‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 5)Chapitre 226 sur 240 · Planches enluminées de Buffon , n · texte numérisé non relu

Planches enluminées de Buffon , n

** Corvus cristatus (Linn. ).

578 OISEAUX ÉTRANGERS, ETC

M. Catesby remarque que ce geai d’Amérique a la même pétulance dans les mouvements que notre geai commun , que son cri est moins désagréable, et que la femelle ne se distingue du mâle que par ses couleurs moins vives : cela étant, la figure qu’il a donnée doit représenter une femelle et celle de M. Edwards un mâle*'; mais l’âge de l’oiseau peut faire aussi beaucoup à la vivacité et à la perfection des couleurs.

Ce geai nous vient de la Caroline et du Canada, et il doit y être fort commun, car on en envoie souvent de ces pays-là.

LE CASSE-NOIX.'

Cet oiseau diffère des geais et des pies par la forme du bec, qu’il a plus droit, plus obtus et composé de deux pièces inégales; il en diffère encore par l’instinct qui l’attache de préférence au séjour des hautes montagnes, et par son naturel moins défiant et moins rusé. Du reste, il a beaucoup de rapports avec ces deux espèces d’oiseaux , et la plupart des naturalistes, qui n’ont pas été gênés par leur méthode, n’ont pas fait difficulté de le placer entre les geais et les pies, et même avec les choucas qui, comme on sait, ressemblent beaucoup aux pies; mais on prétend qu’il est encore plus babillard que les uns et les autres.

M. Klein distingue deux variétés dans l’espèce du casse-noix' : l’une, qui est mouchetée comme l’étourneau, qui a le bec anguleux et fort, la langue longue et fourchue, comme toutes les espèces de pies; l’autre, qui est moins grosse, et dont le bec (car il ne dit rien du plumage) est plus menu, plus arrondi, composé de deux pièces inégales dont la supérieure est la plus longue, et qui a la langue divisée profondément, très-courte et comme perdue dans le gosier f.

Selon le même auteur, ces deux oiseaux mangent des noisettes; mais le premier les casse, et l’autre les perce : tous deux se nourrissent encore de glands, de baies sauvages, de pignons qu’ils épluchent fort adroitement, et

a. Hist. nat. de la Caroline , t. I , page IS.

b. Planche 239.

c. C’est le casse-noix de M. Brisson , t. II , page 59.

d. Gessner, de Avibus , p. 244. — Turner, ibid. — Klein, Ordo avium, p. 61. — Willughby, Ornithologie , p. 90. — Linnæus , Systema naturæ, édit. X, p. 106. — Frisch, pl. 56.

e. Ordo avium, page 61.

f. Selon Willughby, la langue ne parait pas pouvoir s’avancer plus loin que les coins de la louche , le bec étant fermé, parce que dans cette situation la cavité du palais qui correspond ordinairement à la langue , se trouve remplie par une arête saillante de la mâchoire inférieure, laquelle correspond ici à ceUe cavité : il ajoute que le fond du palais et les bords de sa fente ou fissure sont hérissés de petites pointes.

’ Corvus caryocatactes (Linn.). — Ordre «d., famille des Conirostres, genre Corbeaux, sous-genre Casse-^"oix (Cuv.).

LE CASSE-NOIX

même d’insectes; enfin tous deux cachent, comme les geais, les pies et les choucas, ce qu’ils n’ont pu consommer.

Les casse-noix, sans avoir le plumage brillant, l’ont remarquable par ses mouchetures blanches et triangulaires qui sont répandues partout, excepté sur la tête. Ces mouchetures sont plus petites sur la partie supérieure, plus larges sur la poitrine; elles font d’autant plus d’effet et sortent d’autan mieux qu’elles tranchent sur un fond brun.

