‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 5)Chapitre 70 sur 240 · QUI ONT RAPPORT AUX PIES-GRIECIIES, ETC · texte numérisé non relu

QUI ONT RAPPORT AUX PIES-GRIECIIES, ETC

des couleurs pour qu’on puisse la regarder comme une espèce voisine, qui n’en diffère guère que par les caractères de celte huppe et du bec qui est un peu plus gros.

LES OISEAUX DE PROIE NOCTURNES

Les yeux de ces oiseaux sont d’une sensibilité si grande qu’ils paraissent être éblouis par la clarté du jour, et entièrement offusqués par les rayons du soleil : il leur faut une lumière plus douce, telle que celle de l’aurore naissante ou du crépuscule tombant; c’est alors qu’ils sortent de leurs retraites pour chasser, ou plutôt pour chercher leur proie, et ils font celte quête avec grand avantage; car ils trouvent dans ce temps les autres oiseaux et les petits animaux endormis ou prêts à l’être : les nuits où la lune brille sont pour eux les beaux jours, les jours de plaisir, les jours d’abondance, pendant lesquels ils chassent plusieurs heures de suite et se pourvoient d’amples provisions; les nuits où la lune fait défaut sont beaucoup moins heureuses, ils n’ont guère qu’une heure le soir et une heure le matin pour chercher leur subsistance; car il ne faut pas croire que la vue de ces oiseaux, qui s’exerce si parfaitement à une faible lumière, puisse se passer de toute lumière, et qu’elle perce en effet dans l’obscurité la plus profonde; dès que la nuit est bien close ils cessent de voir, et ne diffèrent pas à cet égard des autres animaux, tels que les lièvres, les loups, les cerfs, qui sortent le soir des bois pour repaître ou chasser pendant la nuit : seulement ces animaux voient encore mieux le jour que la nuit; au lieu que la vue des oiseaux nocturnes est si fort offusquée pendant le jour qu’ils sont obligés de se tenir dans le même lieu sans bouger, et que, quand on les force à en sortir, ils ne peuvent faire que de très-petites courses, des vols courts et lents de peur de se heurter; les autres oiseaux, qui s’aperçoivent de leur crainte ou de la gêne de leur situation, viennent à Tenvi les insulter: les mésanges, les pinsons, les rouges-gorges, les merles, les geais, les grives, etc., arrivent à la file : l’oiseau de nuit perché sur une branche, immobile, étonné, entend leurs mouvements, leurs cris qui redoublent sans cesse, parce qu’il n’y répond que par des gestes bas, en tournant sa tête, ses yeux et son corps d’un air ridicule; il se laisse même assaillir et frapper sans se défendre; les plus petits, les plus faibles de ses ennemis sont les plus ardents à le tourmenter, les plus opiniâtres à le huer : c’est sur cette espèce de jeu de moquerie ou d’antipathie naturelle qu’est fondé le petit art de la pipée; il suffît de placer un oiseau nocturne ou même d’en contrefaire la voix pour faire arriver les oiseaux à l’endroit où l’on a tendu les

• Strix (Linn. ). — Ordre des Oiseaux de proie, famille des Nocturnes (Cuv.).

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gluaux “ : il faut s’y prendre une heure avant la fin du jour pour que cette chasse soit heureuse; car si l’on attend plus tard, ces mêmes petits oiseaux qui viennent pendant le jour provoquer l’oiseau de nuit avec autant d’audace que d’opiniâtreté, le fuient et le redoutent dès que l’obscurité lui permet de se mettre en mouvement et de déployer ses facultés.

Tout cela doit néanmoins s’entendre avec certaines restrictions qu’il est bon d’indiquer : 1“ toutes les espèces de hiboux et de chouettes ne sont pas également offusquées par la lumière du jour; le grand duc voit assez clair pour voler et fuir à d’assez grandes distances en plein jour; la chevêche, ou la plus petite espèce de chouettes, chasse, poursuit et prend des petits oiseaux longtemps avant le coucher et après le lever du soleil. Les voyageurs nous assurent que le grand duc ou hibou de l’Amérique septentrionale * prend les gélinottes blanches en plein jour, et même lorsque la neige en augmente encore la lumière ; Belon dit très-bien dans son vieux langage*^ que quiconque prendra garde à la vue de ces oiseaux, ne la trouvera pas si imbécile qu’on la crie; 2" il paraît que le hibou commun ou moyen duc voit plus mal que le scops ou petit duc, et que c’est de tous les hiboux celui qui est le plus offusqué par la lumière du jour, comme le sont aussi le chat-huant, l’effraie et la hulotte; car on voit les oiseaux s’attrouper également pour les insulter à la pipée; mais avant de donner les faits qui ont rapport à chaque espèce en particulier, il faut en présenter les distinctions générales.

On peut diviser en deux genres principaux les oiseaux de proie nocturnes, le genre du hibou et celui de la chouette, qui contiennent chacun plusieurs espèces différentes ; le caractère distinctif de ces deux genres, c’est que tous les hiboux ont deux aigrettes de plumes en forme d’oreilles, droites de chaque côté de la tête'*, tandis que les chouettes ont la tête arrondie sans aigrettes et sans aucunes plumes proéminentes®; nous réduirons à trois les espèces contenues dans le genre du hibou. Ces trois espèces sont : 1“ le duc ou grand duc; 2° le hibou ou moyen duc ; 3° le scops ou

a. Cette espèce de chasse était connue des anciens ; car Aristote l’indique clairement dans les termes suivants : « Die cæteræ aviculæ omnes noctuam circumvolant , quod mirari vocatur, U advolantesque percutiunt. Qua propter eâ constitutà avicularum généra et varia multa « capiunt. » Ilist. anim. , lib. ix, cap. i.

b. Voyage à la baie d’Hudson , t. I , p. 56.

c. Belon, Hist. nat. des oiseaux, page 133. — Nota. C’est en effet avec cette restriction qu'on doit entendre ce que disent à cet ég ird la plupart des écrivains , et entre autres Schwenckt'eld: « Noctu perspicacissimè videntes, diu cœcutientes. » Theriotrop. SU., p. 308.

d. Ces oiseaiLX peuvent remuer et faire baisser ou élever ces aigrettes de plumes à volonté.

e. 11 parait que Pline avait remarqué cette différence générique , lorsqu’il dit : « Pennatoriun « animalium buboni tantùm et oto plumæ velut aures. » Lib. xi, cap. xxxvii. Et ailleurs : « Otus « bubone minor est, noctuis major, auribus plumeis eminentibus, unde etnomen illi; quidam « latinè asionem vocant. » Lib. x, cap. xxni. — Nota qu’il y a trois espèces de hiboux qui ont en effet des aigrettes de plumes , et que ces trois espèces sont le grand duc , bubo ; le moyen duc, olus; et le petit duc, asio , que Pline confond avec Voius.

