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bout de l’aile, est d’un rouge vif approchant de la couleur rose, ce qui est un caractère commun à la grande et à la petite outarde; le bout du tuyau est aussi de la même couleur
Le pied ou plutôt le tarse, et la partie inférieure de la jambe qui s’articule avec le tarse sont revêtus d’écailles très-petites; celles des doigts sont en tables longues et étroites; elles sont toutes de couleur grise, et recouvertes d’une petite peau qui s’enlève comme la dépouille d’un serpenté
Les ongles sont courts et convexes par-dessous comme par-dessus , ainsi que ceux de l’aigle que Belon appelle haliœtos% en sorte qu’en les coupant perpendiculairement à leur axe, la coupe en serait à peu près circulaire**.
M. Salerne s’est trompé, en imprimant que l’outarde avait au contraire les ongles caves en dessous
Sous les pieds, on voit en arrière un tubercule calleux qui tient lieu de talon f.
La poitrine est grosse et ronde ?; la grandeur de l’ouverture de l’oreille est apparemment sujette à varier, car Belon a trouvé cette ouverture plus grande dans l’outarde que dans aucun autre oiseau terrestre**; et MM. de l’Académie n’y ont rien vu d’extraordinaire \ Ces ouvertures sont cachées sous les plumes; on aperçoit dans leur intérieur deux conduits, dont l’un se dirige au bec et l’autre au cerveau K ^
Dans le palais et la partie inférieure du bec, il y a, sous la membrane qui revêt ces parties, plusieurs corps glanduleux qui s’ouvrent dans la cavité du bec par plusieurs tuyaux fort visibles **.
La langue est charnue en dehors ; elle a au dedans un noyau cartilagineux qui s’attache à l’os hyoïde, comme dans la plupart des oiseaux; ses côtés sont hérissés de pointes d’une substance moyenne entre la membrane et le cartilage * : cette langue est dure et pointue par le bout, mais elle n’est pas fourchue comme l’a dit M. Linnæus, trompé sans doute par une faute de ponctuation qui se trouve dans Aldrovande, et qui a été copiée par quelques autres ®*.
а. Mémoires pour servir à l’histoire des animaux, partie ii, page 103.
б. Animaux de Perrault, partie ii, page 104.
c. Belon, Nature des oiseaux, liv, ii, chap. vu.
d. Animaux de Perrault, partie ii, page 104.
e. Ornithologie, page 153.
f. Belon, Nature des oiseaux, p. 235. — Gesner, de Aiibus, p. 488, etc.
g. Belon, page 235.
h. On mettrait bien le bout du doigt dans le conduit. Belon , page 235.
i. Animaux de Perrault, page 102.
j. Belon, Nature des oiseaux, page 235.
Je. Animaux de Perrault, page 109.
l. Ibidem.
m. Linguaserrata,utrimque acuta, au lieu de lingua serrata utrimque, acuta. Cette phrase n’est qu’une traduction de celle-ci de Belon : sa langue est dentelée de chaque côté, pointue et dure par le bout; d’où l’on voit que Vutrimque doit se rapporter à serrata, et non au mot acuta.
L’OUTARDE
Sous la langue se présente l’orifice d’une espèce de poche tenant environ sept pintes anglaises, et que le docteur Douglas, qui l’a découverte le premier, regarde comme un réservoir que l’outarde remplit d’eau pour s’en servir au besoin lorsqu’elle se trouve au milieu des plaines vastes et arides où elle se tient par préférence; ce singulier réservoir est propre au mâle“, et je soupçonne qu’il a donné lieu à une méprise d’Aristote. Ce grand naturaliste avance que l’œsophage de l’outarde est large dans toute sa longueur^; cependant les modernes, et notamment MM, de l’Académie, ont observé qu’il s’élargissait seulement en s’approchant du gésier Ces deux assertions, qui paraissent contradictoires, peuvent néanmoins se concilier, en supposant qu’Aristote ou les observateurs chargés de recueillir les faits dont il composait son histoire des animaux , ont pris pour l’œsophage cette poche ou réservoir qui est en effet fort ample et fort large dans toute son étendue.
