Voyez la note 4 de la page
2. On trouvera ces Mémoires dans le volume qui contiendra les Époques de la nalure.
ADDITIONS SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE
plus grande, il y aurait, comme dans les torrents de lave, des explosions, des ruptures à la surface et des jets perpendiculaires de matière métallique poussée au dehors par l’action du feu renfermé dans l’intérieur du lingot. Cette explication , tirée de la nature même de la chose, ne laisse aucun doute sur l’origine de ces éminences qu’on trouve fréquemment dans les vallées et les plaines que les laves ont parcourues et couvertes.
Mais lorsque, après avoir coulé de la montagne et traversé les campagnes, la lave toujours ardente arrive aux rivages de la mer, son cours se trouve tout à coup arrêté, le torrent de feu se jette comme un ennemi puissant et fait d’abord reculer les flots ; mais l’eau, par son immensité, par sa froide résistance et par la puissance de saisir et d’éteindre le feu , consolide en peu d’instants la matière du torrent , qui dès lors ne peut aller plus loin, mais s’élève , se charge de nouvelles couches, et forme un mur à-plomb, de la hauteur duquel le torrent délavé tombe alors perpendiculairement, et s’applique contre le mur à-plomb qu’il vient déformer : c’est par cette chute et par le saisissement de la matière ardente , que se forment les prismes de basalte a et leurs colonnes articulées. Ces prismes sont ordinairement à cinq ,six ou sept faces, et quelquefois à quatre ou à trois , comme aussi à huit ou neuf faces ; leurs colonnes sont formées par la chute perpendiculaire de la lave dans les flots de la mer, soit qu’elle tombe du haut des rochers de la côte , soit qu’elle forme elle-même le mur à-plomb qui produit sa chute perpendiculaire : dans tous les cas , le froid et l’humidité de l’eau qui saisissent cette matière toute pénétrée de feu, consolidant les surfaces au moment même de sa chute, les faisceaux qui tombent du torrent de lave dans la mer s’appliquent les uns contre les autres; et, comme la chaleur intérieure des faisceaux tend à les dilater, ils se font une résistance réciproque , et il arrive le même effet que dans le renflement des pois, ou plutôt des graines cylindriques, qui seraient pressées dans un vaisseau clos rempli d’eau qu’on ferait bouillir; chacune de ces graines deviendrait hexagone par la compression réciproque ; et, de même , chaque faisceau de lave devient à plusieurs faces par la dilatation et la résistance réciproques ; et lorsque la résistance des faisceaux environnants est plus forte que la dilatation du faisceau environné, au lieu de devenir hexagone, il n’est que de trois, quatre ou cinq faces : au contraire, si la dilatation du faisceau environné est plus forte que la résistance de la matière environnante , il prend sept, huit ou neuf faces , toujours sur sa longueur, ou plutôt sur sa hauteur perpendiculaire.
Les articulations transversales de ces colonnes prismatiques sont produites par une cause encore plus simple : les faisceaux de lave ne tombent pas comme une gouttière régulière et continue, ni par masses égales ; pour peu donc qu’il y ait d’intervalle dans la chute de la matière , la colonne, à demi consolidée à sa surface supérieure, s’affaisse en creux par le poids de la masse qui survient , et qui dès lors se moule en convexe dans la concavité de la première ; et c’est ce qui forme les espèces d’articulations qui se trouvent dans la plupart de ces colonnes prismatiques ; mais lorsque la lave tombe dans l’eau par une chute égale et continue , alors la colonne de basalte est aussi continue dans toute sa hauteur, et l’on n’y voit point d’articulations. De même, lorsque, par une explosion , il s’élance du torrent de lave quelques masses isolées , ces masses prennent alors une figure globuleuse ou elliptique, ou même tortillée en forme de cables ; et l’on peut rappeler à cette explication simple toutes les formes sous lesquelles se présentent les basaltes et les laves figurées.
C’est à la rencontre du torrent de lave avec les flots et à sa prompte consolidation, qu’on doit attribuer l’origine de ces côtes hardies qu’on voit dans toutes les mers qui
a. Je n'examinerai point ici l’origine de ce nom basalte, que M. Desmarets, savant naturaliste , de l’Académie des Sciences , croit avoir été donné par les anciens à deux pierres de nature différente ; et je ne parle ici que du basalte lave , qui est en forme de colonnes prismatiques.
