Voyez la note 3 de la page
2. Les chenilles sont des fœtus, des larves d'insectes, et non pas des œufs.
3. L'état de chrysalide est un état de fœtus , de larve. La chrysalide n’est donc pas un œuf.
SUR LA GÉNÉRATION. 481
coq et de la poule, et il croit que dans tous les petits oiseaux qui, comme les moineaux, ne se joignent que pour quelques moments , il n’y a point d’intromission ni de vraie copulation.
Les poules produisent des œufs sans coq, mais en plus petit nombre, et ces œufs, quoique parfaits, sont inféconds; il ne croit pas, comme c’est le sentiment des gens de la campagne, qu’en deux ou trois jours d’habitude avec le coq la poule soit fécondée au point que tous les œufs qu’elle doit produire pendant toute l’année soient tous féconds; seulement il dit avoir fait cette expérience sur une poule séparée du coq depuis vingt jours 1 , dont l’œuf se trouva fécond, comme ceux qu’elle avait pondus auparavant. Tant que l’œuf est attaché à son pédicule, c’est-à-dire à la grappe commune, il tire sa nourriture par les vaisseaux de ce pédicule commun ; mais dès qu’il s’en détache, il la tire par intussusception de la liqueur blanche qui remplit les conduits dans lesquels il descend, et tout, jusqu’à la coquille, se forme par ce moyen.
Les deux cordons (chalazœ) , qu’Aquapendente regardait comme le germe ou la partie produite par la semence du mâle, se trouvent aussi bien dans les œufs inféconds que la poule produit sans communication avec le coq que dans les œufs féconds, et Harvey remarque très-bien que ces parties de l’œuf ne viennent pas du mâle, et qu’elles ne sont pas celles qui sont fécondées. La partie de l’œuf qui est fécondée est très-petite ; c’est un petit cercle blanc qui est sur la membrane du jaune , qui y forme une petite tache semblable à une cicatrice de la grandeur d’une lentille environ; c’est dans ce petit endroit que se fait la fécondation, c’est là où le poulet doit naître et croître; toutes les autres parties de l’œuf ne sont faites que pour celle-ci2. Harvey remarque aussi que cette cicatricule se trouve dans tous les œufs féconds ou inféconds, et il dit que ceux qui veulent qu’elle soit produite par la semence du mâle se trompent; elle est de la mêmegrandeur et de la même forme dans les œufs frais et dans ceux qu’on a gardés longtemps; mais dès qu’on veut les faire éclore et que l’œuf reçoit un degré de chaleur convenable, soit par la poule qui le couve, soit par le moyen du fumier ou d’un four, on voit bientôt cette petite tache s’augmenter et se dilater à peu près comme la prunelle de l’œil : voilà le premier changement qui arrive au bout de quelques heures de chaleur ou d’incubation.
Lorsque l’œuf a été échauffé pendant vingt-quatre heures, le jaune qui auparavant était au centre du blanc monte vers la cavité qui est au gros bout de l’œuf; la chaleur faisant évaporer à travers la coquille la partie la
1. D’après des observations récentes, le nombre des œufs qui, dans les poules et les femelles des canards, peuvent être fécondés en une seule fois est de cinq, de six et tout au plus de sept. (Voyez Compte-rendu des séances de l’Académie des sciences , t. XXX, page 771.)
2- La cicatricule est, en effet, la partie essentielle de Yœuf, la partie où se trouve le germe du nouvel être. C’est une des belles observations faites par Harvey.
EXPOSITION DES SYSTÈMES
plus liquide du blanc, cette cavité du gros bout devient plus grande, et la partie la plus pesante du blanc tombe dans la cavité du petit bout de l’œuf; la cicatricule ou la tache qui est au milieu de la tunique du jaune s’élève avec le jaune et s’applique à la membrane de la cavité du gros bout; cette tache est alors de la grandeur d’un petit pois, et on y distingue un point blanc dans le milieu , et plusieurs cercles concentriques dont ce point paraît être le centre.