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petit duc; mais nous ne pouvons réduire à moins de cinq les espèces du genre de la chouette, et ces espèces sont: 1° la hulotte ou huettc; 2° le chat-huant; 3“ l’effraie ou fresaie; 4° la chouette ou grande chevêche; 5“ la chevêche ou petite chouette : ces huit espèces se trouvent toutes en Europe et même en France; quelques-unes ont des variétés qui paraissent dépendre de la différence des climats; d’autres ont des représentants dans le nouveau continent; la plupart des hiboux et des chouettes de l’Amérique ne diffèrent pas assez de celles de l’Europe, pour qu’on ne puisse leur supposer une même origine.

Aristote fait mention de douze espèces d’oiseaux qui voient dans l’obscurité et volent pendant la nuit; et comme dans ces douze espèces il comprend l’orfraie et le telte-chèvre ou crapaud-volant sous les noms phinis et à'œgotilas , et trois autres sous les noms de capriceps, de chalets et de charadrios, qui sont du nombre des oiseaux pêcheurs et habitants des marais ou des rives des eaux et des torrents, il paraît qu’il a réduit à sept espèces tous les hiboux et toutes les chouettes qui étaient connus en Grèce de son temps; le hibou ou moyen duc, qu’il appelle ofus, précède et conduit, dit-il, les cailles lorsqu’elles partent pour changer de climat®, et c’est par cette raison qu’on appelle cet oiseau dux ou duc : l’étymologie me paraît sûre, mais le fait est plus qu’incertain ; il est vrai que les cailles, qui, lorsqu’elles partent en automne, sont surchargées de graisse, ne volent guère que la nuit, et qu’elles se reposent pendant le jour à l’ombre pour éviter la chaleur, et que par conséquent on a pu s’apercevoir que le hibou accompagnait ou précédait quelquefois ces troupes de cailles; mais il ne paraît par aucune observation, par aucun témoignage bien constaté, que le hibou soit, comme la caille, un oiseau de passage; le seul fait que j’aie trouvé dans les voyageurs qui aille à l’appui de cette opinion, est dans la préface de ÏEistoire naturelle de la Caroline par Catesby; il dit : « qu’à « vingt-six degrés de latitude nord, à peu près entre les deux continents « d’Afrique et d’Amérique, c’est-à-dire à six cents lieues environ de l’un « et de l’autre, il vit en allant à la Caroline un hibou au-dessus du vaisseau « où il était, ce qui le surprit d’autant plus, que ces oiseaux ayant les ailes « courtes ne peuvent voler fort loin, et sont aisément lassés par les enfants, « ce qui arrive tout au plus à la troisième volée; il ajoute que ce hibou « disparut après avoir fait des tentatives pour se reposer sur le vais- « seau \ »

On peut dire en faveur du fait que tous les hiboux et toutes les chouettes n’ont pas les ailes courtes, puisque dans la plupart de ces oiseaux elles s’étendent au delà de l’extrémité de la queue, et qu’il n’y a que le grand

a. « Cùm coturnices adeunt loca, siaeducibus pergunt; atcùmhinc abeunt, ducibus lingu- « laça, oto et matrice proflciscuntur. » Aristote , Hist. anim., lib. vin , cap. xii.

b. Hist. nal. de la Caroline, par M. Catesby. Préface, p. 7.

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duc et le scops ou petit duc, dont les ailes, lorsqu’elles sont pliées, n’arrivent pas jusqu’au bout de la queue; d’ailleurs on voit, ou plutôt on entend tous ces oiseaux faire d’assez longs vols en criant; dès lors il semble que la puissance de voler au loin pendant la nuit leur appartient aussi bien qu’aux autres, mais que n’ayant pas d’aussi bons yeux, et ne voyant pas de loin, ils ne peuvent se former un tableau d’une grande étendue de pays*, et que c’est par cette raison qu’ils n’ont pas, comme la plupart des autres oiseaux, l’instinct des migrations, qui suppose ce tableau pour se déterminer à faire de grands voyages ; quoi qu’il en soit , il paraît qu’en général nos hiboux et nos chouettes sont assez sédentaires : on m’en a apporté de presque toutes les espèces, non-seulement en été, au printemps, en automne, mais même dans les temps les plus rigoureux de l’hiver ; il n’y a que le scops ou petit duc qui ne se trouve pas dans cette saison; et j’ai été en effet informé que cette petite espèce de hibou part en automne et arrive au printemps : ainsi ce serait plutôt au petit duc qu’au moyen duc qu’on pourrait attribuer la fonction de conduire les cailles; mais, encore une fois, ce fait n’est pas prouvé, et de même je ne sais pas sur quoi peut être fondé un autre fait avancé par Aristote, qui dit que le chat-huant [gluux, noctua, selon son interprète Gaza“), se cache pendant quelques jours de suite, car on m’en a apporté, dans la plus mauvaise saison de l’année, qu’on avait pris dans les bois ; et si l’on prétendait que le mot glaiix, noctua indique ici l’effraie, le fait serait encore moins vrai; car à l’exception des soirées très-sombres et pluvieuses, on l’entend tous les jours de l’année souffler et crier à l’heure du crépuscule.

Les douze oiseaux de nuit, indiqués par Aristote, sont : hyas, otos, scops, phinis, œgotilas, eleos, nycticorax, œgolios, glaux, charadrios, chalcis, œgocephalos ; traduits en latin par Théodore Gaza :

Biibo, otus, asio , ossifvaga, caprimiilgus , aluco, ciciinia (ou cicuma ou ulula), ulula, noctua, charadrius, chalcis, capriceps ; cru devoir interpréter en français les neuf premiers comme il suit :

Le duc ou grand duc, le hibou ou moyen duc, le petit duc, Y orfraie, le tette-chèvre ou crapaud volant , Y effraie ou fresaie, la hulotte, la chouette ou grande chevêche, le chat huant.

Tous les naturalistes et les littérateurs conviendront aisément avec moi : 1“ que le byas des Grecs, bubo des Latins, est notre duc ou grand duc; 2“ que Y otos des Grecs, otus des Latins, est notre hibou ou moyen duc; 3“ que le scops des Grecs, asio des Latins, est notre petit-duc; 4“ que le

a. « Paucis quibusdam diebus (â'/auæ) noctua latet. » Aristote, Hist. anim., lib. viii, cap. XVI.

1 . Buffon semble caractériser ici , au sens physique , ce pouvoir qu’il a eu , et que personne n’a jamais eu à un aussi haut degré que lui, de se former, par les yeux de l’esprit, des tableaux d'une grande étendue.