Le véritable œsophage, à l’endroit où il s’épaissit, est garni de glandes régulièrement arrangées ; le gésier, qui vient ensuite ( car il n’y a point de jabot) , est long d’environ quatre pouces, large de trois; il a la dureté de celui des poules communes, et cette dureté ne vient point, comme dans les poules, de l’épaisseur de la partie charnue, qui est fort mince ici, mais de la membrane interne, laquelle est très-dure, très-épaisse, et de plus godronnée, plissée et replissée en différents sens, ce qui grossit beaucoup le volume du gésier.
Cette membrane interne paraît n’être point continue, mais seulement contiguë et jointe bout à bout à la membrane interne de l’œsophage : d’ailleurs celle-ci est blanche, au lieu que celle du gésier est d’un jaune doré
La longueur des intestins est d’environ quatre pieds, non compris les cæcums-, la tunique interne de Y iléon est plissée selon sa longueur, et elle a quelques rides transversales à son extrémité®.
Les deux cæcums sortent de l’intestin à environ sept pouces de Vanus, se dirigeant d’arrière en avant. Suivant Gessner, ils sont inégaux selon toutes leurs dimensions, et c’est le plus étroit qui est le plus long dans la raison de six à cinqL M. Perrault dit seulement que le droit, qui a un pied plus ou moins, est ordinairement un peu plus long que le gauche s.
k un pouce à peu près de Y anus, l’intestin se rétrécit; puis, se dilatant,
a. Edwards, Hist. nat. of Birds , pl. lxxiii.
h. Hist. animal., lib. ii, cap, ultime.
c. Gesuer, de Avibus , p. 4S8. — Aldrov., Ornithologie, t. II, p. 92, — Animaux de Perrault, partie ii , p. 106.
d. Animaux de Perrault, partie ii, page 107.
e. Ibidem.
f. Gesner, de Avibus, page 486.
g. Animaux de Perrault, partie ii, page 107.
L’OUTARDE
forme une poche capable de contenir un œuf, et dans laquelle s’insèrent les uretères et le canal déférent; cette poche intestinale, appelée bourse de Fabrice ®, a aussi son cæcum long de deux pouces, large de trois lignes, et le trou qui communique de l’un à l’autre est surmonté d’un repli de la membrane interne, lequel peut servir de valvule*.
Il résulte de ces observations que l’outarde, bien loin d’avoir plusieurs estomacs et de longs intestins, comme les ruminants, a au contraire le tube intestinal fort court et d’une petite capacité, et qu’il n’a qu’un seul ventricule; en sorte que l’opinion de ceux qui prétendent que cet oiseau rumine ® serait réfutée par cela seul : mais il ne faut pas non plus se persuader, avec Albert, que l’outarde soit carnassière, qu’elle se nourrisse de cadavres, que même elle fasse la guerre au petit gibier, et qu’elle ne mange de l’herbe et du grain que dans le cas de grande disette; il faut encore moins conclure de ces suppositions qu’elle a le bec et les ongles crochus, toutes erreurs accumulées par Albert*^ d’après un passage d’Aristote mal entendu®, admises par Gessner avec quelques modifications f, mais rejetées par tous les autres naturalistes.
L’outarde est un oiseau granivore : elle vit d’herbes, de grains et de toutes sortes de semences ; de feuilles de choux, de dent-de-lion, de navets, de myosotis ou oreille de souris, de vesce, d’ache, de daiicus et même de foin, et de ces gros vers de terre que pendant l’été l’on voit fourmiller sur les dunes tous les matins avant le lever du soleil dans le fort de l’hiver et par les temps de neige elle mange l’écorce des arbres*; en tout temps elle avale de petites pierres, même des pièces de métal comme l’autruche, et quelquefois en plus grande quantité. MM. de l’Académie, ayant ouvert le ventricule de l’une des six outardes qu’ils avaient observées, le trouvèrent rempli en partie de pierres, dont quelques-unes étaient de la grosseur d’une noix, et en partie de doubles, au nombre de quatre-vingt-dix, tous usés et polis dans les endroits exposés aux frottements, mais sans aucune apparence d’érosion *.
