Voyez la note de la page 295 du 111' volume
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(le la connaissance, et que l’otlorat ne peut être que celui du sentiment. Mais comme peu de gens distinguent nettement les nuances qui séparent les idées et les sensations, la connaissance et le sentiment, la raison et l’instinct, nous mettrons à part ce que nous appelons chez nous raisonnement, discernement, jugement, et nous nous bornerons à comparer les différents produits du simple sentiment, et à rechercher les causes de la diversité de l’instinct, qui, quoique varié à l’infini dans le nombre immense des espèces d’animaux qui tous en sont pourvus, paraît néanmoins être plus constant, plus uniforme, plus régulier, moins capricieux, moins sujet à l’erreur que ne l’est la raison dans la seule espèce qui croit la posséder.
En comparant les sens, qui sont les premières puissances motrices de l’instinct dans tous les animaux, nous trouverons d’abord que le sens de la vue est plus étendu, plus vif, plus net et plus distinct dans les oiseaux en général que dans les quadrupèdes; je dis en général, parce qu’il paraît y avoir des exceptions dans les oiseaux qui, comme les hiboux, voient moins qu’aucun des quadrupèdes; mais c’est un effet particulier que nous examinerons à part, d’autant que, si ces oiseaux voient mal pendant le jour, ils voient très-bien pendant la nuit, et que ce n’est que par un excès de sensibilité dans l’organe qu’ils cessent de voir à une grande lumière : cela même vient à l’appui de notre assertion, car la perfection d’un sens dépend principalement du degré de sa sensibilité; et ce qui prouve qu’en efiét l’œil est plus parfait dans l’oiseau, c’est que la nature l’a travaillé davaU' tage. Il y a, comme l’on sait, deux membranes de plus, l’une extérieure et l’autre intérieure, dans les yeux de tous les oiseaux, qui ne se trouvent pas dans l’homme : la première “, c’est-à-dire la plus extérieure de ces membranes, est placée dans le grand angle de l’œil; c’est une seconde paupière plus transparente que la première, dont les mouvements obéissent également à la volonté, dont l’usage est de nettoyer et polir la cornée, et qui leur sert aussi à tempérer l’excès de la lumière, et ménager par conséquent la grande sensibilité de leurs yeux; la seconde** est située au fond
a. Cette paupière interne se trouve dans plusieurs animaux quadrupèdes; mais, dans la plupart, elle n’est pas mobile comme dans les oiseaux.
b. Dans les yeux d’un coq indien, le nerf optique, qui était situé fort à côté, après avoir percé la sclérotique et la choroïde , s’élargissait et formait un rond, de la circonférence duquel il partait plusieurs filets noirs qui s’unissaient pour former une membrane , que nous avons trouvée dans tous les oiseaux. — Dans les yeux de l’autruche , le nerf optique ayant percé la sclérotique et la choroïde, se dilatait et formait une espèce d’entonnoir d’une substance semblable à la sienne; cet entonnoir n’est pas ordinairement rond aux oiseaux, où nous avons presque toujours trouvé l’extrémité du nerf optique aplatie et comprimée au dedans de l’œil : de cet entonnoir sortait une membrane plissée , faisant comme une bourse qui aboutissait en pointe. Cette bourse , qui était large de six lignes par le bas , à la sortie du nerf optique , et qui allait en pointe vers le haut , était noire , mais d’un autre noir que n’est celui de la choroïde, qui paraît comme enduite d’une couleur détrempée qui s’attache aux doigts; car c’était une membrane pénétrée de sa couleur, et dont la surface était solide. Mém. pour servir à l’ilisl. des animaux, p. 175 et 303.
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fie l’œil, et paraît être un épanouissement du nerf optique, qui, recevant plus immédiatement les impressions de la lumière, doit dès lors être plus aisément ébranlé, plus sensible qu’il ne l’est dans les autres animaux , et c’est celle grande sensibilité qui rend la vue des oiseaux bien plus parfaite ( t beaucoup plus étendue. Un épervier voit d’en haut, et de vingt fois plus .oin une alouette sur une motte de terre, qu’un homme ou un chien ne peuvent l’apercevoir. Un milan , qui s’élève à une hauteur si grande que nous le perdons de vue, voit de là les petits lézards, les mulots, les oiseaux, et choisit ceux sur lesquels il veut fondre; et cette plus grande étendue dans le sens de la vue est accompagnée d’une netteté, d’une précision tout aussi grandes, parce que l’organe étant en même temps trèssouple et très-sensible, l’œil se rende ou s’aplatit, se couvre ou se découvre, se rétrécit ou s’élargit, et prend aisément, promptement et alternativement, toutes les formes nécessaires pour agir et voir parfaitement à toutes les lumières et à toutes les distances *.