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pkinis des Grecs, ossifraga des Latins, est notre orfraie ou grand aigle de mer; 5° que Vœgotilas des Grecs, coprimulgus des Latins, est notre tettechèvre ou crapaud volant; 6" que Veleos des Grecs, aluco des Latins, est notre effraie ou fresaie ; mais ils me demanderont en même temps par quelle raison je prétends que le glaux est notre chat-huant, le nycticorax notre hulotte, et Yœgolios notre chouette, ou grande chevêche, tandis que tous les interprètes et tous les naturalistes qui m’ont précédé ont attribué le nom œgolios à la hulotte, et qu’ils sont forcés d’avouer qu’ils ne savent à quel oiseau rapporter celui de nycticorax, non plus que ceux du charadrios, du chalcis et du capriceps, et qu’on ignore absolument quels peuvent être les oiseaux désignés par ces noms; et, enfin, ils me reprocheront que c’est mal à propos que je transporte aujourd’hui le nom de glaux au chat-huant, tandis qu’il appartient de tout temps, c’est-à-dire du consentement de tous ceux qui m’ont précédé, à la chouette ou grande chevêche, et même à la petite chouette ou chevêche proprement dite, comme à la grande.

Je vais leur exposer les raisons qui m’ont déterminé, et je les crois assez fondées pour les satisfaire et pour éclaircir l’obscurité qui résulte de leurs doutes et de leurs fausses interprétations. De tous les oiseaux de nuit dont nous avons fait l’énumération, le chat-huant est le seul qui ait les yeux bleuâtres, et la hulotte la seule qui les ait noirâtres; tous les autres ont l’iris des yeux d’un jaune couleur d’or, ou du moins couleur de safran. Or les Grecs, dont j’ai souvent admiré la justesse de discernement et la précision des idées par les noms qu’ils ont imposés aux objets de la nature, et qui sont toujours relatifs à leurs caractères distinctifs et frappants, n’auraient eu aucune raison de donner le nom glaux [glaucus], vert de mer ou bleuâtre , à ceux de ces oiseaux qui n’ont rien de bleuâtre, et dont les yeux sont noirs ou orangés ou jaunes; et ils auront avec fondement imposé ce nom à l’espèce de ces oiseaux, qui, parmi toutes les autres, est la seule en effet qui ait les yeux de cette couleur bleuâtre; de même ils n’auront pas appelé nycticorax, c’est-à-dire corbeau de nuit, des oiseaux qui ayant les yeux jaunes ou bleus, et le plumage blanc ou gris, n’ont aucun rapport au corbeau, et ils auront donné avec juste raison ce nom à la hulotte, qui est la seule de tous ces oiseaux nocturnes qui ait les yeux noirs et le plumage aussi presque noir, et qui de plus approche du corbeau plus qu’aucun autre par sa grosseur.

Il y a encore une raison de convenance qui ajoute à la vraisemblance de mon interprétation, c’est que le nycticorax chez les Grecs, et même chez les Hébreux, était un oiseau commun et connu, puisqu’ils en empruntaient des comparaisons [sicut nycticorax in domicilio) -, il ne faut pas s’imaginer, comme le croient la plupart de ces littérateurs, que ce fût un oiseau si solitaire et si rare qu’on ne puisse aujourd’hui en retrouver l’es-

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pèce : la hulotte est partout assez commune; c’est de toutes les chouettes la plus grosse, la plus noire et la plus semblable au corbeau; toutes les autres espèces en sont absolument différentes; je crois donc que cette observation, tirée de la chose même, doit avoir plus de poids que l’autorité de ces commentateurs, qui ne connaissent pas assez la nature pour en bien interpréter l’histoire.

Or le (jlaux étant le chat-huant, ou, si l’on veut, la chouette aux yeux bleuâtres, et le nycticorax étant la hulotte ou chouette aux yeux noirs , Vœgolios ne peut être autre que la chouette aux yeux jaunes : ceci mérite encore quelque discussion.

Théodore Gaza traduit le mot nycticorax, d’abord par cicuma, ensuite par ulula, et enfin par cette dernière interprétation n’est vraisem-

blablement qu’une faute des copistes, qui de cicuma ont fait cicunia; car Festus, avant Gaza, avait également traduit nycticorax par cicuma, et Isidore par cecuma, et quelques autres par cecua : c’est même à ces noms qu’on pourrait rapporter l’étymologie des mots zueta en italien , chouette en français : si Gaza eût fait attention aux caractères du nycticorax, il s’en serait tenu à sa seconde interprétation ulula, et il n’eût pas fait double emploi de ce terme, car il eût alors traduit œgolios par cicuma; il me paraît donc, par cet examen comparé de ces différents objets et par ces raisons critiques, que le glaux est le chat-huant, le nycticorax la hulotte, et Vœgolios la chouette ou grande chevêche.

Il reste le charadrios, le chalcis et le capriceps. Gaza ne leur donne point de noms latins particuliers, et se contente de copier le mot grec et de les indiquer par charadrius , chalcis et capriceps : comme ces oiseaux sont d’un genre différent de ceux dont nous traitons, et que tous trois paraissent être des oiseaux de marais, et habitant le bord des eaux, nous n’en ferons pas ici plus ample mention; nous nous réservons d’en parler lorsqu’il sera question des oiseaux pêcheurs, parmi lesquels il y a, comme dans les oiseaux de proie, des espèces qui ne voient pas bien pendant le jour, et qui ne pêchent que dans le temps où les hiboux et les chouettes chassent, c’est-à-dire lorsque la lumière du jour ne les offusque plus; en nous renfermant donc dans le sujet que nous traitons, et ne considérant à présent que les oiseaux du genre des hiboux et des chouettes, je crois avoir donné la juste interprétation des mots grecs qui les désignent tous; il n’y a que la seule chevêche ou petite chouette dont je ne trouve pas le nom dans cette langue. Aristote n’en fait aucune mention nulle part , et il y a grande apparence qu’il n’a pas distingué cette petite espèce de chouette de celle du scops ou petit duc, parce qu’elles se ressemblent en effet par la grandeur, la forme, la couleur des yeux, et qu’elles ne diffèrent essentiellement que par la petite plume proéminente que le scops porte de chaque côté de la tête, et dont la chevêche ou petite chouette est dénuée; mais toutes ces dilfé-

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rences particulières seront exposées plus au long dans les articles suivants

