C. Sylvaticus apud Gesnerum, page
d. Ornitholog.,t II, page 86.
e. Ibidem., page 92.
f. « La nature de l’ostarde est de vivre par les spacieuses campagnes, comme l’autruche , « fuyant l’eau sur toutes choses... ne hanter les eaux, n’était de celle qui reste entre les seil- « Ions, après avoir plû, ou bien qu’elle hantât les marres pour en boire. >' Belon , Nature des oiseaux, \ib. v, cap. ni.
g. Voyez Histoire et description de la Nouvelle-France , par le P. Charlevoix, t. III, p. 156. — Voyage du capitaine Robert Lade, t. II, p. 202. — Voyage du P, Théodat, p. 300. — Lettres Édifiantes, XI« Recueil, p. 310; et XXIII® Recueil, p. 238, etc.
L’OUTARDE
Gessner, la figure d’un oiseau palmipède sous le nom de guslarde qui est le nom que l’on donne dans ce pays à l’outarde véritable, et que Gessner fait dériver de tarde, lent, tardif, et de giiss et gooss, qui, en hollandais et en anglais, signifie une oie** : voilà donc l’outarde, qui est un oiseau tout à fait terrestre, travestie en un oiseau aquatique avec lequel elle n’a cependant presque rien de commun, et celte bizarre métamorphose a été produite évidemment par une équivoque de mots; ceux qui ont voulu justifier ou excuser le nom d’anser trappus ou trapp-gans, ont été réduits à dire, les uns que les outardes volaient par troupes comme les oies®, les autres qu’elles étaient de la même grosseur**, comme si la grosseur ou l’habitude de voler par troupes pouvaient seules caractériser une espèce : à ce compte les vautours et les coqs de bruyère pourraient être rangés avec l’oie; mais c’est trop insister sur une absurdité, je me hâte de terminer cette liste d’erreurs, et cette critique, peut-être un peu longue, mais que j’ai crue nécessaire.
Belon a prétendu que le tetrao aller de Pline® était l’outardef, mais c’est sans fondement, puisque Pline parle au même endroit de Vavis tarda : il est vrai que Belon, défendant son erreur par une autre, avance que l’avis tarda des Espagnols et Yotis des Grecs désignent le duc; mais il faudrait prouver auparavant : 1° que l’outarde se tient sur les hautes montagnes, comme Pline l’assure du tetrao aller {gignunt eos Alpes s), ce qui est contraire à ce qui a été dit de cet oiseau par tous les naturalistes, excepté M. Barrère*; 2° que le duc, et non l’outarde, a été en effet connu en Espagne sous le nom d’avis tarda, et, en grec, sous celui d’otis : assertion insoutenable et combattue par le témoignage de presque tous les écrivains. Ce qui peut avoir trompé Belon, c’est que Pline donne son second tetrao comme un des plus gros oiseaux après l’autruche, ce qui, suivant Belon, ne peut convenir qu’à l’outarde ; mais nous verrons dans la suite que le grand tétras ou coq de bruyère surpasse quelquefois l’outarde en grosseur : et si Pline ajoute que la chair de cette avis tarda est un mauvais manger, ce qui convient beaucoup mieux à Votus hibou, ou moyen duc, qu’à l’olis outarde, Belon aurait pu soupçonner que ce naturaliste confond ici l’otis avec Votus, comme je l’af remarqué plus haut, et qu’il attribue à une seule espèce les propriétés de deux espèces très-différentes, désignées dans ses
a. Gesner, de Avibus , page 164 et 489.
b. Ibidem, page 142.
c. Longolius, apud Gesn., page 486.
d. Friscli, planche cvi.
e. Nat. Ilist., lib. x, cap. xxii.
f. Histoire naturelle des oiseaux, lib. v, cap. iii.
g. Plin., Nal. Hist., lib. x, cap. xxii.
h. M. Barrère reconnaît deux outardes d’Europe, mais il est le seul qui les donne pour des oiseaux des Pyrénées; et Ton sait que cet auteur, né en Roussillon, rapportait aux montagnes des Pyrénées tous les animaux des provinces adjacentes.
L’OUTARDE
recueils par des noms presque semblables; mais il n’aurait pas dû conclure que Y avis tarda est en effet un duc.
