Voyez la note 2 de la page
2. Voyez les Mémoires sur la durée de l’incandescence , indiqués dans la note 2 de la page 403.
3. Voyez les Mémoires de Buffon, cités dans la note précédente.
ADDITIONS SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE
sion des scories du verre primitif qui couvraient la surface entière du globe après sa consolidation.
« On ne comprend pas sous le nom de laves, dit M. de La Condamine, toutes les « matières sorties de la bouche d'un volcan , telles que les cendres, les pierres ponces,
« le gravier, le sable, mais seulement celles qui, réduites par l’action du feu dans un « état de liquidité, forment en se refroidissant des masses solides dont la dureté sur- <> passe celle du marbre. Malgré cette restriction, on conçoit qu'il y aura encore bien « des espèces de laves, selon le différent degré de fusion du mélange, selon qu’il parti- « cipera plus ou moins du métal , et qu’il sera plus ou moins intimement uni avec « diverses matières. J’en distingue surtout trois espèces , et il y en a bien d’intermé- « diaires. La lave la plus pure ressemble, quand elle est polie, à une pierre d’un gris « sale et obscur; elle est lisse, dure, pesante, parsemée de petits fragments semblables « à du marbre noir et de points blanchâtres ; elle paraît contenir des parties métal- « liques ; elle ressemble au premier coup d’œil à la serpentine, lorsque la couleur de la « lave ne tire point sur le vert; elle reçoit un assez beau poli , plus ou moins vif dans « ses différentes parties; on en fait des tables, des chambranles de cheminée, etc.
« La lave la plus grossière est inégale et raboteuse ; elle ressemble fort à des scories « de forge ou écumes de fer. La lave la plus ordinaire tient un milieu entre ces deux « extrêmes ; c’est celle que l’on voit répandue en grosses masses sur les flancs du Vésuve « et dans les campagnes voisines. Elle y a coulé par torrents; elle a formé en se refroi- « dissant des masses semblables à des rochers ferrugineux et rouillés, et souvent épais « de plusieurs pieds. Ces masses sont interrompues et souvent recouvertes par des « amas de cendres et de matières calcinées... C’est sous plusieurs lits alternatifs de « laves, de cendres et de terre , dont le total fait une croûte de 60 à 80 pieds d’épnis- « seur, qu’on a trouvé des temples, des portiques, des statues, un théâtre, une ville « entière , etc. « »
« Presque toujours, dit M. Fougeroux de Bondaroy, immédiatement après l’éruption « d’une terre brûlée ou d’une espèce de cendre... , le Vésuve jette la lave... ; elle coule « par les fentes qui sont faites à la montagne...
« La matière minérale enflammée , fondue et coulante , ou la lave proprement dite, « sort par les fentes ou crevasses avec plus ou moins d’impétuosité, et en plus ou « moins grande quantité , suivant la force de l’éruption ; elle se répand à une distance « plus ou moins grande , suivant son degré de fluidité , et suivant la pente de la mon- « tagne qu’elle suit, qui retarde plus ou moins son refroidissement...
« Celle qui garnit maintenant une partie du terrain dans le bas de la montagne , et « qui descend quelquefois jusqu’au pied de Portici...., forme de grandes masses dures, « pesantes et hérissées de pointes sur leur surface supérieure ; la surface qui porte sur « le terrain est plus plate : comme ces morceaux sont les uns sur les autres, ils ressem» « blent un peu aux flots de la mer ; quand les morceaux sont plus grands et plus « amoncelés, ils prennent la figure des rochers
« En se refroidissant, la lave affecte différentes formes La plus commune est
« en tables plus ou moins grandes ; quelques morceaux ont jusqu’à six , sept et huit « pieds de dimensions ; elle s’est ainsi cassée et rompue en cessant d’être liquide et en « se refroidissant ; c’est cette espèce de laves dont la superficie est hérissée de pointes...
