‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de CuvierChapitre 210 sur 251 · Voyez la note 2 de la page · texte numérisé non relu

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EXPOSITION DES SYSTÈMES

que jamais les œufs ne se séparent de l’ovaire qu’après leur fécondation par la liqueur séminale du mâle l, ou plutôt par l’esprit de cette liqueur, parce que, dit-il, la substance glanduleuse, au moyen de laquelle les œufs sortent de leurs follicules, n’est produite qu’après une copulation qui doit avoir été féconde. Il prétend aussi que tous ceux qui ont cru avoir vu des œufs de deux ou trois jours déjà gros se sont trompés, parce que les œufs , selon lui, restent plus de temps dans l’ovaire, quoique fécondés, et qu’au lieu d’augmenter d’abord, ils diminuent au contraire jusqu’à devenir dix fois plus petits qu’ils n’étaient, et que ce n’est que quand ils sont descendus des ovaires dans la matrice, qu’ils commencent à reprendre de l’accroissement.

En comparant ces observations avec celles d’Harvey, on reconnaîtra aisément que les premiers et principaux faits lui avaient échappé; et quoiqu’il y ait plusieurs erreurs dans les raisonnements et plusieurs fautes dans les expériences de Graaf, cependant cet anatomiste, aussi bien que Malpighi, ont tous deux mieux vu qu’IIarvey2 ; ils sont assez d’accord sur le fond des observations, et tous deux ils sont contraires à Harvey : celui-ci ne s’est pas aperçu des altérations qui arrivent à l’ovaire ; il n’a pas vu dans la matrice les petits globules qui contiennent l’œuvre de la génération, et que Graaf appelle des œufs ; il n’a pas même soupçonné que le fœtus pouvait être tout entier dans cet œuf; et quoique ses expériences nous donnent assez exactement ce qui arrive dans le temps de l’accroissement du fœtus, elles ne nous apprennent rien, ni du moment de la fécondation, ni du premier développement. Schrader, médecin hollandais, qui a fait un extrait fort ample du livre d’Harvey, et qui avait une grande vénération pour cet anatomiste, avoue lui-même qu’il ne faut pas s’en fier à Harvey sur beaucoup de choses, et surtout sur ce qu’il dit des premiers temps de la fécondation, et qu’en effet le poulet est dans l’œuf avant l’incubation, et que c’est Joseph de Aromatariis qui l’a observé le premier, etc. (Voyez Obs. Justi Schraderi, Amst. 1674, in prœfcttione.) Au reste, quoiqu’Harvey ait prétendu que tous les animaux venaient d’un œuf, il n’a pas cru que les testicules des femmes continssent des œufs : ce n’est que par une comparaison du sac qu’il croyait avoir vu se former dans la matrice des vivipares avec le revêtement et l’accroissement des œufs dans celle des ovipares , qu’il a dit que tous venaient d’un œuf, et il n’a fait que répéter à cet égard ce qu’Aristote avait dit avant lui. Le premier qui ait découvert les prétendus œufs dans les ovaires des femelles est Stenon : dans la dissection qu’il fit d’un chien de mer femelle, il vit, dit-il, des œufs dans les testicules, quoique cet animal

1. En quoi il se trompait. On sait aujourd’hui que la ponte spontanée est la loi générale des vivipares , aussi bien que des ovipares. (Voyez l’ouvrage de M. Pouchet sur l’ Ovulation spon~ fanée des mammifères. )

2. Sur plusieurs de ces points en effet. Graaf et Malpighi ont mieux vu qu’Harvey, mais ‘b venaient après Harvey.

SUR LA GÉNÉRATION

soit, comme l’on sait, vivipare ; et il ajoute qu’il ne doute pas que les testicules des femmes ne soient analogues aux ovaires des ovipares, soit que les œufs des femmes tombent, de quelque façon que ce puisse être, dans la matrice, soit qu’il n’y tombe que la matière contenue dans ces œufs. Cependant, quoique Stenon soit le premier auteur de la découverte de ces prétendus œufs, Graafavoulu se l’attribuer, et Swammerdam la lui a disputée, même avec aigreur; il a prétendu que Van-Horn avait aussi reconnu ces œufs avant Graaf : il est vrai qu’on peut reprocher à ce dernier d’avoir assuré positivement plusieurs choses que l’expérience a démenties, et d’avoir prétendu qu’on pouvait juger du nombre des fœtus contenus dans la matrice par le nombre des cicatrices ou follicules vides de l’ovaire, ce qui n’est point vrai, comme on peut le voir par les expériences de Yerrheyen (t. II, chap. m, édit, de Bruxelles, 1710), par celles de M. Méry (ffist. de VAcad., 1701), et par quelques-unes des propres expériences de Graaf, où, comme nous l’avons remarqué, il s’est trouvé moins d’œufs dans la matrice que de cicatrices sur les ovaires1. D’ailleurs, nous ferons voir que ce qu’il dit sur la séparation des œufs et sur la manière dont ils descendent dans la matrice n’est point exact, que même il n’est point vrai que ces œufs existent dans les testicules des femelles, qu’on ne les a jamais vus, que ce qu’on voit dans la matrice n’est point un œuf, et que rien n’est plus mal fondé que les systèmes qu’on a voulu établir sur les observations de ce fameux anatomiste.

Cette prétendue découverte des œufs dans les testicules des femelles attira l’attention de la plupart des autres anatomistes;. ils ne trouvèrent cependant que des vésicules dans les testicules de toutes les femelles vivipares sur lesquelles ils purent faire des observations, mais ils n’hésitèrent pas à regarder ces vésicules comme des œufs; ils donnèrent aux testicules le nom d’ovaires, et aux vésicules qu’ils contiennent le nom d’œufs; ils dirent aussi, comme Graaf, que dans le même ovaire ces œufs sont de différentes grosseurs, que les plus gros dans les ovaires des femmes ne sont pas de la grosseur d’un petit pois, qu’ils sont très-petits dans les jeunes personnes de quatorze ou quinze ans, mais que l’âge et l’usage des hommes les fait grossir ; qu’on en peut compter plus de vingt dans chaque ovaire ; que ces œufs sont fécondés dans l’ovaire par la partie spiritueuse de la liqueur séminale du mâle, qu’ensuite ils se détachent et tombent dans la matrice par les trompes de Fallope, où le fœtus est formé de la substance intérieure de l’œuf, et le placenta de la matière extérieure; que la substance glanduleuse qui n’existe dans l’ovaire qu’après une copulation féconde ne sert qu’à comprimer l’œuf et à le faire sortir hors de l’ovaire, etc. Mais Malpighi, ayant examiné les choses de plus près, me paraît avoir fait à l’égard de ces anatomistes ce qu’il avait fait à l’égard d’Harvey au sujet

1. C’est que quelques-uns des œufs, détachés des ovaires, ont avorté et se sont perdus.

EXPOSITION DES SYSTÈMES

du poulet dans l’œuf : il a été beaucoup plus loin qu’eux, et quoiqu’il ait corrigé plusieurs erreurs avant même qu’elles fussent reçues, la plupart des physiciens n’ont pas laissé d’adopter le sentiment de Graaf et des anatomistes dont nous venons de parler, sans faire attention aux observations de Malpighi, qui cependant sont très-importantes, et auxquelles son disciple Yalisnieri a donné beaucoup de poids.

Yalisnieri est de tous les naturalistes celui qui a parlé le plus à fond sur le sujet de la génération ; il a rassemblé tout ce qu’on avait découvert avant lui sur cette matière, et ayant lui-même, à l’exemple de Malpighi, fait un nombre infini d’observations, il me paraît avoir prouvé bien clairement que les vésicules qu’on trouve dans les testicules de toutes les femedes ne sont pas des œufs, que jamais ces vésicules ne se détachent du testicule, et qu’elles ne sont autre chose que les réservoirs d’une lymphe ou d’une liqueur qui doit contribuer, dit-il, à la génération et à la fécondation d’un autre œuf, ou de quelque chose de semblable à un œuf, qui contient le fœtus tout formé. Nous allons rendre compte des expériences et des remarques de ces deux auteurs, auxquelles on ne saurait donner trop d’attention.

