‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 5)Chapitre 44 sur 240 · LE SACRE · texte numérisé non relu

LE SACRE

distinctes et voisines qu’on ne doit pas mêler avec celles des faucons : ce qu’il y a de singulier ici, c’est que Belon est encore le seul qui nous ait donné des indications de cet oiseau ; sans lui , les naturalistes ne connaîtraient que peu ou point du tout le sacre et le lanier : tous deux sont devenus également rares, et c’est ce qui doit faire présumer encore qu’ils ont les mêmes habitudes naturelles, et que par conséquent ils sont d’espèces très-voisines. Mais Belon les ayant décrits, comme les ayant vus tous deux, et les donnant comme des oiseaux réellement différents l’un de l’autre, il est juste de s’en rapporter à lui, et de citer ce qu’il dit du sacre, comme nous avons cité ce qu’il dit du lanier. « Le sacre est de plus laid pennage « que nul des oiseaux de fauconnerie, car il est de couleur comme entre « roux et enfumé, semblable à un milan; il est court empiété, ayant les « jambes et les doigts bleus, ressemblant en ce quelque chose au lanier; il « serait quasi pareil au faucon en grandeur, n’était qu’il est compassé plus « rond. Il est oiseau de moult hardi courage, comparé en force au faucon c( pèlerin : aussi est oiseau de passage, et il est rare de trouver homme qui « se puisse vanter d’avoir oncques vu l’endroit où il fait ses petits; il y a « quelques fauconniers qui sont d’opinion qu’il vient de Tartarie et Russie, « et de devers la mer Majeure, et que faisant son chemin pour aller vivre « certaine partie de l’an vers la partie du midi, est prins au passage par les « fauconniers, qui les aguettent en diverses îles de la mer Égée, Rhodes, « Chypre, etc. Et combien qu’on fasse de hauts vols avec le sacre pour le « milan, toutefois on le peut aussi dresser pour le gibier et pour la campa- « gne à prendre oies sauvages, ostardes, olives faisans, perdrix, lièvres, « et à toute autre manière de gibier..... Le sacret est le mâle, et le sacre la « femelle, entre lesquels il n’y a d’autre différence sinon du grand au petit. »

En comparant cette description du sacre avec celle que le même auteur a donnée du lanier, on se persuadera aisément : 1“ que ces deux oiseaux sont plus voisins l’un de l’autre que d’aucune autre espèce; 2° que tous deux sont oiseaux passagers; quoique Belon dise que le lanier était, de son temps, naturel en France, il est presque sûr qu’on ne l’y trouve plus aujourd’hui ; 3° que ces deux oiseaux paraissent différer essentiellement des faucons en ce qu’ils ont le corps plus arrondi, les jambes plus courtes, le bec et les pieds bleus ; et c’est à cause de toutes ces différences que nous avons cru devoir les en séparer.

Il y a plusieurs années que nous avons fait dessiner à la ménagerie du Roi un oiseau de proie qu’on nous dit être le sacre; mais la description qui en fut faite alors ayant été égarée, nous n’en pouvons rien dire de plus.

1. Ou donnait autrefois le nom d’olive à la petite outarde, oUs tetrax.

LE FAUCON

LE FAUCON

Lorsqu’on jette les yeux sur les listes de nos nomenclateurs d’histoire naturelle®, on serait porté à croire qu’il y a dans l’espèce du faucon autant de variétés que dans celle du pigeon, de la poule ou des autres oiseaux domestiques : cependant rien n’est moins vrai ; l’homme n’a point influé sur la nature de ces animaux ; quelque utiles aux plaisirs, quelque agréables qu’ils soient pour le faste des princes chasseurs, jamais on n’a pu en élever, en multiplier l’espèce; on dompte à la vérité le naturel féroce de

a. M. Brisson compte treize variétés dans cette première espèce , savoir : le fancon-sors, le faucon-hagard ou hossu, le faucon à tète blanche, le faucon blanc, le faucon noir, le faucon tacheté, le faucon brun, le faucon rouge, le faucon rouge des Indes, le faucon d’Italie, le faucon d’Islande et le sacre ; et en même temps il compte douze autres espèces ou variétés de faucons différentes de la première, savoir : le faucon-gentil, le faucon-pèlerin, dont le faucon de Barbarie et le faucon de Tartarie sont des variétés; le faucon à collier, le faucon de roche ou rochier; le faucon de montagne ou montagner, dont le faucon de montagne cendré est une variété; le faucon de la baie d’Hudson, le faucon-étoilé, le faucon-huppé des Indes, le faucon des Antilles, et le faucon-pêcheur de la Caroline. M. Linnæus comprend sous l’indication générique de faucon vingt-six espèces différentes; mais il est vrai qu’il confond sous ce même nom, comme il fait en touti, les espèces éloignées aussi bien que les espèces voisines, car on trouve dans cette liste de faucons les aigles, les pygargues, les orfraies, les cresserelles, les buses, etc. Au moins la liste de M. Brisson, quoique d’un tiers trop nombreuse, est faite avec plus de circonspection et de discernement.

