‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 5)Chapitre 27 sur 240 · LE VAUTOUR OU GRAND VAUTOUR · texte numérisé non relu

LE VAUTOUR OU GRAND VAUTOUR

Le vautour simplement dit, ou le grand vautour, est l’oiseau que Belon a improprement appelé le grand vautour cendré^-, et que la plupart des naturalistes après lui ont aussi nommé vautour cendré , quoiqu’il soit beaucoup plus noir que cendré : il est plus gros et plus grand que l’aigle commun, mais un peu moindre que le griffon, duquel il n’est pas difficile de le distinguer : 1" par le cou qu’il a couvert d’un duvet beaucoup plus long et plus fourni, et qui est de la même couleur que celle des plumes du dos ; 2“ par une espèce de cravate blanche qui part des deux côtés de la tête, s’étend en deux branches jusqu’au bas du cou, et borde de chaque côté un assez large espace d’une couleur noire, et au-dessous duquel il se trouve un collier étroit et blanc; 3“ par les pieds, qui sont dans le vautour couverts de plumes brunes, tandis que dans le griffon les pieds sont jaunâtres ou blanchâtres; et, enfin, par les doigts qui sont jaunes, tandis que ceux du griffon sont bruns ou cendrés.

LE VAUTOUR A AIGRETTE

Ce vautour, qui est moins grand que les trois premiers, l’est cependant encore assez pour être mis au nombre des grands vautours : nous ne pouvons en rien dire de mieux que ce qu’en a dit Gessner qui de tous les naturalistes est le seul qui ait vu plusieurs de ces oiseaux. Le vautour, dit-il, que les Allemands appellent hasengeier [vautour aux lièvres) , a le bec noir et crochu par le bout, de vilains yeux, le corps grand et fort, les

a. Legrand vautour cendré. Belon, Hist. nat. des oiseaux, p. 83, avec une figure. b Gessner, Avi., p. 782.

‘ VuUur ciiiereus (Gmel.). — Le vautour brun (Cuv. ). — Ordre id., famille id., genre et sous-genre id. { Cuv. ) . — Bufi’on a fait ici une douWe confusion , remarquée par Cuvier : « L’his- « toire du grand vautour, dans Bufi'on , est celle du vautour brun ; mais la figure est celle du « vautour fauve.» (Cuvier.)

■** Espece douteuse, selon Cuvier. — « Le vautour à aigrette ou des lièvres [vultur cris- « tatus , Gmel. ) n’est connu que par une mauvaise figure de Gessner, faite probablement d’après « quelque espèce d’aigle. » (Cuvier.)

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ailes larges, la queue longue et droite; le plumage d’un roux noirâtre, les pieds jaunes. Lorsqu’il est en repos, à terre ou perché, il redresse les plumes de la tête qui lui font alors comme deux cornes, que l’on n’aperçoit plus quand il vole. Il a près de six pieds de vol ou d’envergure ; il marche bien et fait des pas de quinze pouces d’étendue : il poursuit les oiseaux de toute espèce et il en fait sa proie; il chasse aussi les lièvres, les lapins, les jeunes renards et les petits faons, et n’épargne pas même le poisson ; il est d’une telle férocité qu’on ne peut l’apprivoiser; non-seulement il poursuit sa proie au vol en s’élançant du sommet d’un arbre ou de quelque rocher élevé, mais encore à la course; il vole avec grand bruit : il niche dans les forêts épaisses et désertes sur les arbres les plus élevés; il mange la chair, les entrailles des animaux vivants, et même les cadavres : quoique trèsvorace il peut supporter l’abstinence pendant quatorze jours. On prit deux de ces oiseaux en Alsace au mois de janvier 1513, et l’année suivante on en trouva d’autres dans un nid qui était construit sur un gros chêne trèsélevé, à quelque distance de la ville de Misen.