Malpighi, ayant examiné un grand nombre de testicules de vaches et de quelques autres femelles d’animaux, assure avoir trouvé dans tous ces testicules des vésicules de différentes grosseurs, soit dans les femelles encore fort jeunes, soit dans les femelles adultes; ces vésicules sont toutes enveloppées d’une membrane assez épaisse, dans l’intérieur de laquelle il y a des vaisseaux sanguins, et elles sont remplies d’une espèce de lymphe ou de liqueur qui se durcit et se caille par la chaleur du feu, comme le blanc d’œuf.

Avec le temps on voit croître un corps ferme et jaune1 qui est adhérent au testicule, qui est proéminent, et qui augmente si fort qu’il devient de la grandeur d’une cerise, et qu’il occupe la plus grande partie du testicule. Ce corps est composé de plusieurs petits lobes anguleux dont la position est. assez irrégulière, et il est couvert d’une tunique semée de vaisseaux sanguins et de nerfs. L’apparence et la forme intérieure de ce corps jaune ne sont pas toujours les mêmes, mais elles varient en différents temps; lorsqu’il n’est encore que de la grosseur d'un grain de millet, il a à peu près la forme d’un paquet globuleux dont l’intérieur ne paraît être que comme un tissu variqueux. Très-souvent on remarque une enveloppe extérieure qui est composée de la substance même du corps jaune, autour des vésicules du testicule.

1. La vésicule qui contenait l’œuf, après s’ètre rompue pour laisser échapper cet œuf, se gonfle d’abord et puis se cicatrise. La vésicule gonflée est le corps jaune. Aussi le nombre des cicatrices, le nombre des corps jaunes , que l’on trouve dans l 'ovaire, donne-t-il presque toujours ( c’est-à-dire sauf le cas indiqué dans la note précédente) le nombre des œufs que l’on trouve dans la matrice.

SUR LA GÉNÉRATION

Lorsque ce corps jaune est devenu à peu près de la grandeur d’un pois, il a la figure d'une poire, et en dedans vers son centre il a une petite cavité remplie de liqueur; quand il est parvenu à la grosseur d’une cerise, il contient une cavité pleine de liqueur. Dans quelques-uns de ces corps jaunes, lorsqu’ils sont parvenus à leur entière maturité, on voit, dit Malpighi, vers le centre un petit œuf avec ces appendices, de la grosseur d’un grain de millet, et lorsqu’ils ont jeté leur œuf on voit ces corps épuisés et vides; ils ressemblent alors à un canal caverneux, dans lequel on peut introduire un stylet, et la cavité qu’ils renferment et qui s’est vidée est de la grandeur d’un pois. On remarquera ici que Malpighi dit n’avoir vu que quelquefois un œuf de la grosseur d’un grain de millet dans quelques-uns de ces corps jaunes; on verra, par ce que nous rapporterons dans la suite, qu’il s’est trompé, et qu’il n’y a jamais d’œuf dans cette cavité , ni rien qui y ressemble. Il croit que l’usage de ce corps jaune et glanduleux, que la nature produit et fait paraître dans de certains temps, est de conserver l’œuf et de le faire, sortir du testicule, qu’il appelle l’ovaire, et peut-être de contribuer à la génération même de l’œuf; par conséquent, dit-il, les vésicules de l’ovaire qu’on y remarque en tout temps, et qui en tout temps aussi sont de ditférentes grandeurs, ne sont pas les véritables œufs qui doivent être fécondés, et ces vésicules ne servent qu’à la production du corps jaune où l’œuf doit se former. Au reste, quoique ce corps jaune ne se trouve pas en tout temps et dans tous les testicules, on en trouve cependant toujours les premières ébauches, et notre observateur en a trouvé des indices dans de jeunes génisses nouvellement nées, dans des vaches qui étaient pleines, dans des femmes grosses, et il conclut, avec raison, que ce corps jaune et glanduleux n’est pas , comme l’a cru Graaf , un effet de la fécondation : selon lui cette substance jaune produit les œufs inféconds qui sortent de l’ovaire sans qu’il y ait communication avec le mâle, et aussi les œufs féconds lorsqu’il y a eu communication 1 ; de là ces œufs tombent dans les trompes, et tout le reste s’exécute comme Graaf l’a décrit.

Ces observations de Malpighi font voir que les testicules des femelles ne sont pas de vrais ovaires, comme la plupart des anatomistes le croyaient de son temps, et le croient encore aujourd’hui; que les vésicules qu’ils contiennent ne sont pas des œufs, que jamais ces vésicules ne sortent du testicule pour tomber dans la matrice, et que ces testicules sont, comme ceux du mâle, des espèces de réservoirs qui contiennent une liqueur qu’on doit regarder comme une semence de la femelle encore imparfaite2, qui se per-

1. Le corps jaune n’est pas précisément un effet de la fécondation , comme l’a cru Graaf. Encore moins produit-il Y œuf, comme le dit Malpighi. Le corps jaune est Y effet de la rupture de la vésicule qui contenait Yœuf. ( Voyez la note précédente.)

2. IciBuffon se trompe en tout; et, pour avoir le vrai, il suffit de prendre le contre-pied de ce qu’il dit : Les tes icules des femelles sont de vrais ovaires; les vésicules qu’ils contiennent sont

EXPOSITION DES SYSTEMES

fectionne dans le corps jaune et glanduleux, en remplit ensuite la cavité intérieure, et se répand lorsque le corps glanduleux a acquis une entière maturité; mais avant que de décider ce point important, il faut encore rapporter les observations de Valisnieri. On reconnaîtra que, quoique Malpighi et Valisnieri aient tous deux fait de bonnes observations, ils ne les ont pas poussées assez loin, et qu’ils n’ont pas tiré de ce qu’ils ont fait les conséquences que leurs observations produisaient naturellement, parce qu’étant tous deux fortement prévenus du système des œufs et du fœtus préexistant dans l’œuf, le premier croyait avoir vu l’œuf dans la liqueur contenue dans la cavité du corps jaune, et le second, n’ayant jamais pu y voir cet œuf, n’a pas laissé de croire qu’il y était, parce qu’il fallait bien qu’il fût quelque part, et qu’il ne pouvait être nulle part ailleurs.

Valisnieri commença ses observations en 1692 sur des testicules de truie: ces testicules ne sont pas composés comme ceux des vaches, des brebis, des juments, des chiennes, des ânesses, des chèvres ou des femmes, et comme ceux de beaucoup d’autres animaux femelles vivipares, car ils ressemblent à une petite grappe de raisin ; les grains sont ronds, proéminents en dehors; entre ces grains il y en a de plus petits qui sont de la même espèce que les grands, et qui n’en diffèrent que parce qu’ils ne sont pas arrivés à leur maturité : ces grains ne paraissent pas être enveloppés d’une membrane commune, ils sont, dit-il, dans les truies, ce que sont dans les vaches les corps jaunes que Malpighi a observés; ils sont ronds, d’une couleur qui tire sur le rouge, leur surface est parsemée de vaisseaux sanguins comme les œufs des ovipares, et tous ces grains ensemble forment une masse plus grosse que l’ovaire. On peut, avec un peu d’adresse et en coupant la membrane tout autour, séparer un à un ces grains et les tirer de l’ovaire, où ils laissent chacun leur niche.

