Voyez la note de la page
ET LES VOLCANS
à Saint-Domingue a, dans le voisinage du Port-au-Prince , ceux du Japon et des autres îles orientales et méridionales de l’Asie , dont presque toutes les contrées habitées ont autrefois été ravagées par le feu : mais je me bornerai à donner pour exemple ceux de l’île de France et de File de Bourbon, que quelques voyageurs instruits ont reconnus d’une manière évidente.
« Le terrain de l'ile de France est recouvert, dit M. l’abbé de la Caille, d’une quantité « prodigieuse de pierres de toutes sortes de grosseur, dont la couleur est cendrée noire ;
une grande partie est criblée de trous; elles contiennent la plupart beaucoup de fer, « et la surface de la terre est couverte de mines de ce métal : on y trouve aussi beaucoup « de pierres ponces, surtout sur la côte nord de l’ile, des laves ou espèces de laitier de
« fer, des grottes profondes et d’autres vestiges manifestes de volcans éteints
« L'ile de Bourbon , continue M. l’abbé de la Caille, quoique plus grande que l’ile de « France , n’est cependant qu’une grosse montagne qui est comme fendue dans toute sa « hauteur en trois endroits différents. Son sommet est couvert de bois et inhabité, et sa « pente, qui s’étend jusqu’à la mer, est défrichée et cultivée dans les deux tiers de son « contour : le reste est recouvert de laves d’un volcan qui bride lentement et sans bruit;
<* il ne paraît même un peu ardent que dans la saison des pluies
« L'ile de l’Ascension est visiblement formée et brûlée par un volcan : elle est cou-
« verte d’une terre rouge , semblable à de la brique pilée ou à de la glaise bridée
« L’ile est composée de plusieurs montagnes d’élévation moyenne, comme de 100 à « 150 toises : il y en a une plus grosse qui est au sud-est de l’ile , haute d’environ « 400 toises... ; son sommet est double et allongé, mais toutes les autres sont terminées « en cône assez parfait et couvertes de terre rouge ; la terre et une partie des mon- « tagnes sont jonchées d’une quantité prodigieuse de roches criblées d’uue infinité de « trous , de pierres calcaires et fort légères , dont un grand nombre ressemble à du lai- « tier; quelques-unes sont recouvertes d’un vernis blanc sale, tirant sur le vert; il y a « aussi beaucoup de pierres ponces &. »
Le célèbre Cook dit que, dans une excursion que l’on fit dans l’intérieur de l’ile d’Otahiti , on trouva que les rochers avaient été bridés comme ceux de Madère , et que toutes les pierres portaient des marques incontestables du feu ; qu’on aperçoit aussi des traces de feu dans l'argile qui est sur les collines ; et que l’on peut supposer qu'Otahiti et nombre d’iles voisines sont les débris d'un continent qui a été englouti par l’explosion d’un feu souterrain «. Philippe Carteret dit qu’une des îles de la Reine-Charlotte, située vers le 11° 10' de latitude sud, est d’une hauteur prodigieuse et d’une figure conique, que son sommet a la forme d’un entonnoir, dont on voit sortir de la fumée, mais point de flammes , et que sur le côté le plus méridional de la terre de la Nouvelle-Bretagne se trouvent trois montagnes, de l’une desquelles il sort une grosse colonne de fumée <L L’on trouve des basaltes à l’ile de Bourbon, où le volcan, quoique affaibli, est encore agissant; à l’ile de France, où tous les feux sont éteints ; à Madagascar, où il y a des volcans agissants et d’autres éteints. Mais, pour ne parler que des basaltes qui se trouvent en Europe, on sait, à n’en pouvoir douter, qu’il y en a des masses considérables en Irlande , en Angleterre , en Auvergne , en Saxe sur les bords de l’Elbe , en Misüie sur la montagne de Cottener, à Marienbourg , à Weilbourg, dans le comté de Nassau, à Lauterbach, à Bitlstein, dans plusieurs endroits de la Hesse , dans la Lusace, dans la Bohême, etc. Ces basaltes sont les plus belles laves qu’aient produites les volcans qui sont actuellement éteints dans toutes ces contrées ; mais nous nous contente-
a. Note envoyée à M. de Buffonpar M. Fresnaye, 10 mars 1777.
b. Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1754 , p. 111 , 121 et 126. e. Voyage autour du Monde, par le capitaine Cook, t. II , p. 431.
d. Voyage autour du Monde, par Philippe Carteret , 1. 1, p. 250 et 275.