Le même Belon penchait à croire que son œdicnemus était un ostardeau’^ -, et, en effet, cet oiseau n’a que trois doigts, et tous antérieurs comme l’outarde; mais il a le bec très-différent, le tarse plus gros, le cou plus court, et il paraît avoir plus de rapport avec le pluvier qu’avec l’outarde : c’est ce que nous examinerons de plus près dans la suite.
Enfin il faut être averti que quelques auteurs, trompés apparemment par la ressemblance des mots, ont confondu le nom de starda, qui en italien signifie uneoutarde,aveclenom de qui dans la même langue signifie perdrix^.
Il résulte de toutes ces discussions que Yotis des Grecs, et non Yotus, est notre outarde; que le nom de pâ^o; lui a été appliqué au hasard comme il l’a été ensuite au dronte: que celui d’anapha, que lui donnent les juifs modernes, appartenait autrefois au milan ; que c’est Yavis tarda de Pline, ou plutôt des Espagnols au temps de Pline, ainsi appelée à cause de sa lenteur, et non, comme le veut Nyphus, parce qu’elle n’aurait été connue à Rome que fort tard ; qu’elle n’est ni le tetrix d’Aristote, ni le tetrax du poète Neraesianus, ni cet oiseau de Scythie dont parle Aristote dans son Histoire des Animaux^, ni le tetrao alter de Pline, ni un oiseau aquatique, et enfin que c’est la starda et non la starm des Italiens.
Pour sentir combien cette discussion préliminaire était importante, il ne faut que se représenter la bizarre et ridicule idée que se ferait de l’outarde un commençant qui aurait recueilli, sans choix et avec une confiance aveugle, tout ce qui a été attribué par les auteurs à cet oiseau, ou plutôt aux différents noms par lesquels il l’aurait trouvé désigné dans leurs ouvrages; il serait obligé d’en faire à la fois un oiseau de jour et de nuit, un oiseau de montagne et de vallée, un oiseau d’Europe et d’Amérique , un oiseau aquatique et terrestre, un oiseau granivore et carnassier, un oiseau très-gros et très-petit; en un mot un monstre, et même un monstre impossible : ou s’il voulait opter entre ces attributs contradictoires, ce ne pourrait être qu’en rectifiant la nomenclature comme nous avons fait par la comparaison de ce que l’on sait de cet oiseau avec ce qu’en ont dit les naturalistes qui nous ont précédé.
Mais c’est assez nous arrêter sur le nom, il est temps de nous occuper de la chose. Gessner s’est félicité d’avoir fait le premier la remarque que l’outarde pouvait se rapporter au genre des gallinacés et il est vrai qu’elle en a le bec et la pesanteur, mais elle en diffère par sa grosseur, par ses pieds
a. Histoire naturelle des oiseaux, lib. v, cap. v.
b. Petrus Apponeusis, Patavinus, seu Gonciliator, apud Aldrovand. OrmthoI.,lïb. xiii,cap. xii.
c. Lib. IX, cap. xxxiii.
d. « Quaiiquam gallinaceorum generi otidem adscribendam nemo adhuc moauerit, milli « tamen recte ad idreferri videtur. » Gesu. de Avibus, p. 484.
L’OUTARDE
à trois doigts, par la forme de la queue, par la nudité du bas de la jambe, par la grande ouverture des oreilles, par les barbes de plumes qui lui tombent sous le menton, au lieu de ces membranes charnues qu’ont les gallinacés, sans parler des différences intérieures.
Aldrovande n’est pas plus heureux dans ses conjectures, lorsqu’il prend pour une outarde cet aigle frugivore dont parle Élien à cause de sa grandeur ^ comme si le seul attribut de la grandeur suffisait pour faire naître l’idée d’un aigle; il me paraît bien plus vraisemblable qu’Élien voulait parler du grand vautour, qui est un oiseau de proie comme l’aigle, et même plus puissant que l’aigle commun, et qui devient frugivore dans les cas de nécessité : j’ai ouvert un de ces oiseaux qui avait été démonté par un coup de fusil et qui avait passé plusieurs jours dans des champs semés de blé; je ne lui trouvai dans les intestins qu’une bouillie verte, qui était évidemment de l’herbe à demi digérée. '
On retrouverait bien plutôt les caractères de l’outarde dans le tetrax d’ Athénée, plus grand que les plus gros coqs (et l’on sait qu’il y en a de trèsgros en Asie) n’ayant que trois doigts aux pieds, des barbes qui lui tombent de chaque côté du bec, le plumage émaillé, la voix grave, et dont la chair a le goût de celle de l’autruche , avec qui l’outarde a tant d’autres rapports'’; mais ce tetrax ne peut être l’outarde, puisque c’est un oiseau dont, selon Athénée, il n’est fait aucune mention dans les livres d’Aristote, au lieu que ce philosophe parle de l’outarde en plusieurs endroits.
