‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de CuvierChapitre 101 sur 251 · Voyez les notes 1 et 2 de la page suivante · texte numérisé non relu

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part des endroits vides, et elle aura éteint pour un temps ce feu souterrain. C’est apparemment par cette raison que ces volcans sous-marins agissent plus rarement que les volcans ordinaires, quoique les causes de tous les deux soient les mêmes, et que les matières qui produisent et nourrissent ces feux souterrains puissent se trouver sous les terres couvertes par la mer en aussi grande quantité que sous les terres qui sont à découvert.

Ce sont ces mêmes feux souterrains ou sous-marins qui sont la cause de toutes ces ébullitions des eaux de la mer, que les voyageurs ont remarquées en plusieurs endroits, et des trombes dont nous avons parlé; ils produisent aussi des orages et des tremblements qui ne sont pas moins sensibles sur la mer que sur la terre1. Ces îles, qui ont été formées par ces volcans sousmarins, sont ordinairement composées de pierres ponces et de rochers calcinés, et ces volcans produisent, comme ceux de la terre, des tremblements'* et des commotions très-violentes.

On a aussi vu souvent des feux s’élever de la surface des eaux; Pline nous dit que le lac de Trasimène a paru enflammé sur toute sa surface. Agricola rapporte que, lorsqu’on jette une pierre dans le lac de Denstat en Thuringe, il semble, lorsqu’elle descend dans l’eau, que ce soit un trait de feu.

Enfin, la quantité de pierres ponces que les voyageurs nous assurent avoir rencontrées dans plusieurs endroits de l’Océan et de la Méditerranée , prouve qu’il y a au fond de la mer des volcans semblables à ceux que nous connaissons2, et qui ne diffèrent ni par les matières qu’ils rejettent, ni par la violence des explosions, mais seulement par la rareté et par le peu de continuité de leurs effets : tout, jusqu’aux volcans, se trouve au fond des mers comme à la surface de la terre.

Si même on y fait attention, l’on trouvera plusieurs rapports entre les volcans de terre et les volcans de mer : les uns et les autres ne se trouvent que dans les sommets des montagnes 3 . Les îles des Açores et celles de l’Ar-

1. « Si l’on pouvait avoir des nouvelles de l’état journalier de la surface terrestre tout entière , « on serait bientôt convaincu que cette surface est toujours agitée par des secousses, en quelques- « uns de ses points, et qu’elle est incessamment soumise à la réaction de la masse intérieure. » (Cosmos, 1. 1, p. 237. )

2. Sans doute. Encore une fois, la force qui produit les volcans se fait sentir partout. «Longtemps on n’a vu dans la vulcanicité (la réaction de l’intérieur d’une planète contre

«son écorce) qu’un phénomène isolé, qu’une force locale Il était réservé à la géognosie

« nouvelle de se placer à un point de vue plus élevé La partie minéralogique de la géognosie

« (structure et succession des couches terrestres), et l’étude géographique de la forme des con- « tinents et des archipels soulevés au-dessus du niveau de la mer, viennent se relier à une seule « et même doctrine, celle de la vulcanicité. » ( Cosmos , t. I , p. 282.)

3. « Ou bien les volcans s’élèvent du fond de la mer sous forme d’iles et comme des cônes isolés, « et alors on observe généralement , à côté et dans la même direction , une chaîne de montagnes « primitives, dont la base semble indiquer la situation des volcans ; ou bien ils s’élèvent sur la

chipe] ne sont que des pointes de montagnes dont les unes s’élèvent au-dessus de l’eau, et les autres sont au-dessous. On voit, par la relation de la nouvelle île des Açores1, que l’endroit d’où sortait la fumée n’était qu’à 15 brasses de profondeur sous l’eau, ce qui, étant comparé avec les profondeurs ordinaires de l’océan, prouve que cet endroit même est un sommet de montagne. On en peut dire tout autant du terrain de la nouvelle île auprès de Santorin : il n’était pas à une grande profondeur sous les eaux , puisqu’il y avait des huîtres attachées aux rochers qui s’élevèrent. Il paraît aussi que ces volcans de mer ont quelquefois, comme ceux de terre, des communications souterraines, puisque le sommet du volcan du pic de Saint-George, dans l’ile de Pic, s’abaissa lorsque la nouvelle île des Açores s’éleva 2. On doit encore observer que ces nouvelles îles ne paraissent jamais qu’auprès des anciennes, et qu'on n’a point d’exemple qu'il s’en soit élevé de nouvelles dans les hautes mers : on doit donc regarder le terrain où elles sont comme une continuation de celui des îles voisines; et, lorsque ces îles ont des volcans, il n’est pas étonnant que le terrain qui en est voisin contienne des matières propres à en former, et que ces matières viennent à s’enflammer, soit par la seule fermentation, soit par l’action des vents souterrains.

