ou roeheraies; et comme ils aiment aussi les terres élevées et les montagnes, d’autres les ont appelés pigeons de montagne. Nous remarquerons même que les anciens ne connaissaient que cette espèce de pigeon sauvage, qu’ils appelaient otvàç ou vinago, et qu’ils ne font nulle mention de notre biset, qui néanmoins est le seul pigeon vraiment sauvage et qui n’a pas passé par l’état de domesticité, Un fait qui vient à l’appui de mon opinion sur ce point, c’est que dans tous les pays où il y a des pigeons domestiques on trouve aussi des
a. Frisch, planche cxuii , avec une bonne figure coloriée.
h. Friscb, planche cxxxix, avec une bonne figure coloriée.
c. Albin, t. II , p. 31 , avec une figure , planche xlvi.
d. Belon, Hist. nat. des oiseaux, p. 312.