ET LES VOLCANS
sont au pied des volcans. Les anciens remparts de basalte, qu’on trouve aussi dans l’intérieur des continents , démontrent la présence de la mer et son voisinage des volcans 1 dans le temps que leurs laves ont coulé. Nouvelle preuve qu’on peut ajouter à toutes celles que nous avons données de l’ancien séjour des eaux sur toutes les terres actuellement habitées.
Les torrents de lave ont depuis cent jusqu’à deux et trois mille toises de largeur, et quelquefois cent cinquante et même deux cents pieds d’épaisseur ; et comme nous avons trouvé, par nos expériences 2, que le temps du refroidissement du verre est à celui du refroidissement du fer comme 132 sont à 236, et que les temps respectifs de leur consolidation sont à peu près dans ce même rapport , il est aisé d’en conclure que , pour consolider une épaisseur de dix pieds de verre ou de lave , il faut 201 fÿ minutes, puisqu'il faut 360 minutes pour la consolidation de dix pieds d’épaisseur de fer; par conséquent, il faut 4028 minutes ou 67 heures 8 minutes pour la consolidation de deux cents pieds d’épaisseur de lave : et , par la même règle , on trouvera qu’il faut environ onze fois plus de temps, c’est-à-dire 30 jours ££, ou un mois, pour que la surface de cette lave de deux cents pieds d’épaisseur soit assez frr (de pour qu’on puisse la toucher; d’où il résulte qu’il faut un an pour refroidir une lave de deux cents pieds d’épaisseur assez pour qu’on puisse la toucher sans se brûler à un pied de profondeur, et qu’à dix pieds de profondeur elle sera encore assez chaude au bout de dix ans pour qu’on ne puisse la toucher, et cent ans pour être refroidie au même point jusqu’au milieu de son épaisseur. M. Brydone rapporte qu’ après plus de quatre ans , la lave qui avait coulé en 1766 , au pied de l’Etna , n’était pas encore refroidie; il dit aussi «avoir vu une couche « de lave de quelques pieds, produite par l’éruption du Vésuve , qui resta rouge de cha- « leur au centre, longtemps après que la surface fut refroidie, et qu’en plongeant un « bâton dans ses crevasses , il prenait feu à l’instant , quoiqu’il n’y eût au dehors aucune « apparence de chaleur. » Massa , auteur sicilien , digne de foi , dit « qu’étant à « Catane , huit ans après la grande éruption de 1669, il trouva qu’en plusieurs endroits « la lave n’était pas encore froide «.
M. le chevalier Hamilton laissa tomber des morceaux de bois sec dans une fente de lave du Vésuve , vers la fin d’avril 4771 ; ils furent enflammés dans l’instant, quoique cette lave fût sortie du volcan le 19 octobre 1767 : elle n’avait point de communication avec le foyer du volcan , et l’endroit où il fit cette expérience était éloigné au moins de quatre milles de la bouche d’où cette lave avait jailli. Il est très-persuadé qu’il faut bien des années avant qu’une lave de l’épaisseur de celle-ci (d’environ deux cents pieds) se refroidisse.
Je n’ai pu faire des expériences sur la consolidation et le refroidissement qu’avec des boulets de quelques pouces de diamètre ; le seul moyen de faire ces expériences plus en grand serait d’observer les laves et de comparer les temps employés à leur consolidation et refroidissement selon leurs différentes épaisseurs ; je suis persuadé que ces observations confirmeraient la loi que j’ai établie pour le refroidissement depuis l’état de fusion jusqu’à la température actuelle , et quoiqu’à la rigueur ces nouvelles observations ne soient pas nécessaires pour confirmer ma théorie , elles serviraient à remplir le grand intervalle qui se trouve entre un boulet de canon et une planète5.
Il nous reste à examiner la nature des laves et à démontrer qu’elles se convertissent, avec le temps , en une terre fertile, ce qui nous rappelle l’idée de la première conver-
a. Voyage en Sicile , 1. 1, p. 213.