« La seconde espèce ressemble à de gros cordages; elle se trouve toujours proche « l’ouverture, paraît s’être ligée promptement et avoir roulé avant de s’être durcie ; elle « est moins pesante que celle de la première espèce ; elle est aussi plus fragile, moins « dure et plus bitumineuse; en la cassant, on voit que sa substance est moins serrée « que dans la première
a. Mémoires de l'Académie des Sciences , année 1737, p. 374 et suiv.
ET LES VOLCANS
« On trouve au haut de la montagne une troisième espèce de lave , qui est brillante, « disposée en filets qui quelquefois se croisent ; elle est lourde et d'un rouge violet... II « y a des morceaux qui sont sonores et qui ont la figure de stalactites... Enfin on « trouve à certaines parties de la montagne des laves qui affectent une forme sphé- « rique, et qui paraissent avoir roulé: on conçoit aisément comment la forme de ces « laves peut varier suivant une infinité de circonstances, etc. <* »
11 entre des matières de toute espèce dans la composition des laves; on a tiré du fer et un peu de cuivre de celles du sommet du Vésuve; il y en a même quelques-unes d’assez métalliques pour conserver la flexibilité du métal ; j’ai vu de grandes tables de laves de deux pouces d’épaisseur, travaillées et polies comme des tables de marbre, se courber par leur propre poids; j’en ai vu d’autres qui pliaient sous une forte charge, mais qui reprenaient le plan horizontal par leur élasticité.
Toutes les laves étant réduites en poudre sont, comme le verre, susceptibles d’être converties par l'intermède de l’eau, d’abord en argile, et peuvent devenir ensuite, par le mélange des poussières et des détriments de végétaux , d’excellents terrains. Ces faits sont démontrés par les belles et grandes forêts qui environnent l’Etna , qui toutes sont sur un fond de lave recouvert d’une bonne terre de plusieurs pieds d’épaisseur : les cendres se convertissent encore plus vite en terre que les poudres de verre et de lave; on voit, dans la cavité des cratères des anciens volcans actuellement éteints, des terrains fertiles ; on en trouve de même sur le cours de tous les anciens torrents de lave. Les dévastations causées par les volcans sont donc limitées par le temps; et, comme la nature tend toujours plus à produire qu’à détruire, elle répare dans l’espace de quelques siècles les dévastations du feu sur la terre , et lui rend sa fécondité en se servant même de matériaux lancés pour la destruction.
ADDITIONS
A l’article QUI A POUR TITRE ; DES CAVERNES.
Sur les cavernes formées par le feu primitif, page 293.
Je n’ai parlé, dans ma Théorie de la Terre , que de deux sortes de cavernes, les unes produites par le feu des volcans et les autres par le mouvement des eaux souterraines : ces deux espèces de cavernes ne sont pas situées à de grandes profondeurs; elles sont même nouvelles, en comparaison des autres cavernes bien plus vastes et bien plus anciennes qui ont dù se former dans le temps de la consolidation du globe* ; car c’est dès lors que se sont faites les éminences et les profondeurs de sa superficie, et toutes les boursouflures et cavités de son intérieur, surtout dans les parties voisines de la surface. Plusieurs de ces cavernes produites par le feu primitif, après s’être soutenues pendant quelque temps , se sont ensuite fendues par le refroidissement successif qui diminue le volume de toute matière ; bientôt elles se seront écroulées, et, par leur affaissement, elles ont formé les bassins actuels de la mer, où les eaux , qui étaient autrefois très-élevées au-dessus de ce niveau , se sont écoulées et ont abandonné les terres quelles couvraient
a. Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1766 , p. 75 et suiv.
1. Voyez la note 4 de la page 293. Le lecteur peut s’apercevoir, en comparant cet article de; Additions h l’article des Preuves auquel il se rapporte , combien les idées de Buffon se sont modifiées et agrandies. On sent ici que Buffon comprend tous les effets du feu primitif, et qu’il a déjà écrit les Époques de la nature.