Willughby a trouvé dans l’estomac de ces oiseaux, au temps de la mois-
a. Du nom de Fabridus ab Aquapendente , qui Ta le premier observée. Animaux de Perrault, partie ii, page 107.
b. Ibidem.
c. Atbénée, Eustache; voyez Gesner, page 484.
d. Voyez Gesner, de Avibus, page 485.
e. Aldrovande prétend que l’idée de faire de Toutarde un oiseau de proie a pu venir à Albert
de ce passage d’Aristote : Avis Schythica quœdam que j’ai discuté plus haut. Voyez Aldro-
vande, Ornitholog., t. II, p. 90. Ce qu’il y a de certain, c’est que ce n’est pas d’après l’inspection de l’animal qu’Albert s’est formé cette idée.
f. Gesner, de Avibus, page 485.
g. Britisch Zoology, p. 88, et presque tous les autres naturalistes que j’ai cités dans cet article.
h. Gesner, de Avibus, page 488.
». Animaux de Perrault, partie ii, page 107.
L’OUTARDE
son , trois ou quatre grains d’orge, avec une grande quantité de graine de ciguë ce qui indique un appétit de préférence pour cette graine, et par conséquent le meilleur appât pour l’attirer dans les pièges.
Le foie est très-grand ; la vésicule du fiel, le pancréas, le nombre des canaux pancréatiques, leurs insertions, ainsi que celle des conduits hépatiques et cystiques, sont sujets à quelque variation dans les différents sujets
Les testicules ont la forme d’une petite amande blanche, d’une substance assez ferme ; le canal déférent va s’insérer à la partie inférieure de la poche du rectum, comme je l’ai dit plus haut, et l’on trouve au bord supérieur de Vanus un petit appendice qui tient lieu de verge.
M. Perrault ajoute à ces observations anatomiques la remarque suivante: c’est qu’entre tant de sujets qu’avaient disséqués MM. de l’Académie, il ne s’était pas rencontré une seule femelle ; mais nous avons dit à l’article de l’autruche ce que nous pensions de celte remarque.
Dans la saison des amours, le mâle va piaffant autour de la femelle et fait une espèce de roue avec sa queue
Les œufs ne sont que de la grosseur de ceux d’une oie; ils sont d’un brun olivâtre pâle, marqués de petites taches plus foncées, en quoi leur couleur a une analogie évidente avec celle du plumage.
Cet oiseau ne construit point de nid, mais il creuse seulement un trou en grattant la terre et y dépose ses deux œufs qu’il couve pendant trente jours, comme font presque tous les gros oiseaux , selon Aristote Lorsque cette mère inquiète se défie des chasseurs , et qu’elle craint qu’on n’en veuille à ses œufs, elle les prend sous ses ailes (on ne dit pas comment* ) et les transporte en lieu sûrL Elle s’établit ordinairement dans les blés qui approchent de la maturité pour y faire sa ponte, suivant en cela l’instinct commun à tous les animaux de mettre leurs petits à portée de trouver en naissant une nourriture convenable. M. Klein prétend qu’elle préfère les avoines comme plus basses, en sorte qu’étant posée sur ses œufs sa tête domine sur la campagne, et qu’elle puisse avoir l’œil sur ce qui se passe autour d’elle; mais ce fait, avancé par M. Klein ?, ne s’accorde ni avec le sentiment général des naturalistes, ni avec le naturel de l’outarde, qui, sauvage et défiante comme elle l’est, doit chercher sa sûreté plutôt en se
a. Ornithologia , page 129.
b. Animaux de Perrault , page 105.
c. Klein, Hist. Avium, p. 18. — Merula apud. Gesn. de Avibus, p. 487.
d. Britisch Zoology, page 88.
e. Hist. anim., lib. vi, cap. yi.
f. Klein , Hist. Avium, page 10.
g. Ibidem.
1. On ne dit pas comment. — On a dit, depuis Buffon, que c’est dans son gosier, et non sous ses ailes qu’elle les prend. Mais, d’abord, le fait est-il bien sûr?
L’OUTARDE
cachant dans les grands blés qu’en se tenant à portée de voir les chasseurs de loin, au risque d’en être elle-même aperçue.