Au bout de deux jours ces cercles sont plus visibles et plus grands, et la tache paraît divisée concentriquement par ces cercles en deux, et quelquefois en trois parties de différentes couleurs ; il y a aussi un peu de protubérance à l’extérieur, et elle a à peu près la figure d’un petit œil dans la pupille duqueî il y aurait un point blanc ou une petite cataracte. Entre ces cercles est contenue par une membrane très-délicate une liqueur plus claire que le cristal, qui paraît être une partie dépurée du blanc de l’œuf; la tache, qui est devenue une bulle, paraît alors comme si elle était placée plus dans le blanc que dans la membrane du jaune. Pendant le troisième jour, cette liqueur transparente et cristalline augmente à l’intérieur, aussi bien que la petite membrane qui l’environne. Le quatrième jour on voit à la circonférence delà bulle une petite ligne de sang couleur de pourpre, et à peu de distance du centre de la bulle on aperçoit un point, aussi couleur de sang, qui bat ; il paraît comme une petite étincelle à chaque diastole, et disparaît à chaque systole; de ce point animé partent deux petits vaisseaux sanguins qui vont aboutir à la membrane qui enveloppe la liqueur cristalline : ces petits vaisseaux jettent des rameaux dans cette liqueur, et ces petits rameaux sanguins partent tous du même endroit, à peu près comme les racines d’un arbre partent du tronc; c’est dans l’angle que ces racines forment avec le tronc, et dans le milieu de la liqueur, qu’est le point animé.
Yers la fin du quatrième jour ou au commencement du cinquième , ie point animé est déjà augmenté de façon qu’il paraît être devenu une petite vésicule remplie de sang, et il pousse et tire alternativement ce sang, et dès le même jour on voit très-distinctement cette vésicule se partager en deux parties qui forment comme deux vésicules, lesquelles alternativement poussent chacune le sang et se dilatent, et de même alternativement elles repoussent le sang et se contractent; on voit alors autour du vaisseau sanguin, le plus court des deux dont nous avons parlé, une espèce de nuage qui, quoique transparent, rend plus obscure la vue de ce vaisseau ; d’heure en heure ce nuage s’épaissit, s’attache à la racine du vaisseau sanguin, et paraît comme un petit globe qui pend de ce vaisseau ; ce petit globe s’allonge et paraît partagé en trois parties : l’une est orbiculaire et plus grande que les deux autres, et on y voit paraître l’ébauche des yeux et de la tête entière, et dans le reste de ce globe allongé on voit au bout du cinquième jour l’ébauche des vertèbres.
SUR LA GÉNÉRATION
Le sixième jour les trois bulles de la tête paraissent plus clairement; on voit les tuniques des yeux, et en même temps les cuisses et les ailes, et ensuite le foie, les poumons, le bec; le fœtus commence à se mouvoir et à étendre la tête, quoiqu’il n’ait encore que les viscères intérieurs, car le thorax, l’abdomen et toutes les parties extérieures du devant du corps lui manquent; à la fin de ce jour, ou au commencement du septième, on voit paraître les doigts des pieds, le fœtus ouvre le bec et le remue, les parties antérieures du corps commencent à recouvrir les viscères; le septième jour le poulet est entièrement formé, et ce qui lui arrive dans la suite, jusqu’à ce qu’il sorte de l’œuf, n’est qu’un développement de toutes les parties qu’il a acquises dans ces sept premiers jours; au quatorzième ou au quinzième jour les plumes paraissent; il sort enfin, en rompant la coquille avec son bec, au vingt et unième jour.
Ces expériences d’Harvey sur le poulet dans l’œuf paraissent, comme l’on voit, avoir été faites avec la dernière exactitude; cependant on verra dans la suite qu’elles sont imparfaites l, et qu’il y a bien de l’apparence qu’il est tombé lui-même dans le défaut qu’il reproche aux autres, d’avoir fait œs expériences dans la vue d’une hypothèse mal fondée, et dans l’idée où il était, d’après Aristote, que le cœur était le point animé qui paraît le premier; mais avant que de porter sur cela notre jugement, il est bon de rendre compte de ses autres expériences et de son système.
