‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 5)Chapitre 22 sur 240 · QUI ONT RAPPORT AUX AIGLES ET BALBUZARDS · texte numérisé non relu

QUI ONT RAPPORT AUX AIGLES ET BALBUZARDS

sommet de la tête, et qu’il peut baisser ou relever à sa volonté; les jambes couvertes jusqu’aux pieds de plumes blanches et noires, posées comme des écailles; l’iris de l’œil d’un jaune vif, la peau qui couvre la base du bec, et les pieds jaunes comme les aigles, mais le bec plus noir et les ongles moins noirs : ces différences sont suffisantes pour séparer cet oiseau des aigles et de tous les autres dont nous avons fait mention dans les articles précédents; mais il me paraît qu’on doit rapporter à cette espèce l’oiseau que Garcilasso appelle aigle du Pérou'^, qu’il dit être plus petit que les aigles d’Espagne.

Il en est de même de l’oiseau des côtes occidentales de l’Afrique , dont M. Edwards nous a donné une très-bonne figure enluminée, avec une excellente description sous le nom d’eagle-crowned, aigle huppé, qui me paraît être de la même espèce, ou d’une espèce très-voisîne de celuî-cî. Je crois devoir rapporter en entier la description de M. Edwards, pour mettre le lecteur à portée d’en juger ^

La distance entre l’Afrique et le Brésil, qui n’est guère que de quatre cents lieues, n’est pas assez grande pour que des oiseaux de haut vol ne puissent la parcourir ; et dès lors il est très-possible que celui-ci se trouve également aux côtes du Brésil et sur les côtes occidentales de l’Afrique * ; et il suffit de comparer les caractères qui leur sont particuliers, et par'lesquels ils se ressemblent, pour être persuadé qu’ils sont de la même espèce; car

a. Histoire naturelle des Incas, t. lî , p. 274.

b. Cet oiseau, dit M. Edwards , est d’environ un tiers plus petit que les plus grands aigles qui se voient en Europe, et il parait fort et liardi comme les autres aigles ; le bec avec la peau qui couvre le haut du bec, et où les ouvertures des narines sont placées, est d’un brun obscur, les coins de l’ouverture du bec sont fendus assez avant jusque sous les yeux, et sont jaunâtres, l’iris des yeux est d’une couleur d’orange rougeâtre ; le devant de la tète, le tour des yeux et la gorge sont couverts de plumes blanches, parsemées de petites taches noires; le derrière du cou et de la tête , le dos et les ailes , sont d’un brun foncé , tirant sur le noir, mais les bords extérieurs des plumes sont d’un brun clair. Les pennes {'pennes est un terme de fauconnerie, pour exprimer les grandes plumes des ailes des oiseaux de proie) sont plus foncées que les autres plumes des ailes; les côtés des ailes vers le haut, et les extrémités de quelques-unes des couvertures des ailes sont blancs; la queue est d’un gris foncé, croisée de barres noires ; et le dessous en parait être d’rm gris de cendre obscur et léger ; la poitrine est d’un brun rougeâtre avec de grandes taches noires transversales sur les côtés; le ventre est blanc, aussi bien que le dessous de la queue qui est marqueté de taches noires; les cuisses et les jambes, jusqu’amx ongles , sont couvertes de plumes blanches, joliment marquetées de taches rondes et noires; les ongles sont noirs et très-forts, les doigts sont couverts d’écailles d’un jaune vif; il élève ses plumes du dessus de la tète en forme de crête ou de huppe, d’où il tire son nom. J’ai dessiné cet oiseau vivant à Londres, en 1752; son maître m’assura qu’il venait des côtes d’Afrique, et je le crois d’autant plus volontiers, que j’en ai vu deux autres de cette même espèce exactement chez une autre personne, et qui venaient de la côté de Guinée ; Barbot a indiqiré cet oiseau sous le nom d'aigle couronné, dans sa description de la Guinée; il en donne une mauvaise figure, dans laquelle cependant on reconnaît les plumes relevées sur sa tête, d’une manière très-peu différente. de celle dont elles sont représentées dans ma figure. Edwards , Glanures, part, i, p. 31 et 32, pl. enluminée 224.

