‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de CuvierChapitre 2 sur 251 · Ou, plus exactement, un article · texte numérisé non relu

Ou, plus exactement, un article

5. T. XII, p. 200. Enfin, le même Essai réunit aux deux précédents mémoires le mémoire sur les échelles arithmétiques (t. XII, p. 188) , que Buffon publia en 1741, et qui a été inséré parmi ceux de l’Académie pour cette année-là.

NOTICE SUR BUFFON

Clairaut et de Maupertuis avaient dit : « Tout cela fait voir, outre « beaucoup de savoir en géométrie, beaucoup d’invention dans l’au- « teur. »

Ce jugement nous explique comment l’entrée de Buffon à l’Académie suivit de si près la présentation de ses deux premiers essais.

11 y fut nommé, le 23 décembre 1735, adjoint dans la classe de mécanique, étant à peine âgé de 26 ans.

Au reste, il convient lui-même, de très-bonne grâce, dans une lettre au président Bouhier1, en date du 8 février 1734, que l’Académie s’élait un peu hâtée .

« On m’a fait ici mille fois plus d’honneur que je ne mérite ; on a « hâté la vacance de la place que je remplis à l’Académie ; on m’a « préféré à des concurrents distingués. Tous ces avantages, dont je me « sens si peu digne, n’auraient peut-être pas trouvé grâce à des yeux « aussi éclairés que les vôtres.... »

Dans cette même lettre , Buffon parle au président Bouhier du projet qu’il a de faire imprimer, au premier jour, la traduction d’un ouvrage anglais de physique, travail dont il s’occupe à ce moment-là.

« ..... Pour finir, j’aurai l’honneur de vous dire que je vais, au « premier jour, faire imprimer une traduction, avec des notes, d’un « ouvrage anglais de physique, qui a paru nouvellement, et dont les « découvertes m’ont tellement frappé, et sont si fort au-dessus de ce que « l’on voit en ce genre , que je n’ai pu me refuser au plaisir de le « donner en notre langue au public; c’est un in-4° d’environ 300 « pages, »

En effet, dès 1753, parut sa traduction de la Statique des végétaux de Haies, ouvrage excellent, plein de faits, supérieur en son genre, comme le dit Buffon, et où le jeune traducteur mit une préface d’un genre supérieur à l’ouvrage même, par le ton du style et le tour philosophique de la pensée.

Cette préface est le premier écrit que Bulfon ait donné au public.

On y reconnaît les germes heureux d’une capacité supérieure, et d’un

1. Jean Bouhier, président à mortier au parlement de Dijon, et membre de l’Académie , française.

NOTICE SUR BUFFON

talent qui s’annonce déjà par l’élévation et la force : au fond, ce n’est pourtant qu’un travail de jeune homme. L’auteur venait de faire, à Londres, un séjour de quelques mois. On sent qu’il est encore tout rempli d’enthousiasme pour la manière de penser de ce pays-là, et, si je puis ainsi parler, tout frais émoulu de la saim philosophie scientifique, que l’autorité de Newton y faisait alors régner.

« Je puis assurer, nous dit-il en commençant, qu’en fait de phy- « sique l’on doit rechercher autant les expériences que l’on doit craindre « les systèmes L »

C’était le grand principe de Newton, et son mot célèbre: hypothèses non fingo. « Je n’imagine point d’hypothèses; car tout ce « qui ne se déduit point des phénomènes est une hypothèse ; et les « hypothèses ne doivent pas être reçues dans la philosophie expérimen- « taie 1 2. »

Buffon ajoute : « J’avoue que rien ne serait si beau que d’établir « d’abord un seul principe pour ensuite expliquer l’univers; et je con- « viens que si l’on était assez heureux pour deviner, toute la peine que « l’on se donne à faire des expériences serait bien inutile ; mais les gens « sensés voient assez combien cette idée est vaine et chimérique : le « système de la nature dépend peut-être de plusieurs principes; ces « principes nous sont inconnus, leur combinaison ne l’est pas moins; « comment ose-t-on se flatter de dévoiler ces mystères sans autre guide « que son imagination 3? »

Sans autre guide que son imagination : allusion à Descartes. Il était bien difficile, surtout sous la plume d’un jeune homme, que l’éloge de Newton n’amenât pas la critique de Descartes. Aussi Buffon ne s’en tient-il pas là : « Il ne s’agit pas, pour être physicien, de savoir ce qui « arriverait dans telle ou telle hypothèse, en supposant, par exemple,

« une matière subtile, des tourbillons.... 4 . »

Le tort de Descartes est d’avoir imaginé une matière subtile , des tourbillons , etc., etc., choses fort inutiles, sans contredit; son mérite

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