‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de CuvierChapitre 102 sur 251 · Voyez mes notes sur les minéraux · texte numérisé non relu

Voyez mes notes sur les minéraux

4. Les cavernes ont, pour origine, les ruptures causées parles feux souterrains, parles tremblements de terre; elles sont agrandies, ensuite, par l’action des eaux souterraines. M. Desnoyers, dans un article très-remarquable, rapproche ingénieusement les caractères des fentes, des filons , des fissures , des cavernes et des autres anfractuosités intérieures , de ceux des inégalités de la surface extérieure du sol, et il appelle, avec raison, les cols, les brèches, les défilés, les vallées de déchirement : des cavernes à ciel ouvert. ( Dict . univ. d’hist. nat., art. Grottes. )

29 i DES ILES NOUVELLES, DES CAVERNES,

souvent lorsqu’ils viennent à être ébranlés et déracinés. Les cavernes peuvent être produites par les mêmes causes qui produisent les ouvertures, les ébranlements et les affaissements des terres, et ces causes sont les explosions des volcans, l’action des vapeurs souterraines et les tremblements de terre ; car ils font des bouleversements et des éboulements qui doivent nécessairement former des cavernes, des trous, des ouvertures et des anfractuosités de toute espèce.

La caverne de Saint-Patrice, en Irlande, n’est pas aussi considérable qu’elle est fameuse; il en est de même de la grotte du Chien en Italie, et de celle qui jette du feu dans la montagne de Beni-Guazeval, au royaume de Fez. Dans la province de Darby en Angleterre, il y a une grande caverne fort considérable et beaucoup plus grande que la fameuse caverne de Bauman, auprès de la forêt Noire, dans le pays de Brunswick. J’ai appris, par une personne aussi respectable par son mérite que par son nom (milord comte de Morton), que cette grande caverne, appelée Devel’s-Hole, présente d’abord une ouverture fort considérable, comme celle d’une trèsgrande porte d’église; que par cette ouverture il coule un gros ruisseau; qu’en avançant, la voûte de la caverne se rabaisse si fort qu’en un certain endroit on est obligé pour continuer sa route de se mettre sur l’eau du ruisseau dans des baquets fort plats, où on se couche pour passer sous la voûte de la caverne, qui est abaissée dans cet endroit au point que l’eau touche presque à la voûte; mais, après avoir passé cet endroit, la voûte se relève et on voyage encore sur la rivière jusqu’à ce que la voûte se rabaisse de nouveau et touche à la superficie de l’eau, et c’est là le fond de la caverne et la source du ruisseau qui en sort; il grossit considérablement dans de certains temps, et il amène et amoncèle beaucoup de sable dans un endroit de la caverne qui forme comme un cul-de-sac dont la direction est différente de celle de la caverne principale.

Dans la Carniole, il y a une caverne auprès de Potpéchio, qui est fort spacieuse et dans laquelle on trouve un grand lac souterrain. Près d’Adelsperg, il y a une caverne dans laquelle on peut faire deux milles d’Allemagne de chemin, et où on trouve des précipices très-profonds. (Yovez Act. erud. Lips., an. 1639, p. 558.) Il y a aussi de grandes cavernes et de belles grottes sous les montagnes de Mendipp en Galles ; on trouve des mines de plomb auprès de ces cavernes , et des chênes enterrés à quinze brasses de profondeur. Dans la province de Glocester, il y a une très-grande caverne qu’on appelle Pen-park-hole , au fond de laquelle on trouve de l’eau à trente-deux brasses de profondeur; on y trouve aussi des filons de mine de plomb.

On voit bien que la caverne de Devel’s-Hole et les autres, dont il sort de grosses fontaines ou des ruisseaux, ont été creusées et formées parles eaux, qui ont emporté les sables et les matières divisées qu’on trouve entre

les rochers et les pierres, et on aurait tort de rapporter l’origine de ces cavernes aux éboulements et aux tremblements de terre.

Une des plus singulières et des plus grandes cavernes que l’on connaisse est celle d’Antiparos, dont M. de Tournefort nous a donné une ample description : on trouve d’abord une caverne rustique d’environ trente pas de largeur, partagée par quelques piliers naturels; entre les deux piliers qui sont sur la droite il y a un terrain en pente douce, et ensuite jusqu’au fond de la même caverne une pente plus rude d’environ vingt pas de longueur ; c’est le passage pour aller à la grotte ou caverne intérieure, et ce passage n’est qu'un trou fort obscur par lequel on ne saurait entrer qu’en se baissant, et au secours des flambeaux. On descend d’abord dans un précipice horrible à l’aide d’un câble que l’on prend la précaution d’attacher tout à l’entrée; on se coule dans un autre bien plus effroyable dont les bords sont fort glissants, et qui répondent sur la gauche à des abîmes profonds. On place sur les bords de ces gouffres une échelle au moyen de laquelle on franchit, en tremblant, un rocher tout à fait coupé à plomb; on continue à glisser par des endroits un peu moins dangereux ; mais dans le temps qu’on se croit en pays praticable, le pas le plus affreux vous arrête tout court, et on s’y casserait la tête, si on n’était averti ou arrêté par ses guides; pour le franchir, il faut se couler sur le dos le long d’un gros rocher, et descendre une échelle qu’il faut y porter exprès; quand on est arrivé au bas de l’échelle on se roule quelque temps encore sur des rochers, et enfin on arrive dans la grotte. On compte trois cents brasses de profondeur depuis la surface de la terre ; la grotte paraît avoir quarante brasses de hauteur sur cinquante de large : elle est remplie de belles et grandes stalactites de différentes formes, tant au-dessus de la voûte que sur le terrain d’en bas. (Voyez le Voyage du Levant, pag. 188 et suiv.)