Aldrovande remarque avec raison que la plupart des erreurs en histoire naturelle sont venues de la confusion des noms, et que dans celle des oiseaux nocturnes on trouve l’obscurité et les ténèbres de la nuit ; je crois que ce que nous venons de dire pourra les dissiper en grande partie. Nous ajouterons, pour achever d’éclaircir cette matière, quelques autres remarques : le nom ule, eule en allemand , owl, houlel en anglais , huelte, hulote en français, vient du latin ulula, et celui-ci vient du cri de ces oiseaux nocturnes de la grande espèce; il est très-vraisemblable, comme le dit M. Frisch, qu’on n’a d’abord nommé ainsi que les grandes espèces de chouettes, mais que les petites leur ressemblant par la forme et par le naturel, on leur a donné le même nom, qui dès lors est devenu un nom général et commun à tous ces oiseaux : delà la confusion à laquelle on n’a qu’imparfaitement remédié en ajoutant à ce nom général une épithète prise du lieu de leur demeure, ou de leur forme particulière, ou de leurs diffé-

1. Buffon Tient d’exposer son opinion sur les oiseaux de nuit, connus d’Aristote. Voici celle de Cuvier. « Aristote ayant été plus exact que Pline sur ce sujet , et Buffon l’ayant assez mal a interprété ( on voit que Cuvier traite un peu Buffon comme Buffon traitait Linné)

« Aristote (liv. viii, ch. ni ) compte six espèces d’oiseaux nocturnes à ongles crochus, savoir ; « le nycticorax, le glaux, le hyas, Veleos, Vægolios et le seo’ps; il nomme et décrit ensuite tVotus (liv. VIII, ch. XII ), mais en disant que ce nom est synonyme de nycticorax, ce qui « explique pourquoi U ne Ta pas compris dans sa première énumération. Le hyas ressemble au « glaux pour la forme, mais il est de la taille de l’aigle ; ce ne peut donc être que le grand « duc {strix bubo. Linn.). L’otus ou nycticorax ressemble aussi au glaux; il a des aigrettes « sur la tête. C’est un oiseau bouffon et imitateur. 11 est voyageur et accompagne les cailles à « leur départ. Cette double comparaison du byas et de Totus avec le glaux doit faire penser que « le glaux est aussi une chouette à aigrettes, mais plus commune que les deux autres. Si « nous regardons Lotus, on le nycticorax, comme notre moyen duc ( strix otus. Linn. ) , ainsi « que ses aigrettes et sa qualité d’oiseau voyageur peuvent nous y déterminer, le glaux se « trouvera notre chevêche ou chouette commune ( strix brachyotus. Gmel. ) , dont le mâle a « aussi de petites aigrettes. L’eleos est plus grand que le coq : ce doit être la hulotte ( strix « aluco. Linn.) ou le chat-huant [strix stridula. Linn.), qui ne sont, comme on le sait « maintenant , que les deux sexes d’une même espèce : cet oiseau est plus grand que le moyen a duc. Le scops est plus petit que le glaux ou chevêche : le choix de cet objet de comparaison « peut faire croire que c’était aussi un strix à aigrettes et à petites aigrettes ; d’ailleurs « Alexandre Myndien le dit positivement dans Athénée (liv. ix, p. m. 392) , ce qui est répété (t dans Élien ( liv. xv, ch. xxviii ) , et ainsi ce ne peut être, comme la plupart des naturalistes le !( croient, que le petit duc ( strix scops. Linn. ). Mais Aristote ( liv. ix, ch. xxviii) dit qu’il y a « deux sortes de scops : les uns, qui restent toute l’année dans le pays et que Ton ne peut man- « ger; les autres, qui ne paraissent qu’en automne, qui n’ont pas de voix et qui sont gras et « bons à manger. Les mêmes choses se retrouvent dans Athénée (liv. ix, p. 392 ). Or, il y a un « oiseau très-voisin du petit duc et qui en a les mœurs, c’est le strix passerina, Linn., « nommé ensuite strix acadica (Nauman, pl. xliii , fig. 1 et 2) ; il crie fortement kirr, Mrr, « et on Ta trouvé en toute saison, quoique rarement, en Allemagne, en Pologne, en Hongrie. « Au contraire, le petit duc n’a pas de voix et voyage en grandes troupes, se portant vers le (I nord au printemps et vers le midi en automne. C’est ce dernier qui est la seconde espèce de « scops d’Aristote, et sa première espèce sera le strix passerina; mais je ne sache pas qu’au- II jourd’hui personne mange ni de l’un ni de l’autre. Tous les deux ont des mouvements variés

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renls cris; par exemple, stein-eule en allemand, chouelte des rochers, qu est notre chouette ou grande chevêche; Jcircli-eule en allemand, churchow en anglais, chouette des églises ou des clochers en français, qui est notn effraie, qu’on a aussi appelée schleyer-eule, chouette voilée, perl-eule chouette perlée ou marquée de petites taches rondes; ohr-eule en allemand horn-owl en anglais, chouette ou hibou à oreilles en français, qui est notn hibou ou moyen duc; knapp-eule, chouelte qui fait avec son bec le brui que l’on fait en cassant une noisette, ce qui néanmoins ne peut désigne! aucune espèce particulière, puisque toutes les grosses espèces de hiboux e de chouettes font ce même bruit avec leur bec; le nom biibo que les Latin ont donné à la plus grande espèce de hibou , c’est-à-dire au grand duc vient du rapport de son cri avec le mugissement du bœuf; et les Allemand ont désigné le nom de l’animal par le cri même, uhu {ou hou) , pu/n [poiihou).

Les trois espèces de hiboux et les cinq espèces de chouettes , que noir

« et bouffons, plus encore que les autres oiseaux de nuit , et répondent par conséquent très-biei « à ce qn’Athcnée et Pline disent des mouvements et des danses des scops.

« 11 reste à savoir ce que c’est que l’ægolios ; or, il ne nous reste qu’une espèce à laquelle c « nom puisse s’appliquer : c’est l’effraie ( strix flammea. Linn. ). L’cegülios égale le coq « ainsi c’est l’espèce la plus grande après l’eleos ( liv. viii , ch. m ) ; de plus, elle habite le « rochers et les cavernes ( liv. ix , ch. xvii ) , ce qui convient à l’effraie. Il se trouverait ains « qu’Aristote aurait connu tous nos oiseaux de proie nocturnes, excepté peut-être la petite che- « vèche ( slrix noctua ) et le slrix tengmalmi ; mais nos meilleurs naturalistes ont eux-mème « très-mal connu ces espèces. Je n’ai pas fait entrer non plus en ligne de compte le grand dU' « à oreilles courtes, slrix ascalaphus de Savigny, parce qu’il est si rare en Europe qu’il n’y ; « été mentionné qu’une fois ( Zool. brit., pl. B ii ).