* Falco communîs (Gmel.) — Ordre id. , famille id. , genre Faucons (Cuv.). — « Le fau- <1 con, grand comme rme poule, se reconnaît toujours à une moustache triangulaire noire qu’il « a sur la joue, plus large que dans aucune espèce du genre ; du reste, il varie pour les cou- <( leurs à peu près comme il suit. Le jeune a le dessus brun et les plumes bordées de roussâtre, (1 le dessous blanchâtre, avec des taches longitudinales brunes. A mesure qu’il vieillit, les « taches du ventre et des cuisses tendent à devenir des lignes transverses noirâtres , et le blanc « augmente à la gorge et au bas du cou: le plumage du dos aevient en même temps plusuni- « forme et d’un brun rayé en travers de cendré noirâtre; la queue est en dessus brune, avec « des paires de taches roussâtres , et en dessous avec des bandes pâles qui diminuent de lar- « geur avec l’âge; la gorge est toujours blanche; les pieds et la cire du bec sont tantôt bleus et « tantôt jaunâtres.

« Ceux qu’on appelle faucons pèlerins {falco stellaris, falco peregrinits Gmel.) paraissent « des jeunes un peu plus noirs que les autres. Les falco islandicus, barbarus, etc., ne sont a que le faucon ordinaire en différents états de mue.

« C’est l’espèce célèbre qui a donné son nom à cette sorte de chasse où l’on se sert des oiseaux « de proie. Elle habite tout le nord du globe, et y niche dans les rochers les plus escarpés. Son « vol est si rapide qu’il n’est presque aucun lieu de la terre où elle ne parvienne. Le faucon « fond sur sa proie verticalement, comme s’il tombait des nues , ce qui fait qu’il ne peut prendre « les oiseaux qu’au vol ; autrement il se briserait. On emploie le mâle contre les pies et autres « oiseaux plus petits , et la femelle contre les faisans et même contre les lièvres. » ( Cuvier. )

1 (a). Comme il fait en tout : toujours le ton d’aigreur, quand il s’agit de Linné. Linné esquissait, à traits hardis, le premier catalogue de la nature. Ses grands genres, si prisés par Cuvier, sont devenus le type de nos familles. Les genres, proprement dits , ont dû ne plus contenir dès lors que les espèces les plus voisines. — Mais le germe heureux de la méthode n’était pas encore assez développé pour que Buffon pût bien comprendre ces idées, et Linné les bien appliquer.

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ces oiseaux par la force de l’art et des privations"; on leur fait acheter leur vie par des mouvements qu’on leur commande; chaque morceau de leur subsistance ne leur est accordé que pour un service rendu ; on les attache, on les garrotte, on les affuble, on les prive même de la lumière et de toute nourriture pour les rendre plus dépendants, plus dociles, et ajouter à leur vivacité naturelle l’impétuosité du besoin*' ; mais ils servent par nécessité, par habitude et sans attachement; ils demeurent captifs sans devenir domestiques; l’individu seul est esclave, l’espèce est toujours libre, toujours également éloignée de l’empire de l’homme. Ce n’est même qu’avec des peines infinies qu’on en fait quelques-uns prisonniers, et rien n’est plus difficile que d’étudier leurs mœurs dans l’état de nature; comme ils habitent les rochers les plus escarpés des plus hautes montagnes, qu’ils s’approchent très-rarement de terre, qu’ils volent d’une hauteur et d’une rapidité sans égale, on ne peut avoir que peu de faits sur leurs habitudes naturelles. On a seulement remarqué qu’ils choisissent toujours pour élever leurs petits les rochers exposés au midi ; qu’ils se placent dans les trous et les anfraclures les plus inaccessibles; qu’ils font ordinairement quatre œufs dans les derniers mois de l’hiver, qu’ils ne couvent pas longtemps, car les petits sont adultes vers le 15 de mai, qu’ils changent de couleur suivant le sexe, l’âge et la mue ; que les femelles sont considérablement plus grosses que les mâles; que tous deux jettent des cris perçants, désagréables et presque continuels dans le temps qu’ils chassent leurs petits pour les dépayser : ce qui se fait, comme chez les aigles, par la dure nécessité, qui rompt les liens des familles et de toute société dès qu'il n’y a pas assez pour partager, ou qu’il y a impossibilité de trouver assez de vivres pour subsister ensemble dans les mêmes terres.

