‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 5)Chapitre 55 sur 240 · LE HOBEREAU · texte numérisé non relu

LE HOBEREAU

et les autres oiseaux du plus haut vol; il demeure et niche dans les forêts, où il se perche sur les arbres les plus élevés. Dans quelques-unes de nos provinces on donne le nom ào, hobereau aux petits seigneurs qui tyrannisent leurs paysans, et plus particulièrement au gentilhomme à lièvre, qui va chasser chez ses voisins sans en être prié , et qui chasse moins pour son plaisir que pour le profit.

On peut observer que dans cette espèce le plumage de l’oiseau est plus noir dans la première année qu’il ne l’est dans les années suivantes; il y a aussi dans notre climat une variété ‘ de cet oiseau qui nous a paru assez singulière pour mériter d’être indiquée; les différences consistent en ce que 1a gorge, le dessous du cou, la poitrine, une partie du ventre et les grandes plumes des ailes sont cendrées et sans taches, tandis que dans le hobereau commun la gorge et le dessous du cou sont blancs, la poitrine et le dessus du ventre blancs aussi, avec des taches longitudinales brunes, et que les grandes plumes des ailes sont presque noirâtres : il y a de même d’assez grandes différences dans les couleurs de la queue, qui, dans le hobereau commun, est blanchâtre par-dessous, traversée de brun, et qui dans l’autre est absolument brune. Mais ces différences n’empêchent pas que ces deux oiseaux ne puissent être regardés comme de la même espèce, car ils ont la même grandeur, le même port, et se trouvent de même en France; et d’ailleurs ils se ressemblent par un caractère spécifique très-particulier, c’est qu’ils ont tous deux le bas du ventre et les cuisses garnis de plumes d’un roux vif, et qui tranche beaucoup sur les autres couleurs de cet oiseau ; il n’est pas même impossible que cette variété, dont toutes les différences se réduisent à des nuances de couleurs, ne proviennent de l’âge ou des différents temps de la mue de cet oiseau ; et c’est encore une raison de plus pour ne le pas séparer de l’espèce commune. Au reste le hobereau se porte sur le poing, découvert et sans chaperon, comme l’émerillon, l’épervier et l’autour; et l’on en faisait autrefois un grand usage pour la chasse des perdrix et des cailles.

LA CRESSERELLE

La cresserclle est l’oiseau de proie le plus commun dans la plupart de nos provinces de France, et surtout en Bourgogne : il n’y a point d’ancien

1. C’est une espèce distincte : le hobereau gris de la première édition de Cuvier, la cresserc'lle grise de la deuxième , le falco vespertinus de Gnielin.

’ Falco tinnunculus (Liun. ). — La cresserelle commune (Cuv.). — Ordre, famille et genre id. — Outre la cresserelle commune et la cresserelle grise (voyez la note précédente) , il y a encore la petite cresserelle ( falco linnunculoides ). « Cet e espèce, longtemps confondue avec la « cresserelle commune, habite de préférence le midi de l’Europe. » (Cuvier. )

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château ou de tour abandonnée qu’elle ne fréquente et qu’elle n’habite; c’est surtout le matin et le soir qu’on la voit voler autour do ces vieux bâtiments, et on l’entend encore plus souvent qu’on ne la voit; elle a un cri précipité, plî, pU, pU, ou prî, prî, prî, qu’elle ne cesse de répéter en volant, et qui effraie tous les petits oiseaux, sur lesquels elle fond comme une flèche, et qu’elle saisit avec ses serres; si par hasard elle les manque du premier coup, elle les poursuit, sans crainte du danger, jusque dans les maisons; j’ai vu plus d’une fois mes gens prendre une cresserelle et le petit oiseau qu’elle poursuivait, en fermant la fenêtre d’une chambre ou la porte d’une galerie, qui étaient éloignées de plus de cent toises des vieilles tours d’où elle était partie : lorsqu’elle a saisi et emporté l’oiseau, elle le tue et le plume très-proprement avant de le manger; elle ne prend pas tant de peine pour les souris et les mulots; elle avale les plus petits tout entiers, et dépèce les autres. Toutes les parties molles du corps de la souris se digèrent dans l’estomac de cet oiseau; mais la peau se roule et forme une petite pelote qu’il rend par le bec, et non par le bas, car ses excréments sont presque liquides et blanchâtres; en mettant ces pelotes, qu’elle vomit, dans l’eau chaude pour les ramollir et les étendre, on retrouve la peau entière de la souris comme si on l’eùt écorchée. Les ducs, les chouettes, les buses, et peut-être beaucoup d’oiseaux de proie, rendent de pareilles pelotes, dans lesquelles, outre la peau roulée, il se trouve quelquefois des portions les plus dures des os : il en est de même des oiseaux pêcheurs; les arêtes et les écailles des poissons se roulent dans leur estomac, et ils les rejettent par le bec.