Tout le monde sait que c’est sur un grand nombre de biches et de daines qu’Harvey a fait ces expériences; elles reçoivent le mâle vers la mi-septembre : quelques jours après l’accouplement, les cornes de la matrice deviennent plus charnues et plus épaisses, et en même temps plus fades et plus mollasses, et on remarque dans chacune des cavités des cornes de la matrice cinq caroncules ou verrues molles. Vers le 26 ou le 28 de septembre, la matrice s’épaissit encore davantage, les cinq caroncules se gonflent, et alors elles sont à peu près de la forme et de la grosseur du bout de la mamelle d’une nourrice; en les ouvrant avec un scalpel, on trouve qu’elles sont remplies d’une infinité de petits points blancs. Harvey prétend avoir remarqué qu’il n’y avait alors, non plus que dans le temps qui suit immédiatement celui de l’accouplement, aucune altération, aucun changement dans les ovaires ou testicules de ces femelles 2, et que jamais il n’a vu ni pu trouver une seule goutte de la semence du mâle dans la matrice, quoiqu’il ait fait beaucoup d’expériences et de recherches pour découvrir s’il y en était entré.
1. Aristote observait déjà le développement du poulet dans Y œuf. D’Aristote ( en ne citant ici que les auteurs principaux), il faut venir à Fabrice d’Aquapendente, et puis à Harvey. Après Harvey, il faut placer Malpighi , surtout Haller, dont les observations en ce genre marquent une époque , puis Vicq-d’Azyr, etc. , etc.
2. Harvey n’a pas su reconnaître Y œuf dans Yovaire des mammifères. C’est là ce qui constitue la véritable lacune de ses belles études sur la génération.
EXPOSITION DES SYSTÈMES
Yers la fin d’octobre ou au commencement de novembre, lorsque les femelles se séparent des mâles, l’épaisseur des cornes de la matrice commence à diminuer, et la surface intérieure de leur cavité se tuméfie et paraît enflée, les parois intérieures se touchent et paraissent collées ensemble, les caroncules subsistent, et le tout est si mollasse qu’on ne peut y toucher, et ressemble à la substance de la cervelle. Yers le 13 ou 14 de novembre, Harvey dit qu’il aperçut des filaments, comme ceux des toiles d’araignée, qui traversaient les cavités des cornes de la matrice, et celle de la matrice même; ces filaments partaient de l’angle supérieur des cornes, et par leur multiplication formaient une espèce de membrane ou tunique vide. Un jour ou deux après, cette tunique ou ce sac se remplit d’une matière blanche, aqueuse et gluante : ce sac n’est adhérent à la matrice que par une espèce de mucilage, et l’endroit où il l’est le plus sensiblement, c’est à la partie supérieure où se forme alors l’ébauche du placenta. Dans le troisième mois, ce sac contient un embryon long de deux travers de doigt, et il contient aussi un autre sac intérieur qui est l’amnios, lequel renferme une liqueur transparente et cristalline, dans laquelle nage le fœtus. Ce n’était d’abord qu’un point animé, comme dans l'œuf de la poule; tout le reste se conduit et s’achève comme il l’a dit au sujet du poulet : la seule différence est que les yeux paraissent beaucoup plus tôt dans le poulet que dans les vivipares; le point animé paraît vers le 19 ou 20 de novembre dans les biches et dans les daines; dès le lendemain ou le surlendemain on voit paraître le corps oblong qui contient l’ébauche du fœtus; six ou sept jours après il est formé au point d’y reconnaître les sexes et tous les membres, mais l’on voit encore le cœur et tous les viscères à découvert, et ce n’est qu’un jour ou deux après que le thorax et l’abdomen viennent les couvrir : c’est le dernier ouvrage, c’est le toit à l’édifice.
