L 'Indus
2. Ces prolongements de certains Deltas dans la mer sont ce que M. Élie de Beaumont appelle les Deltas marins : «phénomène curieux, dit-il, et beaucoup plus rare qu’on ne le «pense généralement. » (Voyez ses Leçons de géolog. pratiq. ) Quelques grands fleuves ont pu seuls prolonger ainsi leur Delta dans la mer : le Nil , le Rhône, le Pô , le Mississipi. L’Escaut , la Meuse, le Rhin , etc. , ne l’ont point fait encore.
ment. Le P. Charlevoix, en parlant du fleuve Mississipi, dit qu’à l’embouchure de ce fleuve, au-dessous de la Nouvelle-Orléans, le terrain forme une pointe de terre qui ne paraît pas fort ancienne, car, pour peu qu’on y creuse, on trouve de l’eau, et que la quantité de petites îles qu’on a vues se former nouvellement à toutes les embouchures de ce fleuve ne laissent aucun doute que cette langue de terre ne se soit formée de la même manière. Il paraît certain, dit-il, que quand M. de La Salle descendit0 le Mississipi jusqu’à la mer, l’embouchure de ce fleuve n’était pas telle qu’on la voit aujourd’hui *.
Plus on approche de la mer, ajoute-t-il , plus cela devient sensible ; la barre n’a presque point d'eau dans la plupart des petites issues que le fleuve s'est ouvertes, et qui ne se sont si fort multipliées , que par le moyen des arbres qui y sont entraînés par le courant, et dont un seul arrêté par ses branches ou par ses racines dans un endroit où il y a un peu de profondeur, en arrête mille, j’en ai vu, dit-il, à 200 lieues d’ici b, des amas dont un seul aurait rempli tous les chantiers de Paris; rien alors n’est capable de les détacher; le limon que charrie le fleuve leur sert de ciment et les couvre peu à peu; chaque inondation en laisse une nouvelle couche, et après dix ans au plus les lianes et les arbrisseaux commencent à y croître : c’est ainsi que se sont formées la plupart des pointes et des îles qui font si souvent changer de cours au fleuve. (Voyez les Voyages du P. Charlevoix, t. III, p. 440.)
Cependant tous les changements que les fleuves occasionnent sont assez lents, et ne peuvent devenir considérables qu’au bout d’une longue suite d’années; mais il est arrivé des changements brusques et subits par les inondations et les tremblements de terre. Les anciens prêtres égyptiens, 600 ans avant la naissance de Jésus-Christ, assuraient, au rapport de Platon dans le Timèe , qu’ autrefois il y avait une grande île auprès des colonnes d’Hercule, plus grande que l’Asie et la Libye prises ensemble, qu’on appelait Atlantide, que cette grande île fut inondée et abîmée sous les eaux de la mer après un grand tremblement de terre. Traditur Àtheniensis civitas restitisse olim inmmeris hostium copiis quœ ex Atlantico mari profectœ, propè cunctam Europam Asiamque obsederunt; tune enim fretum illud navigabile, habens in ore et quasi vestibulo ejus insulam quas Herculis Columnas cognominant : ferturque insula ilia Libyâ simul et Asiâ major fuisse, per quam ad alias proximas insulas patebat aditus, atque ex insulis ad omnem continentem è conspectu jacentem vero mari vicinam; sed intrà os ipsum portas angusto sinu traditur, pelagus illud verum mare, terra quoque ilia verè erat continens, etc. Post hœc ingenti terrœ motu jugique diei unius et
a. Il y a des géographes qui prétendent que M. de La Salle n’a jamais descendu le Mississipi.
b. De la Nouvelle-Orléans.