D’ailleurs le sens de la vue étant le seul qui produise les idées du mouvement, le seul par lequel on puisse comparer immédiatement les espaces parcourus, et les oiseaux étant de tous les animaux les plus habiles, les plus propres au mouvement, il n’est pas étonnant qu’ils aient en même temps le sens qui le guide plus parfait et plus sûr; ils peuvent parcourir dans un très-petit temps un grand espace; il faut donc qu’ils en voient l’étendue et même les limites. Si la nature, en leur donnant la rapidité du vol, les eût rendus myopes, ces deux qualités eussent été contraires, l’oiseau n’aurait jamais osé se servir de sa légèreté ni prendre un essor rapide, il n’aurait fait que voltiger lentement, dans la crainte des chocs et des résistances imprévues. La seule vitesse avec laquelle on voit voler un oiseau peut indiquer la portée de sa vue, je ne dis pas la portée absolue, mais relative; un oiseau dont le vol est très-vif, direct et soutenu, voit certainement plus loin qu’un autre de même forme, qui néanmoins se meut plus lentement et plus obliquement; et si jamais la nature a produit des oiseaux à vue courte et à vol très-rapide, ces espèces auront péri par cette contrariété de qualités, dont l’une non-seulement empêche l’exercice de l’autre, mais expose l’individu à des risques sans nombre, d’oû l’on doit présumer que les oiseaux dont le vol est le plus court et le plus lent sont ceux aussi dont la vue est la moins étendue; comme l’on voit, dans les quadrupèdes, ceux qu’on nomme (l’unau et l’aï) qui
1 . « L’œil des oiseaux est disposé de manière à distinguer également bien les objets de loin « et de près : une membrane vasculeuse et plissée , qui se rend Gu fond du globe au bord du « cristallin , y contribue probablement en déplaçant cette lentille. La face antérieure du globe « est d’ailleurs renforcée par un cercle de pièces osseuses; et, outre les deux paupières ordi- « naires , il y en a toujours une troisième placée à l’angle interne , et qui , au moyen d’un appa- « reil musculaire remarquable, peut couvrir le devant de l’œil comme un rideau. La cornée « est très-convexe , mais le cristallin est plat, et le vitré petit. » [Cuvier.)
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ne se meuvent que lentement, avoir les yeux couverts et la vue basse.
L’idée du mouvement et toutes les autres idées qui l’accompagnent ou qui en dérivent, telles que celles des vitesses relatives, de la grandeur des espaces, de la proportion des hauteurs, des profondeurs et des inégalités des surfaces, sont donc plus nettes, et tiennent plus de place dans la tête de l’oiseau que dans celle du quadrupède; et il semble que la nature ait voulu nous indiquer cette vérité par la proportion qu’elle a mise entre la grandeur de l’œil et celle de la tête : car, dans les oiseaux, les yeux sont proportionnellement beaucoup plus grands® que dans l’homme et dans les animaux quadrupèdes; ils sont plus grands, plus organisés, puisqu’il y a deux membranes de plus; ils sont donc plus sensibles, et dès lors ce sens de la vue plus étendu, plus distinct et plus vif dans l’oiseau que dans le quadrupède, doit influer en même proportion sur l’organe intérieur du sentiment, en sorte que l’instinct des oiseaux sera par cette première cause modifié différemment de celui des quadrupèdes.
