‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de CuvierChapitre 186 sur 251 · COMPARAISON DES ANIMAUX ET DES VÉGÉTAUX · texte numérisé non relu

COMPARAISON DES ANIMAUX ET DES VÉGÉTAUX

Dans la foule d'objets que nous présente ce vaste globe dont nous venons de faire la description, dans le nombre infini des différentes productions dont sa surface est couverte et peuplée, les animaux tiennent le premier rang, tant par la conformité qu’ils ont avec nous, que par la supériorité que nous leur connaissons sur les êtres végétants ou inanimés. Les animaux ont par leurs sens, par leur forme, par leur mouvement, beaucoup plus de rapports avec les choses qui les environnent que n’en ont les végétaux. Ceux-ci, par leur développement, par leur figure, par leur accroissement et par leurs différentes parties, ont aussi un plus grand nombre de rapports avec les objets extérieurs que n’en ont les minéraux ou les pierres, qui n’ont aucune sorte de vie ou de mouvement- et c’est par ce plus grand nombre de rapports que l’animal est réellement au-dessus du végétal, et le végétal au-dessus du minéral. Nous-mêmes, à ne considérer que la partie matérielle de notre être, nous ne sommes au-dessus des animaux que par quelques rapports de plus, tels que ceux que nous donnent la langue et la main; et, quoique les ouvrages du Créateur soient en euxmêmes tous également parfaits, l’animal est, selon notre façon d’apercevoir, l’ouvrage le plus complet de la nature, et l’homme en est le chef-d’œuvre.

En effet, que de ressorts, que de forces, que de machines et de mouvements sont renfermés dans cette petite partie de matière qui compose le corps d’un animal! Que de rapports, que d’harmonie, que de correspondance entre les parties! Combien de combinaisons, d’arrangements, de causes, d’effets, de principes , qui tous concourent au même but, et que nous ne connaissons que par des résultats si difficiles à comprendre qu’ils n’ont cessé d’être des merveilles que par l’habitude que nous avons prise de n’y point réfléchir!

Cependant, quelque admirable que cet ouvrage nous paraisse, ce n’est pas dans l’individu qu’est la plus grande merveille ; c’est dans la succes-

1. Cette Histoire des animaux forme la première partie du second volume de l’édition in-4° de l’Imprimerie royale , volume publié en 1749.

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sion, dans le renouvellement et dans la durée des espèces que la nature paraît tout à fait inconcevable. Cette faculté de produire son semblable, qui réside dans les animaux et dans les végétaux, cette espèce d’unité toujours subsistante et qui paraît éternelle, cette vertu procréatrice qui s’exerce perpétuellement sans se détruire jamais, est pour nous un mystère dont il semble qu’il ne nous est pas permis de sonder la profondeur.

Car la matière inanimée, cette pierre, cette argile qui est sous nos pieds, a bien quelques propriétés : son existence seule en suppose un très-grand nombre, et la matière la moins organisée ne laisse pas que d’avoir, en vertu de son existence, une infinité de rapports avec toutes les autres parties de l’univers. Nous ne dirons pas, avec quelques philosophes, que la matière, sous quelque forme qu’elle soit, connaît son existence et ses facultés relatives : cette opinion tient à une question de métaphysique que nous ne nous proposons pas de traiter ici ; il nous suffira de faire sentir que, n’ayant pas nous-mêmes la connaissance de tous les rapports que nous pouvons avoir avec les objets extérieurs, nous ne devons pas douter que la matière inanimée n’ait infiniment moins de cette connaissance, et que d’ailleurs nos sensations ne ressemblant en aucune façon aux objets qui les causent, nous devons conclure par analogie que la matière inanimée n’a ni sentiment, ni sensation, ni conscience d’existence, et que de lui attribuer quelques-unes de ces facultés, ce serait lui donner celle de penser, d’agir et de sentir à peu près dans le même ordre et de la même façon que nous pensons, agissons et sentons, ce qui répugne autant à la raison qu’à la religion.

