‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de CuvierChapitre 187 sur 251 · Voyez la note de la page · texte numérisé non relu

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COMPARAISON DES ANIMAUX

que nous avons dit; car, de trente ou quarante mille mouches que la mère abeille produit, il n’y en a qu’un très-petit nombre de femelles, quinze cents ou deux mille mâles, et tout le reste ne sont que des mulets, ou plutôt des mouches neutres, sans sexe et incapables de produire.

Il faut avouer que dans les insectes, les poissons, les coquillages, il y a des espèces qui paraissent être extrêmement abondantes : les huîtres, les harengs, les puces, les hannetons, etc., sont peut-être en aussi grand nombre que les mousses et les autres plantes les plus communes; mais, à tout prendre, on remarquera aisément que la plus grande partie des espèces d’animaux est moins abondante en individus que les espèces de plantes; et de plus on observera qu’en comparant la multiplication des espèces de plantes entre elles, il n’y a pas des différences aussi grandes dans le nombre des individus que dans les espèces d’animaux, dont les uns engendrent un nombre prodigieux de petits, et d’autres n’en produisent qu’un très-petit nombre, au lieu que dans les plantes le nombre des productions est toujours fort grand dans toutes les espèces.

Il paraît, par ce que nous venons de dire, que les espèces les plus viles, les plus abjectes, les plus petites à nos yeux, sont les plus abondantes en individus, tant dans les animaux que dans les plantes ; à mesure que les espèces d’animaux nous paraissent plus parfaites, nous les voyons réduites à un moindre nombre d’individus. Pourrait-on croire que de certaines formes de corps, comme celles des quadrupèdes et des oiseaux, de certains organes pour la perfection du sentiment, coûteraient plus à la nature que la production du vivant et de l’organisé qui nous paraît si difficile à concevoir?

Passons maintenant à la comparaison des animaux et des végétaux pour le lieu, la grandeur et la forme. La terre est le seul lieu où les végétaux puissent subsister; le plus grand nombre s’élève au-dessus de la surface du terrain , et y est attaché par des racines qui le pénètrent à une petite profondeur; quelques-uns, comme les truffes, sont entièrement couverts de terre; quelques autres, en petit nombre, croissent sur les eaux, mais tous ont besoin, pour exister, d’être placés à la surface de la terre1 : les animaux, au contraire, sont bien plus généralement répandus; les uns habitent la surface, les autres l’intérieur de la terre; ceux-ci vivent au fond des mers, ceux-là les parcourent à une hauteur médiocre; il y en a dans l’air, dans l’intérieur des plantes, dans le corps de l’homme et des autres animaux, dans les liqueurs; on en trouve jusque dans les pierres (les dails2).

Par l’usage du microscope on prétend avoir découvert un très-grand

1. Les Algues ( les Algues submergées , les Phycées ) vivent toutes , soit dans les eaux douces, soit dans la mer.

2. Les daüs ou pholades se percent, par un mécanisme très-particulier, des trous dans les pierres , mais ne vivent pas dans les pierres.

ET DES VÉGÉTAUX

nombre de nouvelles espèces d’animaux fort différentes entre elles; il peut paraître singulier qu’à peine on ait pu reconnaître une ou deux espèces de plantes nouvelles par le secours de cet instrument 1 ; la petite mousse produite par la moisissure est peut-être la seule plante microscopique dont on ait parlé; on pourrait donc croire que la nature s’est refusée à produire de très-petites plantes, tandis qu’elle s’est livrée avec profusion à faire naître des animalcules; mais nous pourrions nous tromper en adoptant cette opinion sans examen, et notre erreur pourrait bien venir en partie de ce qu’en effet les plantes se ressemblant beaucoup plus que les animaux, il est plus difficile de les reconnaître et d’en distinguer les espèces, en sorte que cette moisissure, que nous ne prenons que pour une mousse infiniment petite, pourrait être une espèce de bois ou de jardin qui serait peuplé d’un grand nombre de plantes très-différentes , mais dont les différences échappent à nos yeux.

Il est vrai qu’en comparant la grandeur des animaux et des plantes elle paraîtra assez inégale; car il y a beaucoup plus loin de la grossenr d’une baleine à celle d’un de ces prétendus animaux microscopiques que du chêne le plus élevé à la mousse dont nous parlions tout à l’heure; et quoique la grandeur ne soit qu’un attribut purement relatif, il est cependant utile de considérer les termes extrêmes où la nature semble s’être bornée. Le grand paraît être assez égal dans les animaux et dans les plantes ; une grosse baleine et un gros arbre sont d’un volume qui n’est pas fort inégal, tandis qu’en petit on a cru voir des animaux dont un millier réunis n’égalerait pas en volume la petite plante de la moisissure.

Au reste, la différence la plus générale et la plus sensible entre les animaux et les végétaux est celle de la forme : celle des animaux , quoique variée à l’infini, ne ressemble point à celle des plantes; et quoique les polypes, qui se reproduisent comme les plantes, puissent être regardés comme faisant la nuance entre les animaux et les végétaux , non-seulement par la façon de se reproduire , mais encore par la forme extérieure , on peut cependant dire que la figure de quelque animal que ce soit est assez différente de la forme extérieure d’une plante, pour qu’il soit difficile de s’y tromper. Les animaux peuvent, à la vérité, faire des ouvrages qui ressemblent à des plantes ou à des fleurs, mais jamais les plantes ne produiront rien de semblable à un animal ; et ces insectes 2 admirables, qui produisent

1. On en connaît aujourd’hui un grand nombre. Toute la tribu des Palmellées (parmi les Algues) ne se compose que de plantes microscopiques. Le Protococcus atlanticus n’a que 1/300 de millimètre. Ce Protococcus , si petit, est presque un géant, relativement à quelques autres Protococcus et à quelques Palmella, qui n'ont pas un millième de millimètre. ( Voyez, dans le Dict. univer. d'hist. nat., l’article Phycologie de M. Montagne. ) C’est le Protococcus atlanticus qui teint en rouge les eaux de l’océan ( dans des espaces souvent fort étendus ), comme une autre algue microscopique (le Trichodesmium Ehrenbergii ) colore les eaux de la mer Rouge. (Voyez la note 1 de la page 213 . )

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