Voyez la note 1 de la page 280 du Ille volume
LE RAMIER
tourterelle; la quatrième, qui fait la première des intermédiaires, est Voems, qui, étant un peu plus grand que le biset, doit être regardé comme une variété dont l’origine peut se rapporter aux pigeons fuyards ou déserteurs de nos colombiers; enfin, la cinquième est le phaps, qui est un ramier plus petit que le phassa, et qu’on a par cette raison appelé palumbus minor, mais qui ne nous paraît faire qu’une variété dans l’espèce du ramier; car on a observé que, suivant les climats, les ramiers sont plus ou moins grands : ainsi toutes les espèces nominales anciennes et modernes se réduisent toujours à trois, c’est-à-dire à celles du biset, du ramier et de la tourterelle, qui peut-être ont contribué toutes trois à la variété presque infinie qui se trouve dans nos pigeons domestiques.
Les ramiers arrivent dans nos provinces au printemps, un peu plus tôt que les bisets, et partent en automne un peu plus tard ; c’est au mois d’août qu’on trouve en France les ramereaux en plus grande quantité, et il paraît qu’ils viennent d’une seconde ponte qui se fait sur la fin de l’été; car la première ponte, qui se fait de très-bonne heure au printemps, est souvent détruite, parce que le nid, n’étant pas encore couvert par les feuilles, est trop exposé. Il reste des ramiers pendant l’hiver dans la plupart de nos provinces; ils perchent comme les bisets, mais ils n’établissent pas, comme eux, leurs nids dans des trous d’arbres : ils les placent à leur sommet et les construisent assez légèrement avec des bûchettes; ce nid est plat et assez large pour recevoir le mâle et la femelle. Je suis assuré qu’elle pond de très-bonne heure au printemps deux et souvent trois œufs; car on m’a apporté plusieurs nids où il y avait deux et quelquefois trois ramereaux “ déjà forts au commencement d’avril. Quelques gens ont prétendu que, dans notre climat, ils ne produisent qu’une fois l’année, à moins qu’on ne prenne leurs petits ou leurs œufs, ce qui, comme l’on sait, force tous les oiseaux à une seconde ponte. Cependant Frisch assure qu’ils couvent deux fois par an**, ce qui nous paraît très-vrai : comme il y a constance et fidélité dans l’union du mâle et de la femelle, cela suppose que le sentiment d’amour et le
a. M. Salerne dit que « les poulailliers d’Orléans achettent en Berri et en Sologne, dans la « saison des nids, une quantité considérable de tourtereaux qu’Us soufflent eux-mêmes avec la « bouche , les engraissent de millet en moins de quinze Jours pour les porter ensuite à Paris ; « qu’ils engraissent de même les ramereaux ; qu’ils y portent aussi des pigeons bisets et d’autres « pigeons qu’ils appellent des postes ; que ces derniers sont, selon eux, des pigeons de colom- « hier devenus fuyards ou vagabonds, qui nichent tantôt dans un endroit et tantôt dans un « autre, dans les églises, dans des tours, dans des murailles de vieux châteaux ou dans des « rochers. » Ornithol., p. 162. — Ce fait prouve que les ramiers, ainsi que tous les pigeons et tourterelles , peuvent être élevés comme les autres oiseaux domestiques , et que par conséquent ils peuvent avoir donné naissance aux plus belles variétés et aux plus grandes races de nos pigeons de volière. M. Leroy, lieutenant des chasses et inspecteur du parc de Versailles, m’a aussi assm'é que les ramereaux pris au nid s’apprivoisent et s’engraissent très-bien, et que même de vieux ramiers pris au filet s’accoutument aisément à vivre dans des volières , où l’on peut , en les soufflant , leur faire prendre graisse en fort peu de temps.
h. Voyez Frisch, à l’article du Ringel-taube , planche cxxxvni.
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soin des petits dure toute l’année; or, la femelle pond quatorze jours après les approches du mâle “ ; elle ne couve que pendant quatorze autres Jours, et il ne faut qu’autant de temps pour que les petits puissent voler et se pourvoir d’eux-mêmes; ainsi il y a toute apparence qu’ils produisent plutôt deux fois qu’une par an : la première, comme Je l’ai dit, au commencement du printemps, et la seconde au solstice d’été, comme l’ont remarqué les anciens. Il est très-certain que cela est ainsi dans tous les climats chauds et tempérés, et très-probable qu’il en est à peu près de même dans les pays froids. Ils ont un roucoulement plus fort que celui des pigeons, mais qui ne se fait entendre que dans la saison des amours et dans les Jours sereins; car, dès qu’il pleut, ces oiseaux se taisent, et on ne les entend que trèsrarement en hiver ; ils se nourrissent de fruits sauvages, de glands, de faînes, de fraises, dont ils sont très-avides, et aussi de fèves et de grains de toute espèce; ils font un grand dégât dans les blés lorsqu’ils sont versés, et quand ces aliments leur manquent, ils mangent de l’herbe; ils boivent à la manière des pigeons, c’est-à-dire de suite et sans relever la tête qu’après avoir avalé toute l’eau dont ils ont besoin. Comme leur chair, et surtout celle des Jeunes, est excellente à manger, on recherche soigneusement leurs nids, et on en détruit ainsi une grande quantité : cette dévastation. Jointe au petit produit, qui n’est que de deux ou trois œufs à chaque ponte, fait que l’espèce n’est nombreuse nulle part; on en prend, à la vérité, beaucoup avec des filets dans les lieux de leur passage, surtout dans nos provinces voisines des Pyrénées ; mais ce n’est que dans une saison et pendant peu de Jours.
