‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de CuvierChapitre 114 sur 251 · DES BOIS SOUTERRAINS, DES EAUX SOUTERRAINES · texte numérisé non relu

DES BOIS SOUTERRAINS, DES EAUX SOUTERRAINES

cassés et emportés; ce bois ressemble beaucoup au sapin, il a la même odeur lorsqu’on le brûle, et fait des charbons de la même espèce. ( Yoyez Irons, phil. n° 228. ) Dans l’île de Man, on trouve dans un marais qui a six milles de long et trois milles de large, appelé Curragh , des arbres souterrains qui sont des sapins, et, quoiqu’ils soient à 18 ou 20 pieds de profondeur, ils sont cependant fermes sur leurs racines. (Yoyez Ray’ s Disc., page 232.) On en trouve ordinairement dans tous les grands marais, dans les fondrières et dans la plupart des endroits marécageux, dans les provinces de Sommerset, de Chester, de Lancastre, de Stafford. Il y a de certains endroits où l’on trouve des arbres sous terre qui ont été coupés, sciés, équarris et travaillés par les hommes : on y a même trouvé des cognées et des serpes, et entre Bermingham et Brumley dans la province de Lincoln, il y a des collines élevées de sable tin et léger que les pluies et les vents emportent et transportent en laissant à sec et à découvert des racines de grands sapins, où l'impression de la cognée paraît encore aussi fraîche que si elle venait d’être faite. Ces collines se seront sans doute formées, comme les dunes, par des amas de sable que la mer a apporté et accumulé , et sur lesquels ces sapins auront pu croître ; ensuite ils auront été recouverts par d’autres sables qui y auront été amenés, comme les premiers, par des inondations ou par des vents violents. On trouve aussi une grande quantité de ces arbres souterrains dans les terres marécageuses de Hollande, dans la Frise et auprès de Groningue, et c’est de là que viennent les tourbes qu’on brûle dans tout le pays.

On trouve dans la terre une infinité d’arbres grands et petits de toute espèce, comme sapins, chênes, bouleaux, hêtres, ifs, aubépins, saules, frênes ; dans les marais de Lincoln , le long de la rivière d’Ouse , et dans la province d’York en Hatfield-Chace, ces arbres sont droits et plantés comme on les voit dans une forêt. Les chênes sont fort durs, et on en emploie dans les bâtiments, où ils durent fort longtemps a ; les frênes sont tendres et tombent en poussière, aussi bien que les saules; on en trouve qui ont été équarris, d’autres sciés, d’autres percés, avec des cognées rompues, et des haches dont la forme ressemble à celle des couteaux de sacrifice. On y trouve aussi des noisettes, des glands et des cônes de sapins en grande quantité. Plusieurs autres endroits marécageux de l’Angleterre et de l’Irlande sont remplis de troncs d’arbres, aussi bien que les marais de France et de Suisse, de Savoie et d’Italie. (Yoyez Irons. Phil. Abr., vol. IY, p. 218, etc.)

Dans la ville de Modène et à quatre milles aux environs , en quelque endroit qu’on fouille, lorsqu’on est parvenu à la profondeur de 63 pieds et qu’on a percé la terre à 5 pieds de profondeur de plus avec une tarière,

a. Je doute beaucoup de la vérité de ce fait : tous les arbres qu’on tire de la terre , au moins tous ceux que j’ai vus, soit cbènes, soit autres, perdent, en se desséchant , toute la solidité qu'ils paraissent avoir d’abord, et ne doivent jamais être employés dans les bâtiments.

l’eau jaillit avec une si grande force, que le puits se remplit en fort peu de temps presque jusqu’au-dessus; cette eau coule continuellement et ne diminue ni n’augmente par la pluie ou par la sécheresse. Ce qu’il y a de remarquable dans ce terrain, c’est que, lorsqu’on est parvenu à 14 pieds de profondeur, on trouve les décombrements et les ruines d’une ancienne ville, des rues pavées, des planchers, des maisons, différentes pièces de mosaïque; après quoi on trouve une terre assez solide et qu’on croirait n’avoir jamais été remuée; cependant au-dessous on trouve une terre humide et mêlée de végétaux, et à 26 pieds des arbres tout entiers, comme des noisetiers avec les noisettes dessus, et une grande quantité de branches et de feuilles d’arbres; à 28 pieds on trouve une craie tendre mêlée de beaucoup de coquillages, et ce lit ail pieds d’épaisseur; après quoi on retrouve encore des végétaux, des feuilles et des branches, et ainsi alternativement de la craie et une terre mêlée de végétaux jusqu’à la profondeur de 63 pieds, à laquelle profondeur est un lit de sable mêlé de petit gravier et de coquilles semblables à celles qu’on trouve sur les côtes de la mer d’Italie : ces lits successifs de terre marécageuse et de craie se trouvent toujours dans le même ordre, en quelque endroit qu’on fouille, et quelquefois la tarière trouve de gros troncs d’arbres qu’il faut percer, ce qui donne beaucoup de peine aux ouvriers; on y trouve aussi des os, du charbon de terre, des cailloux et des morceaux de fer. Ramazzini , qui rapporte ces faits, croit que le golfe de Venise s’étendait autrefois jusqu’à Modène et au delà, et que, par la succession des temps, les rivières, et peut-être les inondations de la mer, ont formé successivement ce terrain.

Je ne m’étendrai pas davantage ici sur les variétés que présentent ces couches de nouvelle formation ; il suffit d’avoir montré qu’elles n’ont pas d’autres causes que les eaux courantes ou stagnantes qui sont à la surface de la terre, et qu’elles ne sont jamais aussi dures ni aussi solides que les couches anciennes qui se sont formées sous les eaux de la mer.

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