La cresserelle est un assez bel oiseau; elle a l’œil vif et la vue très-perçante, le vol aisé et soutenu; elle est diligente et courageuse; elle approche, par le naturel, des oiseaux nobles et généreux; on peut même la dresser, comme les émerillons, pour la fauconnerie. La femelle est plus grande que le mâle, et elle en diffère en ce qu’elle a la tête rousse, le dessus du dos, des ailes et de la queue, rayé de bandes transversales brunes, et qu’eu même temps toutes les plumes de la queue sont d’un brun roux plus ou moins foncé : au lieu que dans le mâle la tête et la queue sont grises, et que les parties supérieures du dos et des ailes sont d’un roux vineux, semé de quelques petites taches noires.

Nous ne ponvons nous dispenser d’observer que quelques-uns de nos nomenclateurs modernes “ ont appelé épervier des alouettes ‘ la cresserelle femelle, et qu’ils en ont fait une espèce particulière et différente de celle de la cresserelle.

Quoique cet oiseau fréquente habituellement les vieux bâtiments, iï y

a. Brisson, 1. 1, p. 379.

1. L’épervier des alouettes est, en effet, la cresserelle femelle.

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niche plus rarement que dans les bois, et lorsqu’il ne dépose pas ses œufs dans des trous de murailles ou d’arbres creux, il fait une espèce de nid trèsnégligé, composé de bûchettes et de racines, et assez semblable à celui des geais, sur les arbres les plus élevés des forêts; quelquefois il occupe aussi les nids que les corneilles ont abandonnés; il pond plus souvent cinq œufs que quatre, et quelquefois six et même sept, dont les deux bouts sont teints d’une couleur rougeâtre ou jaunâtre, assez semblable à celle de son plumage. Ses petits, dans le premier âge, ne sont couverts que d’un duvet blanc; d’abord il les nourrit avec des insectes, et ensuite il leur apporte des mulots en quantité qu’il aperçoit sur terre du plus haut des airs, où il tourne lentement, et demeure souvent stationnaire pour épier son gibier, sur lequel il fond en un instant; il enlève quelquefois une perdrix rouge beaucoup plus pesante que lui; souvent aussi il prend des pigeons qui s’écartent de leur compagnie; mais sa proie la plus ordinaire, après les mulots et les reptiles, sont les moineaux, les pinsons et les autres petits oiseaux : comme il produit en plus grand nombre que la plupart des autres oiseaux de proie, l’espèce est plus nombreuse et plus répandue; on la trouve dans toute l’Europe, depuis la Suède® jusqu’en Italie et en Espagne*’; on la retrouve même dans les pays tempérés de l’Amérique septentrionale'’; plusieurs de ces oiseaux restent pendant toute l’année dans nos provinces de France; cependant j’ai remarqué qu’il y en avait beaucoup moins en hiver qu’en été, ce qui me fait croire que plusieurs quittent le pays pour aller passer ailleurs la mauvaise saison.

J’ai fait élever plusieurs de ces oiseaux dans de grandes volières ; ils sont, comme je l’ai dit, d’un très-beau blanc pendant le premier mois de leur vie, après quoi les plumes du dos deviennent roussâtres et brunes en peu de jours; ils sont robustes et aisés à nourrir; ils mangent la viande crue qu’on leur présente à quinze jours ou trois semaines d’âge ; ils connaissent bientôt la personne qui les soigne et s’apprivoisent assez pour ne jamais l’offenser; ils font entendre leur voix de très-bonne heure, et, quoique enfermés, ils répètent le même cri qu’ils font en liberté; j’en ai vu s’échapper et revenir d’eux-mêmes à la volière après un jour ou deux d’absence, et peut-être d’abstinence forcée.

Je ne connais point de variétés dans cette espèce que quelques individus qui ont la tête et les deux plumes du milieu de la queue grises, tels qu’ils nous sont représentés par M. Frisch (pl. lxxxv); mais M. Salerne fait mention d’une cresserelle jaune qui se trouve en Sologne et dont les œufs sont de celte même couleur jaune. « Cette cresserelle, dit-il, est rare, et « quelquefois elle se bat généreusement contre le jean-le-blanc, qui, quoi-

a. Lian., Vaun. Suec., n» 67.

h. Aldi'OV., Avi.. t. I, p. 356.

c. llaus Sloane, Jamaïc., p. 294.

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« que plus fort, est souvent obligé de lui céder; on les a vus, ajoutc-t-il, « s’accrocher ensemble en l’air et tomber de la sorte par terre comme une « motte ou une pierre. » Ce fait me paraît bien suspect, car l’oiseau jcanle-blanc est non-seulement très-supérieur à la cresserelle par la force, mais il a le vol et toutes les allures si différentes, qu’ils ne doivent guère se rencontrer.

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