11 paraît que, quoique le ramier préfère les climats chauds et tempérés il habite quelquefois dans les pays septentrionaux, puisque M. Linnæus le met dans la liste des oiseaux qui se trouvent en Suède®; et il paraît aussi qu’ils ont passé d’un continent à l’autre'*, car il nous est arrivé des pro-
a. Aristote, Hist. animal., lib. vi, cap. iv.
b. Les rochers des deux lies de la Magdeleine servent de retraite à un nombre infini de pigeons ramiers naturels au pays, et qui ne diffèrent de ceux d’Europe, qu’en ce qu'ils sont d’une délicatesse et d’un goût plus exquis. Voyage au Sénégal , par M. Adanson , p. 165.
c. Linn., Faun. Suec., n® 175.
d. A la Guadeloupe, les graines de bois d’Inde qui étaient mûres avaient attiré une infinité de ramiers ; car ces oiseaux aiment passionnément ces graines ; ils s’en engraissent à merveille, et leur chair en contracte une odeur de gérofle et de muscade tout à fait agréable... Quand ces Oiseaux sont gras, ils sont extrêmement paresseux... plusieurs coups de fusil ne les obligent point de s’envoler; ils se contentent de sauter d’uue branche à l’autre en criant et regardant tomber leurs compagnons. Nouveau voyage aux lies de l'Amérique , t. V, p. 486. — A la baie de Tous-les-Saints il y a de deux sortes de pigeons ramiers : les uns de la grosseur de nos pigeons ramiers { d’Europe ) sont d’un gris obscur, les autres plus petits sont d’un gris clair ; les uns et les autres sont un très-bon manger, et il y en a de si grandes troupes depuis 1e mois de mai jusqu’en septembre, qu’un seul homme en peut tuer neuf ou dix douzaines dans une matinée , lorsque le ciel est couvert de brouillards et qu’ils viennent manger les baies qui croissent dans les forêts. Voyage de Dampier, t. IV, p. 66.
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vinces méridionales de l’Amérique, ainsi que des contrées les plus chaudes de notre continent, plusieurs oiseaux qu’on doit regarder comme des variétés ou des espèces très-voisines de celle du ramier, et dont nous allons faire mention dans l’article suivant.
OISEAUX ÉTRANGERS
ï . — Le pigeon ramier des Moluques ' , indiqué sous ce nom par M. Brisson% et que nous avons fait représenter ^ avec une noix muscade dans le bec parce qu’il se nourrit de ce fruit. Quelque éloigné que soit le climat des Moluques de celui de l’Europe, cet oiseau ressemble si fort à notre ramier par la grandeur et la figure, que nous ne pouvons le regarder que comme une variété produite par l’influence du climat.
Il en est de même de l’oiseau ^ indiqué et décrit par M. Edwards^ et qu’il dit se trouver dans les provinces méridionales de la Guinée : comme il est à demi pattu et à peu près de la grandeur du ramier d’Europe, nous le rapporterons à cette espèce comme simple variété, quoiqu’il en diffère par les couleurs, étant marqué de taches triangulaires sur les ailes, et qu’il ait tout le dessous du corps gris, les yeux entourés d’une peau rouge et nue, l’iris d’un beau jaune, le bec noirâtre ; mais toutes ces différences de couleur dans le plumage, le bec et les yeux, peuvent être regardées comme des variétés produites par le climat.
Une troisième variété du ramier qui se trouve dans l’autre continent, c’est le pigeon à queue annelée de la Jamaïque^, indiqué par Hans Sloanec et Browne, qui, étant de la grandeur à peu près du ramier d’Europe, peut y être rapporté plutôt qu’à aucune autre espèce : il est remarquable par la bande noire qui traverse sa queue bleue, par l’iris des yeux, qui est d’un rouge plus vif que celui de Tœil du ramier, et par deux tubercules qu’il a près de la base du bec.
a. Ornithol, t. I, p. 148, avec tme figure, planche xiii, fig. 2.
b. The triangular spotted pigeon. Hist. of Birds, pl. lxxv.
c. « Columba caudà torqnatâ , seu fasciâ fuscâ notata. » Sloane , Jamaic., p. 302. — K Columba major, nigro cærulescens , caudà fasciatâ. » Browne, p. 468.