‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 5)Chapitre 200 sur 240 · LE FREUX OU LA FRAYONNE · texte numérisé non relu

LE FREUX OU LA FRAYONNE

Le freux est d’une grosseur moyenne entre le corbeau et la corbine, et il a la' voix plus grave que les autres corneilles ; son caractère le plus frappant et le plus distinctif c’est une peau nue, blanche, farineuse et quelquefois galeuse qui environne la base de son bec, à la place des plumes noires et dirigées en avant, qui dans les autres espèces de corneilles s’étendent jusque sur l’ouverture des narines ; il a aussi le bec moins gros, moins fort et comme râpé. Ces disparités, si superficielles en apparence, en supposent de plus réelles et de plus considérables.

Le freux n’a le bec ainsi râpé, et sa base dégarnie de plumes, que parce que, vivant principalement de grains, de petites racines et de vers, il a coutume d’enfoncer son bec fort avant dans la terre pour chercher la nourriture qui lui convient f, ce qui ne peut manquer à la longue de rendre le bec raboteux et de détruire les germes des plumes de sa base, lesquelles sont exposées à un frottement continuel?; cependant il ne faut pas croire que cette peau soit absolument nue ; on y aperçoit souvent de petites plumes

a. Voyage de Dampier, t. V, p. 81. Suivant cet auteur les corneilles de la Nouvelle-Guinée diffèrent des nôtres seulement par la couleur de leurs plumes, dont tout ce qui paraît est noir, mais dont le fond est blanc.

b. Navigation aux terres Australes , t. II, p. 167.

c. Ordo avium, pag. 58.

d. Histoire naturelle des Antilles , p. 267, t. II.

e. Voyez Histoire de la Lousiane, par M. le Page du Pratz , t. II , p. 134 : il y est dit que leur chair est meilleure à manger dans ce pays qu’en France , parce qu’elles n’y vivent point de voiries, en étant empêchées par les carancros , c’est-à-dire, par ces espèces de vautours d’Amérique , appelés auras ou marchands.

f. Voyez Selon, Nature des oiseaux, p. 282.

g. M. Daubenton le jeune , garde-démonstrateur du Cabinet d’histoire naturelle, au Jardin du Roi , fit dernièrement en se promenant à la campagne, une observation qui a rapport à ceci. Ce naturaliste, à qui l’ornithologie a déjà tant d’obligations, vit de loin, dans un terrain tout à fait inculte , six corneilles dont il ne put distinguer l’espèce , lesquelles paraissaient fort occupées à soulever et retourner les pierres éparses çà et là, pour faire leur profit des vers et des

* Corvus frugilegus (Linn.). — Le freux (Guv.).

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