Ces corps glanduleux ne sont pas absolument de la même couleur dans toutes les truies; dans les unes ils sont plus rouges, dans d’autres iis sont plus clairs, et il y en a de toute grosseur, depuis la plus petite jusqu’à celle d’un grain de raisin ; en les ouvrant on trouve dans leur intérieur une cavité triangulaire, plus ou moins grande, remplie d’une lymphe ou liqueur très-limpide, qui se caille par le feu, et devient blanche comme celle qui est contenue dans les vésicules. Valisnieri espérait trouver l’ceuf dans quelques-unes de ces cavités, et surtout dans celles qui étaient les plus grandes, mais il ne le trouva pas, quoiqu’il le cherchât avec grand soin, d’abord dans tous les corps glanduleux des ovaires de quatre truies différentes, et ensuite dans une infinité d’autres ovaires de truies et d’autres animaux ; jamais il ne put trouver l’œuf que Malpighi dit

des œufs ( ou , plus exactement, renferment les vrais œufs); ces œufs sortent des ovaires pour tomber dans la matrice; enfin, ces testicules ne sont point comme ceux des mâles, et la femelle n’a point de semence.

SUR LA GÉNÉRATION

avoir trouvé une fois ou deux : mais voyons la suite des observations.

Au-dessous de ces corps glanduleux on voit les vésicules de l’ovaire qui sont en plus grand ou en plus petit nombre, selon et à mesure que les corps glanduleux sont plus gros ou plus petits, car à mesure que les corps glanduleux grossissent, les vésicules diminuent. Les unes de ces vésicules sont grosses comme une lentille, et les autres comme un grain de millet; dans les testicules crus on pourrait en compter vingt, trente ou trente-cinq , mais lorsqu’on les fait cuire on en voit un plus grand nombre, et elles sont si adhérentes dans l’intérieur du testicule , et si fortement attachées avec des fibres et des vaisseaux membraneux qu’il n’est pas possible de les séparer du testicule sans rupture des uns ou des autres.

Ayant examiné les testicules d’une truie qui n’avait pas encore porté, il y trouva, comme dans les autres , les corps glanduleux, et dans leur intérieur la cavité triangulaire remplie de lymphe, mais jamais d’œufs ni dans les unes ni dans les autres : les vésicules de cette truie qui n’avait pas porté étaient en plus grand nombre que celles des testicules des truies qui avaient déjà porté ou qui étaient pleines. Dans les testicules d’une autre truie qui était pleine, et dont les petits étaient déjà gros, notre observateur trouva deux corps glanduleux des plus grands, qui étaient vides et affaissés, et d’autres plus petits qui étaient dans l’état ordinaire; et, ayant disséqué plusieurs autres truies pleines, il observa que le nombre des corps glanduleux était toujours plus grand que celui des fœtus, ce qui confirme ce que nous avons dit au sujet des observations de Graaf, et nous prouve qu’elles ne sont point exactes à cet égard, ce qu’il appelle follicules de l’ovaire n’étant que les corps glanduleux dont il est ici question, et leur nombre étant toujours plus grand que celui des fœtus. Dans les ovaires d’une jeune truie qui n’avait que quelques mois, les testicules étaient d’une grosseur convenable, et semés de vésicules assez gonflées; entre ces vésicules on voyait la naissance de quatre corps glanduleux dans l’un des testicules, et de sept autres corps glanduleux dans l’autre testicule.

Après avoir fait ces observations sur les testicules des truies, Yalisnieri répéta celles de Malpighi sur les testicules des vaches, et il trouva que tout ce qu’il avait dit était conforme à la vérité; seulement Yalisnieri avoue qu’il n’a jamais pu trouver l’œuf que Malpighi croyait avoir aperçu une fois ou deux dans la cavité intérieure du corps glanduleux, et les expériences multipliées que Yalisnieri rapporte sur les testicules des femelles de plusieurs espèces d’animaux, qu’il faisait à dessein de trouver l’œuf, sans jamais avoir pu y réussir, auraient dû le porter à douter de l’existence de cet œuf prétendu; cependant on verra que, contre ses propres expériences, le préjugé où il était du système des œufs lui a fait admettre l’existence de cet œuf, qu’il n’a jamais vu et que jamais personne ne verra «,

1. Que jamais personne ne verra. Et qu’aujourd’hui tout le monde a vu.

EXPOSITION DES SYSTÈMES

On peut dire qu’il n’est guère possible de faire un plus grand nombre d’expériences. ni de les faire mieux qu’il les a faites; car il ne s’est pas borné à celles que nous venons de rapporter, il en a fait plusieurs sur les testicules des brebis, et il obsérve comme une chose particulière à cette espèce d’animal qu’il n’y a jamais plus de corps glanduleux sur les testicules que de fœtus dans la matrice ; dans les jeunes brebis qui n’ont pas porté, il n’y a qu’un corps glanduleux dans chaque testicule, et lorsque ce corps est épuisé, il s’en forme un autre, et si une brebis ne porte qu’un seul fœtus dans sa matrice, il n’y a qu’un seul corps glanduleux dans les testicules; si elle a deux fœtus, elle a aussi deux corps glanduleux : ce corps occupe la plus grande partie du testicule, et après qu’il est épuisé et qu’il s’est évanoui, il en pousse un autre qui doit servir à une autre génération.

Dans les testicules d’une ânesse il trouva des vésicules grosses comme de petites cerises, ce qui prouve évidemment que ces vésicules ne sont pas les œufs, puisque étant de cette grosseur, quand même elles pourraient se détacher du testicule, elles ne pourraient pas entrer dans les cornes de la matrice, qui sont, dans cet animal, trop étroites pour les recevoir.

Les testicules des chiennes, des louves et des renards temelles ont à l’extérieur une enveloppe ou une espèce de capuchon ou de bourse produite par l’expansion de la membrane qui environne la corne de la matrice. Dans une chienne qui commençait à entrer en chaleur, et que le mâle n’avait pas encore approchée, Yalisnieri trouva que cette bourse qui recouvre le testicule, et qui n’y est point adhérente, était baignée intérieurement d’une liqueur semblable à du petit-lait ; il y trouva deux corps glanduleux dans le testicule droit, qui avaient environ deux lignes de diamètre, et qui tenaient presque toute l’étendue de ce testicule. Ces corps glanduleux avaient chacun un petit mamelon dans lequel on voyait très-distinctement une fente d’environ une demi-ligne de largeur, de laquelle il sortait, sans qu’il fût besoin de presser le mamelon, une liqueur semblable à du petitlait assez clair, et lorsqu’on le pressait il en sortait une plus grande quantité, ce qui fit soupçonner à notre observateur que cette liqueur était la même que celle qu’il avait trouvée dans l’intérieur du capuchon. Il souffla dans cette fente par le moyen d’un petit tuyau, et dans l’instant le corps glanduleux se gonfla dans toutes ses parties, et y ayant introduit un fil de soie il pénétra aisément jusqu’au fond ; il ouvrit ces corps glanduleux dans le sens que le fil de soie y était entré, et il trouva dans leur intérieur une cavité considérable qui communiquait à la fente, et qui contenait aussi beaucoup de liqueur. Yalisnieri espérait toujours qu’il pourrait enfin être assez heureux pour y trouver l’œuf, mais quelque recherche qu’il fît et quelque attention qu’il eût à regarder de tous côtés, il ne put jamais l’apercevoir, ni dans l’un, ni dans l’autre de ces deux corps glanduleux. Au reste, il crut avoir remarqué que l’extrémité de leur mamelon par où s’écoulait

SUR LA GÉNÉRATION

la liqueur était resserrée par un sphincter qui, comme clans la vessie, servait à fermer ou à ouvrir le canal du mamelon 5 il trouva aussi clans le testicule gauche deux corps glanduleux et les mêmes cavités , les mêmes mamelons, les mêmes canaux et la même liqueur qui en distille; cette liqueur ne sortait pas seulement par cette extrémité du mamelon, mais aussi par une infinité d’autres petits trous de la circonférence du mamelon ; et n’ayant pu trouver l’œuf ni dans cette liqueur, ni dans la cavité qui la contient, il fit cuire deux de ces corps glanduleux, espérant que par ce moyen il pourrait reconnaître l’œuf, après lequel, dit-il, je soupirais ardemment; mais ce fut en vain, car il ne trouva rien.

