Voye2 la note 1 de la page
2. Le poulet existe certainement dès le 'premier jour et immédiatement après la fécondation. (Voyez la note 2‘de la page 487 ).
3. Les vésicules de Graaf sont, en effet , des parties du testicule : ce sont les capsules du vrai œuf . ( Voyez la note 2 de la page 490 ).
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corps glanduleux est l’enveloppe de ces œufs ou de ces vésicules1, car il est certain par les observations de Malpighi, de Yalisnieri, et par mes propres expériences, que ce corps glanduleux n’enveloppe point ces vésicules, et n’en contient aucune ; 3° il se trompe encore davantage lorsqu’il assure que ce follicule ou corps glanduleux ne se forme jamais qu’après la fécondation , tandis qu’au contraire on trouve ces corps glanduleux formés dans toutes les femelles qui ont atteint la puberté; 4° il se trompe lorsqu’il dit que les globules qu’il a vus dans la matrice, et qui contenaient le fœtus, étaient ces mêmes vésicules ou œufs de l’ovaire qui y étaient descendus, et qui, dit-il, y étaient devenus dix fois plus petits qu’ils ne l’étaient dans l’ovaire2 : cette seule remarque de les avoir trouvés dix fois plus petits dans la matrice qu’ils ne l’étaient dans l’ovaire au moment de la fécondation, ou même avant et après cet instant, n’aurait-elle pas dû lui faire ouvrir les yeux et lui faire reconnaître que ce qu’il voyait dans la matrice n’était pas ce qu’il avait vu dans le testicule? 5° il se trompe en disant que les corps glanduleux du testicule ne sont que l’enveloppe de l’œuf fécond, et que le nombre de ces enveloppes ou follicules vides répond toujours au nombre des fœtus3 : cette assertion est tout à fait contraire à la vérité, car on trouve toujours sur les testicules de toutes les femelles un plus grand nombre de corps glanduleux ou de cicatrices qu’il n’y a eu de productions de fœtus 4, et on en trouve dans celles qui n’ont pas produit du tout 5. Ajoutez à tout cela qu’il n’a jamais vu l’œuf dans sa prétendue enveloppe ou dans son follicule, et que ni lui, ni Yerheyen, ni les autres qui ont fait les mêmes expériences, n’ont vu cet œuf sur lequel ils ont cependant établi leur système.
Malpighi, qui a reconnu l’accroissement du corps glanduleux dans le testicule de la femelle, s’est trompé lorsqu’il a cru voir une fois ou deux l’œuf dans la cavité de ce corps glanduleux, puisque cette cavité ne contient que de la liqueur, et qu’après un nombre infini d’observations on n’y a jamais trouvé rien de semblable à un œuf, comme le prouvent les expériences de Yalisnieri.
Yalisnieri , qui ne s’est point trompé sur les faits, en a tiré une fausse conséquence, savoir, que, quoiqu’il n’ait jamais, ni lui, ni aucun anatomiste en qui il eût confiance, pu trouver l’œuf dans la cavité du corps glanduleux, il fallait bien cependant qu’il y fût.
Yoyons donc ce qui nous reste de réel dans les découvertes de ces observateurs, et sur quoi nous puissions compter. Graaf a reconnu le premier qu’il y avait des altérations aux testicules des femelles, et il a eu raison
1. Le corps glanduleux et la vésicule sont la même partie, le même organe, dans deux états différents. (Voyez la note de la page 496 ).