On pourrait encore soupçonner, avec M. Perrault que ces perdrix des Indes dont parle Strahon, qui ne sont pas moins grosses que des oies, sont des espèces d’outardes ; le mâle diffère de la femelle par les couleurs du plumage qu’il a autrement distribuées et plus vives, par ces barbes de plumes qui lui tombent des deux côtés sur le cou, dont il est surprenant que M. Perrault n’ait point parlé et dont mal à propos Albin a orné la figure de la femelle, par sa grosseur presque double de celle de la femelle, ce qui est une des plus grandes disproportions qui aient été observées en aucune autre espèce de la taille de la femelle à celle du mâle
Belonf et quelques autres, qui ne connaissaient ni le casoar, ni le touyou, ni le dronte, ni peut-être le griffon ou grand vautour, regardaient l’outarde comme un oiseau de la seconde grandeur, et le plus gros après
a. Lib. IX, de Nat. Animal., cn.ç. x Cet aigle, selon Élien, s’appelait aigle de Jupiter , et était encore plus frugivore que l’outarde, qui mange des vers de terre ; an lieu que l’aigle dont il s’agit ne mange aucun animal.
b. Ornilhologie, t. Il, page 93.
c. Gesner, de Avibus, p. 487. « Otis avis fldipes est, tribus insistens digitis, magnitudine a galliuacei majoris, capite oblongo, oculis amplis, rostroacuto, linguà osseà, gracili collo. »
d. Mémoires pour servir à l'histoire des animaux , partie ii, p. 102.
e. Edwards, Hist. nat. of Birds, pl. lxxiv.
/. Ibidem, page 236.
L’OUTARDE
l’autruche : cependant le pélican, qui ne leur était pas inconnu", est beaucoup plus grand selon M. Perrault; mais il peut se faire que Delon ait vu une grosse outarde et un petit pélican, et dans ce cas tout son tort sera, comme celui de bien d’autres, d’avoir assuré de l’espèce ce qui n’était vrai que de l’individu.
M. Edwards reproche à AVillughby de s’être trompé grossièrement, et d’avoir induit en erreur Albin, qui l’a copié en disant que l’outarde avait soixante pouces anglais de longueur du bout du bec au bout de la queue : en effet, celles que j’ai mesurées n'avaient guère plus de trois pieds, ainsi que celle de M. Brisson ; et la plus grande qui ait été mesurée par M. Edwards avait trois pieds et demi dans ce sens, et trois pieds neuf pouces et demi du bout du bec au bout des ongles : les auteurs de la Zoologie britannique la fixent à près de quatre pieds anglais, ce qui revient à un peu moins de trois pieds neuf pouces de France ® : l’étendue du vol varie de plus de moitié en différents sujets; elle a été trouvée de sept pieds quatre pouces par M. Edwards, de neuf pieds par les auteurs de la Zoologie britannique, et de quatre pieds de France par M. Perrault, qui assure n’avoir jamais observé que des mâles, toujours plus gros que les femelles.
Le poids de cet oiseau varie aussi considérablement : les uns l’ont trouvé de dix livres et d’autres de vingt-sept ® et même de trente^ ; mais, outre ces variétés dans le poids et la grandeur, on en a aussi remarqué dans les proportions ; tous les individus de cette espèce ne paraissent pas avoir été formés sur le même modèle. M. Perrault en a observé dont le cou était plus long, et d’autres dont le cou était plus court proportionnellement aux jambes; et d’autres dont le bec était plus pointu; d’autres dont les oreilles étaient recouvertes par des plumes plus longues»; tous avaient le cou et les jambes beaucoup plus longs que ceux que Gcssner et Aldrovande ont examinés. Dans les sujets décrits par M. Edwards, il y avait de chaque côté du cou deux places nues, de couleur violette, et qui paraissaient garnies de plumes lorsque le cou était fort étendu*; ce qui n’a point été indiqué par les autres observateurs. Enfin M. Klein a remarqué que les outardes de Pologne ne ressemblaient pas exactement à celles de France et d’Angleterre * ; et en effet on trouve, en comparant les descriptions , quelques différences de couleurs dans le plumage, le bec, etc.
