‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 5)Chapitre 215 sur 240 · QUI ONT RAPPORT A LA PIE · texte numérisé non relu

QUI ONT RAPPORT A LA PIE

seulement par la façon de se nourrir, par sa taille et par son plumage, mais en ce qu’il a le vol plus soutenu et par conséquent l’aile plus forte, qu’il va par troupes plus nombreuses, que sa chair est encore moins bonne à manger; enfin, que dans cette espèce la différence du sexe en entraîne une plus grande dans les couleurs; en sorte qu’ajoutant à ces traits de dissemblance la difficulté qu’a dû rencontrer la pie d’Europe à passer en Amérique, vu qu’elle a l’aile trop courte et trop faible pour franchir les grandes mers qui séparent les deux continents sous les zones tempérées, et qu’elle fuit les pays septentrionaux où ce passage serait plus facile; on est fondé à croire que ces prétendues pies américaines peuvent bien avoir quelque rapport avec les nôtres et les représenter dans le nouveau continent, mais qu’elles ne descendent pas d’une souche commune.

Le tesquizana du Mexique paraît avoir beaucoup de ressemblance avec cette pie de la Jamaïque, puisque, suivant Fernandez, il a la queue fort longue, qu’il surpasse l’étourneau en grosseur, que le noir de son plumage a des reflets, qu’il vole en grandes troupes, lesquelles dévastent les terres cultivées où elles s’arrêtent, qu’il niche au printemps, que sa chair est dure et de mauvais goût ; en un mot , qu’on peut le regarder comme une espèce d’étourneau ou de choucas : or, l’on sait qu’au plumage près , un choucas qui a une longue queue ressemble beaucoup à une pie.

Il n’en est pas ainsi de l’isana du même Fernandez ^ quoique M. Brisson le confonde avec la pie de la Jamaïque''. Cet oiseau a, à la vérité, le bec, les pieds et le plumage des mêmes couleurs ; mais il paraît avoir le corps plus gros ^ et le bec du double plus long : outre cela, il se plaît dans les contrées les plus froides du Mexique, et il a le naturel, les mœurs et le cri de l’étourneau. Il est difficile, ce me semble, de reconnaître à ces traits la pie de la Jamaïque de Catesby; et si on veut le rapporter au même genre, on ne peut au moins se dispenser d’en faire une espèce séparée, d’autant plus que Fernandez, le seul naturaliste qui l’ait vu, lui trouve plus d’analogie avec l’étourneau qu’avec la pie; et ce témoignage doit être de quelque poids auprès de ceux qui ont éprouvé combien le premier coup d’œil d’un observateur exercé, qui saisit rapidement le caractère naturel de la physionomie d’un animal, est plus décisif et plus sûr pour le rapporter à sa véritable espèce que l’examen détaillé des caractères de pure convention que chaque méthodiste établit à son gré.

Au reste, il est très-facile et très-excusable de se tromper en parlant de

а. J’ai formé ce nom par contraction du nom mexicain , tequixquiacazanatl. Fernandez l’appelle encore étourneau des lacs salés, et les Espagnols , tordo. Cet oiseau a le cirant plaintif. Voyez Fernandez, Hist. avium novæ Hispaniœ , cap. xxxiv.

б. Hist. avium novæ Hispaniœ, cap. xxxn. Il l’appelle izanatl, d’autres yxtlaolzanatl.

c. Ornithologie , t. II, p. 42.

d. Brachium crassa , dit Fernandez,

OISEAUX ETRANGERS

ces espèces étrangères, qui ne sont connues que par des descriptions incomplètes et par de mauvaises tigures.

Je dois ajouter que l’isana a cette sorte de ris moqueur, ordinaire à la plupart des oiseaux qu’on appelle des pies en Amérique.

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