Nous devons donc dire qu’étant formés de terre et composés de poussière, nous avons en effet avec la terre et la poussière des rapports communs qui nous lient à la matière en général, telles sont l’étendue, l’impénétrabilité, la pesanteur, etc. ; mais comme nous n’apercevons pas ces rapports purement matériels, comme ils ne font aucune impression au dedans de nous-mêmes, comme ils subsistent sans* notre participation, et qu’après la mort ou avant la vie ils existent et ne nous affectent point du tout, on ne peut pas dire qu’ils fassent partie de notre être; c’est donc l’organisation, la vie, l’âme, qui fait proprement notre existence ; la matière, considérée sous ce point de vue, en est moins le sujet que l’accessoire : c’esi une enveloppe étrangère dont l’union nous est inconnue et la présence nuisible ‘, et cet ordre de pensées, qui constitue notre être, en est peut-être tout à fait indépendant.

Nous existons donc sans savoir comment, et nous pensons sans savoir pourquoi; mais, quoi qu’il en soit de notre manière d’être ou de sentir.

i. Dont l’union nous est inconnue et la présence nuisible. Quelle noble pensée, et qu’elle est admirablement exprimée 1

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quoi qu'il en soit de la vérité ou de la fausseté, de l’apparence ou de la réalité de nos sensations, les résultats de ces mêmes sensations n’en sont pas moins certains par rapport à nous. Cet ordre d’idées , cette suite de pensées qui existe au dedans de nous-mêmes, quoique fort différente des objets qui les causent , ne laisse pas que d’être l’affection la plus réelle de notre individu, et de nous donner des relations avec les objets extérieurs, que nous pouvons regarder comme des rapports réels, puisqu’ils sont invariables et toujours les mêmes relativement à nous : ainsi nous ne devons pas douter que les différences ou les ressemblances, que nous apercevons entre les objets, ne soient des différences et des ressemblances certaines et réelles dans l’ordre de notre existence par rapport à ces mêmes objets. Nous pouvons donc légitimement nous donner le premier rang dans la nature; nous devons ensuite donner la seconde place aux animaux, la troisième aux végétaux, et enfin la dernière aux minéraux 1 ; car quoique nous ne distinguions pas bien nettement les qualités que nous avons en vertu de notre animalité, de celles que nous avons en vertu de la spiritualité de notre âme, nous ne pouvons guère douter que les animaux étant doués, comme nous , des mêmes sens, possédant les mêmes principes de vie et de mouvement , et faisant une infinité d’actions semblables aux nôtres, ils n’aient avec les objets extérieurs des rapports du même ordre que les nôtres, et que par conséquent nous ne leur ressemblions réellement à bien des égards. Nous différons beaucoup des végétaux ; cependant nous leur ressemblons plus qu’ils ne ressemblent aux minéraux, et cela parce. qu’ils ont une espèce de forme vivante, une organisation animée, semblable en quelque façon à la nôtre, au lieu que les minéraux n’ont aucun organe.

Pour faire donc l’histoire de l’animal, il faut d’abord reconnaître avec exactitude l’ordre général des rapports qui lui sont propres, et distinguer ensuite les rapports qui lui sont communs avec les végétaux et les minéraux. L’animal n’a de commun avec le minéral que les qualités de la matière prise généralement; sa substance a les mêmes propriétés virtuelles, elle est étendue, pesante, impénétrable comme tout le reste de la matière, mais son économie est toute différente. Le minéral n’est qu’une matière brute, inactive, insensible, n’agissant que par la contrainte des lois de la mécanique, n’obéissant qu’à la force généralement répandue dans l’univers, sans organisation, sans puissance, dénuée de toutes facultés, même de celle de se reproduire , substance informe, faite pour être foulée aux pieds

1. Buffon va développer, en termes souvent magnifiques, les caractères des trois règnes de la nature. Linné avait dit, avec sa concision énergique :

Naturalia dividuntur in régna natures tria : lapideum, vegetabile , animale.