a. Pour dresser le faucon, l’on commence par l’armer d’entraves appelées jels, au bout desquelles on met tm anneau sur lequel est écrit le nom du maître; on y ajoute des sonnettes qui servent à indiquer le lieu où il est lorsiju’il s’écarte de la chasse; on le porte continuellement sur le poing ; on l’oblige de veiller : s’il est méchant et qu’il cherche à se défendre on lui plonge la tête dans l’eau ; enfin on le contraint par la faim et par la lassitude à se laisser couvrir la tête d’un chaperon qui lui enveloppe les yeux; cet exercice dure souvent trois jours et trois nuits de suite : il est rare qu’au bout de ce temps les besoins qui le tourmentent et la privation de la lumière ne lui fassent pas perdre toute idée de liberté; on juge qu’il a oublié sa fierté naturelle lorsqu’il se laisse aisément couvrir la tête, et que découvert il saisit le pàt ou la viande qu’on a soin de lui présenter de temps en temps ; la répétition de ces leçons en assure peu à peu le succès : les besoins étant le principe de la dépendance, on cherche à les augmenter en lui nettoyant l’estomac par des cures; ce sont de petites pelotes de filasse qu’on lui fait avaler, et qui augmentent son appétit; on le satisfait après l’avoir excité, et la reconnaissance attache l’oiseau à celui même qui l’a tourmenté. Encyclopédie, à l’article de la Fauconnerie.

b. Lorsque les premières leçons ont réussi et que l’oiseau montre de la docilité, on le porte sur le gazon dans un jardin : là on le découvre, et, avec l’aide de la viande, on le fait sauter de lui-même sur le poing; quand il est assuré à cet exercice on juge qu’il est temps de lui donner le vif et de lui faire connaître le leurre ; c’est une représentation de proie, un assemblage de pieds et d’ailes dont les fauconniers se servent pour réclamer les oiseaux et sur lequel on attache leur viande ; il est important qu’ils soient non-seulement accoutumés, mais affriandés à

LE FAUCON

Le faucon est peut-être l’oiseau dont le courage est le plus franc, le plus grand, relativement à ses forces ; il fond sans détour et perpendiculairement sur sa proie, au lieu que l’autour et la plupart des autres arrivent de côté : aussi prend-on l’autour avec des fdets dans lesquels le faucon ne s’empêtre jamais; il tombe à plomb sur l’oiseau victime exposé au milieu de l’enceinte des filets, le tue, le mange sur le lieu s’il est gros, ou l’emporte s’il n’est pas trop lourd, en se relevant à plomb; s’il y a quelque faisanderie dans son voisinage, il choisit celte proie de préférence; on le voit tout à coup fondre sur un troupeau de faisans comme s’il tombait des nues, parce qu’il arrive de si haut, et en si peu de temps, que son apparition est toujours imprévue et souvent inopinée : on le voit fréquemment attaquer le milan, soit pour exercer son courage, soit pour lui enlever une proie; mais il lui fait plutôt la honte que la guerre, il le traite comme un lâche, le chasse, le frappe avec dédain, et ne le met point à mort, parce que le milan se défend mal, et que probablement sa chair répugne au faucon encore plus que sa lâcheté ne lui déplaît.

Les gens qui habitent dans le voisinage de nos grandes montagnes, en Dauphiné, Bugey, Auvergne et au pied des Alpes, peuvent s’assurer de tous ces faits On a envoyé de Genève à la fauconnerie du Roi de jeunes faucons pris dans les montagnes voisines au mois d’avril, et qui paraissent avoir acquis toutes les dimensions de leur taille et toutes leurs forces avant le mois de juin. Lorsqu’ils sont jeunes, on les appelle faucons sors, comme l’on dit harengs sors, parce qu’ils sont alors plus bruns que dans les années suivantes; et l’on appelle les vieux faucons hagards, qui ont beau-

ce leurre; dès cpie l’oiseau a fondu dessus et qu’il a pris seulement une beccade, quelques fauconniers sont dans l’usage de retirer le leurre, mais par cette méthode on court risque de rebuter l’oiseau; il est plus sûr, lorsqu’il a fait ce qu’on attend de lui, de le paître tout à fait, et ce doit être la récompense de sa docilité; le leurre est l’appât qui doit le faire revenir lorsqu’il sera élevé dans les airs, mais ü ne serait pas suffisant sans la voix du fauconnier qui