Une seconde cause qui vient à l’appui de la première, et qui doit rendre l’instinct de l’oiseau différent de celui du quadrupède, c’est l’élément qu’il habite et qu’il peut parcourir sans toucher à la terre. L’oiseau connaît peut-être mieux que l’homme tous les degrés de la résistance de l’air, de sa température à différentes hauteurs, de sa pesanteur relative, etc. Il prévoit plus que nous, il indiquerait mieux que nos baromètres et nos thermomètres les variations, les changements qui 'arrivent à cet élément mobile; mille et mille fois il a éprouvé ses forces contre celles du vent, et plus souvent encore il s’en est aidé pour voler plus vite et plus loin. L’aigle, en s’élevant au-dessus des nuages**, peut passer tout à coup de l’orage dans le calme, Jouir d’un ciel serein et d’une lumière pure, tandis que les autres animaux dans l’ombre sont battus de la tempête; il peut en vingt-quatre heures changer de climat, et, planant au-dessus des différentes contrées, s’en former un tableau dont l’homme ne peut avoir d’idée. Nos plans à vue
a. Le gloLe de l’œil, dans une aigle femelle, avait, dans la plus grande largeur, un pouce et demi de diamètre; celui du mâle avait trois lignes de moins. Mém. pour servir à VHist. des animaux, partie ii, p. 257. — Le globe de l’œil de l’ibis avait six lignes de diamètre... L’œil de la cigogne était quatre fois plus gros. Idem, partie iii, p. 484. — Le globe de l’œil, dans le casoar, était fort gros à proportion ae la cornee, ayant un pouce et demi de diamètre, et la cornée n’ayant que trois lignes. Idem , partie ii, p. 313.
b. On peut démontrer que l’aigle, et les autres oiseaux de haut vol, s’élèvent à une hauteur supérieure à celle des nuages, en partant même du milieu d’une plaine, et sans supposer qu’ils gagnent les montagnes qui pouiTaient leur servir d’échelons; car on les voit s’élever si haut qu’ils disparaissent à notre vue. Or, l’on sait qu’un objet éclairé par la lumière du jour ne disparait à nos yeux qu’à la distance de trois mille quatre cent trente-six fois son diamètre, et que par conséquent si l’on suppose l’oiseau placé perpendiculairement au-dessus de l’homme qui le regarde, et que le diamètre du vol ou l’envergure de cet oiseau soit de cinq pieds, il ne peut disparaître qu’à la distance de dix-sept mille cent quatre-vingts pieds ou deux mille huit cent soixante-trois toises, ce qui fait une hauteur bien plus grande que celle des nuages, surtout de ceux qui produisent les orages.
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d’oiseau, qui sont si longs, si difficiles à faire avec exacUtude, ne nous donnent encore que des notions imparfaites de l’inégalité relative des surfaces qu’ils représentent : l’oiseau, qui a la puissance de se placer dans les vrais points de vue, et de les parcourir promptement et successivement en tout sens, en voit plus, d’un coup d’œil, que nous ne pouvons en estimer, en juger par nos raisonnements, même appuyés de toutes les combinaisons de notre artj et le quadrupède borné, pour ainsi dire, à la motte de terre sur laquelle il est né, ne connaît que sa vallée, sa montagne ou sa plaine; il n’a nulle idée de l’ensemble des surfaces, nulle notion des grandes distances, nul désir de les parcourir; et c’est par celte raison que les grands voyages et les migrations sont aussi rares parmi les quadrupèdes qu’elles sont fréquentes dans les oiseaux; c’est ce désir, fondé sur la connaissance des lieux éloignés, sur la puissance qu’ils se sentent de s’y rendre en peu de temps, sur la notion anticipée des changements «le l’atmosphère et de l’arrivée des saisons, qui les détermine à partir ensemble et d’un commun accord : dès que les vivres commencent à leur manquer, dès que le froid ou le chaud les incommode, ils méditent leur retraite; d’abord ils semblent se rassembler de concert pour entraîner leurs petits et leur communiquer ce même désir de changer de climat, que ceux-ci ne peuvent encore avoir acquis par aucune notion, aucune connaissance, aucune expérience précédente. Les pères et mères rassemblent leur famille pour la guider pendant la traversée, et toutes les familles se réunissent, non-seulement parce que tous les chefs sont animés du même désir, mais parce qu’en augmentant les troupes ils se trouvent en force pour résister à leurs ennemis.