4ôO ADDITIONS SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE
rons de donner ici l’extrait des descriptions détaillées des volcans éteints qui se trouvent en France.
« Les montagnes d’Auvergne, dit M. Guettard , qui ont été , à ce que je crois, autre- « fois des volcans...., sont celles de Volvic à deux lieues de Riom, du Puy-de-Dôme « proche Clermont, et du mont d’Or. Le volcan de Volvic a formé par ses laves diffé- « rents lits posés les uns sur les autres , qui composent ainsi des masses énormes , dans « lesquelles on a pratiqué des carrières qui fournissent de la pierre à plusieurs endroits « assez éloignés de Volvic... Ce fut à Moulins que je vis les laves pour la première « fois...; et, étant à Volvic, je reconnus que la montagne n’était presque qu’un cornet posé de différentes matières qui sont jetées dans les éruptions des volcans...
« La figure de cette montagne est conique ; sa base est formée par des rochers de « granité gris-blanc ou d’une couleur de rose pâle... ; le reste de la montagne n'est « qu’un amas de pierres ponces , noirâtres ou rougeâtres, entassées les unes sur les « autres, sans ordre ni liaison... ; aux deux tiers de la montagne, on rencontre des « espèces de rochers irréguliers, hérissés de pointes informes contournées en tout « sens, de couleur rouge-obscur, ou d’un noir sale et mat , et d’une substance dure « et solide, sans avoir de trous comme les pierres ponces... ; avant d’arriver au sommet, « on trouve un trou large de quelques toises , d’une forme conique, et qui approche « d’un entonnoir... La partie de la montagne qui est au nord et à l’est m’a paru n’être « que de pierres ponces...; les bancs de pierres de Volvic suivent l’inclinaison de la « montagne, et semblent se continuer sur cette montagne et avoir communication avec « ceux que les ravins mettent à découvert un peu au-dessous du sommet... : ces pierres « sont d’un gris de fer qui semble se charger d’une fleur blanche , qu'on dirait en sortir « comme une efflorescence ; elles sont dures , quoique spongieuses et remplies de « petits trous irréguliers.
« La montagne du Puy-de-Dôme n’est qu’une masse de matière qui annonce « les effets les plus terribles du feu le plus violent... ; dans les endroits qui ne sont « point couverts de plantes et d’arbres , on ne marche que parmi des pierres ponces , « sur des quartiers de laves , et dans une espèce de gravier ou de sable , formé par une « sorte de mâchefer, et par de très-petites pierres ponces mêlées de cendres
<> Ces montagnes présentent plusieurs pics , qui ont tous une cavité moins large au « fond qu’à l’ouverture... : un de ces pics , le chemin qui y conduit et tout l’espace qui « se trouve de là jusqu’au Puy-de-Dôme, ne sont qu’un amas de pierres ponces; et il « en est de même pour ce qui est des autres pics , qui sont au nombre de quinze ou « seize , placés sur la même ligne du sud au nord , et qui ont tous des entonnoirs
« Le sommet du pic du mont d’Or est un rocher d’une pierre d’un blanc cendré « tendre, semblable à celle du sommet des montagnes de cette terre volcanisée ; elle « est seulement un peu moins légère que celle du Puy-de-Dôme. Si je n’ai pas trouvé « sur cette montagne des vestiges de volcan en aussi grande quantité qu’aux deux « autres , cela vient en grande partie de ce que le mont d’Or est plus couvert , dans « toute son étendue , de plantes et de bois que la montagne de Volvic et le Puy-de- « Dôme... ; cependant la partie sud-ouest est presque entièrement découverte et n’est « remplie que de pierres et de rochers qui me paraissent avoir été exempts des effets « du feu
« Mais la pointe du mont d’Or est un cône pareil à ceux de Volvic et du Puy-de- « Dôme : à l’est de cette pointe est le pic du Capucin , qui affecte également la figure « conique, mais la sienne n’est pas aussi régulière que celle des précédents; il semble « même que ce pic ait plus souffert dans sa composition ; tout y paraît plus irrégulier, * plus rompu , plus brisé... 11 y a encore plusieurs pics, dont la base est appuyée sur « le dos de la montagne ; ils sont tous dominés par le mont d’Or, dont la hauteur est