Lapides crescunt.

Vegetabilia crescunt et vivunt.

Animalia crescunt, vivunt et sentiunt.

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par les hommes et les animaux, laquelle, malgré le nom de métal précieux, n’en est pas moins méprisée par le sage, et ne peut avoir qu’une valeur arbitraire, toujours subordonnée à la volonté et dépendante de la convention des hommes. L’animal réunit toutes les puissances de la nature, les forces qui l’animent lui sont propres et particulières : il veut, il agit, il se détermine, il opère, il communique par ses sens avec les objets les plus éloignés; son individu est un centre où tout se rapporte, un point où l’univers entier se réfléchit, un monde en raccourci : voilà les rapports qui lui sont propres ; ceux qui lui sont communs avec les végétaux sont les facultés de croître, de se développer, de se reproduire et de se multiplier.

La différence la plus apparente entre les animaux et les végétaux parait être cette faculté de se mouvoir et de changer de lieu, dont les animaux sont doués, et qui n’est pas donnée aux végétaux : il est vrai que nous ne connaissons aucun végétal qui ait le mouvement progressif, mais nous voyons plusieurs espèces d’animaux , comme les huîtres, les galle-insectes, etc., auxquelles ce mouvement paraît avoir été refusé; cette différence n’est donc pas générale et nécessaire *.

Une différence plus essentielle pourrait se tirer de la faculté de sentir, qu’on 11e peut guère refuser aux animaux, et dont il semble que les végétaux soient privés; mais ce mot sentir renferme un si grand nombre d’idées qu’on 11e doit pas le prononcer avant que d’en avoir fait l’analyse ; car, si par sentir nous entendons seulement faire une action de mouvement à l’occasion d’un choc ou d’une résistance, nous trouverons que la plante appelée sensitive est capable de cette espèce de sentiment , comme les animaux ; si au contraire on veut que sentir signifie apercevoir et comparer des perceptions, nous ne sommes pas sûrs que les animaux aienteette espèce de sentiment; et si nous accordons quelque chose de semblable aux chiens, aux éléphants, etc. , dont les actions semblent avoir les mêmes causes que les nôtres, nous le refuserons à une infinité d’espèces d’animaux, et surtout à ceux qui nous paraissent être immobiles et sans action. Si on voulait que les huîtres, par exemple, eussent du sentiment comme les chiens, mais à un degré fort inférieur, pourquoi n’accorderait-on pas aux végétaux ce même sentiment dans un degré encore au-dessous? Cette différence entre les animaux et les végétaux non-seulement n’est pas générale, mais même n'est pas bien décidée1 2.

Une troisième différence parait être dans la manière de se nourrir : les animaux, par le moyen de quelques organes extérieurs, saisissent les choses

1. Certains animaux, il est vrai, n’ont pas le mouvement progressif ; mais ceux-là même ont tous des mouvements propres , des muscles irritables et contractiles , etc.

2. La sensibilité des végétaux (supposé qu'ils en aient une ) sera du moins , comme le dit Buffon, fort au-dessous de celle des animaux. Dans les animaux eux-mêmes, la sensibilité croit et s’étend à mesure que l'organisation s’élève.

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qui leur conviennent, ils vont chercher leur pâture, ils choisissent leurs aliments; les plantes, au contraire, paraissent être réduites à recevoir la nourriture que la terre veut bien leur fournir ; il semble que cette nourriture soit toujours la même, aucune diversité dans la manière de se la procurer, aucun choix dans l'espèce : l’humidité de la terre est leur seul aliment. Cependant si l’on fait attention à l’organisation et à l’action des racines et des feuilles, on reconnaîtra bientôt que ce sont là les organes extérieurs dont les végétaux se servent pour pomper la nourriture, on verra que les racines se détournent d’un obstacle ou d’une veine de mauvais terrain pour aller chercher la bonne terre , que même ces racines se divisent, se multiplient, et vont jusqu'à changer de forme pour procurer de la nourriture à la plante ; la différence entre les animaux et les végétaux ne peut donc pas s’établir sur la manière dont ils se nourrissent.

