‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de CuvierChapitre 209 sur 251 · Plus exactement : deux conduits déférents · texte numérisé non relu

Plus exactement : deux conduits déférents

2. Et c’est bien ce qu’ils sont en effet. — Il fallait d’abord reconnaitre que tous les animaux viennent d’un œuf ; et c’est ce qu’a fait Harvey. Il fallait ensuite reconnaître et suivre l’œuf des vivipares jusque dans Y ovaire (Harvey n’avait su le reconnaitre que dans la matrice ) , et c’est ce qu’a fait Graaf. Il fallait enfin reconnaitre dans la vésicule, dans l'œuf de Graaf, l'œuf proprement dit, le vrai œuf, et c’est ce que vient de faire M. Baër.

SUR LA GÉNÉRATION

ovaires tombent dans les cornes de la matrice, et ensuite il rapporte ce qu’il a observé sur une lapine qu’il a disséquée une demi-heure après l’accouplement. Les cornes de la matrice, dit-il, étaient plus rouges, il n’y avait aucun changement aux ovaires, non plus qu’aux œufs qu’ils contiennent, et il n’y avait aucune apparence de semence du mâle, ni dans le vagin, ni dans la matrice, ni dans les cornes de la matrice.

Ayant disséqué une autre lapine six heures après l’accouplement, il observa que les follicules ou enveloppes qui, selon lui, contiennent les œufs dans l’ovaire, étaient devenues rougeâtres ; il ne trouva de semence du mâle ni dans les ovaires, ni ailleurs. Yingt-quatre heures après l’accouplement, il en disséqua une troisième, et il remarqua dans l’un des ovaires trois, et dans l’autre cinq follicules altérés; car de clairs et limpides qu’ils sont auparavant, ils étaient devenus opaques et rougeâtres. Dans une autre, disséquée vingt-sept heures après l’accouplement, les cornes de la matrice et les conduits supérieurs qui y aboutissent étaient encore plus rouges, et l’extrémité de ces conduits enveloppait l’ovaire de tous côtés. Dans une autre qu’il ouvrit quarante heures après l’accouplement, il trouva dans l’un des ovaires sept, et dans l’autre trois follicules altérés. Cinquante-deux heures après l’accouplement il en disséqua une autre, dans les ovaires de laquelle il trouva un follicule altéré dans l’un, et quatre follicules altérés dans l’autre; et ayant examiné de près et ouvert ces follicules, il y trouva une matière presque glanduleuse dans le milieu de laquelle il y avait une petite cavité où il ne remarqua aucune liqueur sensible, ce qui lui fit soupçonner que la liqueur limpide et transparente que ces follicules contiennent ordinairement, et qui est enveloppée, dit-il, de ses propres membranes, pouvait en avoir été chassée et séparée par une espèce de rupture ; il chercha donc cette matière dans les conduits qui aboutissent aux cornes de la matrice, et dans ces cornes mêmes, mais il n’y trouva rien ; il reconnut seulement que la membrane intérieure des cornes de la matrice était fort enflée. Dans une autre, disséquée trois jours après l’accouplement, il observa que l’extrémité supérieure du conduit qui aboutit aux cornes de la matrice embrassait étroitement de tous côtés l’ovaire ; et l’ayant séparée de l’ovaire, il remarqua dans l’ovaire droit trois follicules un peu plus grands et plus durs qu’auparavant ; et ayant cherché avec grand soin dans les conduits dont nous avons parlé, il trouva, dit-il, dans le conduit qui esta droite un œuf, et dans la corne droite de la matrice deux autres œufs, si petits qu’ils n’étaient pas plus gros que des grains de moutarde; ces petits œufs avaient chacun deux membranes qui les enveloppaient, et l’intérieur était rempli d’une liqueur très-limpide. Ayant examiné l’autre ovaire, il y aperçut quatre follicules altérés; mais des quatre il y en avait trois qui étaient plus blancs et qui avaient aussi un peu de liqueur limpide dans leur milieu, tandis que le quatrième était plus obscur et ne contenait aucune

EXPOSITION DES SYSTÈMES

liqueur, ce qui lui fit juger que l’œuf s’était séparé de ce dernier follicule; et en effet, ayant cherché dans le conduit qui y répond et dans la corne de la matrice à laquelle ce conduit aboutit, il trouva un œuf dans l’extrémité supérieure de la corne, et cet œuf était absolument semblable à ceux qu’il avait trouvés dans la corne droite. Il dit que les œufs qui sont séparés de l’ovaire sont plus de dix fois plus petits que ceux qui y sont encore attachés1, et il croit que cette différence vient de ce que les œufs, lorsqu’ils sont dans les ovaires, renferment encore une autre matière qui est cette substance glanduleuse qu’il a remarquée dans les follicules. On verra tout à l’heure combien cette opinion est éloignée de la vérité.