ET LES VOLCANS. 401
« de 509 toises ; le pic du mont d’Or est très-raide ; il finit en une pointe de 15 ou « 20 pieds de large en tout sens
« Plusieurs montagnes entre Thiers et Saint-Chaumont ont une figure conique, ce « qui me fit penser, dit M. Guettard, qu'elles pouvaient avoir brûlé.. . Quoique je n’aie « pas été à Pontgibault, j'ai des preuves que les montagnes de ce canton sont des vol- « cans éteints ; j’en ai reçu des morceaux de laves qu’il était facile de reconnaître pour « tels par les points jaunes et noirâtres d’une matière vitrifiée, qui est le caractère le « plus certain d’une pierre de volcan a. »
Le meme M. Guettard et M. Faujas ont trouvé sur la rive gauche du Rhône, et assez avant dans le pays, de très-gros fragments de basaltes en colonnes.... En remontant dans le Vivarais, ils ont trouvé, dans un torrent, un amas prodigieux de matières de volcan, qu’ils ont suivi jusqu’à sa source : il ne leur a pas été difficile de reconnaître le volcan; c’est une montagne fort élevée, sur le sommet de laquelle ils ont trouvé la bouche d'environ 80 pieds de diamètre ; la lave est partie visiblement du dessous de cette bouche; elle a coulé en grandes masses par les ravins l’espace de sept ou huit mille toises; la matière s’est amoncelée toute brûlante en certains endroits : venant ensuite à s’y figer, elle s’est gercée et fendue dans toute sa hauteur, et a laissé toute la plaine couverte d’une quantité innombrable de colonnes, depuis 15 jusqu’à 30 pieds de hauteur, sur environ 7 pouces de diamètre b.
«Ayant été me promener à Montferrier, dit M. Montet, village éloigné de Mont- « pellier d’une lieue..., je trouvai quantité de pierres noires détachées les unes des « autres, de différentes figures et grosseurs...; et, les ayant comparées avec d’autres qui «sont certainement l’ouvrage des volcans..., je les trouvai de même nature que ces « dernières; ainsi je ne doutai point que ces pierres de Montferrier ne fussent elles- « mêmes une lave très-dure ou une matière fondue par un volcan , éteint depuis un « temps immémorial. Toute la montagne de Montferrier est parsemée de ces pierres ou « laves; le village en est bâti en partie, et les rues en sont pavées.... Ces pierres pré- « sentent pour la plupart , à leur surface , de petits trous ou de petites porosités qui « annoncent bien qu’elles sont formées d’une matière fondue par un volcan; on trouve « cette lave répandue dans toutes les terres qui avoisinent Montferrier....
« Du côté de Pézenas , les volcans éteints sont en grand nombre.... ; toute la contrée « en est remplie, principalement depuis le cap d’Agde, qui est lui-même un volcan « éteint, jusqu’au pied de la masse des montagnes qui commencent à 5 lieues au nord de « cette côte, et sur le penchant ou à peu de distance desquelles sont situés les villages « de Livran , Peret, Fontès , Néfiez , Gabian , Faugères. On trouve, en allant du midi « au nord, une espèce de cordon ou de chapelet fort remarquable, qui commence au « cap d’Agde, et qui comprend les monts de Saint-Thibéry et le Causse (montagnes « situées au milieu des plaines de Bressan), le pic de la tour de Valros, dans le terri- « toire de ce village, le pic de Montredon au territoire de Tourbes, et celui de Sainte- « Marthe, auprès du prieuré royal de Cassan, dans le territoire de Gabian; il part en- « core du pied de la montagne, à la hauteur du village de Fontès, une longue et large « masse qui finit au midi auprès de la grange de Prés.... et qui est terminée , dans la « direction du levant au couchant, entre le village de Caus et celui de Nizas... Ce canton « a cela de remarquable qu’il n’est presque qu’une masse de lave, et qu’on observe au « milieu une bouche ronde d’environ 200 toises de diamètre , aussi reconnaissable « qu’il soit possible, qui a formé un étang qu’on a depuis desséché, au moyen d’une « profonde saignée faite entièrement dans une lave dure et formée par couches, ou « plutôt par ondes immédiatement contiguës...