« Gaza rend nycticorax par cicuma; glaux par noctua; byas par bubo; eleos par aluco; ægo « liûs par ulula, et scops par asio. Sur ce dernier point il parait avoir tort , car nous voyon « par Pline ( liv. x , ch. xxxni ) qu’as/o est le synonyme latin d’obus, et que Totus est plus peti « que le bubo et plus grand que le noctua et a des aigrettes éminentes, ce qui répond au moyei « duc ( strix ûtus. Linn. ) , c’est-à-dire, selon nous, à Lotus ou nycticorax. Nous voyon « même que, dans un autre endroit, liv. xxix, ch. vi, il doit l’avoir entendu du grand duc « noctuarum id genus maximum, qutbus pluma, aurium modo, micat. Ainsi le scops est d' « toutes les espèces celle à qirile nom d’asio convenait le moins. Mais Gaza aurait bien tradui « glaux par noclua. L’ulula, en supposant son nom formé par onomatopée, devrait être 1; « hulotte ( strix aluco. Linn. ) , dont le cri est hu-hu-hu-hu ; ce serait donc le nom latin di « l’eleos.

« Le nom de cicuma, qu’on a, en plusieurs endroits, imprimé mal à propos cicunia et ciconia « et celui d’aluco, pris l’un dans Festus, l’autre dans Seivius, sur le vers 55 de la vine églogue di « Virgile, n’y sont accompagnés d’aucun caractère qui leur donne uu sens déterminé. La syno- « nymie suivante serait donc celle à laquelle ou arriverait , autant qu’en pareille matière oi « peut arriver à quelque chose de certain :

« Byas, bubo, le grand duc { strix bubo. Linn. ) ;

« Nycticorax ou otus, asio, le moyen duc ( slrix olus, Linii. ) ;

« Glaux, noctua, la chevêche ou duc à oreilles courtes ( strix brachyotos, Gmel. ) ;

« Scops, scops, le petit duc ( strix scops. Linn. ) ;

O Scops vocalis ( strix passerina. Linn. ) ;

« Eleos, ulula, la hulotte [slrix aluco. Linn. ) ;

a Ægolios, l’effraie [slrix pammea. Linn. ). » (Cuvier).

OISEAUX DE PROIE NOCTURNES

venons d'indiquer par des dénominations précises et par des caractères aussi précis, composent le genre entier des oiseaux de proie nocturnes ; ils diffèrent des oiseaux de proie diurnes : 1“ par le sens de la vue, qui est excellent dans ceux-ci, et qui paraît tort obtus dans ceux-là, parce qu’il est trop sensible et trop affecté de l’éclat de la lumière; on voit leur pupille, qui est très-large, se rétrécir au grand jour d’une manière différente de celle des chats; la pupille des oiseaux de nuit reste toujours ronde en se rétrécissant concentriquement, au lieu que celle des chats devient perpendiculairement étroite et longue; 2° par le sens de l’ouïe; il parait que ces oiseaux de proie nocturnes ont ce sens supérieur à tous les autres oiseaux, et peut-être même à tous les animaux, car ils ont, toute proportion gardée, les conques des oreilles bien plus grandes qu’aucun des animaux; il y a aussi plus d’appareil et de mouvement dans cet organe, qu’ils sont maîtres de fermer et d’ouvrir à volonté, ce qui n’est donné à aucun animal ; 3“ par le bec, dont la base n’est pas, comme dans les oiseaux de proie diurnes, couverte d’une peau lisse et nue, mais est au contraire garnie de plumes tournées en devant; et de plus ils ont le bec court et mobile dans ses deux parties comme le bec des perroquets®, et c’est par la facilité de ces deux mouvements qu’ils font si souvent craquer leur bec, et qu’ils peuvent aussi l’ouvrir assez pour prendre de très-gros morceaux que leur gosier aussi ample, aussi large que l’ouverture de leur bec, leur permet d’avaler tout entiers; 4" par les serres, dont ils ont un doigt anteirieur de mobile, et qu’ils peuvent à volonté retourner en arrière, ce qui leur donne plus de fermeté et de facilité qu’aux autres pour se tenir perchés sur un seul pied; 5“ par leur vol, qui se fait en culbutant lorsqu’ils sortent de leur trou, et toujours de travers et sans aucun bruit, comme si le vent les emportait : ce sont là les différences générales entre ces oiseaux de proie noeturnes et les oiseaux de proie diurnes, qui, comme l’on voit, n’ont, pour ainsi dire, rien de semblable que leurs armes, rien de commun que leur appétit pour la chair et leur goût pour la rapine.

LE DUC OU GRAND DUC

Les poêles ont dédié l’aigle à Jupiter, et le duc à Junon ; c’est en effet l’aigle de la nuit et le roi de cette tribu d’oiseaux qui craignent la lumière

a. « Utrumque rostrum sive mandibulæ ambæ mobiles sunt; insignesque superiori musculi « ab utràque parte dati qui illiid remoYeant adducautque ad inferius rostrum, reliclus adduc- « torum aller in mio latere ab occipite veniens tendiuosàexpansione in palato desinit. » Klein , de Avib. , p. S4.

* Strix bubo (Linn.). — Le grand duc (Cuv. ). — Ordre des Oiseaux de proie; famille des Nocturnes; genre Ducs ou Bubo (Cuv.).

LE DUC OU GRAiKD DUC,

du jour, et ne volent que quand elle s’éteint; le duc paraît être, au premiei coup d’œil, aussi gros, aussi fort que l’aigle commun; cependant il es réellement plus petit, et les proportions de son corps sont toutes différentes il a les jambes, le corps et la queue plus courtes que l’aigle, la tête beau coup plus grande, les ailes bien moins longues, l’étendue du vol ou l’en vergure n’étant que d’environ cinq pieds; on distingue aisément le duc; sa grosse figure, à son énorme tête , aux larges et profondes cavernes d^ ses oreilles, aux deux aigrettes qui surmontent sa tête et qui sont élevée de plus de deux pouces et demi; à son bec court, noir et crochu; à se grands yeux fixes et transparents; à ses larges prunelles noires et environ nées d’un cercle de couleur orangée; à sa face, entourée de poils, ou plutô de petites plumes blanches et décomposées qui aboutissent à une circonfé rence d’autres petites plumes frisées ; à ses ongles noirs, très-forts et très crochus; à son cou très-court, à son plumage d’un roux brun , taché d noir et de jaune sur le dos, et de jaune sur le ventre, marqué de tache noires et traversé de quelques bandes brunes mêlées assez confusément; ses pieds, couverts d’un duvet épais et de plumes roussâtres jusqu’au ongles®; enfin à son cri effrayant** //îu/mw, houhou, bouhou, pouhou, qu’i fait retentir dans le silence de la nuit, lorsque tous les autres animaux s taisent; et c’est alors qu’il les éveille, les inquiète, les poursuit et les enlève ou les met à mort pour les dépecer et les emporter dans les cavernes qi lui servent de retraite : aussi n’habite-t-il que les rochers ou les vieille tours abandonnées et situées au-dessus des montagnes; il descend raremer dans les plaines, et ne se perche pas volontiers sur les arbres, mais sur le églises écartées et sur les vieux châteaux. Sa chasse la plus ordinaire sor les jeunes lièvres, les lapins, les taupes, les mulots, les souris qu’il aval tout entières et dont il digère la substance charnue, vomit le poil % les os e

a. La femelle ne diffère du mâle, qu’en ce que les plumes sur le corps, les ailes et la queuf sont d’une couleur plus sombre.

