‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de CuvierChapitre 113 sur 251 · DE L’EFFET DES PLUIES, DES MARECAGES · texte numérisé non relu

DE L’EFFET DES PLUIES, DES MARECAGES

ont souvent plus de mille pieds d’élévation, il est impossible d’y faire aes puits, et par conséquent d’avoir de l’eau. Il y a même de grandes étendues de terre où l’eau manque absolument, comme dans l’Arabie-Pétrée, qui est un désert où il ne pleut jamais, où des sables brûlants couvrent toute la surface de la terre, où il n’y a presque point de terre végétale, où le peu de plantes qui s’y trouvent languissent; les sources et les puits y sont si rares, que l’on n’en compte que cinq depuis le Caire jusqu’au mont Sinaï, encore l’eau en est-elle amère et saumâtre.

Lorsque les eaux qui sont à la surface de la terre ne peuvent trouver d’écoulement, elles forment des marais et des marécages. Les plus fameux marais de l’Europe sont ceux de Moscovie à la source du Tanaïs, ceux de Finlande, où sont les grands marais Savolax et Énasak ; il y en a aussi en Hollande, en Westphalie et dans plusieurs autres pays bas : en Asie, on a les marais de l’Euphrate, ceux de la Tartarie, le Palus Méotide ; cependant, en général, il y en a moins en Asie et en Afrique qu’en Europe, mais l’Amérique n’est, pour ainsi dire, qu’un marais continu dans toutes ses plaines. Cette grande quantité de marais est une preuve de la nouveauté du pays et du petit nombre des habitants , encore plus que du peu d’industrie.

Il y a de très -grands marécages en Angleterre dans la province de Lincoln près de la mer, qui a perdu beaucoup de terrain d’un côté et en a gagné de l’autre. On trouve dans l’ancien terrain une grande quantité d’arbres qui y sont enterrés au-dessous du nouveau terrain amené par les eaux; on en trouve de même en grande quantité en Écosse, à l’embouchure de la rivière Ness. Auprès de Bruges en Flandre, en fouillant à 40 ou 50 pieds de profondeur, on trouve une très-grande quantité d’arbres aussi près les uns des autres que dans une forêt; les troncs, les rameaux et les feuilles sont si bien conservés qu’on distingue aisément les différentes espèces d’arbres. Il y a 500 ans que cette terre, où l’on trouve des arbres, était une mer, et avant ce temps-là on n’a point de mémoire ni de tradition que jamais cette terre eût existé : cependant il est nécessaire que cela ait été ainsi dans le temps que ces arbres ont crû et végété ; ainsi le terrain, qui dans les temps les plus reculés était une terre ferme couverte de bois , a été ensuite couvert par les eaux de la mer, qui y ont amené 40 ou 50 pieds d’épaisseur de terre, et ensuite ces eaux se sont retirées. On a de même trouvé une grande quantité d’arbres souterrains à Youle dans la province d’York, à douze milles au-dessous de la ville, sur la rivière Humber; il y en a qui sont si gros qu’on s’en sert pour bâtir, et on assure, peut-être mal à propos, que ce bois est aussi durable et d’aussi bon service que le chêne; on en coupe en petites baguettes et en longs copeaux que l’on envoie vendre dans les villes voisines, et les gens s’en servent pour allumer leur pipe. Tous ces arbres paraissent rompus, et les troncs sont séparés de leurs racines, comme des arbres que la violence d’un ouragan ou d’une inondation aurait

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