Ces oiseaux se plaisent surtout, comme je l’ai dit ci-dessus, dans les pays montagneux. On en voit communément en Auvergne, en Savoie, en Lorraine, en Franche-Comté, en Suisse, dans le Bergamasque, en Autriche, sur les montagnes couvertes de forêts de sapins : on les retrouve jusqu’en Suède, mais seulement dans la partie méridionale de ce pays, et rarement au delà Le peuple d’Allemagne leur a donné les noms d’oiseaux de Turquie, d’Italie, d’Afrique; et l’on sait que dans le langage du peuple ces noms signifient, non pas un oiseau venant réellement de ces contrées, mais un oiseau étranger dont on ignore le pays

Quoique les casse-noix ne soient point oiseaux de passage, ils quittent quelquefois leurs montagnes pour se répandre dans les plaines : Frisch dit qu’on les voit de temps en temps arriver en troupe, avec d’autres oiseaux, en différents cantons de l’Allemagne, et toujours par préférence dans ceux où ils trouvent des sapins. Cependant, en 1754, il en passa de grandes volées en France, et notamment en Bourgogne, où il y a peu de sapins ® : ils étaient si fatigués en arrivant qu’ils se laissaient prendre à la main. On en tua un la même année au mois d’octobre, près de Mostyn, en Flintshire**, qu’on supposa venir d’Allemagne. Il faut remarquer que cette année avait été fort sèche et fort chaude, ce qui avait dû tarir la plupart des fontaines, et faire tort aux fruits dont les casse-noix font leur nourriture ordinaire; et d’ailleurs, comme en arrivant ils paraissaient affamés, donnant en foule dans tous les pièges, se laissant prendre à tous les appâts, il est vrai-

a. « Habitat in Smolandia, rarior alibi. » Faiina Suecica, p. 26, n« 75. — Gerini remarque qu’on n’en voit point en Toscane. Storia degli Uccelli , t. II , p. 45.

b. Frisch, planche 56.

c. Un habile ornithologiste de la ville de Sarbourg (M. le docteur Lottinger qui connaît trèsbien les oiseaux de la Lorraine, et à qui je dois plusieurs faits concernant leurs mœurs, leurs habitudes et leurs passages : je me ferai un devoir de le citer pour toutes les observations ciui lui seront propres; et ce que je dis ici pourra suppléer aux citations omises ) m’apprend qu’en cette même année 1754 , il passa en Lorraine des volées de casse-noix si nombreuses , que les bois et les campagnes en étaient remplis ; leur séjour dma tout le mois d’octobre, et la faim les avait tellement affaiblis qu’ils se laissaient approcher et tuer à coups de bâton. Le même observateur ajoute que ces oiseaux ont reparu en 1763, mais en beaucoup plus petit nombre , que leur passage se fait toujours en automne , et qu’ils mettent ordinairement entre chaque passage, un intervalle de six à neuf années : ce qui doit se restreindre à la Lorraine, car en France , et particulièrement en Bourgogne , les passages des casse-noix sont beaucoup plus éloignés.

d. British Zoology, page 78.

LE CASSE-NOIX

semblable qu’ils avaient été contraints d’abandonner leurs retraites par le manque de subsistance.

Une des raisons qui les empêchent de rester et de se perpétuer dans les bons pays, c’est, dit-on, que, comme ils causent un grand préjudice aux forêts en perçant les gros arbres à la manière des pics, les propriétaires leur font une guerre continuelle®, de manière qu’une partie est bientôt détruite, et que l’autre est obligée de se réfugier dans des forêts escarpées où il n’y a point de garde-bois.

Cette habitude de percer les arbres n’est pas le seul trait de ressemblance qu’ils ont avec les pics; ils nichent aussi, comme eux, dans des trous d’arbres, et peut-être dans des trous qu’ils ont faits eux-mêmes ; car ils ont, comme les pics, les pennes du milieu de la queue usées par le bout^ ce qui suppose qu’ils grimpent aussi comme eux sur les arbres : en sorte que si on voulait conserver au casse-noix la place qui paraît lui avoir été marquée par la nature, ce serait entre les pics et les geais; et il est singulier que Willughby lui ait donné précisément cette place dans son Ornithologie, quoique la description qu’il en a faite n’indique aucun rapport entre cet oiseau et les pics.