1. L’aigle dont ü s’agit ici (la grande harpie) est propre au nouveau continent.

OISEAUX ETRANGERS

tous deux ont des plumes en forme d’aigrettes qu’ils redressent à volonté, tous deux sont à peu près de la même grandeur; ils ont aussi tous deux le plumage varié et marqueté dans les mêmes endroits; l’iris des yeux d’un orangé vif, le bec noirâtre; les jambes, jusqu’aux pieds, également couvertes de plumes, marquetées de noir et de blanc; les doigts jaunes, et les ongles bruns ou noirs, et il n’y a de différence que dans la distribution et dans les teintes des couleurs du plumage, ce qui ne peut être mis en comparaison avec toutes les ressemblances que nous venons d’indiquer : ainsi, je crois être bien fondé à regarder cet oiseau des côtes d’Afrique comme étant de la même espèce que celui du Brésil ; en sorte que l’aigle huppé du Brésil’, l’aigle d’Orénoque, l’aigle du Pérou - et l’aigle huppé de Guinée^, ne sont qu’une seule et même espèce d’oiseau qui approche plus de notre aigle tacheté, ou petit aigle d’Europe, que de tout autre.

IIL — L’oiseau du Brésil “ indiqué par Marcgrave sous le nom urubiiing a vraisemblablement est d’une espèce différente du précédent, puisqu’il porte un autre nom dans le même pays; et en effet il en diffère : 1° par la grandeur, étant de moitié plus petit; 2" par la couleur, celui-ci est d’un brun noirâtre, au lieu que l’autre est d’un beau gris; 3“ parce qu’il n’a point de plumes droites sur la tête; 4° parce qu’il a le bas des jambes et des pieds nus comme le pygargue, au lieu que le précédent a, comme l’aigle, les jambes couvertes jusqu’au talon.

IV. — L’oiseau que nous avons cru devoir appeler le petit aigle d’ Amérique^,(\m n’a été indiqué par aucun naturaliste, et qui se trouve à Cayenne et dans les autres parties de l’Amérique méridionale. Il n’a guère que seize à dix-huit pouces de longueur, et il est remarquable, même au premier coup d’œil, par une large plaque d’un rouge pourpré qu’il a sous la gorge et sous le cou : on pourrait croire, à cause de sa petitesse, qu’il serait du genre des éperviers ou des faucons; mais la forme de son bec, qui est droit à son insertion et qui ne prend de la courbure, comme celui des aigles, qu’à quelque distance de son origine, nous a déterminé à le rapporter plutôt aux aigles qu’aux éperviers. Nous n’en donnerons pas une plus ample- description, parce que la planche enluminée représente assez ses autres caractères.

a. L'aigle du Erésil. Brisson, Ornithol.,t. I, p. 4/i5.

b. Uruhitinga Brasiliensibus. Marcgrav., Ilist. nat. Bras., p. 214.

1. L’aigle huppé du Brésil est Vurulaurana , Vaigle-autour varié (Cxiv. ).

2. L'aigle d’Orénoque et Vaigle du Pérou paraisseut être , en effet, les mêmes que la grande harpie.

3. L’aigle huppé de Guinée, l’aigle décrit par Edwards, est un aigle d’Afrique : le falco coronalus ( Liiiu. ).

4. Fulco urubilinga ( Linn. ). — L’urubilinga (Guy.). — Ordre id., famille id. , genre id. , sous-genre il iiyles-autoiirs ou morphnus (Cuv. ).

5. Falco aquilinus (Gmel.). — Le petit aigle à gorge nue (Cuv.). — Ordi’e id., famille id., genre id.. sous-genre Circaètes (Guy.).

Page 1