ADDITIONS
dans le commencement : il est plus que probable qu’il subsiste encore aujourd’hui dans l’intérieur du globe un certain nombre de ces anciennes cavernes , dont l’affaissement pourra produire de semblables effets, en abaissant quelques espaces du globe, qui deviendront dès lors de nouveaux réceptacles pour les eaux; et, dans ce cas, elles abandonneront en partie le bassin qu’elles occupent aujourd’hui pour couler par leur pente naturelle dans ces endroits plus bas. Par exemple, on trouve des bancs de coquilles marines sur les Pyrénées jusqu’à 1,500 toises de hauteur au-dessus du niveau de la mer actuelle. Il est donc bien certain que les eaux , dans le temps de la formation de ces coquilles, étaient de 1 ,500 toises plus élevées qu’elles ne le sont aujourd’hui ; mais, lorsqu’au bout d’un temps les cavernes qui soutenaient les terres de l’espace où gît actuellement l’Océan Atlantique se sont affaissées , les eaux qui couvraient les Pyrénées et l’Europe entière auront coulé avec rapidité pour remplir ces bassins , et auront par conséquent laissé à découvert toutes les terres de cette partie du monde. La même chose doit s’entendre de tous les autres pays : il paraît qu’il n’y a que les sommets des plus hautes montagnes auxquels les eaux de la mer n’aient jamais atteint, parce qu’ils ne présentent aucun débris des productions marines 1 et ne donnent pas des indices aussi évidents du séjour des mers ; néanmoins comme quelques-unes des matières dont ils sont composés , quoique toutes du genre vitrescible, semblent n’avoir pris leur solidité, leur consistance et leur dureté que par l’intermède et le gluten de l’eau, et qu’elles paraissent s’être formées, comme nous l’avons dit, dans les masses de sable ou de poussière de verre qui étaient autrefois aussi élevées que ces pics de montagnes , et que les eaux des pluies ont, par succession de temps, entraînées à leur pied, on ne doit pas prononcer affirmativement que les eaux de la mer ne se soient jamais trouvées qu’au niveau où l’on trouve des coquilles ; elles ont pu être encore plus élevées , même avant le temps où leur température a permis aux coquilles d’exister2 3. La plus grande hauteur à laquelle s’est trouvée la mer universelle ne nous est pas connue ; mais c’est en savoir assez que de pouvoir assurer que les eaux étaient élevées de 1,500 ou 2,000 toises audessus de leur niveau actuel , puisque les coquilles se trouvent à 1,500 toises dans les Pyrénées, et à 2,000 toises dans les Cordillères.
Si tous les pics des montagnes étaient formés de verre solide * ou d’autres matières produites immédiatement par le feu , il ne serait pas nécessaire de recourir à l’autre cause , c’est-à-dire au séjour des eaux , pour concevoir comment elles ont pris leur consistance ; mais la plupart de ces pics ou pointes de montagnes paraissent être composés de matières qui , quoique vitrescibles , ont pris leur solidité et acquis leur nature par l’intermède de l’eau. On ne peut donc guère décider si le feu primitif seul a produit leur consistance actuelle , ou si l’intermède et le gluten de l’eau de la mer n’ont pas été nécessaires pour achever l’ouvrage du feu et donner à ces masses vitrescibles la nature qu’elles nous présentent aujourd’hui. Au reste, cela n’empêche pas que le feu primitif4, qui d’abord a produit les plus grandes inégalités sur la surface du globe, n’ait eu la plus grande part à l’établissement des chaînes de montagnes qui en traversent la surface, et que les noyaux de ces grandes montagnes ne soient tous des produits de l’action du feu, tandis que les contours de ces mêmes montagnes n’ont été disposés et travaillés par les eaux que dans des temps subséquents ; en sorte que c’est sur ces