Tous les grands vautours, c’est-à-dire le percnoptère, le griffon , le vautour proprement dit, et le vautour à aigrette, ne produisent qu’en petit nombre et une seule fois Tannée. Aristote dit qu’ordinairement ils ne pondent qu’un œuf ou deux® : ils font leurs nids dans des lieux si hauts et d’un accès si difficile qu’il est très-rare d’en trouver ; ce n’est que dans les montagnes élevées et désertes que Ton doit les chercher*’; les vautours habitent ces lieux de préférence pendant toute la belle saison , et ce n’est que quand les neiges et les glaces commencent à couvrir ces sommets de montagnes qu’on les voit descendre dans les plaines et voyager en hiver du côté des pays chauds; car il paraît que les vautours craignent plus le froid que la plupart des aigles; ils sont moins communs dans le Nord; il semblerait même qu’il n’y en a point du tout en Suède ni dans les pays au delà; puisque M. Linnæus, dans l’énumération qu’il fait de tous les oiseaux de la Suède®, ne fait aucune mention des vautours : cependant nous parlerons dans l’article suivant d’un vautour qu’on nous a envoyé de Norwége, mais cela n’empêche pas qu’ils ne soient plus nombreux dans les climats chauds,

a. « Rupibus inaccessis parit, neque locorum plurium incola avis hæc est, edit non plus « quam unum aut duo complurimum. » Arist., Hist. anim., lib. ix, cap. ii.

b. En général, les vautours et les aigles qui habitent les îles et les autres terres voisines de la mer ne bâtissent pas leurs nids sur des arbres , mais contre des rochers escarpés et dans des lieux inaccessibles, de sorte qu’on ne peut les voir que de la mer lorsqu’on est sur un vaisseau. Voyez les Observations de Belon, depuis la page 10 jusqu’à 14. — Dapper dit la même chose, et ajoute que, quand on veut prendre leurs petits ou leurs œufs, on attache une longue corde à un gros pieu profondément enfoncé et bien affermi en terre au haut de la montagne, et qu’un homme se laisse glisser le long de la corde, en descendant jusqu’au nid de l’oiseau, dans xme corbeUle où il met les petits et les œufs, et qu’ensuite on le tire en haut avec sa prise. Voyez Description des iles de l'Archipel, par Dapper, p. 400.

c. Linn., Fauna Suecica, p. 16 et seq. usque ad p. 24.

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en Égypte", en Arabie, dans les îles de l’Archipel et dans plusieurs autres provinces de l’Afrique et de l’Asie : on y fait même grand usage de la peau des vautours; le cuir en est presque aussi épais que celui d’un chevreau, il est recouvert d’un duvet très-fin, très-serré et très-chaud , et l’on en fait d’excellentes fourrures*.

Au reste, il me paraît que le vautour noir que Belon dit être commun en Égypte, est de la même espèce que le vautour proprement dit, qu’il appelle vautour cendré^, et qu’on ne doit pas les séparer comme l’ont fait quelques naturalistes*', puisque Belon lui-même, qui est le seul qui les ait indiqués, ne les sépare pas, et parle des cendrés et des noirs comme faisant tous deux l’espèce du grand vautour, ou vautour proprement dit; en sorte qu’il est probable qu’il en existe en effet de noirs, et d’autres qui sont cendrés, mais que nous n’avons pas vus. Il en est du vautour noir comme de l’aigle noir, qui tous deux sont de l’espèce commune du vautour ou de l’aigle. Aristote a eu raison de dire que le genre du grand vautour était multiforme, puisque ce genre est en effet composé des trois espèces du griffon, du grand vautour et du vautour à aigrette, sans y comprendre le percnoptère, qu’Aristote avait cru devoir séparer des vautours et associer aux aigles. Il n’en est pas de même du petit vautour dont nous allons parler, et qui ne me paraît faire qu’une seule espèce en Europe; ainsi ce philosophe a eu encore raison de dire que le genre du grand vautour était plus multiforme, c’est-à-dire contenait plus d’espèces que celui du petit vautour.