Dans la partie de la Grèce appelée Livadie (Achoia des anciens), il y a une grande caverne dans une montagne, qui était autrefois fort fameuse par les oracles de Trophonius, entre le lac de Livadia et la mer voisine, qui, dans l’endroit le plus près, en est à quatre milles : il y a quarante passages souterrains à travers le rocher, sous une haute montagne , par où les eaux du lac s’écoulent. (Voyez Géographie de Gordon, édit, de Londres, 1733, page 179.)

Dans tous les volcans, dans tous les pays qui produisent du soufre, dans toutes les contrées qui sont sujettes aux tremblements de terre, il y a des cavernes : le terrain de la plupart des îles de l’Archipel est caverneux presque partout ; celui des îles de l’Océan Indien, principalement celui des îles Moluques, ne paraît être soutenu que sur des voûtes et des concavités. Celui des îles Açores, celui des îles Canaries, celui des îles du cap Vert, et en général le terrain de presque toutes les petites îles, est à l’intérieur creux et caverneux en plusieurs endroits, parce que ces îles ne sont, comme nous

l’avons dit, que des pointes de montagnes où il s’est fait des éboulements considérables, soit par l’action des volcans, soit par celle des eaux, des gelées et des autres injures de l’air. Dans les Cordillères, où il y a plusieurs volcans et où les tremblements de terre sont fréquents, il y a aussi un grand nombre de cavernes, de môme que dans le volcan de l’île de Banda, dans le mont Ararat, qui est un ancien volcan, etc.

Le fameux labyrinthe de l’île de Candie n’est pas l’ouvrage de la nature toute seule : M. de Tournefort assure que les hommes y ont beaucoup travaillé, et on doit croire que cette caverne n’est pas la seule que les hommes aient augmentée; ils en forment même tous les jours de nouvelles en fouillant les mines et les carrières, et, lorsqu’elles sont abandonnées pendant un très-long espace de temps, il n’est pas fort aisé de reconnaître si ces excavations ont été produites par la nature ou faites de la main des hommes. On connaît des carrières qui sont d’une étendue très-considérable , celle de Maëstricht, par exemple, où l’on dit que 50,000 personnes peuvent se réfugier, et qui est soutenue par plus de mille piliers qui ont vingt ou vingtquatre pieds de hauteur; l’épaisseur de terre et de rocher qui est au-dessus est de plus de vingt-cinq brasses : il y a dans plusieurs endroits de cette carrière de l’eau et de petits étangs où on peut abreuver du bétail, etc. (Voyez Trans. Phil. Abr., vol. II, p. 463.) Les mines de sel de Pologne forment des excavations encore plus grandes que celle-ci; il y a ordinairement de vastes carrières auprès de toutes les grandes villes, mais nous n’en parlerons pas ici en détail; d’ailleurs les ouvrages des hommes, quelque grands qu’ils puissent être, ne tiendront jamais qu’une bien petite place dans l'histoire de la nature.

Les volcans et les eaux, qui produisent les cavernes à l’intérieur, forment aussi à l’extérieur des fentes, des précipices et des abîmes. A Cajéta 1 en Italie, il y a une montagne qui autrefois a été séparée par un tremblement de terre, de façon qu’il semble que la division en a été faite parda main des hommes. Nous avons déjà parlé de l’ornière de Pile de Machian, de l’abîmedu mont Ararat, de la porte des Cordillères et de celle des Thermopyles, etc. ; nous pouvons y ajouter la porte de la montagne des Troglodytes en Arabie, celle des Échelles en Savoie, que la nature n’avait fait qu’ébaucher, et que Yictor-Amédée a fait achever; les eaux produisent, aussi bien que les feux souterrains, des affaissements de terre considérables, des éboulements, des chutes de rochers, des renversements de montagnes dont nous pouvons donner plusieurs exemples.

«Au mois de juin 1714 une partie de la montagne de Diablerets, en Valais, « tomba subitement et tout à la fois entre deux et trois heures après midi, « le ciel étant fort serein; elle était de figure conique; elle renversa cin-

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