Elle quitte quelquefois ses œufs pour aller chercher sa nourriture; mais si, pendant ses courtes absences, quelqu’un les touche ou les frappe seulement de son haleine, on prétend qu’elle s’en aperçoit à son retour et qu’elle les abandonne
L’outarde, quoique fort grosse, est un animal très-craintif et qui paraît n’avoir ni le sentiment de sa propre force, ni l’instinct de l’employer; elles s’assemblent quelquefois par troupes de cinquante ou soixante, et ne sont pas plus rassurées par leur nombre que par leur force et leur grandeur; la moindre apparence de danger, ou plutôt la moindre nouveauté les effraie, et elles ne pourvoient guère à leur conservation que par la fuite; elles craignent surtout les chiens, et cela doit être, puisqu’on se sert communément des chiens pour leur donner la chasse; mais elles doivent craindre aussi le renard, la fouine et tout autre animal, si petit qu’il soit, qui sera assez hardi pour les attaquer; à plus forte raison les animaux féroces et même les oiseaux de proie, contre lesquels elles oseraient bien moins se défendre : leur pusillanimité est telle, que, pour peu qu’on les blesse, elles meurent plutôt de la peur que de leurs blessures ^ M. Klein prétend néanmoins qu’elles se mettent quelquefois en colère, et qu’alors on voit s’enfler une peau lâche qu’elles ont sous le cou. Si l’on en croit les anciens, l’outarde n’a pas moins d’amitié pour le cheval qu’elle a d’antipathie pour le chien ; dès qu’elle aperçoit celui-là, elle, qui craint tout, vole à sa rencontre et se met presque sous ses pieds®. En supposant bien constatée cette singulière sympathie entre des animaux si différents, on pourrait, ce me semble, en rendre raison en disant que l’outarde trouve dans la fiente du cheval des grains qui ne sont qu’à demi digérés, et lui sont une ressource dans la disette
Lorsqu’elle est chassée, elle court fort vile , en battant des ailes , et va quelquefois plusieurs milles de suite, et sans s’arrêter®; mais comme elle ne prend son ’.ol que difficilement et lorsqu’elle est aidée, ou si l’on veut portée par un vent favorable, et que d’ailleurs elle ne se perche ni ne peut se percher sur les arbres, soit à cause de sa pesanteur, soit faute de doigt postérieur dont elle puisse saisir la branche et s’y soutenir, on peut croire, sur le témoignage des anciens et des modernes f, que les lévriers et les chiens courants la peuvent forcer : on la chasse aussi avec l’oiseau de
a. Hector Boeth apud Gesn., page 488.
b. Gesner, de Avibus,^age 488.
c. Oppien, de Aucupio , lih. iii.
d. (( Otidibus amicitia cum equis quibus appropinquare et fimum dejicere gaudent. » Pletarque , de Soc. animal.
e. Briiisch Zoology, page 88.
f. Xéaopbon, Élien, Albin, Frisch, etc.
L’OUTARDE
proie®, ou enfin on lui tend des filets et on l’attire où l’on veut en faisant paraître un cheval à propos, ou seulement en s’affublant de la peau d’un de ces animaux ^ Il n’est point de piège, si grossier qu’il soit, qui ne doive réussir, s’il est vrai, comme le dit Élien, que dans le royaume de Pont les renards viennent à bout de les attirer à eux en se couchant contre terre et relevant leur queue, à laquelle ils donnent, autant qu’ils peuvent, l’apparence et les mouvements du cou d’un oiseau; les outardes, qui prennent, dit-on, cet objet pour un oiseau de leur espèce, s’approchent sans défiance et deviennent ta proie de l’animal rusé®; mais cela suppose bien de la subtilité dans le renard, bien de la stupidité dans l’outarde, et peut-être encore plus de crédulité dans l’écrivain.
J’ai dit que ces oiseaux allaient quelquefois par troupes de cinquante ou soixante; cela arrive surtout en automne dans les plaines de la Grande- Bretagne; ils se répandent alors dans les terres semées de turnipes^, et y font de très-grands dégâts En France, on les voit passer régulièrement au printemps et en automne, mais par plus petites troupes, et elles ne se posent guère que sur les lieux les plus élevés. On a observé leur passage en Bourgogne, en Champagne et en Lorraine.