Et ce désir de changer de climat, qui communément se renouvelle deux fois par an , c’est-à-dire en automne et au printemps, est une espèce de besoin si pressant, qu’il se manifeste dans les oiseaux captifs par les inquiétudes les plus vives. Nous donnerons à l’article de la caille un détail d’observations à ce sujet, par lesquelles on verra que ce désir est l’une des afl'ections les plus fortes de l’instinct de l’oiseau ; qu’il n’y a rien qu’il ne tente dans ces deux temps de l’année pour se mettre en liberté, et que souvent il se donne la mort par les efforts qu’il fait pour sortir de sa captivité; au lieu que dans tous les autres temps il paraît la supporter tranquillement, et même chérir sa prison, s’il s’y trouve renfermé avec sa femelle dans la saison des amours : lorsque celle de la migration approche, on voit les oiseaux libres, non-seulement se rassembler en famille, se réunir en troupes, mais encore s’exercer à faire de longs vols, de grandes tournées avant que d’entreprendre leur plus grand voyage. Au reste, les circonstances de ces migrations varient dans les différentes espèces; tous les oiseaux voyageurs ne se réunissent pas en troupes, il y en a qui partent seuls, d’autres avec leurs femelles et leur famille , d’autres qui marchent par petits détache-
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ments, etc. Mais avant d’entrer dans le détail que ce sujet exige®, continuons nos recherches sur les causes qui constituent l’instinct et modifient la nature des oiseaux.
L’homme, supérieur à tous les êtres organisés, a le sens du toucher, et peut-être celui du goût, plus parfait qu’aucun des animaux, mais il est inférieur à la plupart d’entre eux par les trois autres sens; et, en ne comparant que les animaux entre eux, il paraît que la plupart des quadrupèdes ont l’odorat plus vif, plus étendu que ne l’ont les oiseaux ; car, quoi qu’on dise de l’odorat du corbeau, du vautour, etc. , il est fort inférieur à celui du chien, du renard , etc. : on peut d’abord en juger par la conformation même de l’organe; il y a un grand nombre d’oiseaux qui n’ont point de narines, c’est-à-dire point de conduits ouverts au-dessus du bec*, en sorte qu’ils ne peuvent recevoir les odeurs que par la fente intérieure qui est dans la bouche; et dans ceux qui ont des conduits ouverts au-dessus du bec **, et qui ont plus d’odorat que les autres, les nerfs olfactifs sont néanmoins bien plus petits proportionnellement, et moins nombreux, moins étendus que dans les quadrupèdes : aussi l’odorat ne produit dans l’oiseau que quelques effets assez rares, assez peu remarquables, au lieu que, dans le chien et dans plusieurs autres quadrupèdes, ce sens paraît être la source et la cause principale de leurs déterminations et de leurs mouvements. Ainsi le toucher dans l’homme, l’odorat dans le quadrupède, et l’œil dans l’oiseau, sont les premiers sens, c’est-à-dire ceux qui sont les plus parfaits, ceux qui donnent à ces différents êtres les sensations dominantes^.
Après la vue, l’ouïe me paraît être le second sens de l’oiseau , c’est-àdire le second pour la perfection; l’ouïe est non-seulement plus parfaite que l’odorat, le goût et le toucher dans l’oiseau, mais même plus parfaite que l’ouïe des quadrupèdes; on le voit par la facilité avec laquelle la plupart
a. Nous donnerons dans un autre discours les faits qui ont rapport à la migration des oiseaux.
h. Il y a ordinairement à la partie supérieure du bec, deux petites ouvertures , qui sont les narines de l’oiseau; quelquefois ces ouvertures extérieures de l’oiseau manquent tout à fait, en sorte que dans ce cas les odeurs ne pénètrent jusqu’au sens de l’odorat que par la fente intérieure qui est dans la bouche comme dans quelques palettes, les cormorans, l’onocrotal. — Dans le grand vautour, les nerfs olfactifs sont très-petits à proportion. Hist. de l’Acad. des Sc., t. I, p. 430.
1. Dans les pélicans, les frégates, les cormorans, etc., la narine petite, et située très-près de la racine du bec, est précédée d’un sillon qui règne tout le long de ce bec. Dans le genre des fous ou houlies, le sillon existe, mais il ne condnit à aucun trou ; il n’y a pas d’ouverture nasale extérieure.
2. Voyîz la page 326 du II® volume et la note de cette page. — Ces vues sur la prédominance relatire des divers sens dans les diverses classes sont au nombre des plus belles de Buffon. — « Ses idées concernant l’influence qu’exercent la délicatesse et le degré de développe- 'I menî de chaque organe sur la nature des diverses espèces sont des idées de génie qui feront « désormais la base de l’histoire naturelle philosophique, et qui ont rendu tant de services à « l’art des méthodes qu’elles doivent faire pardonner à leur auteur le mal qu’il a dit de cet art.»