Cet examen nous conduit à reconnaître évidemment qu’il n'y a aucune différence absolument essentielle et générale entre les animaux et les végétaux, mais que la nature descend par degrés et par nuances imperceptibles d’un animal qui nous paraît le plus parfait à celui qui l’est le moins, et de celui-ci au végétal. Le polype d’eau douce sera, si l’on veut, le dernier des animaux et la première des plantes1.

En effet, après avoir examiné les différences, si nous cherchons les ressemblances des animaux et des végétaux, nous en trouverons d’abord une qui est générale et très-essentielle, c’est la faculté commune à tous deux de se reproduire, faculté qui suppose plus d’analogies et de choses semblables que nous ne pouvons l’imaginer, et qui doit nous faire croire que, pour la nature, les animaux et les végétaux sont des êtres à peu près du même ordre.

Une seconde ressemblance peut se tirer du développement de leurs parties, propriété qui leur est commune, car les végétaux ont, aussi bien que les animaux, la faculté de croître, et si la manière dont ils se développent est différente, elle ne l’est pas totalement ni essentiellement, puisqu’il y a dans les animaux des parties très-considérables, comme les os, les cheveux, les ongles, les cornes, etc., dont le développement est une vraie végétation, et que dans les premiers temps de sa formation le fœtus végète plutôt qu'il ne vit.

Une troisième ressemblance, c’est qu’il y a des animaux qui se reproduisent comme les plantes, et par les mêmes moyens : la multiplication des pucerons, qui se fait sans accouplement, est semblable à celle des plantes par les graines 2, et celle des polypes, qui se fait en les coupant, ressemble à la multiplication des arbres par boutures.

1. Le polype est un animal. Il ne peut être la première des plantes.

ü. Ce que la multiplication des pucerons a de particulier, c’est qu’un seul accouplement y suffit pour plusieurs générations.

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On peut donc assurer, avec plus de fondement encore, que les animaux et les végétaux sont des êtres du même ordre, et que la nature semble avoir passé des uns aux autres par des nuances insensibles, puisqu’ils ont entre eux des ressemblances essentielles et générales, et qu’ils n’ont aucune différence qu’on puisse regarder comme telle.

Si nous comparons maintenant les animaux aux végétaux par d’autres faces, par exemple, par le nombre, par le lieu, par la grandeur, par la forme, etc., nous en tirerons de nouvelles inductions.

Le nombre des espèces d’animaux est beaucoup plus grand que celui des espèces de plantes; car, dans le seul genre des insectes, il y a peut-être un "plus grand nombre d’espèces, dont la plupart échappent à nos yeux, qu’il n’y a d’espèces de plantes visibles sur la surface de la terre. Les animaux même se ressemblent en général beaucoup moins que les plantes, et c’est cette ressemblance entre les plantes qui fait la difficulté de les reconnaître et de les ranger; c’est là ce qui a donné naissance aux méthodes de botanique, auxquelles on a, par cette raison, beaucoup plus travaillé qu’à celles de la zoologie, parce que les animaux ayant en effet entre eux des différences bien plus sensibles que n’en ont les plantes entre elles, ils sont plus aisés à reconnaître et à distinguer, plus faciles à nommer et à décrire.