L’outarde se trouve dans la Libye, aux environs d’Alexandrie, selon Plutarque®; dans la Syrie A dans la Grèce?, en Espagne^; en France, dans les plaines du Poitou et de la Champagne pouilleuse * ; dans les contrées ouvertes de l’est et du sud de la Grande-Bretagne, depuis la province de Dorset Jusqu’à celle de Merde et de la Lotliiane en Écosse? ; dans les Pays- Bas, en Allemagne en Ukraine et en Pologne, où, selon Rzaczynski, elle passe quelquefois l’hiver au milieu des neiges. Les auteurs de la Zoologie britannique assurent que ces oiseaux ne s’éloignent guère du pays qui les a vus naître, et que leurs plus grandes excursions ne vont pas au delà de vingt à trente milles '; mais Aldrovande prétend que, sur la fin de l’automne, ils arrivent par troupes en Hollande et se tiennent par préférence
a. Aldrov., Ornitholog., t. II, page 92.
b. Athénée.
c. Ælian, Nat. animal. , lib. vi, cap. xxiv.
d. Britiseh Zoology, p. 88. — « Nec ullam pestem odere magis olitores, namrapis ventrem « fulcit, nec mediocri prædà contentas esse solet. » Longolius apud Aldrov. Ornitholog., t. II, page 93.
e. Si toutefois on n’a pas ici confondu l’otis avec Votus, comme on a fait si souvent.
f. Gesner , de Avibus, page 484.
g. Pausanias in Phocicis.
h. Plin., lib. x, cap. xxii. — « Hispania otides producit.» Strabon.
i. Ornithologie de Salerne, page 153.
j. Britiseh Zoology, p. 88. — Aldrov., Ornitholog., t. II, p. 92.
k. Friscb l’appelle la plus grosse de toutes les poules sauvages naturelles à l’Allemagne; cela ne prouve pas que l’outarde soit une poule, mais bien qu’elle se trouve en Allemagne.
l. Britiseh Zoology, page 88.
1. Ou turneps : nom anglais de la rave (brassiea rapa Linn. ).
L’OUTARDE
dans les campagnes éloignées des villes et des lieux habités M, Linnæiis dit qu’ils passent en Hollande et en Angleterre, Aristote parle aussi de leur migration mais c’est un point qui demande à être éclairci par des observations plus exactes.
Aldrovande reproche à Gessner d’être tombé dans quelque contradiction à cet égard, sur ce qu’il dit que l’outarde s’en va avec les cailles % ayant dit plus haut qu’elle ne quittait point la Suisse, où elle est rare, et qu’on y en prenait quelquefois l’hiver mais cela peut se concilier, ce me semble, en admettant la migration des outardes, et la resserrant dans des limites, comme les auteurs de la Zoologie britannique; d’ailleurs, celles qui se trouvent en Suisse sont des outardes égarées, dépaysées, en petit nombre, et dont les mœurs ne peuvent représenter celles de l’espèce : ne pourrait-on pas dire aussi que l’on n’a point de preuves que celles qu’on prend quelquefois à Zurich, pendant l’hiver, soient les mêmes qui y ont passé l’été précédent?
Ce qui paraît de plus certain, c’est que l’outarde ne se trouve que rarement dans les contrées montagneuses ou bien peuplées, comme la Suisse, le Tyrol, l’Italie, plusieurs provinces d’Espagne, de France, d’Angleterre et d’Allemagne; et que, lorsqu’elle s’y rencontre, c’est presque toujours en hiver®; mais quoiqu’elle puisse subsister dans les pays froids et qu’elle soit, selon quelques auteurs, un oiseau de passage, il ne paraît pas néanmoins qu’elle ait jamais passé en Amérique par le Nord; car bien que les relations des voyageurs soient remplies d’outardes trouvées dans ce nouveau continent, il est aisé de reconnaître que ces prétendues outardes sont des oiseaux aquatiques, comme je l’ai déjà remarqué plus haut, et absolument différents de la véritable outarde dont il est ici question. M. Barrère parle bien d’une outarde cendrée d’Amérique dans son Essai d’ Ornithologie ( page 33 ) , qu’il dit avoir observée; mais, 1" il ne paraît pas l’avoir vue
a. Ornithologia , page 92.
b. Hist. animal., lib. viii.
c. Gesner, de Avibus, page 484. « Otidem de quâ scribe avolareputo cum coturnicibus, sed « corporis gravitate impeditum , perseverare non posse , et in locis proximis remanere. »
d. « Otis magna, si ea est quam vulgo Trappum vooant, non avolat, nisi fallor, ex nostris « regionibus (etsi Helvetiæ rara est), et hieme etiam interdum capitur apud nos. » Gesner, ibidem.
e. « Memini ter quaterque apud nos captum, et in Rbætià circa Curiam, decembri et januario « mensibus, nec apud nos, nec illic à quoquam agnitum. » Gesner, de Avibus ,-p. 486.