Il a l’iris couleur de noisette, le bec, les pieds et les ongles noirs % les narines rondes, ombragées par de petites plumes blanchâtres, étroites, peu flexibles, et dirigées en avant; les pennes des ailes et de la queue noirâtres, sans mouchetures, mais seulement la plupart terminées de blanc, et non sans quelques variétés dans les différents individus et dans les différentes descriptions'* : ce qui semble confirmer l’opinion de M. Klein sur les deux races ou variétés qu’il admet dans l’espèce des casse-noix.

On ne trouve dans les écrivains d’histoire naturelle aucuns détails sur leur ponte, leur incubation, l’éducation de leurs petits, la durée de leur vie ; c’est qu’ils habitent, comme nous avons vu, des lieux inacces-

sibles où ils sont, où ils seront longtemps inconnus, et d’autant plus en sûreté, d’autant plus heureux.

a. Salerue, Histoire des oiseaux, page 99.

h. « Intermediis apice detritis. » Linn. Syst. nal., édit. X, page 106.

c. « Digitis,ut iû picà glandarià, variis articulis flexibüibus,« ajoute Schweuckfeld, p. 310 ; mais nous avons vu ci-dessus que les geais n’ont pas amx doigts un plus grand nombre d’articulations que les autres oiseaux.

d. Voyez Gessner, Scbwenckfeld, Aldrovande, Willughby, Brisson, etc., mais ne consultez Rzaczynski qu’avec précaution , car il confond perpétuellement le cocolhraustes avec le caryncatacles. Aucluarium , p. 399.

LES ROLLIERS.

LES ROLLIERS.

Si l’on prend le rollier d'Europe* pour type du genre, et que l’on choisisse pour son caractère distinctif, non pas une ou deux qualités superficielles, isolées, mais l’ensemble de ses qualités connues , dont peut-être aucune en particulier ne lui est absolument propre, mais dont la somme et la combinaison le caractérisent, on trouvera qu’il y a un changement considérable à faire au dénombrement des espèces dont M. Brisson a composé ce genre, soit en écartant celles qui n’ont point assez de rapports avec notre rollier, soit en rappelant à la même espèce les individus qui ont bien quelques différences, mais moindres cependant que celles que l’on observe souvent entre le mâle et la femelle d’une même espèce, ou entre l’oiseau jeune et le même oiseau plus âgé , et encore, entre l’individu habitant un pays chaud et le même individu transporté dans un pays froid, et enfin entre un individu sortant de la mue et le même individu ayant réparé ses pertes et refait des plumes nouvelles plus brillantes qu’auparavant.

D’après ces vues, qui me paraissent fondées, je me crois en droit de réduire d’abord à une seule et même espèce le rollier d’Europe et le shagarag de Barbarie, dont parle le docteur Shaw;

2“ Je réduis de même à une seule espèce le rollier d’Abyssinie^, n“ 626, et celui du Sénégal ^ n° 326, que M. Brisson ne paraît pas avoir connus;

3° Je réduis encore-à une seule espèce le rollier de Mindanao'^, n° 285^; celui d’Angola®, n° 88, dont M, Brisson a fait ses deuxième et troisième rolliers®, et celui de Goa n“ 627, dont M. Brisson n’a point parlé : ces trois espèces n’en feront ici qu’une seule, par les raisons que je dirai à l’article des rolliers d’Angola et de Mindanao ;

4° Je me crois en droit d’exclure du genre des rolliers la cinquième espèce de M. Brisson, ou le rollier de la Chine, parce que c’est un oiseau tout différent, et qui ressemble beaucoup plus au grivert de Cayenne, avec lequel je l’associerai sous la dénomination commune de rolle; et je les placerai tous deux avant les rolliers, parce que ces deux espèces me paraissent faire la nuance entre les geais et les rolliers ;

5° J’ai renvoyé aux pies le rollier des Antilles, qui est la sixième espèce

а. Voyez son Ornithologie , t. II, p. 69, 72 et 75.

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