Quatre jours après l’accouplement, il en ouvrit une autre , et il trouva dans l’un des ovaires quatre, et dans l’autre ovaire trois follicules vides d’œufs ; et dans les cornes correspondantes à ces ovaires il trouva ces quatre œufs d’un côté, et les trois autres de l’autre ; ces œufs étaient plus gros que les premiers qu’il avait trouvés trois jours après l’accouplement ; ils étaient à peu près de la grosseur du plus petit plomb dont on se sert pour tirer aux petits oiseaux “ , et il remarqua que dans ces œufs la membrane intérieure était séparée de l’extérieure, et qu’il paraissait comme un second œuf dans le premier. Dans une autre, qui fut disséquée cinq jours après l’accouplement , il trouva dans les ovaires six follicules vides , et autant d’œufs dans la matrice, à laquelle ils étaient si peu adhérents qu’on pouvait, en soufflant dessus, les faire aller où on voulait; ces œufs étaient de la grosseur du plomb qu’on appelle communément du plomb à lièvre ; la membrane intérieure y était bien plus apparente que dans les précédents. En ayant ouvert une autre six jours après l’accouplement, il trouva dans l’un des ovaires six follicules vides, mais seulement cinq œufs dans la corne correspondante de la matrice; ces cinq œufs étaient tous cinq comme accumulés dans un petit monceau ; dans l’autre ovaire, il vit quatre follicules vides, et dans la corne correspondante de la matrice il ne trouva qu’un œuf. (Je remarquerai en passant que Graaf a eu tort de prétendre que le nombre des œufs, ou plutôt des fœtus, répondait toujours au nombre des cicatrices ou follicules vides de l’ovaire 2, puisque ses propres observations prouvent le contraire.) Ces œufs étaient de la grosseur du gros plomb à giboyer, ou d’une petite chevrotine. Sept jours après l’accouplement, ayant ouvert une autre lapine, notre anatomiste trouva dans les ovaires

a. Cette comparaison de la grosseur des œufs avec celle du plomb moulé n’est mise ici que pour en donner une idée juste, et pour éviter de faire graver la planche de Graaf, où ces œufs sont représentés dans leurs différents éta'ts.

1. Plus petits que ceux qui y sont encore attachés. Et c’est ce qui doit être : ce que Graaf prend pour l’œuf dans l’ovaire , c’est l’œuf, plus la vésicule ou enveloppe qui le contient. U œuf, dix fois plus petit , est le véritable œuf, dégagé de son enveloppe.

2. L’un de ces nombres répond, en effet, à l’autre; car tout œuf vient d’un follicule, qu’il a laissé vide.

SUR LA GÉNÉRATION

quelques follicules vides, plus grands, plus rouges et plus durs que tous ceux qu’il avait observés auparavant, et il aperçut alors autant de tumeurs transparentes, ou, si l’on veut, autant de cellules dans différents endroits de la matrice, et les ayant ouvertes, il en tira les œufs qui étaient gros comme des petites balles de plomb, appelées vulgairement des postes; la membrane intérieure était plus apparente qu’elle ne l’avait encore été , et au dedans de cette membrane il n’aperçut rien qu’une liqueur très-limpide : les prétendus œufs, comme l’on voit, avaient en très-peu de temps tiré du dehors une grande quantité de liqueur, et s’étaient attachés à la matrice. Dans une autre, qu’il disséqua huit jours après l’accouplement, il trouva dans la matrice les tumeurs ou cellules qui contiennent les œufs, mais ils étaient trop adhérents, il ne put les en détacher. Dans une autre, qu’il ouvrit neuf jours après l’accouplement, il trouva les cellules qui contiennent les œufs fort augmentées, et dans l’intérieur de l’œuf, qui ne peut plus se détacher, il vit la membrane intérieure contenant à l’ordinaire une liqueur très-claire, mais il aperçut dans le milieu de cette liqueur un petit nuage délié. Dans une autre, disséquée dix jours après l’accouplement, ce petit nuage s’était épaissi et formait un corps oblong de la figure d’un petit ver. Enfin douze jours après l’accouplement, il reconnut distinctement l’embryon qui, deux jours auparavant, ne présentait que la figure d’un corps oblong; il était même si apparent qu’on pouvait en distinguer les membres : dans la région de la poitrine il aperçut deux points sanguins et deux autres points blancs, et dans l’abdomen une substance mucilagineuse un peu rougeâtre. Quatorze jours après l’accouplement, la tête de l’embryon était grosse et transparente, les yeux proéminents, la bouche ouverte, l’ébauche des oreilles paraissait, l’épine du dos, de couleur blanchâtre, était recourbée vers le sternum , il en sortait de chaque côté de petits vaisseaux sanguins dont les ramifications s’étendaient sur le dos et jusqu’aux pieds; les deux points sanguins avaient grossi considérablement et se présentaient comme les ébauches des ventricules du cœur ; à côté de ces deux points sanguins on voyait deux points blancs qui étaient les ébauches des poumons; dans l’abdomen on voyait l’ébauche du foie qui était rougeâtre, et un petit corpuscule tortillé comme un fil, qui était celle de l’estomac et des intestins : après cela ce n’est plus qu’un accroissement et un développement de toutes ces parties, jusqu’au trente et unième jour, que la femelle du lapin met bas ses petits.

De ces expériences Graaf conclut que toutes les femelles vivipares ont des œufs, que ces œufs sont contenus dans les testicules qu’il appelle ovaires ’, qu’ils ne peuvent s’en détacher qu’après avoir été fécondés par la semence du mâle, et il dit qu’on se trompe lorsqu’on croit que dans les femmes et les filles il se détache très-souvent des œufs de l’ovaire : il paraît persuadé

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