Ayant fait ouvrir une autre chienne qui avait été couverte depuis quatre ou cinq jours, il ne trouva aucune différence aux testicules ; il y avait trois corps glanduleux faits comme les précédents, et qui de même laissaient distiller de la liqueur par les mamelons. Il chercha l’œuf avec grand soin partout, et il ne put le trouver ni dans ce corps glanduleux, ni dans les autres, qu’il examina avec la plus grande attention, et même à la loupe et au microscope; il a reconnu seulement, avec ce dernier instrument, que ces corps glanduleux sont une espèce de lacisde vaisseaux formés d’un nombre infini de petites vésicules globuleuses qui servent à filtrer la liqueur qui remplit la cavité et qui sort par l’extrémité du mamelon.

Il ouvrit ensuite une autre chienne qui n’était pas en chaleur, et ayant essayé d’introduire de l’air entre le testicule et le capuchon qui le couvre, il vit que ce capuchon se dilatait très-considérablement , comme se dilate une vessie enflée d’air. Ayant enlevé ce capuchon, il trouva sur le testicule trois corps glanduleux, mais ils étaient sans mamelon, sans fente apparente, et il n’en distillait aucune liqueur.

Dans une autre chienne qui avait mis bas deux mois auparavant et qui avait fait cinq petits chiens, il trouva cinq corps glanduleux, mais fort diminués de volume, et qui commençaient à s’oblitérer, sans produire de cicatrices; il restait encore dans leur milieu une petite cavité, mais elle était sèche et vide de toute liqueur.

Non content de ces expériences et de plusieurs autres que je ne rapporte pas, Yalisnieri, qui voulait absolument trouver le prétendu œuf, appela les meilleurs anatomistes de son pays , entre autres M. Morgagni, et ayant ouvert une jeune chienne qui était en chaleur pour la première fois, et qui avait été couverte trois jours auparavant, ils reconnurent les vésicules des testicules, les corps glanduleux, leurs mamelons, leur canal et la liqueur qui en découle et qui est aussi dans leur cavité intérieure, mais jamais ils ne virent d'œuf dans aucun de ces corps glanduleux : il fit ensuite jdes expériences, dans le même dessein, sur des chamois femelles, sur des renards femelles , sur des chattes, sur un grand nombre de souris , etc. ; il trouva dans les testicules de tous ces animaux toujours les vésicules , sou-

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vent les corps glanduleux et la liqueur qu’ils contiennent, mais jamais il ne trouva d’œuf.

Enfin voulant examiner les testicules des femmes, il eut occasion d’ouvrir une jeune paysanne mariée depuis quelques années, qui s’était tuée en tombant d’un arbre; quoiqu’elle fût d’un bon tempérament et que son mari fût robuste et de bon âge, elle n’avait point eu d’enfants; il chercha si la cause de la stérilité de cette femme ne se découvrirait pas dans les testicules, et il trouva en effet que les vésicules étaient toutes remplies d’une matière noirâtre et corrompue.

Dans les testicules d’une fille de dix-huit ans qui avait été élevée dans un couvent, et qui, selon toutes les apparences, était vierge, il trouva le testicule droit un peu plus gros que le gauche; il était de figure ovoïde, et sa superficie était un peu inégale ; cette inégalité était produite par la protubérance de cinq ou six vésicules de ce testicule , qui avançaient au dehors. On voyait du côté de la trompe une de ces vésicules qui était plus proéminente que les autres, et dont le mamelon avançait au dehors, à peu près comme dans les femelles des animaux lorsque commence la saison de leurs amours. Ayant ouvert cette vésicule, il en sortit un jet de lymphe ; il y avait autour de cette vésicule une matière glanduleuse en forme de demi-lune et d’une couleur jaune tirant sur le rouge; il coupa transversalement le reste de ce testicule, où il vit beaucoup de vésicules remplies d’une liqueur limpide, et il remarqua que la trompe correspondante à ce testicule était fort rouge et un peu plus grosse que l’autre, comme il l’avait observé plusieurs fois sur les matrices des femelles d’animaux, lorsqu’elles sont en chaleur.

Le testicule gauche était aussi sain que le droit, mais il était plus blanc et plus uni à sa surface ; car quoiqu’il y eût quelques vésicules un peu proéminentes , il n’y en avait cependant aucune qui sortît en forme de mamelon; elles étaient toutes semblables les unes aux autres et sans matière glanduleuse, et la trompe correspondante n’était ni gonflée, ni rouge.

Dans une petite fille de cinq ans il trouva les testicules avec leurs vésicules, leurs vaisseaux sanguins, leurs fibres et leurs nerfs.

Dans les testicules d’une femme de soixante ans il trouva quelques vésicules et les vestiges de l’ancienne substance glanduleuse , qui étaient comme autant de gros points d’une matière de couleur jaune-brune et obscure.

De toutes ces observations, Yalisnieri conclut que l’ouvrage de la génération se fait dans les testicules de la femelle, qu’il regarde toujours comme des ovaires, quoiqu’il n’y ait jamais trouvé d’œufs, et qu'il ait démontré au contraire que les vésicules ne sont pas des œufs ; il dit aussi qu’il n’est pas nécessaire que la semence du mâle entre dans la matrice pour féconder l’œuf ; il suppose que cet œuf sort par le mamelon du corps glanduleux

SUR LA GÉNÉRATION

après qu’il a été fécondé dans l’ovaire , que de là il tombe dans la trompe, où il ne s’attache pas d’abord , qu’il descend et s’augmente peu à peu , et qu’enfin il s’attache à la matrice. Il ajoute qu’il est persuadé que l’œuf est caché dans la cavité du corps glanduleux , et que c’est là où se fait tout l’ouvrage de la fécondation , quoique , dit-il , ni moi ni aucun des anatomistes en qui j’ai eu pleine confiance n’ayons jamais vu ni trouvé cet œuf U

Selon lui, l’esprit de la semence du mâle monte à l’ovaire, pénètre l’œuf, et donne le mouvement au fœtus qui est préexistant dans cet œuf. Dans l’ovaire de la première femme étaient contenus des œufs qui non-seulement renfermaient en petit tous les enfants qu’elle a faits ou qu’elle pouvait faire, mais encore toute la race humaine, toute sa postérité jusqu’à l’extinction de l’espèce. Que si nous ne pouvons pas concevoir ce développement infini et cette petitesse extrême des individus contenus les uns dans les autres à l’infini, c’est, dit-il, la faute de notre esprit, dont nous reconnaissons tous les jours la faiblesse : il n’en est pas moins vrai que tous les animaux qui ont été , sont et seront, ont été créés tous à la fois, et tous renfermés dans les premières femelles. La ressemblance des enfants à leurs parents ne vient , selon lui , que de l’imagination de la mère ; la force de cette imagination est si grande et si puissante sur le fœtus qu’elle peut produire des taches, des monstruosités, des dérangements de parties, des accroissements extraordinaires, aussi bien que des ressemblances parfaites.

Ce système des œufs, par lequel , comme l’on voit , on ne rend raison de rien , et qui est si mal fondé , aurait cependant emporté les suffrages unanimes de tous les physiciens, si dans les premiers temps qu’on a voulu l’établir, on n’eût pas fait un autre système fondé sur la découverte des animaux spermatiques.