« L'outarde se voit rarement dans TOrléanais, et seulement en hiver, dans les temps de neige.» Salerne, Ornithologie, p. 153. « Un particulier, incapable d’en imposer, ajoute le même « M. Salerne, m’a raconté qu’un jour que la campagne était couverte de neige et de frimas, « rm de ses domestiques trouva le matin une trentaine d’outardes à moitié gelées , qu’il amena a à la maison, les prenant pour des dindons qu’on avait laissé coucher dehors, et qu’on ne « reconnut pour ce qu’elles étaient, que lorsqu’elles furent dégelées. » Ibidem.
Je me souviens moi-même d’en avoir vu deux, à deux différentes fois, dans une partie de la Bourgogne, fertile en blé, et cependant montagneuse ; mais c’a toujours été en hiver et par un temps de neige.
L’OUTARDE
en Amérique, puisqu’il n’en fait aucune mention dans sa France équinoxiale; 2° il est le seul , avec M. Klein , qui parle d’une outarde américaine : or celle de M, Klein, qui est le macucagua de Marcgrave, n’a point les caractères propres à ce genre , puisqu’elle a quatre doigts à chaque pied", et le bas de la jambe garni de plumes jusqu’à son articulation avec le tarse, qu’elle est sans queue, et qu’elle n’a guère d’autre rapport avec l’outarde que d’être un oiseau pesant qui ne se perche ni ne vole presque point*. A l’égard de M. Barrère, son autorité n’est pas d’un assez grand poids en histoire naturelle pour que son témoignage doive prévaloir contre celui de tous les autres; 3° enfin, son outarde cendrée d’Amérique a bien l’air d’être la femelle de l’outarde d’Afrique, laquelle est en effet toute couleur de cendre, selon M. Linnæus
On me demandera peut-être pourquoi un oiseau qui, quoique pesant, a cependant des ailes, et qui s’en sert quelquefois, n’est point passé en Amérique par le nord, comme ont fait plusieurs quadrupèdes : je répondrai que l’outarde n’y est point passée, parce que, quoiqu’elle vole en effet, ce n’est guère que lorsqu’elle est poursuivie; parce qu’elle ne vole jamais bien loin, et que d’ailleurs elle évite surtout les eaux, selon la remarque de Belon, d’où il suit qu’elle n’a pas dû se hasarder à franchir de grandes étendues de mer; je dis de grandes étendues, car, quoique celles qui séparent les deux continents du côté du nord soient bien moindres que celles qui les séparent entre les tropiques, elles sont néanmoins considérables par rapport à l’espace que l’outarde peut parcourir d’un seul vol.
On peut donc regarder l’outarde comme un oiseau propre et naturel à l’ancien continent, et qui dans ce continent ne paraît point attaché à un climat particulier, puisqu’il peut vivre en Libye, sur les côtes de la mer Baltique, et dans tous les pays intermédiaires.
C’est un très-bon gibier : la chair des jeunes, un peu gardée, est surtout excellente; et si quelques écrivains ont dit le contraire, c’est pour avoir confondu Yotis avec Votiis, comme je l’ai remarqué plus haut. Je ne sais pourquoi Hippocrate Tinterdisait aux personnes qui tombaient du mal caduc**. Pline reconnaît dans la graisse d’outarde la vertu de soulager les maux de mamelles qui surviennent aux nouvelles accouchées. On se sert des pennes de cet oiseau, comme on fait de celles d’oie et de cygne, pour écrire, et les pêcheurs les recherchent pour les attacher à leurs hameçons, parce qu’ils croient que les petites taches noires dont elles sont émaillées paraissent autant de petites mouches aux poissons qu’elles attirent par cette fausse apparence
a. Klein, Ordo Avium, page 18.
h. Marcgrav., Hist. nal. Brasil., page 213.
c. llist. nat., édit. X, page 155.
d. Vide Aldrovand., Ornilhologia, p. 03.
e. Gesuer, de Avibus, p. 488.
LA PETITE OUTARDE