D’ailleurs , il y a encore un avantage pour reconnaître les espèces d’animaux et pour les distinguer les unes des autres, c’est qu’on doit regarder comme la même espèce celle qui, au moyen de la copulation, se perpétue et conserve la similitude de cette espèce, et comme des espèces différentes celles qui, par les mêmes moyens, ne peuvent rien produire ensemble ‘; de sorte qu’un renard sera une espèce différente d’un chien, si en effet par la copulation d’un mâle et d’une femelle de ces deux espèces il ne résulte rien, et quand même il en résulterait un animal mi-parti, une espèce de mulet, comme ce mulet ne produirait rien, cela suffirait pour établir que le renard et le chien ne seraient pas de la même espèce , puisque nous avons supposé que, pour constituer une espèce, il fallait une production continue, perpétuelle, invariable, semblable, en un mot, à celle des autres animaux. Dans les plantes on n’a pas le même avantage, car, quoiqu’on ait prétendu y reconnaître des sexes 1 2 et qu’on ait établi des divisions de genres par les parties de la fécondation, comme cela n’est ni aussi certain ni aussi apparent que dans les animaux, et que d’ailleurs la production des plantes se fait de plusieurs autres façons , où les sexes n’ont point de part et où les parties de la fécondation ne sont pas nécessaires , on n’a pu employer avec

1. Cette définition de l’espèce, donnée par Buffon , est excellente. C’est la vraie.

2. On n’a point prétendu y reconnaître des sexes , on les y a reconnus . Au temps même de Butfon, la découverte des sexes dans les plantes (la plus belle découverte de la botanique) était complètement démontrée; mais c’était Linné qui venait de la démontrer.

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succès cette idée, et ce n’est que sur une analogie mal entendue 1 qu’on a prétendu que cette méthode sexuelle 2 devait nous faire distinguer toutes les espèces différentes de plantes; mais nous renvoyons l’examen du fondement de ce système à notre histoire des végétaux3.

Le nombre des espèces d’animaux est donc plus grand que celui des espèces de plantes , mais il n’en est pas de même du nombre d’individus dans chaque espèce : dans les animaux, comme dans les plantes, le nombre d’individus est beaucoup plus grand dans le petit que dans le grand; l’espèce des mouches est peut-être cent millions de fois plus nombreuse que celle de l’éléphant, et de même, il y a en général beaucoup plus d’herbes que d'arbres, plus de chiendent que de chênes; mais si l’on compare la quantité d’individus des animaux et des plantes, espèce à espèce, on verra que chaque espèce de plante est plus abondante que chaque espèce d’animal : par exemple, les quadrupèdes ne produisent qu’un petit nombre de petits, et dans des intervalles de temps assez considérables; les arbres, au contraire, produisent tous les ans une grande quantité d’arbres de leur espèce. On pourra me dire que ma comparaison n’est pas exacte, et que pour la rendre telle il faudrait pouvoir comparer la quantité de graines que produit un arbre avec la quantité de germes que peut contenir la semence d’un animal, et que peut-être on trouverait alors que les animaux sont encore plus abondants en germes que les végétaux; mais si l’on fait attention qu’il est possible, en ramassant avec soin toutes les graines d’un arbre, par exemple, d’un orme, et en les semant, d’avoir une centaine de milliers de petits ormes de la production d’une seule année, on m’avouera aisément que, quand on prendrait le même soin pour fournir à un cheval toutes les juments qu’il pourrait saillir en un an , les résultats seraient fort différents dans la production de l’animal et dans celle du végétal. Je n’examine donc pas la quantité des germes , premièrement parce que dans les animaux nous ne la connaissons pas, et en second lieu parce que dans les végétaux il y a peut-être de même des germes séminaux comme dans les animaux, et que la graine n’est point un germe, mais une production aussi parfaite que l’est le fœtus d’un animal, à laquelle, comme à celui-ci, il ne manque qu’un plus grand développement.

On pourrait encore m’opposer ici la prodigieuse multiplication de certaines espèces d’insectes, comme celle des abeilles : chaque femelle produit trente ou quarante mille mouches; mais il faut observer que je parle du général des animaux comparé au général des plantes; et d’ailleurs cet exemple des abeilles, qui peut-être est celui de la plus grande multiplication que nous connaissions dans les animaux, ne fait pas une preuve contre ce

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