III. LA PIE DES ANTILLES
M. Brisson a mis cet oiseau parmi les rolliers*' ; je ne vois pas qu’il ait eu d’autres raisons, sinon que dans la figure donnée par Aldrovande les narines sont découvertes, ce que M. Brisson établit en effet pour un des caractères du rollier%- mais, l** ce n’est qu’avec beaucoup d'incertitude qu’on peut attribuer ce caractère à l’oiseau dont il s’agit ici, d’après une ligure qui n’a point paru exacte à M. Brisson lui-même, et qu’on doit supposer encore moins exacte sur cet article que sur aucun autre, tout ce détail de petites plumes étant bien plus indifférent au peintre qui veut rendre la nature dans ses principaux effets, qu’au naturaliste qui voudrait l’assujettir à sa méthode.
2“ On peut opposer à cet attribut incertain, saisi dans une figure fautive, un attribut beaucoup plus marqué, plus évident, et qui n’a échappé ni au peintre ni aux observateurs qui ont vu l’oiseau même : ce sont les longues pennes du milieu de la queue, attribut dont M. Brisson a fait le caractère distinctif de la pie
3° Ajoutez à cela que la pie des Antilles ressemble à la nôtre par son cri, par son naturel très-défiant, par son habitude de nicher sur les arbres et d’aller le long des rivières, par la qualité médiocre de sa chair « : en sorte que, si l’on veut rapprocher cet oiseau étranger de l’espèce d’Europe avec laquelle il a le plus de rapports connus, il faut, ce me semble, le rapprocher de celle de la pie.
Il en diffère néanmoins par l’excès de longueur des deux pennes du milieu de la queue f, lesquelles dépassent les latérales de huit ou dix
a. Yojez l’Histoire générale des Antilles, t. II, p. 238. — Alcirovandi Ornithologia , 1. 1, pag. 788.
b. Ornithologie , t. II, page 80.
c. Ibidem , page 63.
d. Ibidem , page 35.
e. Ilist. des Antilles, loco citato. La pie va aussi le long des eaux, puisqu’elle enlève quelquefois des écrevisses , comme nous l’avons dit.
f. Je ne parle point d’une singularité que lui attribue Aldrovande , c’est de n’avoir que huit pennes à la queue • mais ce naturaliste ne les avait comptées que sur la figure coloriée , et l’on sent combien cette manière de juger est équivoque et sujette à l’erreur. 11 est vrai que le P. du Tertre dit la même chose, mais il est encore plus vraisemblable qu’il le répète d’après
* Corvus caribœus ( Linn. ) . — « Le corviis caribœus est un merops ou guêpier, dont la « description a été pi'lée par Du Tertre pour rendre un objet dont il se souvenait mal. » ( Cuvier. )