IL LA CORNEILLE DE LA JAMAÏQUE
Cette corneille étrangère paraît modelée à peu près sur les mêmes proportions que les nôtres à l’exception de la queue et du bec, qu’elle a plus petits ; son plumage est noir comme celui de la corbine. On a trouvé dans son estomac des baies rouges, des graines, des scarabées, ce qui fait connaître sa nourriture la plus ordinaire, et qui est aussi celle de notre freux et de notre mantelée. Elle a le ventricule musculeux et revêtu intérieurement d’une tunique très-forte. Cet oiseau abonde dans la partie septentrionale de l’île et ne quitte pas les montagnes, en quoi il se rapproche de notre corbeau.
M, Klein caractérise cette espèce par la grandeur des narines cependant M. Sloane, qu’il cite, se contente de dire qu’elles sont passablement grandes.
D’après ce que l’on sait de cet oiseau, on peut bien juger qu’il approche fort de nos corneilles; mais il serait difficile de le rapporter à l’une de ces espèces plutôt qu’à l’autre, vu qu’il réunit des qualités qui sont propres à chacune d’elles. Il dilfère aussi de toutes par son cri qu’il fait entendre continuellement.
a. C’est la corneille de la Jamaïque de M. Brisson , t. II, p. 22. Les Anglais de la Jamaïque l’appellent a-nssi chaterîng ou. gabbeling crow (corneille baiillarde), et cacao walke, sans doute parce qu’elle se tient ordinairement sur les cacaotiers. Voyez Sloane, Natural Histoiy of Jamàica , t. II , p. 298.
h. Elle a un pied et demi de longueur prise de la pointe du bec au bout de la queue, et trois pieds de vol. M. Sloane s’est servi selon toute apparence du pied anglais , plus court que le nôtre d’environ un onzième.
c. « Cornix nigra, garrula, Rai. Naribus amplis... præter nares Europæ similis. » Klein, Ordo avium, page S9.
* Corvus dauricus (Linn. ).
** Corvus jamaïcensis (Linn.).
LES CHOUCAS
LES CHOUCAS
Ces oiseaux ont avec les corneilles plus de traits de conformité que de traits de dissemblance; et comme ce sont des espèces fort voisines, il est bon d’en faire une comparaison suivie et détaillée pour répandre plus de jour sur l’histoire des uns et des autres.
Je remarque d’abord un parallélisme assez singulier entre ces deux genres d’oiseaux ; car, de même qu’il y a trois espèces principales de corneilles, une noire (la corbine), une cendrée (la mantelée), et une chauve (le freux ou la frayonne), je trouve aussi trois espèces ou races correspondantes de choucas, un noir* (le choucas proprement dit) , un cendré^ (le chouc), et, enfin, un choucas chauve ^ La seule dilférence est que ce dernier est d’Amérique et qu’il a peu de noir dans son plumage, au lieu que les trois espèces de corneilles appartiennent toutes à l’Europe, et sont toutes ou noires ou noirâtres.
En général, les choucas sont plus petits que les corneilles; leur cri, du moins celui de nos deux choucas d’Europe, les seuls dont l’histoire nous soit connue, est plus aigre, plus perçant, et il a visiblement influé sur la plupart des noms qu’on leur a donnés en différentes langues, tels que ceux-ci : choukas, graccus, kaw, klas, etc.; mais ils n’ont pas une seule inflexion de voix, car on m’assure qu’on les entend quelquefois crier tian, tian, tian.
Ils vivent tous deux d’insectes, de grains, de fruits, et même de chair, quoique très-rarement; mais ils ne touchent point aux voiries, et ils n’ont pas l’habitude de se tenir sur les côtes pour se rassasier de poissons morts et autres cadavres rejetés par la mer En quoi ils ressemblent plus au freux et mêmé à la mantelée qu’à la corbine ; mais ils se rapprochent de celle-ci par l’habitude qu’ils ont d’aller à la chasse aux œufs de perdrix et d’en détruire une grande quantité.
Ils volent en grandes troupes comme le freux; comme lui ils forment des espèces de peuplades et même de plus nombreuses, composées d’une multitude de nids placés les uns près des autres et comme entassés, ou sur un grand arbre, ou dans un clocher, ou dans le comble d’un vieux château
a. Voyez Aldrovande, Ornilhologia,-^. 772.
* Buffon fait ici du mot choucas la dénomination d’un genre , où U. réunit plusieurs espèces de genres très-divers. Cuvier n’a fait de ce mot qu’un terme spécifique. Le choucas proprement dit ( corvus monedula ) termine , dans Cuvier, la tribu des vrais corbeaux.