De ces expériences, tant sur les poules que sur les biches, Harvey conclut que tous les animaux femelles ont des œufs , que dans ces œufs il se fait une séparation d’une liqueur transparente et cristalline contenue par une tunique (Yamnios), et qu’une autre tunique extérieure (le chorion) contient le reste de la liqueur de l’œuf, et enveloppe l’œuf tout entier; que dans la liqueur cristalline la première chose qui paraît est un point sanguin et animé ; qu’en un mot, le commencement de la formation des vivipares se fait de la même façon que celle des ovipares; et voici comment il explique la génération des uns et des autres.
La génération est l’ouvrage de la matrice, jamais il n’y entre de semence du mâle; la matrice conçoit le fœtus par une espèce de contagion que la liqueur du mâle lui communique, à peu près comme l’aimant communique au fer la vertu magnétique ; non-seulement cette contagion masculine agit sur la matrice, mais elle se communique même à tout le corps féminin, qui est fécondé en entier, quoique dans toute la femelle il n’y ait que la
SUR LA GÉNÉRATION
matrice qui ait la faculté de concevoir le fœtus, connue le cerveau a seul la faculté de concevoir les idées, et ces deux conceptions se font de la même façon : les idées que conçoit le cerveau sont semblables aux images des objets qu’il reçoit par les sens; le fœtus, qui est l’idée de la matrice, est semblable à celui qui le produit, et c’est par cette raison que le fils ressemble au père, etc.
Je me garderai bien de suivre plus loin notre anatomiste, et d’exposer toutes les branches de ce système : ce que je viens de dire suffit pour en juger; mais nous avons des remarques importantes à faire sur ces expériences. La manière dont il les a données peut imposer, il paraît les avoir répétées un grand nombre de fois, il semble qu’il ait pris toutes les précautions nécessaires pour voir, et on croirait qu’il a tout vu, et qu’il a bien vu : cependant je me suis aperçu que dans l’exposition il règne de l’incertitude et de l’obscurité; ses observations sont rapportées de mémoire, et il semble, quoiqu’il dise souvent le contraire, qu’ Aristote l’a guidé plus que l’expérience; car, à tout prendre, il a vu dans les œufs tout ce qu’ Aristote a dit, et n’a pas vu beaucoup au delà; la plupart des observations essentielles qu’il rapporte avaient été faites avant lui; on en sera bientôt convaincu, si l’on veut donner un peu d’attention à ce qui va suivre. '
Aristote savait que les cordons ( chalazæ ) ne servaient en rien à la génération du poulet dans l’œuf1 : « Quæ ad principium lutei grandines hærent, «nil conferunt ad generationem, ut quidam suspicantur. » [Hist. Anim., lib. vi, cap. h.) Parisanus, Yolcher Coiter, Aquapendente, etc., avaient remarqué la cicatricule, aussi bien qu’ïïarvey. Aquapendente croyait qu’elle ne servait à rien, mais Parisanus prétendait qu’elle était formée par la semence du mâle, ou du moins que le point blanc qu’on remarque dans le milieu de la cicatricule était la semence du mâle qui devait produire le poulet : « Estque, dit-il, illud galli semen albà et tenuissimâ tunicâ obduc- « tum, quod substat duabus communibus toti ovo membranis, etc. » Ainsi la seule découverte qui appartienne ici à Harvey en propre, c’est d’avoir observé que cette cicatricule se trouve aussi bien dans les œufs inféconds que dans les œufs féconds; car les autres avaient observé, comme lui, la dilatation des cercles, l’accroissement du point blanc, et il paraît même que Parisanus avait vu le tout beaucoup mieux que lui. Yoilà tout ce qui arrive dans les deux premiers jours de l’incubation, selon Harvey ; ce qu’il dit du troisième jour n’est, pour ainsi dire, que la répétition de ce qu’a dit Aristote (Hist. anim., lib. vi, cap. iv). « Per id tempus ascendit jam « vitellus ad superiorem partem ovi acutiorem, ubi et principium ovi est « et fœtus excluditur; corque ipsum apparet in albumine sanguinei puncti, « quod punctum salit et movet sese instar quasi animatum; ab eo meatus