Les huitres sont hermaphrodites
5. Les plantes ont des sexes. ( Voyez la note 2 de la page 430).
EXPOSITION DES SYSTEMES
vant les différentes espèces d’animaux : les principaux sont les testicules dans les mâles, et la matrice dans les femelles. Les quadrupèdes, les oiseaux et les cétacés ont des testicules; les poissons et les serpents en sont privés; mais ils ont deux conduits propres à recevoir la semence et à la préparer, et de même que ces parties essentielles sont doubles dans les mâles, les parties essentielles à la génération sont aussi doubles dans les femelles; ces parties servent dans les mâles à arrêter le mouvement de la portion du sang qui doit former la semence; il le prouve par l’exemple des oiseaux, dont les testicules se gonflent considérablement dans la saison de leurs amours, et qui après cette saison diminuent si fort qu’on a peine à les trouver.
Tous les animaux quadrupèdes, comme les chevaux, les bœufs, etc., qui sont couverts de poil, et les poissons cétacés, comme les dauphins et les baleines, sont vivipares1 ; mais les animaux cartilagineux 2 et les vipères ne sont pas vraiment vivipares, parce qu’ils produisent d’abord un œuf au dedans d’eux-mêmes, et ce n’est qu’après s 'être développés dans cet œuf que les petits sortent vivants. Les animaux ovipares sont de deux espèces, ceux qui produisent des œufs parfaits, comme les oiseaux, les lézards, les tortues, etc. ; les autres qui ne produisent que des œufs imparfaits3, comme les poissons, dont les œufs s’augmentent et se perfectionnent après qu’ils ont été répandus dans l’eau par la femelle, et à l’exception des oiseaux, dans les autres espèces d’animaux ovipares, les femelles sont ordinairement plus grandes que les mâles, comme dans les poissons, les lézards, etc.
Après avoir exposé ces variétés générales dans les animaux, Aristote commence à entrer en matière, et il examine d’abord le sentiment des anciens philosophes qui prétendaient que la semence, tant du mâle que de la femelle, provenait de toutes les parties de leur corps, et il se déclare contre ce sentiment, parce que, dit-il, quoique les enfants ressemblent assez souvent à leurs pères et mères, ils ressemblent aussi quelquefois à leurs aïeux, et que d’ailleurs ils ressemblent à leur père et à leur mère par la voix, par les cheveux, par les ongles, par leur maintien et par leur manière de marcher : or la semence, dit-il, ne peut pas venir des cheveux, delà voix, des ongles ou d’une qualité extérieure, comme est celle de
« 1. Les mamelles appartiennent, dit Aristote, à tout animal parfaitement vivipare , a ceux, «par exemple, qui ont des poils, comme l’iiomme, le cheval, etc., et aux cétacés, comme « le dauphin , le phoque , la baleine : ceux-ci ont , de même que les premiers , des mamelles et « du lait. » ( Histoire des animaux , liv. ni).
2. Les animaux cartilagineux , c’est-à-dire les poissons cartilagineux ou cnondroptérygiens , dont plusieurs sont , en effet , vivipares , ou , plus exactement ( et comme l’explique trèsbien ici Buffon, d’après Aristote) , ovo-vmpares : par exemple, les requins, les milandres , les émissoles, etc., etc. Plusieurs poissons osseux sont aussi vivipares : les anableps, quelques blennies, etc.
3. OEufs imparfaits. Tout œuf est parfait, c’est-à-dire complet, au moment où il est pondu : seulement les œufs des poissons ordinaires ne sont fécondés qu’après la ponte.
SUR LA GÉNÉRATION
marcher; donc les enfants ne ressemblent pas à leurs parents parce que la semence vient de toutes les parties de leurs corps, mais par d’autres raisons. Il me semble qu’il n’est pas nécessaire d’avertir ici de quelle faiblesse sont ces dernières raisons que donne Aristote pour prouver que la semence ne vient pas de toutes les parties du corps : j’observerai seulement qu’il m’a paru que ce grand homme cherchait exprès les moyens de s’éloigner du sentiment des philosophes qui l’avaient précédé; et je suis persuadé que quiconque lira son Traité de la génération avec attention reconnaîtra que le dessein formé de donner un système nouveau et différent de celui des anciens l’oblige à préférer toujours, et dans tous les cas, les raisons les moins probables, et à éluder, autant qu’il peut, la force des preuves, lorsqu'elles sont contraires à ses principes généraux de philosophie; car les deux premiers livres semblent n’être faits que pour tâcher de détruire ce sentiment des anciens, et on verrra bientôt que celui qu’il veut y substituer est beaucoup moins fondé.