b. Voici ce que rapporte M. Frisch au sujet des différents cris du pu/m, schuffut, ou gran duc, qu’il a longtemps gardé vivant. Lorsqu’il avait faim, dit cet auteur, il formait un so: assez semblable à celui qui exprime son nom (en allemand, puhu) pouhou; lorsqu’il entendai tousser ou cracher un vieillard, il commençait très-haut et très-fort, à peu près du ton d’u paysan ivre qui éclate en riant, et il faisait durer son cri ouhou ou pouhou, autant qu’il pou vait être de temps sans reprendre haleine; il m’a paru, ajoute M. Frisch, que cela arrivai lorsqu’il était en amour, et qu’il prenait ce bruit qu’un homme fait en toussant pour le cri d sa femelle : mais quand il crie par angoisse ou de peur, c’est un cri très-désagréable, très-fort et cependant assez semblable à celui des oiseaux de proie diurnes. (Traduit de l’allemand d Frisch , article du buho ou grand duc. )

c. J’ai eu deux fois, dit M. Frisch, des grands ducs vivants, et je les ai conservés long temps ; je les nourrissais de chair et de foie de bœuf, dont ils avalaient souvent de fort gro morceaux ; lorsqu’on jetait des souris à cet oiseau , il leur brisait les côtes et les autres os ave son bec, puis il les avalait l’une après l’autre, quelquefois jusqu’à cinq de sirite; au bout di quelques heures, les poils et les os se rassemblaient, se pelotonnaient dans son estomac par petite, masses, après quoi il les ramenait en haut , et les rejetait par le bec ; au défaut d’autre pâture il mangeait toute sorte de poissons de rivière, petits et moyens, et après avoir de même brisi

LE DUC OU GRAND DUC

la peau en pelotes arrondies; il mange aussi les chauves-souris, les serpents, les lézards, les crapauds, les grenouilles, et en nourrit ses petits; il chasse alors avec tant d’activité que son nid regorge de provisions ; il en rassemble plus qu’aucun autre oiseau de proie.

On garde ces oiseaux dans les ménageries à cause de leur figure singulière; l’espèce n’en est pas aussi nombreuse en France que celle des autres hiboux, et il n’est pas sûr qu’ils restent au pays toute l’année; ils y nichent cependant quelquefois sur des arbres creux, et plus souvent dans des cavernes de rochers ou dans des trous de hautes et vieilles murailles; leur nid a près de trois pieds de diamètre, et est composé de petites branches de bois sec entrelacées de racines souples et garni de feuilles en dedans : on ne trouve souvent qu’un œuf ou deux dans ce nid, et rarement trois; la couleur de ces œufs tire un peu sur celle du plumage de l’oiseau ; leur grosseur excède celle des œufs de poule : les petits sont très-voraces, et les pères et mères très-habiles à la chasse qu’ils font dans le silence et avec beaucoup plus de légèreté que leur grosse corpulence ne paraît le permettre; souvent ils se battent avec les buses, et sont ordinairement les plus forts et les maîtres de la proie qu’ils leur enlèvent; ils supportent plus aisément la lumière du jour que les autres oiseaux de nuit, car ils sortent de meilleure heure le soir et rentrent plus tard le matin. On voit quelquefois le duc assailli par des troupes de corneilles qui le suivent au vol et l’environnent par milliers; il soutient leur choc“, pousse des cris plus forts qu’elles et finit par les disperser, et souvent par en prendre quelqu’une lorsque la lumière du jour baisse : quoiqu’ils aient les ailes plus courtes que la plupart des oiseaux de haut vol ils ne laissent pas de s’élever assez haut, surtout à l’heure du crépuscule; mais ordinairement ils ne volent que bas et à de petites distances dans les autres heures du jour. On se sert du duc dans la fauconnerie pour attirer le milan ; on attache au duc une queue de renard pour rendre sa figure encore plus extraordinaire ; il vole à fleur de terre et se pose dans la campagne sans se percher sur aucun arbre; le milan, qui l’aperçoit de loin, arrive et s’approche du duc, non pas pour le combattre ou l’attaquer, mais comme pour l’admirer, et il se tient auprès de lui assez longtemps pour se laisser tirer par le chasseur, ou prendre par les oiseaux de proie qu’on lâche à sa poursuite ; la plupart des faisandiers tiennent aussi dans leur faisanderie un duc qu’ils mettent toujours en cage sur des juchoirs dans un lieu découvert, afin que les corbeaux

et pelotonné les arêtes dans son estomac, il les ramenait le long de son cou, et les rejetait par le Lee : il ne voulait point du tout boire, ce que j’ai observé de même de quelques oiseaux de proie diurnes. — Nota qu’à la vérité ces oiseaux peuvent se passer de boire , mais que cependant, quand ils sont à portée, ils boivent, en se cachant. Voyez, sur cela, l’article du jeanle-blanc.

a. « Fortissima avis sæpius valde tumultuatur inter millenarii numeri comices. » Klein , Avi., p. 54 et suiv.

Mi

LE DUC OU GRAND DUC

et les corneilles s’assemblent autour de lui, et qu’on puisse tirer et tuer ur plus grand nombre de ces oiseaux criards qui inquiètent beaucoup lei jeunes faisans j et pour ne pas effrayer les faisans on tire les corneilles ave( une sarbacane

On a observé, à l’égard des parties intérieures de cet oiseau, qu’il a 1î langue courte et assez large, l’estomac très-ample, l’œil enfermé dans uni tunique cartilagineuse en forme de capsule, et le cerveau recouvert d’um simple tunique* plus épaisse que celle des autres oiseaux, qui, comme le animaux quadrupèdes, ont deux membranes qui recouvrent la cervelle^

Il paraît qu’il y a dans cette espèce une première variété qui semble e\ renfermer une seconde ; toutes deux se trouvent en Italie et ont été indi quées par Aldrovandej on peut appeler l’un le duc aux ailes noires’’^, et I second le duc aux pieds nus le premier ne diffère en effet du grand du commun que par les couleurs qu’il a plus brunes ou plus noires sur le ailes, le dos et la queue; et le second, qui ressemble en entier à celui-c par ces couleurs plus noires, n’en diffère que par la nudité des jambes e des pieds qui sont très-peu fournis de plumes; ils ont aussi tous deux le jambes plus menues et moins fortes que le duc commun.