Cette découverte, qu’on doit à Leeuwenhoek et à Hartsoëker, a été confirmée par Andry, Yalisnieri, Bourguet, et par plusieurs autres observateurs. Je vais rapporter ce qu’ils ont dit de ces animaux spermatiques qu’ils ont trouvés dans la liqueur séminale de tous les animaux mâles : ils sont en si grand nombre , que la semence paraît en être composée en entier, et Leeuwenhoek prétend en avoir vu plusieurs milliers dans une goutte plus petite que le plus petit grain de sable. On les trouve, disent ces observateurs, en nombre prodigieux dans tous les animaux mâles , et on n’en trouve aucun dans les femelles , mais dans les mâles on les trouve, soit dans la semence répandue au dehors par les voies ordinaires , soit dans

1. Dans tout ce résumé, que Buffou vient de nous présenter, des observations de Graaf, de Malpighi, de Valisnieri, etc. , il règne beaucoup d’obscurité. On ne distinguait pas encore assez nettement les vésicules à l’état naturel, des vésicules à l’état de corps jaunes. Presque partout les détails précis manquaient ; et, quant à l’œu/'inème, je l’ai déjà dit : Y œuf des vivipares n’a été véritablement reconnu que de nos jours, et par M. Baër. (Voyez ia note 2 de la page 490.)

EXPüSTION DES SYSTÈMES

celle qui est contenue dans les vésicules séminales qu’on a ouvertes dans des animaux vivants. Il y en a moins dans la liqueur contenue dans les testicules que dans celle des vésicules séminales , parce qu’apparemment la semence n’y est pas encore entièrement perfectionnée. Lorsqu’on expose cette liqueur de l’homme à une chaleur, même médiocre , elle s’épaissit , le mouvement de tous ces animaux cesse assez promptement; mais si onia laisse refroidir , elle se délaie et les animaux conservent leur mouvement longtemps, et jusqu’à ce que la liqueur vienne à s’épaissir par le dessèchement ; plus la liqueur est délayée, plus le nombre de ces animalcules paraît s’augmenter, et s’augmente en effet au point qu’on peut réduire et décomposer, pour ainsi dire, toute la substance de la semence en petits animaux, en la mêlant avec quelque liqueur délayante, comme avec de l’eau ; et lorsque le mouvement de ces animalcules est prêt à finir, soit à cause de la chaleur, soit par le dessèchement, ils paraissent se rassembler de plus près, et ils ont un mouvement commun de tourbillon dans le centre de la petite goutte qu’on observe, et ils semblent périr tous dans le même instant, au lieu que dans un plus grand volume de liqueur on les voit aisément périr successivement.

Ces animalcules sont, disent-ils, de différente figure dans les différentes espèces d’animaux ; cependant ils sont tous longs, menus et sans membres, ils se meuvent avec rapidité et en tout sens; la matière qui contient ces animaux est, comme je l’ai dit, beaucoup plus pesante que le sang. De la semence de taureau a donné à Verrheyen, par la chimie, d’abord du phlegme, ensuite une quantité assez considérable d’huile fétide, mais peu de sel volatil en proportion, et beaucoup plus de terre qu’il n’aurait cru. (Voyez Verrheyen : Sup. ancit., t. II, p. 69. ) Cet auteur paraît surpris de ce qu’en rectifiant la liqueur distillée il ne put en tirer des esprits ; et comme il était persuadé que la semence en contient une grande quantité, il attribue leur évaporation à leur trop grande subtilité ; mais ne peut-on pas croire, avec plus de fondement, qu’elle n’en contient que peu ou point du tout? La consistance de cette matière et son odeur n’annoncent pas qu’il y ait des esprits ardents , qui d’ailleurs ne se trouvent en abondance que dans les liqueurs fermentées; et à l’égard des esprits volatils, on sait que les cornes, les os et les autres parties solides des animaux en donnent plus que toutes les liqueurs du corps animal. Ce que les anatomistes ont donc appelé esprits séminaux, aura seminalis, pourrait bien ne pas exister, et certainement ce ne sont pas ces esprits qui agitent les particules qu’on voit se mouvoir dans les liqueurs séminales; mais pour qu’on soit plus en état de prononcer sur la nature de la semence et sur celle des animaux spermatiques, nous allons rapporter les principales observations qu’on a faites sur ce sujet.

Leeuwenhoek ayant observé la semence du coq y vit des animaux semblables par la figure aux anguilles de rivière, mais si petits qu’il prétend

SUR LA GÉNÉRATION

que cinquante mille de ces animalcules n’égalent pas la grosseur d’un grain de sable; dans la semence du rat, il en faut plusieurs'milliers pour faire l'épaisseur d’un cheveu, etc. Cet excellent observateur était persuadé que la substance entière de la semence n’est qu’un amas de ces animaux; il a observé ces animalcules dans la semence de l’homme, des animaux quadrupèdes, des oiseaux, des poissons, des coquillages, des insectes; ceux de la semence de la sauterelle sont longuets et fort menus ; ils paraissent attachés, dit-il, par leur extrémité supérieure, et leur autre extrémité, qu’il appelle leur queue , a un mouvement très-vif, comme serait celui de la queue d’un serpent dont la tête et la partie supérieure du corps seraient immobiles. Lorsqu’on observe la semence dans des temps où elle n’est pas encore parfaite, par exemple, quelque temps avant que les animaux cherchent à se joindre, il prétend avoir vu les mêmes animalcules, mais sans aucun mouvement, au lieu que, quand la saison de leurs amours est arrivée, ces animalcules se remuent avec une grande vivacité.

Dans la semence de la grenouille mâle il les vit d’abord imparfaits et sans mouvement, et quelque temps après il les trouva vivants; ils sont si petits qu’il en faut, dit-il, dix mille pour égaler la grosseur d’un seul œuf de la grenouille femelle. Au reste , ceux qu’il trouva dans les testicules de la grenouille n’étaient pas vivants , mais seulement ceux qui étaient dans la liqueur séminale en grand volume, où ils prenaient peu à peu la vie et le mouvement.

Dans la semence de l’homme et dans celle du chien, il prétend avoir vu des animaux de deux espèces, qu’il regarde, les uns comme mâles et les autres comme femelles, et ayant enfermé dans un petit verre de la semence de chien, il dit que le premier jour il mourut un grand nombre de ces petits animaux, que le second et le troisième jour il en mourut encore plus, qu’il en restait fort peu de vivants le quatrième jour, mais qu’ayant répété cette observation une seconde fois sur la semence du même chien, il y trouva encore au bout de sept jours des animalcules vivants , dont quelques-uns nageaient avec autant de vitesse qu’ils nagent ordinairement dans la semence nouvellement extraite de l’animal, et qu’ayant ouvert une chienne qui avait été couverte trois fois par le même chien quelque temps avant l’observation, il ne put apercevoir avec les yeux seuls, dans l’une des cornes de la matrice, aucune liqueur séminale du mâle, mais qu’au moyen du microscope il y trouva les animaux spermatiques du chien , qu’il les trouva aussi dans l’autre corne de la matrice, et qu’ils étaient en trèsgrande quantité dans cette partie de la matrice qui est voisine du vagin, ce qui, dit-il, prouve évidemment que la liqueur séminale du mâle était entrée dans la matrice, ou du moins que les animaux spermatiques du chien y étaient arrivés par leur mouvement, qui peut leur faire parcourir quatre ou cinq pouces de chemin en une demi-heure. Dans la matrice d’une

EXPOSITION DES SYSTÈMES

femelle de lapin qui venait de recevoir le mâle, il observa aussi une quantité infinie de ces animaux spermatiques du mâle ; il dit que le corps de ces animaux est rond, qu’ils ont de longues queues et qu’ils changent souvent de figure, surtout lorsque la matière humide, dans laquelle ils nagent, s’évapore et se dessèche.