а. Mémoires de l'Académie des Sciences , année 1752, p. 27 jusqu’à 58.
б. Journal de physique , par M. l’abbé Rozier. Mois de décembre 1775 , p. 516.
ADDITIONS SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE
« On trouve, dans tous ces endroits, de la lave et des pierres ponces; presque toute la « ville de Pézenas est pavée de lave; le rocher d’Agde n’est que de la lave très-dure, et « toute cette ville est bâtie et pavée de cette lave, qui est très-noire... Presque tout le « territoire de Gabian, où l’on voit la fameuse fontaine de pétrole, est parsemé de n laves et de pierres ponces.
« On trouve aussi au Causse de Basan et de Saint-Thibéry une quantité considérable « de basaltes..., qui sont ordinairement des prismes à six faces , de 10 à 14 pieds de « long.... Ces basaltes se trouvent dans un endroit où les vestiges d’un ancien volcan « sont on ne peut pas plus reconnaissables.
« Les bains de Balaruc... nous offrent partout les débris d’un volcan éteint; les
pierres qu’on y rencontre ne sont que des pierres ponces de différentes grosseurs....
« Dans tous les volcans que j’ai examinés, j’ai remarqué que la matière oulespierres « qu’ils ont vomies sont sous différentes formes : les unes sont en masse contiguë, très- « dures et pesantes , comme le rocher d’Agde ; d’autres , comme celles de Montferrier « et la lave de Tourbes, ne sont point en masses , ce sont des pierres détachées , d’une « pesanteur et d’une dureté considérables2. »
BL Villet, de l’Académie de Blarseille, m’a envoyé, pour le Cabinet du Roi, quelques échantillons de laves et d’autres matières trouvées dans les volcans éteints de Provence, et il m’écrit qu’à une lieue de Toulon on voit évidemment les vestiges d’un ancien volcan, et qu’étant descendu dans une ravine au pied de cet ancien volcan de la montagne d’Ollioules, il fut frappé, à l’aspect d’un rocher détaché du haut , de voir qu’il était calciné; qu’après en avoir brisé quelques morceaux, il trouva dans l’intérieur des parties sulfureuses si bien caractérisées , qu’il ne douta plus de l’ancienne existence de ces volcans éteints aujourd’hui b.
BL Valmont de Bomare a observé, dans le territoire de Cologne , les vestiges de plusieurs volcans éteints.
Je pourrais citer un très-grand nombre d’autres exemples qui tous concourent à prouver que le nombre des volcans éteints erft peut-être cent fois plus grand que celui des volcans actuellement agissants , et Ton doit observer qu’entre ces deux états , il y a , comme dans tous les autres effets de la nature, des états mitoyens, des degrés et des nuances dont on ne peut saisir que les principaux points. Par exemple, les solfatares ne sont ni des volcans agissants ni des volcans éteints, et semblent participer des deux *. Personne ne les a mieux décrites qu’un de nos savants académiciens , BL Fougeroux de Bondaroy, et je vais rapporter ici ses principales observations.
« La solfatare située à quatre milles de Naples à l’ouest et à deux milles de la mer, « est fermée par des montagnes qui l’entourent de tous côtés. Il faut monter pendant « environ une demi-heure avant que d’y arriver. L’espace compris entre les montagnes « forme un bassin d’environ 1,200 pieds de longueur sur 800 pieds de largeur. Il est « dans un fond par rapport à ces montagnes , sans cependant être aussi bas que le terci rain qu’on a été obligé de traverser pour y arriver. La terre, qui forme le fond de ce « bassin , est un sable très-fin, uni et battu ; le terrain est sec et aride , les plantes n’y « croissent point; la couleur du sable est jaunâtre... Le soufre qui s’y trouve en grande « quantité , réuni avec ce sable , sert sans doute à le colorer.
« Les montagnes qui terminent la plus grande partie du bassin, n’offrent que des « rochers dépouillés de terre et de plantes ; les uns fendus , dont les parties sont brûlées « et calcinées , et qui tous n’offrent aucun arrangement et n’ont aucun ordre dans leur
a. Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1760 , p. 466 jusqu’à 473.
b. Lettre de M. Villet à M. de Buffon. Marseille , le 8 mai 1775.