Cuvier. )
SUR LA NATURE DES OISEAUX. I'
des oiseaux retiennent et répètent des sons et des suites de sons, et nième la parole; on le voit par le plaisir qu’ils trouvent à chanter continuellenient, à gazouiller sans cesse, surtout lorsqu’ils sont le plus heureux, c’està-dire dans le temps de leurs amours; ils ont les organes de l’oreille et de la voix plus souples et plus puissants; ils s’en servent aussi beaucoup plus que les animaux quadrupèdes, La plupart de ceux-ci sont fort silencieux , et leur voix, qu’ils ne font entendre que rarement, est presque toujours désagréable et rude; dans celle des oiseaux, on trouve de la douceur, de l’agrément, de la mélodie; il y a quelques espèces dont , à la vérité, la voix paraît insupportable, surtout en la comparant à celle des autres, mais ces espèces sont en assez petit nombre, et ce sont les plus gros oiseaux que la nature semble avoir traités comme les quadrupèdes, en ne leur donnant pour voix qu’un seul ou plusieurs cris, qui paraissent d’autant plus rauques, plus perçants et plus forts, qu’ils ont moins de proportion avec la grandeur de l’animal; un paon, qui n’a pas la centième partie du volume d’un bœuf, se fait entendre de plus loin ; un rossignol peut remplir de ses sons tout autant d’espace qu’une grande voix humaine : cette prodigieuse étendue, cette force de leur voix dépend en entier de leur conformation, tandis que la continuité de leur chant ou de leur silence ne dépend que de leurs affections intérieures : ce sont deux choses qu’il faut considérer à part.
L’oiseau a d’abord les muscles pectoraux beaucoup plus charnus et plus forts que l’homme ou que tout autre animal , et c’est par cette raison qu’il fait agir ses ailes avec beaucoup plus de vitesse et de force que l’homme ne peut remuer ses bras; et en même temps que les puissances qui font mouvoir les ailes sont plus grandes, le volume des ailes est aussi plus étendu, et la masse plus légère, relativement à la grandeur et au poids du corps de l’oiseau ; de petits os vides et minces*, peu de chair, des tendons fermes et des plumes avec une étendue souvent double, triple et quadruple de celle du diamètre du corps, forment l’aile de l’oiseau, qui n’a besoin que de la réaction de l’air pour soulever le corps, et de légers mouvements pour le soutenir élevé. La plus ou moins grande facilité du vol, ses différents degrés de rapidité, sa direction même de bas en haut et de haut en
1. Les os des oiseaux sont non-seulement vides de moelle et minces, mais ils sont remplis d’air. (Voyez la note 2 de la page 373 du I" volume. ) — Les poumons des oiseaux sont percés de grands trous qui laissent passer l’air dans plusieurs poches ou sacs membraneux de la poitrine, du bas-ventre, des aisselles, et même de l’intérieur des os. Les os du tronc , des membres, etc. , sont percés de trous qui communiquent avec la poitrine et en reçoivent l’air. Si , sui' un oiseau mort, on pousse de l’air dans la trachée-artère, cet air soit par l'humérus, par le fémur, etc.; si on ponsse l’air dans l'humérus ou le fémur, il sort par la trachée-artère. 11 résulte de tout cela non-seulement que l’oiseau est plus léger, mais qu’il respire tout à la fois par les vaisseaux du poumon et par ceux du corps : il a une respiration double. « Deux « moineaux francs consomment autant d’air pur qu’un cochon d’Inde. » Lavoisier, Méin. de chimie, t. 1, p. 119.
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bas dépendent de la combinaison de tous les résultats de cette conformation. Les oiseaux dont l’aile et la queue sont plus longues et le corps plus petit sont ceux qui volent le plus vile et le plus longtemps; ceux au contraire qui, comme l’outarde, le casoar ou l’autruche, ont les ailes et la queue courtes, avec un grand volume de corps, ne s’élèvent qu’avec peine, ou même ne peuvent quitter la terre.