Ceux qui prirent la peine de répéter les observations de Leeuwenhoek les trouvèrent assez conformes à la vérité; mais il y en eut qui voulurent encore enchérir sur ses découvertes , et Dalenpatius 1 ayant observé la liqueur séminale de l’homme prétendit non-seulement y avoir trouvé de;animaux semblables aux têtards qui doivent devenir des grenouilles, dont le corps lui parut à peu près gros comme un grain de froment, dont ia queue était quatre ou cinq fois plus longue que le corps , qui se mouvaient avec une grande agilité et frappaient avec la queue la liqueur dans laquelle ils nageaient , mais , chose plus merveilleuse , il vit un de ces animaux se développer ou plutôt quitter son enveloppe; ce n’était plus un animal, c’était un corps humain dont il distingua très-bien, dit-il, les deux jambes, les deux bras, la poitrine et la tête, à laquelle l’enveloppe servait de capuchon. (Voyez Nouvelles de la Répub. des lettres, année 1699, page 552. ) Mais par les figures mêmes que cet auteur a données de ce prétendu embryon qu’il a vu sortir de son enveloppe, il est évident que le fait est faux; il a cru voir ce qu’il dit, mais il s’est trompé , car cet embryon, tel qu’il le décrit, aurait été plus formé au sortir de son enveloppe et en quittant sa condition de ver spermatique, qu’il ne l’est en effet au bout d’un mois ou de cinq semaines dans la matrice même de la mère ; aussi cette observation de Dalenpatius, au lieu d’avoir été confirmée par d’autres observations, a été rejetée de tous les naturalistes, dont les plus exacts et les plus exercés à observer, n’ont vu dans cette liqueur de l’homme que de petits corps ronds ou oblongs qui paraissaient avoir de longues queues, mais sans autre organisation extérieure, sans membres, comme sont aussi ces petits corps dans la semence de tous les autres animaux.

On pourrait dire que Platon avait deviné ces animaux spermatiques qui deviennent des hommes ; car il dit à la fin du Timée, page 1088, trad. de Marc Ficin : « Vulva quoque matrixque in fœminis eâdem ratione ani- « mal avidum generandi, quando procul à fœtu per ætatis florem, aut ultra « diutiùs detinetur, ægrè fert moram ac plurimùm indignatur, passimque « per corpus oberrans , meatus spiritûs intercludit, respirare non smit, « extremis vexât angustiis, morbis denique omnibus præmit, quousque « utrorumque cupido amorque quasi ex arboribus fœtum fructumve pro- « ducunt, ipsum deinde decerpunt, et in matricem velut agrum inspargunt :

1. Dalenpatius : anagramme de Plantadeius (Plantade, de la Société royale de Montpellier ). L’écrit de Plantade n’était qu’une plaisanterie : comment se fait-il que Buffon l’ait pris au sérieux ?

SUR LA GÉNÉRATION

« hinc animalia primùm talia, ut nec propter parvitatem videantur, nec- « dum appareant formata , concipiunt ; mox quæ conflaverant , explicant , « ingentia intùs enutriunt, demùm educunt in lucem, animaliumque gene- « rationem perficiunt. » Hippocrate, dans son traité de Diœta, paraît insinuer aussi que les semences d’animaux sont remplies d’animalcules; Démocrite parle de certains vers qui prennent la figure humaine; Aristote dit que les premiers hommes sortirent de la terre sous la forme de vers; mais ni l’autorité de Platon, d’Hippocrate, de Démocrite et d’Aristote, ni l’observation de Dalenpatius, ne feront recevoir cette idée que ces vers spermatiques sont de petits hommes cachés sous une enveloppe 1 , car elle est évidemment contraire à l’expérience et à toutes les autres observations.

Yalisnieri et Bourguet, que nous avons cités, ayant fait ensemble des observations sur la semence d’un lapin, y virent de petits vers dont l’une des extrémités était plus grosse que l’autre ; ils étaient fort vifs, ils partaient d’un endroit pour aller à un autre, et frappaient la liqueur de leur queue; quelquefois ils s’élevaient, quelquefois ils s’abaissaient, d’autres fois ils se tournaient en rond et se contournaient comme des serpents ; enfin , dit Yalisnieri, je reconnus clairement qu’ils étaient de vrais animaux : « e gli «riconobbi, e gli giudicai senza dubitamento alcuno per veri, verissimi, « arciverissimi vermi. » (Yoyez Opéré delCav. Valisnieri, t. II, p. 105, la col.) Get auteur, qui était prévenu du système des œufs, n’a pas laissé d’admettre les vers spermatiques et de les reconnaître , comme l’on voit , pour de vrais animaux.

M. Andry, ayant fait des observations sur ces vers spermatiques de l’homme, prétend qu’ils ne se trouvent que dans l’âge propre à la génération ; que dans la première jeunesse et dans la grande vieillesse ils n’existent point; que dans les sujets incommodés de maladies vénériennes on n’en trouve que peu, et qu’ils y sont languissants et morts pour la plupart; que dans les parties de la génération des impuissants on n’en voit aucun qui soit en vie; que ces vers dans l’homme ont la tête, c’est-à-dire l'une des extrémités, plus grosse, par rapport à l’autre extrémité, qu’elle ne l’est dans les autres animaux; ce qui s’accorde, dit-il, avec la figure du fœtus et de l’enfant, dont la tête en effet est beaucoup plus grosse, par rapport au corps, que celle des adultes, et il ajoute que les gens qui font trop d’usage des femmes n’ont ordinairement que très-peu ou point du tout de ces animaux.

Leeuwenhoek, Andry et plusieurs autres s’opposèrent donc de toutes leurs forces au système des œufs; ils avaient découvert dans la semence de tous les mâles des animalcules vivants; ils prouvaient que ces animal-

1. Dalenpatius n’avait eu qu'un objet , et c’était précisément de se moquer de Vidée (que Buffon a bien raison de se refuser à recevoir ) : « que les vers spermatiques sont de petits « hommes cachés sous une enveloppe. "

EXPOSITION DES SYSTÈMES

cules ne pouvaient pas être regardés comme des habitants de cette liqueur, puisque leur volume était plus grand que celui de la liqueur même; que d’ailleurs on ne trouvait rien de semblable ni dans le sang, ni dans les autres liqueurs du corps des animaux; ils disaient que les femelles ne fournissant rien de pareil, rien de vivant, il était évident que la fécondité qu’on leur attribuait appartenait au contraire aux mâles; qu’il n’y avait que dans la semence de ceux-ci où l’on vît quelque chose de vivant, que ce qu’on y voyait était de vrais animaux, et que ce fait tout seul avançait plus l’explication de la génération que tout ce qu’on avait imaginé auparavant, puisqu’en effet ce qu’il y a de plus difficile à concevoir dans la génération c’est la production du vivant, que tout le reste est accessoire, et qu’ainsi on ne pouvait pas douter que ces petits animaux ne fussent destinés à devenir des hommes ou des animaux parfaits de chaque espèce; et lorsqu’on opposait aux partisans de ce système qu’il ne paraissait pas naturel d’imaginer que de plusieurs millions d’animalcules, qui tous pouvaient devenir un homme, il n’y en eût qu’un seul qui eût cet avantage ; lorsqu’on leur demandait pourquoi cette profusion inutile de germes d’hommes, ils répondaient que c’était la magnificence ordinaire de la nature; que dans les plantes et dans les arbres on voyait bien que de plusieurs millions de graines qu’ils produisent naturellement il n’en réussit qu’un très-petit nombre, et qu’ainsi on ne devait point être étonné de celui des animaux spermatiques, quelque prodigieux qu’il fût. Lorsqu’on leur objectait la petitesse infinie du ver spermatique, comparé à l’homme, ils répondaient par l’exemple de la graine des arbres, de l’orme, par exemple, laquelle comparée à l’individu parfait est aussi fort petite; et ils ajoutaient, avec assez de fondement, des raisons métaphysiques par lesquelles ils prouvaient que le grand et le petit n’étant que des relations, le passage du petit au grand ou du grand au petit s’exécute par la nature avec encore plus de facilité que nous n’en avons à le concevoir.