l’avertit de se tourner de ce côté-là; il faut que ces leçons soient souvent répétées Il faut

chercher à bien connaître le caractère de l’oiseau, parler souvent à celui qui paraît moins attentif à la voix, laisser jeûner celui qui revient le moins avidement au leurre; laisser aussi veiller plus longtemps celui qui n’est pas assez familier; couvrir souvent du chaperon celui qui craint ce genre d’assujettissement : lorsque la familiarité et la docilité de l’oiseau sont suffisamment confirmés dans un jardin, on le porte en pleine campagne, mais toujours attaché à la filière, qrd est une ficelle longue d’une dizaine de toises; on le découvre, et, en l’appelant à quelques pas de distance, on lui montre le leurre, lorsqu’il fond dessus on se sert de la viande et on lui en laisse prendre bonne gorge ; pour continuer de l’assurer, le lendemain on la lui montre d’un peu plus loin, et il parvient enfin à fondre dessus du bout de la filière; c’est alors qu’il faut faire connaître et manier plusieurs fois à l’oiseau le gibier auquel on le destine; on en conserve de privés pour cet usage, cela s’appelle donner Vescap; c’est la dernière leçon, mais elle doit se répéter jusqu’à ce qu’on soit parfaitement assuré de l’oiseau : alors on le met hors de filière, et on le vole pour lors. Encyclopédie , art. de la Fauconnerie.

a. Us m’ont été rendus par des témoins oculaires, et particulièrement par M. Hébert , que j’ai déjà cité plus d’une fois, et qui a chassé pendant cinq ans dans les montagnes du Bugey.

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coup plus de blanc que les jeunes® ; le faucon qui est de la seconde année a encore un assez grand nombre de taches brunes sur la poitrine et sur le ventre; à la troisième année ces taches diminuent, et la quantité du blanc sur le plumage augmente.

Comme ces oiseaux cherchent partout les rochers les plus hauts, et que la plupart des îles ne sont que des groupes et des pointes de montagnes, il y en a beaucoup à Rhodes, en Chypre, à Malte et dans les autres îles de la Méditerranée, aussi bien qu’aux Orcades et en Islande; mais on peut croire que, suivant les différents climats, ils paraissent subir des variétés différentes dont il est nécessaire que nous fassions quelque mention.

Le faucon qui est naturel en France est gros comme une poule : il a dixhuit pouces de longueur, depuis le bout du bec jusqu’à celui de la queue, et autant jusqu’à celui des pieds ; la queue a un peu plus de cinq pouces de longueur, et il a près de trois pieds et demi de vol ou d’envergure ; ses ailes, lorsqu’elles sont pliées, s’étendent presque jusqu’au bout de la queue; je ne dirai rien des couleurs, parce qu’elles changent aux différentes mues, à mesure que l’oiseau avance en âge. J’ohserverai seulement que la couleur la plus ordinaire des pieds du faucon est verdâtre, et que quand il s’en trouve qui ont les pieds et la membrane du bec jaunes, les fauconniers les appellent faucons hcc jaune ‘ et les regardent comme les plus laids et les moins nobles de tous les faucons, en sorte qu’ils les rejettent de l’école de la fauconnerie ; j’observerai encore qu’ils se servent du tiercelet de faucon, c’est-à-dire du mâle, lequel est d’un tiers plus petit que la femelle, pour voler les perdri;!, pies, geais, merles et autres oiseaux de cette espèce, au lieu qu’on emploie la femelle au vol du lièvre, du milan, de la grue et des autres grands oiseaux.

Il paraît que cette espèce de faucon, qui est assez commune en France, se trouve aussi en Allemagne. M. Frisch ** a donné la figure coloriée d’un faucon-sors à pieds et à membrane du bec jaunes, sous le nom de entenstosser ou schwartz-braune habigt, et il s’est trompé en lui donnant le nom i’aulour brun, car il diffère de l’autour par la grandeur et par le naturel. Il paraît qu’on trouve aussi en Allemagne, et quelquefois en France, une espèce différente de celle-ci, qui est le faucon pattu^ à tête blanche, que

a. Puisque le faucon-sors et le faucon-hagard ou bossu ne sont que le même faucon, jeune et vieux, ou ne doit pas en faire des variétés dans l’espèce.

b. Voici ce que M. Frisch dit de cet oiseau, qu’il appelle Vennemi des canards ou Vautour d’un brun noir : Il a été pourvu par la nature de longues ailes et de plumes serrées les unes sur les autres... C’est des oiseaux de proie l’un des plus vigoureux; il poursuit de préférence les canards, les poules d’eau et autres oiseaux d’eau. PI. lxxiv.

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