Au reste, les îles produites par l’action du feu et des tremblements de terre sont en petit nombre 3, et ces événements sont rares; mais il y a un nombre infini d’îles nouvelles produites par les limons, les sables et les

«crête même des montagnes primitives et en forment les plus hautes sommités Si l’on

« considère les chaînes de montagnes comme des masses qui se sont élevées à travers une « grande faille, on comprendra facilement ces deux modes de gisement des volcans. Dans l’un « des cas , la masse volcanique trouve une fissure toute formée, par laquelle elle peut s’élever et « se répandre à la surface de la terre : alors les volcans forment le sommet de la chaîne primitive ; « dans l’autre, les masses primitives, qui recouvrent la faille, opposent un obstacle trop consi- « dérable à la sortie des matières volcaniques; le mélaphyre se fait alors jour par une fissure « qu’il détermine au pied de la chaîne primitive : la masse volcanique se soulève, dans ce

« cas, au pied de la chaîne primitive. » (Léopold de Buch : Descript. des îles Canaries, p. 324. — Trad. franc. )

1. A 15 milles ouest de l’ile Saint-Michel, l’une des Açores, parut, en 1638, une ile nouvelle, qui, après quelques années , s’enfonça. En 1719 , il s’en forma une autre, qui disparut en 1723. Enfin, en 1811, une troisième s’éleva, qui présentait un cratère bien formé, d’où sortait un courant d’eau chaude : celle-ci fut nommée Sabrina. L’ile Sabrina s’enfonça peu à peu et disparut en 1812.

2. « L’ile de Pico, celles de Saint-Georges, Saint-Michel, Terceire, et jusqu’à Flores et Corvo, « sont situées l’une derrière l’autre , exactement dans la même direction. On ne peut s’empêcher

j « de reconnaître dans cette disposition une bande volcanique, analogue à celle qui traverse

j « l’Islande , une sorte d’immense faille , remplie par des roches en partie cachées dans la pro- « fondeur de la mer. » (M. de Buch : Descript. des îles Canaries, p. 351. — Trad. franc. )

3. Elles sont en très-grand nombre , au contraire. Les Canaries, les Açores ,*les îles Santorin, Therasia , etc., les Kouriles, etc. , etc. , sont autant à.1 îles produites par le feu et les tremblements de terre. « Nous avons vu , sous nos yeux, des lies se soulever du fond de la mer, et, si « on suit les nouvelles découvertes des navigateurs dans la mer du Sud, on ne pourra se refuser « de reconnaître qu’il s’est produit, de nos jours, un nombre considérable d’îles nouvelles, qui « se sont soulevées jusque près de la surface de la mer, ou même jusqu’au dessus de cette « surface. » (M. de Buch : Descript. desiles Canaries, p. 325. — Trad. franc.)

terres que les eaux des fleuves ou de la mer entraînent et transportent en différents endroits A l’embouchure de toutes les rivières il se forme des amas de terre et des bancs de sable dont l’étendue devient souvent assez considérable pour former des îles d’une grandeur médiocre. La mer, en se retirant et en s’éloignant de certaines côtes, laisse à découvert les parties les plus élevées du fond, ce qui forme autant d’îles nouvelles; et de même, en s’étendant sur de certaines plages, elle en couvre les parties les plus basses, et laisse paraître les plus élevées qu’elle n’a pu surmonter, ce qui fait encore autant d’îles1 2 ; et on remarque en conséquence qu’il y a fort peu d’îles dans le milieu des mers, et qu’elles sont presque toutes dans le voisinage des continents où la mer les a formées, soit en s’éloignant, soit en s’approchant de ces différentes contrées.

L’eau et le feu, dont la nature est si différente et même si contraire , produisent donc des effets semblables, ou du moins qui nous paraissent être tels, indépendamment des productions particulières de ces deux éléments, dont quelques-unes se ressemblent au point de s’y méprendre, comme le cristal et le verre, l’antimoine naturel et l’antimoine fondu3, les pépites naturelles des mines et celles qu’on fait artificiellement par la fusion, etc. Il y a dans la nature une infinité de grands effets que l’eau et le feu produisent, qui sont assez semblables pour qu’on ait de la peine à les distinguer. L’eau, comme on l’a vu, a produit les montagnes et formé la plupart des îles, le feu a élevé quelques collines et quelques îles; il en est de même des cavernes, des fentes, des ouvertures, des gouffres, etc. : les unes ont pour origine les feux souterrains, et les autres les eaux, tant souterraines que superficielles4.

Les cavernes se trouvent dans les montagnes, et peu ou point du tout dans les plaines ; il y en a beaucoup dans les îles de l’Archipel et dans plusieurs autres îles, et cela parce que les îles ne sont, en général, que des dessus de montagnes. Les cavernes se forment, comme les précipices, par l’affaissement des rochers, ou, comme les abîmes, par l’action du feu ; car, pour faire d’un précipice ou d’un abîme une caverne, il ne faut qu’imaginer des rochers contre-butés et faisant voûte par-dessus, ce qui doit arriver très-

1. C’est toujours l’idée de la terre, ouvrage de l’eau, qui revient sous une autre forme, et toujours Buffon exagère l’importance qu’il attribue à l’action des eaux.

2. Cela est vrai. Mais le déplacement de la mer dépend lui-mème d’un soulèvement ou d’un affaissement du sol. (Voyez la note de la page 65.)

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