Indépendamment de ces deux variétés qui se trouvent dans nos climats il y en a d’autres dans des climats plus éloignés : le duc blanc de Laponie* marqué de taches noires, qu’indique Linnæus®, ne parait être qu’un variété produite par le froid du Nord ; on sait que la plupart des animaii quadrupèdes sont naturellement blancs ou le deviennent dans les pays très froids; il en est de même d’un grand nombre d’oiseaux : celui-ci qu’o, trouve dans les montagnes de Laponie est blanc, taché de noir, et ne diJ fère que par cette couleur du grand duc commun ; ainsi on le peut rappoi ter à cette espèce comme simple variété.

a. Voyez Friscli , à l’article du grand duc.

b. Vide Scluvenckfeld , Theriotrop. sil., p. 308. — Ceux qui voudront avoir des connaissance exactes sur la structure des parties intérieures des oiseaux de ce genre , les trouveront dans le observations 51 et 52 de Jean de Mur ilto : Éphémérides des curieux de la nature, ann. 1682; ( Coll. Acad., part, étrangère, t. III , p. 474 et 475.

c. Bubo noster. Aldrov., Avi., t. I , p. 508. — Grand duc aux ailes noires. Albin, t. III, p. î — Le grand duc d’Italie. Brisson, t. I, p. 482. — Le grand hibou cornu d’Athènes. Edwards Glanures , p. 37, pl. ccxxvii.

d. Bubo noster. Aldrov. Avi., t. I, p. 508. — Le grand duc déchaussé. Brisson, t. I, p. 48î

e. « Strix capite aurito, corpore albido. » Linnæus, Faun. Suec., n« 46. — Le grand duc d Laponie. Brisson, t. I , p. 486.

1. Le cerveau de cet oiseau est recouvert des mêmes trois membranes que celui des autre oiseaux et des quadrupèdes.

2. Le grand duc d’Italie : simple variété de notre grand duc.

3. Le véritable duc aux pieds nus est le grand duc de Ceylan {strix ceylanensis. Gmel.) : sc tarses sont nus jusqu’aux genoux.

4. Strix scandiaca (Linn.). — « On ne peut admettre le strix scandiaca de Linné, qui n « repose que sur mie figure laissée par Rudbek , et faite probablement d’après une variété di « grand duc.» (Cuvier.)

LE DUC OU GRAND DUC

Comme cet oiseau craint peu le chaud et ne craint pas le froid, on le trouve également, dans les deux continents, au nord et au midi, et nonseulement on y trouve l’espèce même, mais encore les variétés de l’espèce : le jacurutu du Brésil décrit par Marcgrave, est absolument le même oiseau que notre grand duc commun; celui qui nous a été apporté des terres Magellaniques, ne diffère pas assez du grand duc d’Europe pour en faire une espèce séparée*; celui qui est indiqué par l’auteur du Voyage à la baie d’Hudson, sous le nom de hibou couronné'^, et par M. Edvards sous le nom de duc de Virginie sont des variétés qui se trouvent en Amérique les mêmes qu’en Europe; car la différence la plus remarquable qu’il y ait entre le duc commun et le duc de la baie d’IIudson et de Virginie, c’est que les aigrettes partent du bec au lieu de partir des oreilles. Or on peut voir de même dans les figures des trois ducs, données par Aldrovande, qu’il n’y a que le premier, c’est-à-dire le duc commun, dont les aigrettes partent des oreilles; et que dans les autres, qui néanmoins sont des variétés qui se trouvent en Italie, les plumes des aigrettes ne partent pas des oreilles, mais de la base du bec, comme dans le duc de Virginie décrit par M. Edwards : il me paraît donc que M. Klein a prononcé trop légèrement lorsqu’il a dit que ce grand duc de Virginie était d’une espèce toute diffé-

a. « Jacurutu Brasiliensibus, Bufo Lusitanis, noctua est ; magnitudine æquat anseres : caput « habet rotundum instar felis ; rostrum aduncum nigrum , superiori parte longius : oculos « magnos, elatos, rotundos et splendentes instar crystalli, in quibus interius circulus flavus « versus extrema apparet; latitude oculorum aliquantô major grosso misnico; prope aurium « foramina plumas habet duos digitos longas, quæ instar aurium in acutum desinunt et attol- « luntur : cauda lata est , ncque alæ pertingunt ad illius extremitatem; crura pennis vestita « usque ad pedes, in quibus quatuor digiti, très anterius, unus posterius versus , atque in quo- (( libet unguis incurvatus, niger, plusquam digitum longus et acutissimus; pennæ totius cor- « poris variegantur e flavo, albo et nigricante pereleganter. » Marcg. Hist. nat. iîras/7.,p. 199.

h. Le grand hibou couronné est fort commun dans les terres voisines de la baie d'Hudson ; c’est un oiseau fort singulier, et dont la tète n’est guère plus petite que celle d’un chat ; ce qu’on appelle ses cornes sont des plumes qui s’élèvent précisément au-dessus du bec , où elles sont mêlées de blanc, devenant peu à peu d’un rouge brun marqueté de noir. Voyage de la haie d'Hudson, t. I, p. 55.

c. « Cet oiseau, dit M. Edwards, est de la plus grande espèce des hiboux, et très-appro- « chant de la grandeur du hibou cornu, que nous appelons hibou aigle (grand duc) ; sa tète

« est aussi grosse que celle d’un chat le bec est noir, la mandibule supérieure en est crochue

« et surpasse la mandibule inférieure comme dans les aigles; il est recouvert d’une peau dans « laquelle sont placées les narines , et qui est recoirverte à la base par des plumes grises qui

« environnent le bec ; les yeux sont grands , et l’iris en est brillant et couleur d’or Les

« plumes qui composent les cornes , prennent leur naissance immédiatement au-dessus du bec, « où elles sont mélangées d’un peu de blanc; mais à mesure qu’elles s’élèvent au-dessus de la « tète , elles deviennent d’un rouge brun et se terminent par du noir au dehors ; le dessus de la « tète, du cou, du dos, des ailes et de la queue, est d’un brun obscur, taché et entremêlé

1. Le jacurutu du Brésil et l’oiseau apporté des terres Magellaniques ne font tous deux qu’une seule espèce, le strix magellanica (Guv. ), mais espèce propre, et distincte de celle du grand duc d’Europe,

2. Strix virginiana, — « 11 ne diü'ère du strix magellanica que par des teintes plus rousses. » { Cuvier. )

LE DUC OU GRAND DUC

rente de l’espèce d’Europe, parce que les aigrettes partent du bec, au lieu que celles de notre duc partent des oreilles; s’il eût comparé les figures d’Aldrovande et celles de M. Edwards, il eût reconnu que cette même différence, qui ne fait qu’une variété, se trouve en Italie comme en Virginie, et qu’en général les aigrettes dans ces oiseaux ne partent pas précisément du bord des oreilles, mais plutôt du dessus des yeux et des parties supérieures à la base du bec.

