‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de CuvierChapitre 146 sur 251 · Voyez la note 3 de la page · texte numérisé non relu

Voyez la note 3 de la page

DE LA SURFACE DE LA TERRE

dures par le moyen de l’eau, peut-être encore plus aisément que par l’action du feu ; et c’est seulement pour prévenir les objections qu’on ne manquerait pas de faire, si l’on imaginait que j’attribue uniquement à l’intermède de l’eau la solidité et la consistance du grès et des autres matières composées de sable vitrescible. Je dois même observer que les grès qui se trouvent à la superficie ou à peu de profondeur dans la terre ont tous été formés par l’intermède de l’eau; car l’on remarque des ondulations et des tournoiements à la surface supérieure des masses de ces grès , et l’on y voit quelquefois des impressions de plantes et de coquilles. Mais on peut distinguer les grès formés par le jédiment des eaux de ceux qui ont été produits par le feu ; ceux-ci sont d’un plus gros grain et s’égrainent plus facilement que les grès dont l’agrégation des parties est due à l’intermède de l’eau. Us sont plus serrés , plus compactes , les grains qui les composent ont des angles plus vifs, et , en général , ils sont plus solides et plus durs que les grès coagulés par le feu.

Les matières ferrugineuses prennent un très-grand degré de dureté par le feu, puisque rien n’est si dur que la fonte de fer, mais elles peuvent aussi acquérir une dureté considérable par 1 intermède de l’eau : je m’en suis assuré en mettant une bonne quantité de limaille de fer dans des vases exposés à la pluie; cette limaille a formé des masses si dures qu’on ne pouvait les casser qu’au marteau.

La roche vitreuse qui compose la masse de l’intérieur du globe est plus dure que le verre ordinaire, mais elle ne l’est pas plus que certaines laves de volcans et beaucoup moins que la fonte de fer, qui n’est cependant que du verre mêlé de parties ferrugineuses. Cette grande dureté de la roche du globe indique assez que ce sont les parties les plus fixes de toute la matière qui se sont réunies, et que, dès le temps de leur consolidation, elles ont pris la consistance et la dureté qu’elles ont encore aujourd’hui. L’on ne peut donc pas argumenter contre mon hypothèse de la vitrification générale , en disant que les matières réduites en verre par le feu de nos fourneaux sont moins dures que la roche du globe , puisque la fonte de fer, quelques laves ou basaltes , et même certaines porcelaines, sont plus dures que cette roche, et néanmoins ne doivent, comme elle, leur dureté qu’à l’action du feu. D’ailleurs, les éléments du fer et des autres minéraux qui donnent de la dureté aux matières liquéfiées par le feu ou atténuées par l’eau existaient, ainsi que les terres fixes, dès le temps de la consolidation du globe; et j’ai déjà dit qu’on ne devait pas regarder la roche de son intérieur comme du verre pur ', semblable à celui que nous faisons avec du sable et du salin, mais comme un produit vitreux mêlé des matières les plus fixes et les plus capables de soutenir la grande et longue action du feu primitif, dont nous ne pouvons comparer les grands effets que de loin avec le petit effet de nos feux de fourneaux ; et néanmoins cette comparaison , quoique désavantageuse, nous laisse apercevoir clairement ce qu’il peut y avoir de commun dans les effets du feu primitif et dans les produits de nos feux, et nous démontre en même temps que le degré de dureté dépend moins de celui du feu que de la combinaison des matières soumises à son action.