a. Étant en Égypte et ès plaines de TAratie déserte, avons observé que les vautours y sont fréquents et grands. Belon, Hisl. nat. des Oiseaux, p. 84.

b. Les paysans de Crète et les autres qui habitent les montagnes de divers pays, en Égypte

et dans l’Arabie déserte, s’étudient de prendre les vautours en diverses manières; ils les écorchent et vendent les peaux aux pelletiers Leur peau est quasi aussi épaisse que celle d’un

chevreau... Les pelletiers savent tirer les plus grosses plumes de la peau des vautours, laissant le duvet qui est au-dessous, et ainsi la corroyent faisant pelisses qui valent grande somme d’argent;

mais en France s’en servent le plus à faire pièces à mettre sur l’estomac Qui serait au Caire

et irait voir les marchandises qui sont exposées en vente, trouverait des vêtements de fine soie fourrés de peaux de vautours, tant de noirs que de blancs. Id., ibid., p. 83 et 84. — Il y a une grande quantité de vautours dans l’ile de Chypre; ces oiseaux sont de la grosseur d’un cygne, fort semblables à l’aigle en ce que leurs ailes et leur dos sont couverts de mêmes plumes; leur cou- est plein de duvet, doux comme la plus fine fourrure, et toute leur peau en est si couverte que les insulaires la portent sur la poitrine et devant leur estomac pour aider à la digestion ;

ces oiseaux ont une touffe de plumes au-dessous du cou ; leurs jambes sont grosses et fortes

Ils ne vivent que de charognes et ils s’en remplissent si fort qu’ils en dévorent en une fois autant

qu’il leur en faut pour quinze jours Et lorsqu’ils sont ainsi remplis ils ne peuvent s’élever

de terre facilement; c’est alors qu’on les tire et tue fort à Taise; ils sont même alors quelquefois si pesants qu’on les prend avec des chiens ou qu’on les tue à coups de pierres et de bâtons. Description de l'Archipel, par Dapper, p. 50.

c. Le vautour noir. Brisson, 1. 1, p. 457.

1. Le vautour noir et le vautour cendré ne sont que des variétés du vautour brun I vultur cinereus).

LE PETIT VAUTOUR

LE PETIT VAUTOUR

■ Il nous reste maintenant à parler des petits vautours, qui me paraissent différer des grands^ que nous venons d’indiquer sous les noms de percnoptère, griffon, grand vautour et vautour à aigrette, non-seulement par la grandeur, mais encore par d’autres caractères particuliers. Aristote, comme je l’ai dit, n’en a fait qu’une espèce, et nos nomenclateurs en comptent trois, savoir : le vautour brun, le vautour d’Égypte et le vautour à tête blanche. Ce dernier, qui est un des plus petits “, paraît être en effet d’une espèce différente des deux premiers, car il en diffère en ce qu’il a le bas des jambes et les pieds nus, tandis que les deux autres les ont couverts de plumes. Ce vautour à tête blanche est vraisemblablement le petit vautour blanc des anciens, qui se trouve communément en Arabie, en Égypte, en Grèce , en Allemagne et jusqu’en Norwége, d’où il nous a été envoyé. On peut remarquer qu’il a la tête et le dessous du cou dégarnis de plumes et d’une couleur rougeâtre, et qu’il est blanc presque en entier, à l’exception des grandes plumes des ailes, qui sont noires*’ : ces caractères sont plus que suffisants pour le faire reconnaître.

Des autres espèces de petits vautours indiqués par M. Brisson, sous les noms de vautour brun et de vautour d’Égypte, il me paraît qu’il faut en retrancher ou plutôt séparer le second, c’est-à-dire le vautour d’Égypte, qui, par la description que Belon seul en a donnée®, n’est point un vautour, mais un oiseau d’un autre genre, et auquel il a cru devoir donner le nom de sacre Égyptien; il ne nous reste donc plus que le vautour brun , au sujet duquel je remarquerai seulement que je ne vois pas les raisons qui ont déterminé M. Brisson à rapporter cet oiseau à Vaquila heteropode de Gessnerj il me paraît, au contraire, qu’au lieu de faire de cet aigle hétéropode un vautour, on devait le supprimer de la liste des oiseaux , car son existence n’est nullement prouvée; aucun des naturalistes ne l’a vu; Gessner qui seul en a parlé et que tous les autres n’ont fait que copier *, n’en avait eu qu’un dessin qu’il a fait graver, et dont il a rapporté la figure