La force des muscles, la conformation des ailes, l’arrangement des plumes et la légèreté des os, sont les causes physiques de l’effet du vol, qui paraît fatiguer si peu la poitrine de l’oiseau , que c’est souvent dans ce temps même du vol qu’il fait le plus retentir sa voix par des cris continus; c’est que, dans l’oiseau, le thorax avec toutes les parties qui en dépendent ou qu’il contient, est plus fort ou plus étendu à l’intérieur et à l’extérieur qu’il ne l’est dans les autres animaux; de même que les muscles pectoraux placés à l’extérieur sont plus gros, la trachée-artère est plus grande et plus forte, elle se termine ordinairement au-dessous en une large cavité* qui multiplie le volume du son. Les poumons, plus grands, plus étendus que ceux des quadrupèdes, ont plusieurs appendices qui forment des poches, des espèces de réservoirs d’air qui rendent encore le corps de l’oiseau plus léger, en même temps qu’ils fournissent aisément et abondamment la substance aérienne qui sert d’aliment à la voix. On a vu, dans l’histoire de l’ouarine, qu’une assez légère différence, une extension de plus dans les parties solides de l’organe, donne à ce quadrupède, qui n’est que d’une grandeur médiocre, une voix si facile et si forte, qu’il la fait retentir jtresque continuellement à plus d’une lieue de distance , quoique les poumons soient conformés comme ceux des autres animaux quadrupèdes; à plus grande raison, ce même effet se trouve dans l’oiseau où il y a un grand appareil dans les organes qui doivent produire les sons, et où toutes les parties de la poitrine paraissent être formées pour concourir à la force et à la durée de la voix “.
a. Daos la plupart des oiseaux de rivière , qui out la voix très-forte , la trachée résonne ; c’est que la glotte est placée au bas de la trachée , et non pas au haut comme dans l’homme. Coll, Acad. Part. Fr., t. I, p. 496. — Il en est de môme dans le coq. Hist. de l’Acad., t. II. p. 7. — Dans les oiseaux , et spécialement dans les canards et autres oiseaux de rivière , les organes de la voix consistent en un larynx interne , à l’endroit de la bifurcation de la trachéeartère; en deux anches membraneuses, qui communiquent par le bas à l’origine des deux premières branches de la trachée; en plusieurs membranes sémi-lunaires , disposées les unes au-dessus des atUres , dans les principales branches du poumon charnu , et qui ne remplissent que la moitié de leur cavité , laissant à l’air un libre passage par l’autre demi-cavité ; en i’autrcs membranes disposées en différents sens, soit dans la partie moyenne, soit dans la jarlie inférieure de la trachée; enfin, en une membrane plus ou moins solide, située presque
1. « La trachée des oiseaux a ses anneaux entiers : à sa bifurcation est une glotte le plus « souvent pourvue de muscles propres , et nommée larynx inférieur ; c’est là que se forme la « voix des oiseaux; l’énorme volume d’air, contenu dans les sacs aériens , contribue à la force a de cette voix , et la trachée , par ses diverses formes et par ses mouvements , à ses modiüca- « lions. Le larynx supérieur, fort simple, y entre pour peu de chose.» (Cuvier.)
SUR LA NATURE DES OISEAUX
II me semble qu’on peut démontrer, par des faits combinés, que la voix des oiseaux est non-seulement plus forte que celle des quadrupèdes, relalivemeut au volume de leur corps, mais même absolument, et sans y faire entrer ce rapport de grandeur : communément les cris de nos quadrupèdes domestiques ou sauvages ne se font pas entendre au delà d’un quart ou d’un tiers de lieue, et ce cri se fait dans la partie de l’atmosphère la plus dense*, e’est-à-dire la plus propre à propager le son; au lieu que la voix des oiseaux qui nous parvient du haut des airs se fait dans un milieu plus rare, et où il faut une plus grande force pour produire le même effet. On sait, par des expériences faites avec la machine pneumatique, que le son diminue à mesure que l’air devient plus rare; et j’ai reconnu, par une observation que je crois nouvelle, combien la différence de cette raréfaction influe en plein air. J’ai souvent passé des jours entiers dans les forêts, où l’on est obligé de s’appeler de loin et d’écouter avec attention pour entendre le son du cor et la voix des chiens ou des hommes; j’ai remarqué que dans le temps de la plus grande chaleur du jour, c’est-à-dire depuis dix heures jusqu’à quaire, on ne peut entendre que d’assez près les mêmes voix, les mêmes sons que l’on entend de loin le malin, le soir, et surtout la nuit, dont le silence ne fait rien ici, parce qu’à l’exception des cris de quelques reptiles ou de quelques oiseaux nocturnes, il n’y avait pas le moindre bruit dans ces forêts; j’ai de plus observé qu’à toutes les heures du jour et de la nuit on entendait plus loin en hiver par la gelée que par le plus beau temps de toute autre saison. Tout le monde peut s’assurer de la vérité de cette observation, qui ne demande, pour être bien faite, que la simple attention de choisir les jours sereins et calmes, pour que le vent ne puisse déranger le rapport que nous venons d’indiquer dans la propagation du son; il m’a souvent paru que je ne pouvais entendre à midi que de six cents pas de distance la même voix que j’entendais de douze ou quinze cents à six heures du matin ou du soir, sans pouvoir attribuer cette grande différence à d’autre cause qu’à la raréfaction de l’air plus grande à midi, et moindre le soir ou le matin ; et puisque ce degré de raréfaction fait une différence de plus de moitié sur la distance à laquelle peut s’étendre le son à la surface de la terre, c’est-à-dire dans la partie la plus basse et la plus dense de l’atmosphère, qu’on juge de combien doit être la perte du son clans les parties supérieures où l’air devient plus rare à mesure qu’on s’élève et dans une proportion bien plus grande que celle de la raréfaction causée par la chaleur du jour! Les oiseaux dont nous entendons la
transversaiement entre les deux branches de la lunette, laquelle termine une cavité qui se rencontre constamment à la partie supérieure et interne de la poitrine. Mém. de l’Acad. des Sciences, année 1733, p. 290.