Selon lui, la liqueur séminale du mâle est un excrément du dernier aliment, c’est-à-dire du sang, et les menstrues sont dans les femelles un excrément sanguin, le seul qui serve à la génération; les femelles, dit-il, n’ont point d’autre liqueur prolifique, il n’y a donc point de mélange de celle du mâle avec celle de la femelle, et il prétend le prouver, parce qu’il y a des femmes qui conçoivent sans aucun plaisir , que ce n’est pas le plus grand nombre de femmes qui répandent de la liqueur à l’extérieur dans la copulation , qu’en général celles qui sont brunes et qui ont l’air hommasse ne répandent rien, dit-il, et cependant n’engendrent pas moins que celles qui sont blanches et dont l’air est plus féminin, qui répandent beaucoup; ainsi, conclut-il, la femme ne fournit rien pour la génération que le sang menstruel : ce sang est la matière de la génération, et la liqueur séminale du mâle n’y contribue pas comme matière, mais comme forme ; c’est la cause efficiente, c’est le principe du mouvement, elle est à la génération ce que le sculpteur est au bloc de marbre ; la liqueur du mâle est le sculpteur, le sang menstruel le marbre, et le fœtus est la figure. Aucune partie de la semence du mâle ne peut donc servir comme matière à la génération, mais seulement comme cause motrice qui communique le mouvement aux menstrues qui sont la seule matière; ces menstrues reçoivent de la semence du mâle une espèce d’âme qui donne la vie; cette âme n’est ni matérielle ni immatérielle; elle n’est pas immatérielle, parce qu’elle ne pourrait agir sur la matière; elle n’est pas matérielle, parce qu’elle ne peut pas entrer comme matière dans la génération, dont toute la matière sont les menstrues; c’est, dit notre philosophe, un esprit dont la substance est semblable à celle de l’élément des étoiles. Le cœur est le premier ouvrage de cette âme, il contient en lui-même le principe de son accroissement, et il a la puissance d’arranger les autres membres ; les menstrues contiennent
EXPOSITION DES SYSTÈMES
en puissance toutes les parties du fœtus; l’âme ou l’esprit de la semence du mâle commence à réduire à l’acte, à l’effet, le cœur, et lui communique le pouvoir de réduire aussi à Y acte ou à l’effet les autres viscères, et de réaliser ainsi successivement toutes les parties de l’animal. Tout cela paraît fort clair à notre philosophe ; il lui reste seulement un doute, c’est de savoir si le cœur est réalisé avant le sang qu’il contient, ou si le sang qui fait mouvoir le cœur est réalisé le premier, et il avait en effet raison de douter; car, quoiqu’il ait adopté le sentiment que c’est le cœur qui existe le premier, Harvey a depuis prétendu, par des raisons de la même espèce que celles que nous venons de donner d’après Aristote, que ce n’était pas le cœur, mais le sang qui le premier se réalisait.
Voilà quel est le système que ce grand philosophe nous a donné sur la génération. Je laisse à imaginer si celui des anciens qu’il rejette, et contre lequel il s’élève à tout moment, pouvait être plus obscur, ou même, si l’on veut, plus absurde que celui-ci. Cependant ce même système que je viens d’exposer fidèlement a été suivi par la plus grande partie des savants, et on verra tout à l’heure qu’Harvey non-seulement avait adopté les idées d’Aristote, mais même qu’il y en a encore ajouté de nouvelles, et dans le même genre, lorsqu’il a voulu expliquer le mystère de la génération : comme ce système fait corps avec le reste de la philosophie d’Aristote, où la forme et la matière sont les grands principes, où les âmes végétatives et sensitives sont les êtres actifs de la nature, où les causes finales sont des objets réels, je ne suis point étonné qu’il ait été reçu par tous les auteurs scholastiques; mais il est surprenant qu’un médecin et un bon observateur, tel qu’était Harvey, ait suivi le torrent, tandis que dans le même temps tous les médecins suivaient le sentiment d’Hippocrate et de Galien, que nous exposerons dans la suite.
Au reste, il ne faut pas prendre une idée désavantageuse d’Aristote par l’exposition que nous venons de faire de son système sur la génération; c’est comme si Ton voulait juger Descartes par son Traité de l'homme 1 ; les explications que ces deux philosophes donnent de la formation du fœtus ne sont pas des théories ou des systèmes au sujet de la génération seule, ce ne sont pas des recherches particulières qu’ils ont faites sur cet objet, ce sont plutôt des conséquences qu’ils ont voulu tirer chacun de leurs principes philosophiques. Aristote admettait, comme Platon, les causes finales et efficientes ; ces causes efficientes sont les âmes sensitives et végétatives, lesquelles donnent la forme à la matière qui d’elle-même n’est qu’une capacité de recevoir les formes, et comme dans la génération la femelle donne la matière la plus abondante, qui est celle des menstrues, et que d’ailleurs il répugnait à son système des causes finales que ce qui peut se faire par