V. — Sur l’inclinaison des couches de la terre dans les montagnes.

J’ai dit, page 40, que « dans les plaines les couches de la terre sont exactement horizontales , et qu’il n’y a que dans les montagnes où elles soient inclinées, comme ayant été formées par des sédiments déposés sur une base inclinée , c’est-à-dire sur un terrain penchant. »

Non-seulement les couches de matières calcaires sont horizontales dans les plaines , mais elles le sont aussi dans toutes les montagnes où il n’y a point eu de bouleversement

1. Voyez la note 3 de la page 139 et la note 3 de la page 138.

35ô ADDITIONS SUR LES INÉGALITÉS

parles tremblenentsde terre ou par d’autres causes accidentelles ; et, lorsque ces couches sont inclinées, c’est que la montagne elle-même s’est inclinée tout en bloc et qu’elle a été contrainte de pencher d’un côté par la force d’une explosion souterraine, ou par l’affaissement d’une partie du terrain qui lui servait de base. L’on peut donc dire qu'en généra] toutes les couches formées par le dépôt et le sédiment des eaux sont horizontales, comme l’eau l’est toujours elle-même, à l’exception de celles qui ont été formées sur une base inclinée, c’est-à-dire sur un terrain penchant , comme se trouvent la plupart des mines de charbon de terre.

La couche la plus extérieure et superficielle de la terre , soit en plaine , soit en montagne, n’est composée que de terre végétale, dont l’origine est due aux sédiments de l’air, aux dépôts des vapeurs et des rosées, et aux détriments successifs des herbes, des feuilles et des autres parties des végétaux décomposés. Cette première couche ne doit point être ici considérée ; elle suit partout les pentes et les courbures du terrain, et présente une épaisseur plus ou moins grande, suivant les différentes circonstances locales «. Cette couche de terre végétale est ordinairement bien plus épaisse dans les vallons que sur les collines; et sa formation est postérieure aux couches primitives du globe, dont les plus anciennes et les plus intérieures ont été formées par le feu, et les plus nouvelles et les plus extérieures ont été formées par les matières transportées et déposées en forme de sédiments par le mouvement des eaux. Celles-ci sont, en général, toutes horizontales, et ce n’est que par des causes particulières qu’elles paraissent quelquefois inclinées1. Les bancs de pierres calcaires sont ordinairement horizontaux ou légèrement inclinés ; et, de toutes les substances calcaires , la craie est celle dont les bancs conservent le plus exactement la position horizontale. Comme la craie n’est qu’une poussière des détriments calcaires , elle a été déposée par les eaux dont le mouvement était tranquille et les oscillations réglées ; tandis que les matières qui n’étaient que brisées et en plus gros volume ont été transportées par les courants et déposées par le remous des eaux; en sorte que leurs bancs ne sont pas parfaitement horizontaux comme ceux de la craie. Les falaises de la mer en Normandie sont composées de couches horizontales de craie si régulièrement coupées à plomb qu’on les prendrait de loin pour des murs de fortification. L’on voit entre les couches de craie des petits lits de pierre à fusil noire , qui tranchent sur le blanc de la craie : c'est là l’origine des veines noires dans les marbres blancs.

Indépendamment des collines calcaires , dont les bancs sont légèrement inclinés et dont la position n’a point varié, il y en a grand nombre d’autres qui ont penché par différents accidents et dont toutes les couches sont fort inclinées. On en a de grands exemples dans plusieurs endroits des Pyrénées où l’on en voit qui sont inclinées de 45, 50 et même 60 degrés au-dessous de la ligne horizontale, ce qui semble prouver qu’il s’est fait de grands changements dans ces montagnes par l’affaissement des cavernes souterraines sur lesquelles leur masse était autrefois appuyée.

a. Il y a quelques montagnes dont la surface à la cime est absolument nue , et ne présente que le roc vif ou le granité, sans aucune végétation que dans les petites fentes , où le vent a porté et accumulé les particules de terre qui flottent dans l’air. On assure qu’à quelque distance de la rive gauche du Nil , en remontant ce fleuve, la montagne composée de granité , de porphyre et de jaspe, s’étend à plus de vingt lieues en longueur, sur une largeur peut-être aussi grande, et que la surface entière de la cime de cette énorme carrière est absolument dénuée de végétaux, ce qui forme un vaste désert, que ni les animaux ni les oiseaux , ni même les insectes, ne peuvent fréquenter. Mais ces exceptions particulières et locales ne doivent point être ici considérées.

i. Voyez la note 3 de la page 41.

DE LA SURFACE DE LA TERRE

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