D’ailleurs, disaient-ils, n’a-t-on pas des exemples très-fréquents de transformation dans les insectes? ne voit-on pas de petits vers aquatiques devenir des animaux ailés par un simple dépouillement de leur enveloppe, laquelle cependant était leur forme extérieure et apparente? les animaux spermatiques , par une pareille transformation , ne peuvent-ils pas devenir des animaux parfaits? Tout concourt donc, concluaient-ils, à favoriser ce système sur la génération, et à faire rejeter le système des œufs; et si Ton veut absolument, disaient quelques-uns, que dans les femelles des vivipares il y ait des œufs comme dans celles des ovipares, ces œufs dans les unes et dans les autres ne seront que la matière nécessaire à l’accroissement du ver spermatique, il entrera dans l’œuf par le pédicule qui l’atta- 1 chait à l’ovaire, il y trouvera une nourriture préparée pour lui, tous les vers qui n’auront pas été assez heureux pour rencontrer cette ouverture

SUR LA GÉNÉRATION

du pédicule de l’œuf périront , celui qui seul aura enfilé ce chemin arrivera à sa transformation : c’est par cette raison qu’il existe un nombre prodigieux de ces petits animaux; la difficulté de rencontrer un œuf et ensuite l’ouverture du pédicule de cet œuf ne peut être compensée que par le nombre infini des vers; il y a un million, si l’on veut, à parier contre un, qu’un tel ver spermatique ne rencontrera pas le pédicule de l’œuf, mais aussi il y a un million de vers; dès lors il n’y a plus qu’un à parier contre un que le pédicule de l’œul sera enfilé par un de ces vers; et lorsqu’il y est une fois entré et qu’il s’est logé dans l’œuf, un autre ne peut plus y entrer, parce que, disaient-ils, le premier ver bouche entièrement le passage , ou bien il y a une soupape à l’entrée du pédicule qui peut jouer lorsque l’œuf n’est pas absolument plein, mais lorsque le ver a achevé de remplir l’œuf la soupape ne peut plus s’ouvrir, quoique poussée par un second ver; cette soupape d’ailleurs est fort bien imaginée, parce que s’il prend envie au premier ver de ressortir de l’œul elle s’oppose à son départ, il est obligé de rester et de se transformer; le ver spermatique est alors le vrai fœtus, la substance de l’œuf le nourrit, les membranes de cet œuf lui servent d’enveloppe, et lorsque la nourriture contenue dans l’œuf commence à lui manquer il s’applique à la peau intérieure de la matrice et tire ainsi sa nourriture du sang de la mère, jusqu’à ce que, par son poids et par l’augmentation de ses forces, il rompe enfin ses liens pour venir au monde.

Par ce système, ce n’est plus la première femme qui renfermait toutes les races passées, présentes et futures, mais c’est le premier homme qui en effet contenait toute sa postérité; les germes préexistants ne sont plus des embryons sans vie renfermés comme de petites statues dans des œufs contenus à l’infini les uns dans les autres, ce sont de petits animaux, de petits homoncules organisés et actuellement vivants, tous renfermés les uns dans les autres, auxquels il ne manque rien, et qui deviennent des animaux parfaits et des hommes par un simple développement aidé d’une transformation semblable à celle que subissent les insectes avant que d’arriver à leur état de perfection.

Comme ces deux systèmes des vers spermatiques et des œufs partagent aujourd’hui les physiciens, et que tous ceux qui ont écrit nouvellement sur la génération ont adopté l’une ou l’autre de ces opinions, il nous paraît nécessaire de les examiner avec soin , et de faire voir que non-seulement elles sont insuffisantes pour expliquer les phénomènes de la génération, mais encore qu’elles sont appuyées sur des suppositions dénuées de toute vraisemblance.

Toutes les deux supposent le progrès à l’infini, qui, comme nous l’avons dit, est moins une supposition raisonnable qu’une illusion de l’esprit : un ver spermatique est plus de mille millions de fois plus petit qu’un homme; si donc nous supposons que la grandeur de l’homme soit prise pour l’unité.

EXPOSITION DES SYSTÈMES

la grandeur du ver spermatique ne pourra être exprimée que par la frac-, tion r<i o » 0*0 o o o' o > c’est-à-dire par un nombre de dix chiffres; et comme, l’homme est au ver spermatique de la première génération en même raison ( que ce ver est au ver spermatique de la seconde génération, la grandeur, ou plutôt la petitesse du ver spermatique de la seconde génération , ne pourra être exprimée que par un nombre composé de dix-neuf chiffres, et par la même raison la petitesse du ver spermatique de la troisième génération ne pourra être exprimée que par un nombre de vingt-huit chiffres, celle du ver spermatique de la quatrième génération sera exprimée par un nombre de trente-sept chiffres, celle du ver spermatique de la cinquième génération par un nombre de quarante-six chiffres, et celle du ver spermatique de la sixième génération par un nombre de cinquante-cinq chiffres. Pour nous former une idée de la petitesse représentée par cette fraction, prenons les dimensions de la sphère de l’univers depuis le soleil jusqu’à Saturne, en supposant le soleil un million de fois plus gros que la terre et éloigné de Saturne de mille fois le diamètre solaire; nous trouverons qu’il ne faut que quarante-cinq chiffres pour exprimer le nombre des lignes cubiques contenues dans cette sphère, et en réduisant chaque ligne cubique en mille millions d’atomes, il ne faut que cinquante-quatre chiffres pour en exprimer le nombre; par conséquent l’homme serait plus grand, par rapport au ver spermatique de la sixième génération , que la sphère de l’univers ne l’est par rapport au plus petit atome de matière qu’il soit possible d’apercevoir au microscope. Que sera-ce si on pousse ce calcul seulement à la dixième génération? la petitesse sera si grande que nous n’aurons aucun moyen de la faire sentir; il me semble que la vraisemblance de cette opinion disparaît à mesure que l’objet s’évanouit. Ce calcul peut s’appliquer aux œufs comme aux vers spermatiques, et le défaut de vraisemblance est commun aux deux systèmes : on dira sans doute que, la matière étant divisible à l’infini, il n’y a point d’impossibilité dans cette dégradation de grandeur, et que quoiqu’elle ne soit pas vraisemblable, parce qu’elle s’éloigne trop de ce que notre imagination nous représente ordinairement , on doit cependant regarder comme possible cette division de la matière à l’infini, puisque par la pensée on peut toujours diviser en plusieurs parties un atome, quelque petit que nous le supposions. Mais je réponds qu’on se fait sur cette divisibilité à l’infini la même illusion que sur toutes les autres espèces d’infinis géométriques ou arithmétiques : ces infinis ne sont tous que des abstractions de notre esprit et n’existent pas dans la nature des choses; et si l’on veut regarder la divisibilité de la matière à l’infini comme un infini absolu, il est encore plus aisé de démontrer qu’elle ne peut exister dans ce sens; car si une fois nous supposons le plus petit atome possible , par notre supposition même cet atome sera nécessairement indivisible, puisque s’il était divisible ce ne serait pas le

SUR LA GENERATION

plus petit atome possible, ce qui serait contraire à la supposition. Il me paraît donc que toute hypothèse où l’on admet un progrès à l’infini doit être rejetée, non-seulement comme fausse, mais encore comme dénuée de toute vraisemblance ; et comme le système des œufs et celui des vers spermatiques supposent ce progrès on ne doit pas les admettre.

Une autre grande difficulté qu’on peut faire contre ces deux systèmes , c’est que dans celui des œufs , la première femme contenait des œufs mâles et des œufs femelles ; que les œufs mâles ne contenaient pas d’autres œufs mâles, ou plutôt ne contenaient qu’une génération de mâles, et qu’au contraire les œufs femelles contenaient des milliers de générations d’œufs mâles et d’œufs femelles, de sorte que dans le même temps et dans la même femme il y a toujours un certain nombre d’œufs capables de se développer à l’infini, et un autre nombre d’œufs qui ne peuvent se développer qu’une fois ; et de même, dans l’autre système, le premier homme contenait des vers spermatiques, les uns mâles et les autres femelles; tous les vers femelles n’en contiennent pas d’autres, tous les vers mâles au contraire en contiennent d’autres , les uns mâles et les autres femelles , à l’infini , et dans le même homme et en même temps il faut qu’il y ait des vers qui doivent se développer à l’infini, et d’autres vers qui ne doivent se développer qu’une fois : je demande s’il y a aucune apparence de vraisemblance dans ces suppositions.

