‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 5)Chapitre 5 sur 240 · Voyez les notes 1, 2 et 3 de la page 627 du II^ volume · texte numérisé non relu

Voyez les notes 1, 2 et 3 de la page 627 du II^ volume

3. La température des oiseaux est d’à peu près 40“ cent. , c’est-à-dire supérieure d’un ou deux degrés à celle des quadrupèdes. ( Voyez la note 2 de la p. 627 du 11“ volmne. )

PLAN DE L’OUVRAGE

J’ai cru devoir conclure de ces expériences que cette espèce d’hirondelle n’est point sujette à l’état de torpeur ou d’engourdissement que suppose néanmoins et très-nécessairement le fait de leur séjour au fond de l’eau pendant l’hiver : d’ailleurs, m’étant informé auprès de quelques voyageurs dignes de foi , je les ai trouvés d’accord sur le passage des hirondelles au delà de la Méditerranée ; et M. Adanson m’a positivement assuré que pendant le séjour assez long qu’il a fait au Sénégal, il avait vu constamment les hirondelles à longue queue, c’est-à-dire nos hirondelles de cheminée dont il est ici question, arriver au Sénégal dans la saison même où elles ! partent de France, et quitter les terres du Sénégal au printemps; on ne peut donc guère douter que cette espèce d’hirondelle ne passe en effet d’Europe en Afrique en automne, et d’Afrique en Europe au printemps; par conséquent elle ne s’engourdit pas, ni ne se cache dans des trous, ni ne se jette dans l’eau à l’approche de l’hiver; d’autant qu’il y a un autre fait, dont je me suis assuré, qui vient à l’appui des précédents, et prouve encore que cette hirondelle n’est point sujette à l’engourdissement par le froid , et qu’elle en peut supporter la rigueur jusqu’à un certain degré au delà duquel elle périt; car si l’on observe ces oiseaux quelque temps avant leur départ, on les voit d’abord, vers la fin de la belle saison, voler en famille, le père, la mère et les petits; ensuite plusieurs familles se réunir et former successivement des troupes d’autant plus nombreuses que le temps du départ est plus prochain, partir enfin presque toutes ensemble, en trois ou quatre jours, à la fin de septembre ou au commencement d’octobre; mais il en reste quelques-unes qui ne partent que huit jours, quinze jours, trois semaines après les autres ; et quelques-unes encore qui ne partent point et meurent aux premiers grands froids ; ces hirondelles qui retardent leur voyage sont celles dont les petits ne sont pas encore assez forts pour les suivre. Celles dont on a détruit plusieurs fois les nids après la ponte, et qui ont perdu du temps à les reconstruire et à pondre une seconde ou une troisième fois, demeurent par amour pour leurs petits, et aiment mieux souffrir l’intempérie de la saison que de les abandonner : ainsi elles ne partent qu’après les autres, ne pouvant emmener plus tôt leurs petits, ou môme elles restent au pays pour y mourir avec eux.

Il paraît donc bien démontré par ces faits que les hirondelles de cheminée passent successivement et alternativement de notre climat dans un climat plus chaud; dans celui-ci pour y demeurer pendant l’été, et dans l’autre pour y passer l’hiver, et que par conséquent elles ne s’engourdissent pas. Mais, d’autre côté, que peut-on opposer aux témoignages assez précis des gens qui ont vu des hirondelles s’attrouper et se jeter dans les eaux à l’approche de l’hiver, qui non-seulement les ont vues s’y jeter, mais en ont vu tirer de l’eau, et môme de dessous la glace avec des filets? que répondre à ceux qui les ont vues dans cet état de torpeur reprendre peu à peu le mou-

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vement et la vie en les mettant dans un lieu chaud, et en les approchant du feu avec précaution? je ne trouve qu’un moyen de concilier ces faits, c’est de dire que l’hirondelle qui s’engourdit n’est pas la même que celle qui voyage, que ce sont deux espèces différentes* que l’on n’a pas distinguées faute de les avoir soigneusement comparées. Si les rats et les loirs étaient des animaux aussi fugitifs et aussi difficiles à observer que les hirondelles, et que, faute de les avoir regardés d’assez près, l’on prit les loirs pour des rats, il se trouverait la même contradiction entre ceux qui assureraient que les rats s’engourdissent et ceux qui soutiendraient qu’ils ne s’engourdissent pas; cette erreur est assez naturelle, et doit être d’autant plus fréquente que les choses sont moins connues, plus éloignées, plus difficiles à observer. Je présume donc qu’il y a en effet une espèce d’oiseau voisine de celle de l’hirondelle, et peut-être aussi ressemblante à l’hirondelle que le loir l’est au rat, qui s’engourdit en effet , et c’est vraisemblablement le petit martinet ou peut-être l’hirondelle de rivage^ Il faudrait donc faire sur ces espèces, pour reconnaître si leur sang se refroidit, les mêmes expériences que j’ai faites sur l’hirondelle de cheminée; ces recherches ne demandent, à la vérité, que des soins et du temps, mais malheureusement le temps est de toutes les choses celle qui nous appartient le moins et nous manque le plus^ : quelqu’un qui s’appliquerait uniquement à observer les oiseaux, et qui se dévouerait même à ne faire que l’histoire d’un seul genre, serait forcé d’employer plusieurs années à cette espèce de travail, dont le résultat ne serait encore qu’une très-petite partie de l’histoire générale des oiseaux; car, pour ne pas perdre de vue l’exemple que nous venons de donner, supposons qu’il soit bien certain que l’hirondelle voyageuse passe d’Europe en Afrique , et posons en même temps que nous ayons bien observé tout ce qu’elle fait pendant son séjour dans notre climat, que nous en ayons bien rédigé les faits, il nous manquera encore tous ceux qui se passent dans le climat éloigné; nous ignorons si ces oiseaux y nichent et pondent comme en Europe; nous ne savons pas s’ils arrivent en plus ou moins grand nombre qu’ils en sont partis; nous ne connaissons pas quels sont les insectes sur lesquels ils vivent dans cette terre étrangère; les autres circonstances de leur voyage, de leur repos en route, de leur séjour, sont également ignorées, en sorte que l’histoire naturelle des oiseaux, donnée avec autant de détail que nous avons donné l’histoire des animaux quadrupèdes, ne peut être l’ouvrage d’un seul homme, ni même celui de plusieurs hommes dans le même temps, parce que non-seulement le nombre des choses qu’on ignore est bien plus grand que celui des choses que l’on sait, mais encore :iarce que ces mêmes choses qu’on ignore sont presque impossibles ou du

1. C’est en effet là la solution. — Voyez la note 1 de la p. 7.

2. C’est l’hirondelle de rivage. — Voyez la note 1 de la p. 7.

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