1. L’intensité avec laquelle le son se transmet dans l’air, ou dans un gaz quelconque, est d'autant plus faible que la densité de ce gaz est moindre.
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voix d’en haut, et souvent sans les apercevoir, sont alors élevés à une hauteur égale à trois mille quatre cent trente-six fois leur diamètre, puisque ce n’est qu’à cette distance que l’œil humain cesse de voir les objets. Supposons donc que l’oiseau avec ses ailes étendues fasse un objet de quatre pieds de diamètre, il ne disparaîtra qu’à la hauteur de treize mille sept cent quarante-quatre pieds ou de plus de deux mille toises; et si nous supposons une troupe de trois ou quatre cents gros oiseaux, tels que des cigognes, des oies, des canards, dont quelquefois nous entendons la voix avant de les apercevoir, l’on ne pourra nier que la hauteur à laquelle ils s’élèvent ne soit encore plus grande, puisque la troupe, pour peu qu’elle soit serrée, forme un objet dont le diamètre est bien plus grand. Ainsi l’oiseau en se faisant entendre d’une lieue du haut des airs, et produisant des sons dans un milieu qui en diminue l’intensité ' et en raccourcit de plus de moitié la propagation, a par conséquent la voix quatre fois plus forte que l’homme ou le quadrupède, qui ne peut se faire entendre à une demi-lieue sur la surface de la terre; et cette estimation est peut-être plus faible que trop forte, car, indépendamment de ce que nous venons d’exposer, il y a encore une considération qui vient à l’appui de nos conclusions, c’est que le son rendu dans le milieu des airs doit, en se propageant, remplir une sphère dont l’oiseau est le centre, tandis que le son produit à la surface de la terre ne remplit qu’une demi-sphère, et que la partie du son qui se réfléchit contre la terrre aide et sert à la propagation de celui qui s’étend en haut et à côté; c’est par cette raison qu’on dit que la voix monte, et que de deux personnes qui se parlent du haut d’une tour en bas, celui qui est au-dessus est forcé de crier beaucoup plus haut que l’autre, s’il veut s’en faire également entendre.
Et à l’égard de la douceur de la voix et de l’agrément du chant des oiseaux, nous observerons que c’est une qualité en partie naturelle et en partie acquise : la grande facilité qu’ils ont à retenir et répéter les sons fait que non-seulement ils en empruntent les uns des autres, mais que souvent ils copient les inflexions, les tons de la voix humaine et de nos instruments. N’est-il pas singulier que dans tous les pays peuplés et policés, la plupart des oiseaux aient la voix charmante et le chant mélodieux, tandis que dans l’immense étendue des déserts de l’Afrique et de l’Amérique, où l’on n’a trouvé que des hommes sauvages, il n’existe aussi que des oiseaux criards, et qu’à peine on puisse citer quelques espèces dont la voix soit douce et le chant agréable? doit-on attribuer celte différence à la seule influence du climat? l’excès du froid et du chaud produit, à la vérité, des qualités excessives dans la nature des animaux, et se marque souvent à l’extérieur par des caractères durs et par des couleurs fortes. Les quadrupèdes dont la