Une troisième difficulté contre ces deux systèmes, c’est la ressemblance des enfants, tantôt au père, tantôt à la mère, et quelquefois à tous les deux ensemble, et les marques évidentes des deux espèces dans les mulets et dans les animaux mi-partis. Si le ver spermatique de la semence du père doit être le fœtus, comment se peut-il que l’enfant ressemble à la mère? et si le fœtus est préexistant dans l’œuf de la mère, comment se peut-il que l’enfant ressemble à son père? et si le ver spermatique d’un cheval ou l’œuf d’une ânesse contient le fœtus, comment se peut-il que le mulet participe de la nature du cheval et de celle de l’ânesse?

Ces difficultés générales, qui sont invincibles, ne sont pas les seules qu’on puisse faire contre ces systèmes, il y en a de particulières qui ne sont pas moins fortes ; et pour commencer par le système des vers spermatiques, ne doit-on pas demander à ceux qui les admettent et qui imaginent que ces vers se transforment en hommes, comment ils entendent que se fait cette transformation, et leur objecter que celle des insectes n’a et ne peut avoir aucun rapport avec celle qu’ils supposent? car le ver qui doit devenir mouche, ou la chenille qui doit devenir papillon, passe par un état mitoyen, qui est celui de la chrysalide , et lorsqu’il sort de la chrysalide il est entièrement formé, il a acquis sa grandeur totale et toute la perfection de sa forme,, et il est dès lors en état d’engendrer; au lieu que dans la prétendue transformation du ver spermatique en homme, on ne peut pas dire qu’il y ait

EXPOSITION DES SYSTÈMES

un état de chrysalide ', et quand même on en supposerait un pendant les premiers jours de la conception, pourquoi la production de celte chrysalide supposée n’est-elle pas un homme adulte et parfait , et qu’au contraire ce n’est qu’un embryon encore informe auquel il faut un nouveau développement? On voit bien que l’analogie est ici violée, et que bien loin de confirmer cette idée de la transformation du ver spermatique , elle la détruit lorsqu’on prend la peine de l’examiner.

D’ailleurs, le ver qui doit se transformer en mouche vient d’un œuf, cet œuf est le produit de la copulation des deux sexes, de la mouche mâle et de la mouche femelle , et il renferme le fœtus ou le ver qui doit ensuite devenir chrysalide , et arriver enfin à son état de perfection , à son état de mouche, dans lequel seul l’animal a la faculté d’engendrer, au lieu que le ver spermatique n’a aucun principe de génération, il ne vient pas d’un œuf2; et quand même on accorderait que la semence peut contenir des œufs d’où sortent les vers spermatiques, la difficulté restera toujours la même; car ces œufs supposés n’ont pas pour principe d’existence la copulation des deux sexes, comme dans les insectes : par conséquent la production supposée, non plus que le développement prétendu des vers spermatiques, ne peuvent être comparés à la production et au développement des insectes, et bien loin que les partisans de cette opinion puissent tirer avantage de la transformation des insectes, elle me paraît au contraire détruire le fondement de leur explication.

Lorsqu’on fait attention à la multitude innombrable des vers spermatiques, et au très-petit nombre de fœtus qui en résulte, et qu’on oppose aux physiciens prévenus de ce système la profusion énorme et inutile qu’ils sont obligés d’admettre, ils répondent, comme je l’ai dit, par l’exemple des plantes et des arbres, qui produisent un très-grand nombre de graines assez inutilement pour la propagation ou la multiplication de l’espèce, puisque de toutes ces graines il n’y en a que fort peu qui produisent des plantes et des arbres, et que tout le reste semble être destiné à l’engrais de la terre ou à la nourriture des animaux; mais cette comparaison n’est pas tout à fait juste, parce qu’il est de nécessité absolue que tous les vers spermatiques périssent, à l’exception d’un seul, au lieu qu’il n’est pas également nécessaire que toutes les graines périssent, et que d’ailleurs en servant de

1. Et quand même il y en aurait un, que ferait cela? On est peiné de voir Buffon combattre si gravement d’aussi vains systèmes, et surtout la 'prétendue transformation du ver spermatique en homme.

« Vous demandez, disait Voltaire, comment les mulets, qui sont engendrés, n’engendrent

« point ; et comment les séministes, les ovistes, les animalculistes , expliquent la formation

« de ces métis.

« Je vous répondrai qu’ils ne l’expliquent point du tout. »

2. On ne sait pas encore comment les animalcules spermatiques se reproduisent. Mais trèscertainement ils ont un principe de génération; et, très-certainement aussi, Buffon n’arrivfrr pas à en faire ses molécules organiques.

SUR LA GÉNÉRATION

nourriture à d’autres corps organisés, elles servent au développement et â la reproduction des animaux, lorsqu’elles ne deviennent pas elles-mêmes des végétaux, au lieu qu’on ne voit aucun usage des vers spermatiques, aucun but auquel on puisse rapporter leur multitude prodigieuse. Au reste, je ne fais cette remarque que pour rapporter tout ce qu’on a dit ou pu dire sur cette matière, car j’avoue qu’une raison tirée des causes finales n’établira ni ne détruira jamais un système en physique.

Une autre objection que l’on a faite contre l’opinion des vers spermatiques, c’est qu’ils semblent être en nombre assez égal dans la semence de toutes les espèces d’animaux, au lieu qu’il paraîtrait naturel que dans les espèces où le nombre des fœtus est fort abondant, comme dans les poissons, les insectes, etc., le nombre des vers spermatiques fût aussi fort grand; et il semble que dans les espèces où la génération est moins abondante, comme dans l’homme, les quadrupèdes, les oiseaux, etc., le nombre des vers dût être plus petit; car s’ils sont la cause immédiate de la production, pourquoi n’y a-t-il aucune proportion entre leur nombre et celui des fœtus? D’ailleurs, il n’y a pas de différence proportionnelle dans la grandeur de la plupart des espèces de vers spermatiques, ceux des gros animaux sont aussi petits que ceux des plus petits animaux; le cabillau etl’éperlan ont des animaux spermatiques également petits ; ceux de la semence d’un rat et ceux de la liqueur séminale d’un homme sont à peu près de la même grosseur, et lorsqu’il y a de la différence dans la grandeur de ces animaux spermatiques, elle n’est point relative à la grandeur de l’individu ; le calmar, qui n’est qu’un poisson assez petit, a des vers spermatiques plus de cent mille fois plus gros 1 que ceux de l’homme ou du chien, autre preuve que ces vers ne sont pas la cause immédiate et unique de la génération.

Les difficultés particulières qu’on peut faire contre le système des œufs sont aussi très-considérables : si le fœtus est préexistant dans l’œuf avant la communication du mâle et de la femelle, pourquoi dans les œufs que la poule produit sans avoir eu le coq, ne voit-on pas le fœtus aussi bien que dans les œufs qu’elle produit après la copulation avec le coq2? Nous avons rapporté ci-devant les observations de Malpighi, faites sur des œufs frais sortant du corps de la poule , et qui n’avaient pas encore été couvés ; il a toujours trouvé le fœtus dans ceux que produisaient les poules qui avaient reçu le coq, et dans ceux des poules vierges ou séparées du coq depuis longtemps, il n’a jamais trouvé qu’une mole dans la cicatricule; il est donc bien clair que le fœtus n’est pas préexistant dans l’œuf, mais qu’au contraire il ne s’y forme que quand la semence du mâle l’a pénétré.

Une autre difficulté contre ce système, c’est que non-seulement on ne voit pas le fœtus dans les œufs des ovipares avant la conjonction des sexes,

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