III. LE IIAIIEANG
L’oiseau qui se trouve dans les terres septentrionales des deux continents, que nous appellerons harfang, du nom harfaong ® qu’il porte en Suède, et qui par sa grandeur est à l’égard des chouettes ce que le grand duc est à l’égard des hiboux; car ce harfang n’a point d’aigrettes sur la tête, et il est encore plus grand et plus gros que le grand duc. Comme la plupart des oiseaux du Nord il est presque partout d’un très-beau blanc; mais nous ne pouvons rien faire de mieux ici que de traduire de l’anglais la bonne description que M. Edwards nous a donnée de cet oiseau rare, et que nous n’avons pu nous procurer ; « La grande chouette blanche, dit « cet auteur, est de la première grandeur dans le genre des oiseaux de « proie nocturnes, et c’est en même temps l’espèce la plus belle à cause de « son plumage qui est blanc comme neige; sa tête n’est pas si grosse, à « proportion, que celle des autres chouettes; ses ailes, lorsqu’elles sont « pliées, ont seize pouces anglais depuis l’épaule jusqu’à l’extrémité de la « plus longue plume, ce qui peut faire juger de sa grandeur : on dit que « c’est un oiseau diurne, et qu’il prend’ en plein jour les perdrix blanches « dans les terres de la baie d’Hudson *, où il demeure pendant toute * « l’année; son bec est crochu comme celui d’un épervier, n’ayant point « d’angles sur les côtés; il est noir et percé de larges ouvertures ou narines;
« il est de plus presque entièrement couvert de plumes raides, semblables « à des poils plantés dans la base du bec, et se retournant en dehors; la « pupille des yeux est environnée d’un iris brillant et jaune; la tête aussi « bien que le corps, les ailes et la queue sont d’un blanc pur; le dessus de « la tête est seulement marqué de petites taches brunes; la partie supé- « Heure du dos est rayée transversalement de quelques lignes brunes; les « côtés sous les ailes sont aussi rayés de même, mais par des lignes plus « étroites et plus claires ; les grandes plumes des ailes sont tachées de brun
a. « Strix capitelævi, corpore albido. Harfaong. » Linn. Faun. Suec., n® 54... « Nyctea. Stnx « capite lævi, corpore albido, maculis lunatis distantibus fuscis. » Idem. Syst.nat.,éàit.X... « Noctua scandiana maxima ex alho et cinereo variegata. » Rudbeck cité par Linnæus. Ibid.
b. Ces perdrix blanches des terres du nord de TAmérique ne sont pas des perdrix, mais des gelinottes.
* Strix nyctea (Liüïi.). — Ordre et famille id. , genre Chevêches , sous-geme Chevêches à queue courte et à doigts emplumés { Cuv. ). — La plus grande des chevêches, et en même temps le plus grand oiseau de nuit sans aigrettes. — Ajoutez ici la chevêche à pieds emplumés ( strix lengmalmi Gmel. , strix dasypus Bechst. ) ; « à dos brun semé de gouttes blanches, dessous « plus pâle , à taches blanches plus larges, quatre lignes blanches en travers de la queue. La « chevêche rousse {strix passerina Meyer et Wolf) est sa femelle. » (Cuvier.)
«sur les bords extérieurs; il y a aussi des taches brunes sur les couver- « tures des ailes, mais leurs couvertures en dessous sont purement blan- « ches, le bas du dos et te croupion sont blancs et sans taches; les jambes «elles pieds sont couverts de plumes blanches, les ongles sont longs, « forts, d’une couleur noire et très-aigus : j’ai eu un autre individu de «cette espèce, ajoute M. Edwards, qui ne différait de celui-ci qu’en ce «qu’il avait des taches plus fréquentes et d’une couleur plus foncée®. ■>) Cet oiseau, qui est commun dans les terres de la baie d’Hudson, est apparemment conûné dans les pays du Nord, car il est très-rare en Pensylvanie, dans le nouveau continent, et en Europe on ne le trouve plus en deçà de la Suède et du pays de Dantzick; il est presque blanc et sans taches dans les montagnes de Laponie. M. Klein dit que cet oiseau, qu’on appelle Mrfang en Suède, se nomme iveissebunte schlictete-eule en Allemagne, qu’il a eu à Dantzick le mâle et la femelle vivants, pendant plusieurs mois^, en 1747. M. Ellis rapporte que le grand hibou blanc sans oreilles (c’està-dire cette grande chouette blanche) abonde aussi bien que le hibou couronné (c’est-à-dire le grand duc) dans les terres qui avoisinent la baie d’Hudson : il est, dit cet auteur, d’un blanc éblouissant, et l’on a peine à le distinguer de la neige; il y paraît pendant toute l’année, il vole souvent en plein jour et donne la chasse aux perdrix blanches'. On voit, par tous ces témoignages, que le harfang, qui est sans comparaison la plus grande de toutes les chouettes, se trouve assez communément dans les terres septentrionales des deux continents*^, mais qu’apparemment cet oiseau craint le chaud, puisqu’on ne le trouve dans aucun pays du Midi.
a. Edwards, Hist. ofBirds, t. II, p. 61, pl. lxi, avec une bonne figure coloriée.
b. « Ulula alba maculis terrei coloris. Hùrfang : Supc. Weissebunte Scblictete-eule. » — « Ejusmodi avem anno 1747, 3 jan. infarctam inter curiosa societatis Gùar reposui. Pondus « æquabat 3^ libras : posteâ marem et fœminam vivos obtinui; post menses sex fœminâ mortuà, « marem libertate donavi. » Eadem apud Edwardum, t. II, p. 61. — « Ab rmco rostri ad exitura « caudæ 1 ,5 ulnæ dant alis expansis 2 f , rostrum et ungues nigri; genæ, alæ infernæ, uro- « pygium, pedes, pilosa, lactea; truncus supernè super albo ex cinereo marmoratus. » Klein , Avi., p. 34.
c. Voyage de la baie d’Hudson, 1. 1, pages 55 et 56. — Nota. J’ai déjà averti que ces perdrix étaient des gelinottes.
d. On le trouve, comme on voit, en Laponie, en Suède et dans le nord de l’Allemagne; on le trouve à la baie d’Hudson et en Pensylvanie; on le trouve aussi en Islande, car Anderson l’a fait dessiner et graver. Voyez la Description de l’Islande, par Anderson, t. I, p. 85, pl. i; et quoique Horrobous, qui a fait la critique de l’ouvrage d’Anderson, assure qu’il n’y a aucun hibou ni chouette en Islande, ce fait négatif et général ne doit pas être admis sur la parole d’un seul garant, dont il parait que le but principal était de contredire Anderson.
OISEAUX ETRANGERS