LE HIBOU OU MOYEN DUC

Le hibou, otus ou moyen duc, a, comme le grand duc, les oreilles fort ouvertes, et surmontées d’une aigrette composée de six plumes tournées en avant"; mais ces aigrettes sont plus courtes que celles du grand duc, et n’ont guère plus d’un pouce de longueur; elles paraissent proportionnées à sa taille, car il ne pèse qu’environ dix onces, et n’est pas plus gros qu’une corneille; il forme donc une espèce évidemment différente de celle du grand duc, qui est gros comme une oie, et de celle du scops ou petit duc, qui n’est pas plus grand qu’un merle, et qui n’a au-dessus des oreilles que des aigrettes très-courtes. Je fais cette remarque parce qu’il y a des naturalistes qui n’ont regardé le moyen et le petit duc que comme de simples variétés d’une seule et même espèce ; le moyen duc a environ un pied de longueur de corps depuis le bout du bec jusqu’aux ongles , trois pieds de vol ou d’envergure, et cinq ou six pouces de longueur de queue; il a le dessus de la tête, du cou, du dos et des ailes rayé de gris, de roux et de brun ; la poitrine et le ventre sont roux, avec des bandes brunes irrégulières et étroites; le bec est court et noirâtre, les yeux sont d’un beau jaune, les pieds sont

« assez confusément de petites lignes transversales rougeâtres et cendrées... le haut de la gorge, « sous le bec, est blanc; un peu plus bas, jaune orangé, taché de noir; le bas de la poitrine, « le ventre, les jambes et le dessous de la queue sont blancs ou d’un gris pâle, assez réguiière- « ment traversé de barres brunes ; le dedans des ailes est varié et coloré de la même façon; les « pieds sont couverts , jusqu’aux ongles , de plumes d’un gris blanc , et les ongles sont d’une U couleur de corne bruue et foncée : j’ai dessiné, ajoute M. Edwards, cet oiseau vivant à « Londres, où il était venu de Virginie : j’ai chez moi la dépouille d’un autre qui est empaillé, « et qui a été apporté de la baie d’Hudson; il m’a paru qu’il était de la même espèce que le « premier, étant de la même grandeur et u’en différant que par quelques nuances de couleur. » Je ne ferai qu’une réflexion sur cette description dont je viens de donner la traduction par extrait, c’est qu’U n’y a que le caractère des aigrettes partant du bec, et non pas des oreilles, qui puisse faire regarder cet oiseau d’Amérique comme faisant une variété constante dans l’espèce du grand duc; et que cette variété se trouvant en Europe aussi bien qu’en Amérique, elle est non-seulement constante, mais générale, et fait une branche particulière, une famille différente dans cette espèce.

a. Aldrovande dit avoir observé que chaque plume auriculaire qui compose l’aigrette peut se mouvoir séparément, et que la peau qui recouvre la cavité des oreilles naît de la partie intérieure la plus voisine de l’œil.

• Sltix olus (Linn. ). — Le hibou commun ou motjen duc (Guv. ).

LE HIBOU OU MOYEN DUC

couverts de plumes rousses jusqu’à l’origine des ongles, qui sont assez grands et d’un brun noirâtre; on peut observer de plus qu’il a la langue charnue et un peu fourchue, les ongles très-aigus et très-tranchants, le doigt extérieur mobile et pouvant se tourner en arrière, l’estomac assez ample, la vésicule du fiel très-grande, les boyaux longs d’environ vingt pouces, les deux cæcums de deux pouces et demi de profondeur, et plus gros à proportion que dans les autres oiseaux de proie'. L’espèce en est commune et beaucoup plus nombreuse dans nos climats “ que celle du grand duc, qu’on n’y rencontre que rarement en hiver, au lieu que le moyen duc y reste toute l’année, et se trouve même plus aisément en hiver qu’en été : il habite ordinairement dans les anciens bâtiments ruinés, dans les cavernes des rochers *, dans le creux des vieux arbres, dans les forêts en montagne, et ne descend guère dans les plaines; lorsque d’autres oiseaux l’attaquent il se sert très-bien et des griffes et du bec ; il se retourne aussi sur le dos pour se défendre quand il est assailli par un ennemi trop fort.

Il paraît que cet oiseau, qui est commun dans nos provinces d’Europe, se trouve aussi en Asie, car Delon dit en avoir rencontré un dans les plaines de Cilicie.

Il y a dans cette espèce plusieurs variétés dont la première se trouve en Italie, et a été indiquée par Aldrovande ; ce hibou d’Italie est plus gros que le hibou commun, et en diffère aussi par les couleurs : voyez et comparez les descriptions qu’il a faites de l’un et de l’autre ^

Ces oiseaux se donnent rarement la peine de faire un nid, ou se l’épargnent en entier, car tous les œufs et les petits qu’on m’a apportés ont toujours été trouvés dans des nids étrangers, souvent dans des nids de pies, qui, comme l’on sait, abandonnent chaque année leur nid pour en faire un nouveau , quelquefois dans des nids de buses, mais jamais on n’a pu me trouver un nid construit par un hibou ; ils pondent ordinairement quatre ou cinq œufs, et leurs petits, qui sont blancs en naissant, prennent des couleurs au bout de quinze jours.

Comme ce hibou n’est pas fort sensible au froid, qu’il passe l’hiver dans notre pays, et qu’on le trouve en Suède comme en France il a pu passer d’un continent à l’autre; il paraît qu’on le retrouve en Canada et dans plusieurs autres endroits de l’Amérique septentrionale®; il se pourrait

a. Il est plus commun en France et en Italie qu’en Angleterre. On le trouve très-fréqnemment en Bourgogne , en Champagné, en Sologne et dans les montagnes de l’Auvergne.

h. a Sta il gufo nelle grotte, per le bûche degli alberi, nell’ antriaglie o crepature di mûri c « tetti di case disabitate, ne dirupi e luoghi eremi. » Olina, Ucceller., fog. 56.

c. Aldrov., Avi. , t. I, p. 519.

d. « Strix caxnte aurito, pennis Sex. » Linn., Faun. Suec., n« 47.

C’est au hibou commun ou moyen duc qu’il faut appliquer le passage suivant. « On Il entend durant la uuit, presque dans toutes nos îles , une sorte de chat-huant qu’on appelle

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