En général l’outarde se distingue de l’autruche, du touyou, du casoar
a. Edwards, Hist. nat. of Birds, page lo3.
h. Ibidem, pl. lxxiii.
c. Ou sait que le pied de Paris est plus long que celui de Londres de près de neuf lignes.
d. Gesner, de Avibus, page 488.
e. Brilisch Zoolog IJ, ^a.ge 87.
f. Rzaczynski, Aucluarium , page 401.
g. Mémoires pour servir à l’histoire des animaux, partie ii, p. 99 et 102.
h. Edwards, Hist. nat. of Birds, pl. nxxiv.
i. Hist. Avium, page 18.
L’OUTARDE
et du dronte par ses ailes, qui, quoique peu proportionnées au poids de son corps, peuvent cependant l’élever et la soutenir quelque temps en l’air, au lieu que celles des quatre autres oiseaux que j’ai nommés sont absolument inutiles pour le vol ; elle se distingue de presque tous les autres par sa grosseur ', ses pieds à trois doigts isolés et sans membranes, son bec de dindon , son duvet couleur de rose, et la nudité du bas de la jambe : non point par chacun de ces caractères, mais par la réunion de tous.
L’aile est composée de vingt-six pennes, selon M. Brisson, et de trentedeux ou trente-trois, suivant M. Edwards, qui peut-être compte celles de l’aile bâtarde. La seule chose que j’aie à faire remarquer dans ces pennes, c’est qu’aux troisième, quatrième, cinquième et sixième plumes de chaque aile , les barbes extérieures deviennent tout à coup plus courtes, et ces pennes conséquemment plus étroites à l’endroit où elles sortent de dessous leurs couvertures “.
Les pennes de la queue sont au nombre de vingt, et les deux du milieu sont différentes de toutes les autres.
M. Perrault* impute à Belon comme une erreur d’avoir dit que le dessus des ailes de l’outarde était blanc % contre ce qu’avaient observé MM. de l’Académie, et contre ce qui se voit dans les oiseaux qui ont communément plus de blanc sous le ventre et dans toute la partie inférieure du corps, et plus de brun et d’autres couleurs sur le dos et les ailes; mais il me semble que sur cela Belon peut être aisément justifié, car il a dit exactement, comme MM. de l’Académie, que l’outarde était blanche par-dessous le ventre et dessous les ailes; et lorsqu’il a avancé que le dessus des ailes était blanc, il a sans doute entendu parler des pennes de l’aile qui approchent du corps et qui se trouvent en effet au-dessus de l’aile, celle-ci étant supposée pliée et l’oiseau debout : or, dans ce sens, ce qu’il a dit se trouve vrai et conforme à la description de M. Edwards, où la vingt-sixième penne de l’aile et les suivantes, jusqu’à la trentième, sont parfaitement blanches'*.
M. Perrault a fait une observation plus juste : c’est que quelques plumes de l’outarde ont du duvet, non-seulement à leur base, mais encore à leur extrémité, en sorte que la partie moyenne de la plume , qui est composée de barbes fermes et accrochées les unes aux autres, se trouve entre deux parties où il n’y a que du duvet ; mais ce qui est très-remarquable, c’est que le duvet de la base de toutes les plumes, à l’exception des pennes du
a. Voyez Ornithologie de M. Brisson , t. V, page 22.
b. Mémoires pour servir à l’histoire des animaux, partie ii, p. 102.
c. Biiloii, Nature des oiseaux, page 235.
d. Edwards, Hist. nat. of Birds, pl. Lxxm.
l. « La grande outarde ale plumage, sur le dos, d’uu fauve vif, traversé d’une multitude de Cl traits noirs, et sur tout le reste grisâtre. Le mâle, qui est le plus gros oiseau d’Europe, a les « plumes des oreilles allongées, et formant, des deux côtés, des espèces de grandes mousta- (I ches. Cet oiseau, l’un de nos meilleurs gibiers, fréquente les pays des grandes plaines, et Il niche dans les blés, sur la terre. » (Cuvier.)
L’OUTARDE