а. « Vultur leucocepLalos. Schwenckfeld, Avi. SU, p. 37S. — Le vautour à tête blanche. Brisson, Ornithol., t. I, p. 466.

б. Cet oiseau, dit M. Schwenckfeld, qui se nomme en Silésie grimmer, a la langue assez large, l’estomac épais et ridé, la vésicule du fiel grande. Schwenckfeld, Avi. SU., p. 376.

c. Sacre égyptien. Hierax en grec, acciÿüer Ægygtius sacre d’Égypte en français.

Belon, ffist. nat. des Ois., p. 110 et 111.

d. « Aquila Heteropode. » Gessner, Avi., p. 207.

e. « Aquila Heteropos. » Aldrov., Avi., t. I, p. 232. — « Heteropos. Gessner. » Charleton, Exerc., p. 71. — « Falco capite nudo fuscus. » Linn., Syst. nat., édit. VI, gen. 36, sp. 2.

* Vultur percnopterus , vultur leucocephalus et vultur fuscus (Gmel. ). — Le percnoptère d’Égypte (Cuv.). — La poule de Pharaon, en Égypte. — Ordre id., famille id., genre id. , sous-genre Percnoptères (Gav.).

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au genre des aigles, et non pas à celui des vautours, et la dénomination d'aigle hétéropode qu’il lui donne est prise du dessin dans lequel l’une des jambes de cet oiseau était bleue, et l’autre d’un brun blanchâtre; et il avoue qu’il n’a pu rien apprendre de certain sur cette espèce, et qu’il n’en parle et ne lui donne ce nom d'aigle hétéropode qu’en supposant la vérité de ce même dessin. Or, un oiseau dessiné par un homme inconnu, nommé d’après un dessin incorrect, et que la seule différence de la couleur des deux jambes doit faire regarder comme infidèle; un oiseau qui n’a jamais été vu d’aucun de ceux qui en ont voulu parler, est-il un vautour ou un aigle? est-il même un oiseau réellement existant*? Il me paraît donc que c’est très-gratuitement que l’on a voulu y rapporter le vautour brun.

Au reste, l’oiseau qui existe réellement et qui ne doit point être rapporté à l’aigle hétéropode qui n’existe pas, nous a été envoyé d’Afrique aussi bien que de l’île de Malte nous le renvoyons à l’article suivant, où nous traiterons des oiseaux étrangers qui ont rapport aux vautours.

OISEAUX ÉTRANGERS

I. — L’oiseau envoyé d’Afrique et de l’île de Malte sous le nom de vautour hrun '\ dont nous avons parlé dans l’article précédent, qui est une espèce ou une variété particulière dans le genre des vautours , et qui, ne se trouvant point en Europe'*, doit être regardée comme appartenant au climat de l’Afrique et surtout aux terres voisines de la mer Méditerranée.

II. — L’oiseau appelé par Belon le sacre d’Égypte'^, et que le docteur Shaw indique sous le nom achbohba; cet oiseau se voit par troupes dans les terres stériles et sablonneuses qui avoisinent les pyramides d’Égypte; il se tient presque toujours à terre et se repaît, comme les vautours, de toute viande et de chair corrompue. «Il est, dit Belon, oiseau sordide et non « gentil , et quiconque feindra voir un oiseau ayant la corpulence d’un « milan, le bec entre le corbeau et l’oiseau de proie, crochu par le fin bout, « et les jambes et pieds , et marcher comme le corbeau , aura l’idée de cet

a. Le vautour brun. Brisson, Ornithol.,i. I, p. 455.

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