2. Voyez la note 1 de la page 492. — 3. Voyez la note 2 de la page 492.
4. Voyez la note de la page 49b. — 5. Voyez la note 1 de la page 494.
REFLEXIONS
d’assurer que ces testicules étaient des parties essentielles et nécessaires à la génération. Malpighi a démontré ce que c’était que ces altérations aux testicules des femelles, et il a fait voir que c’étaient des corps glanduleux qui croissaient jusqu’à une entière maturité , après quoi ils s’affaissaient, s’oblitéraient, et ne laissaient qu’une très-légère cicatrice. Yalisnieri a mis cette découverte dans un très-grand jour; il a fait voir que ces corps glanduleux se trouvaient sur les testicules de toutes les femelles, qu’ils prenaient un accroissement considérable dans la saison de leurs amours , qu’ils s’augmentaient et croissaient aux dépens des vésicules lymphatiques du testicule , et qu’ils contenaient toujours dans le temps de leur maturité une cavité remplie de liqueur. Yoilà à quoi se réduit, au vrai, tout ce qu’on a trouvé au sujet des prétendus ovaires et des œufs des vivipares. Qu’en doit-on conclure? deux choses qui me paraissent évidentes, l’une qu’il n’existe point d’œuf dans les testicules des femelles, puisqu’on n’a pu y en trouver; l’autre qu’il existe de la liqueur, et dans les vésicules du testicule et dans la cavité du corps glanduleux, puisqu’on y en a toujours trouvé; et nous avons démontré , par les expériences précédentes , que cette dernière liqueur est la vraie semence de la femelle, puisqu’elle contient, comme celle du mâle, des animaux spermatiques, ou plutôt des parties organiques en mouvement.
Nous sommes donc assurés maintenant que les femelles ont, comme les mâles, une liqueur séminale1. Nous ne pouvons guère douter, après tout ce que nous avons dit, que la liqueur séminale, en général, ne soit le superflu de la nourriture organique qui est renvoyé de toutes les parties du corps dans les testicules et les vésicules séminales des mâles , et dans les testicules et la cavité des corps glanduleux des femelles : cette liqueur, qui sort par le mamelon des corps glanduleux, arrose continuellement les cornes de la matrice de la femelle et peut aisément y pénétrer, soit par la succion du tissu même de ces cornes qui, quoique membraneux, ne laisse pas d’être spongieux, soit par la petite ouverture qui est à l’extrémité supérieure des cornes, et il n’y a aucune difficulté à concevoir comment cette liqueur peut entrer dans la matrice : au lieu que, dans la supposition que les vésicules de l’ovaire étaient des œufs qui se détachaient de l’ovaire, on n’a jamais pu comprendre comment ces prétendus œufs, qui étaient dix ou .vingt fois plus gros que l’ouverture des cornes de la matrice n’était large, pouvaient y entrer, et on a vu que Graaf, auteur de ce système des œufs, était obligé de supposer, ou plutôt d’avouer, que, quand ils étaient
1. Voyez la note de la page 536. — Dans ces derniers chapitres, Buffon répète, jusqu’à satiété, deux ou trois idées, également fausses : que les femelles ont une liqueur séminale , qu’elles n’ont pas des œufs, que les animalcules spermatiques sont les molécules organiques, etc. Il reproduit, sans lin, les mêmes détails anatomiques. Il pouvait être plus sobre de ces détails, et l’on regrette qu’il ne les ait pas toujours exposés dans le style qui lui était habituel.
SUR LES EXPÉRIENCES PRÉCÉDENTES
descendus dans la matrice ils étaient devenus dix fois plus petits qu’ils ne le sont dans l’ovaire.
La liqueur que les femmes répandent lorsqu’elles sont excitées, et qui sort, selon Graaf, des lacunes qui sont autour du col de la matrice et autour de l’orifice extérieur de l’urètre, pourrait bien être une portion surabondante de la liqueur séminale qui distille continuellement des corps glanduleux du testicule sur les trompes de la matrice, et qui peut y entrer directement toutes les fois que le pavillon se relève et s’approche du testicule; mais peut-être aussi cette liqueur est-elle une sécrétion d’un autre genre et tout à fait inutile à la génération? II aurait fallu , pour décider cette question, faire des observations au microscope sur cette liqueur ; mais toutes les expériences ne sont pas permises, même aux philosophes : tout ce que je puis dire, c’est que je suis fort porté à croire qu’on y trouverait les mêmes corps en mouvement, les mêmes animaux spermatiques, que l’on trouve dans la liqueur du corps glanduleux; et je puis citer à ce sujet un docteur italien, qui s’est permis de faire avec attention cette espèce d’observation, que Yalisnieri rapporte en ces termes (tome II, p. 136, col. 1 ) : « Aggiugne il lodato sig. Bono d’avergli anco veduti (animali sper- « matici) in questa linfa o siero, diro cosi voluttuoso, che nel tempo dell’ « amorosa zufia scappa dalle femine libidinose, senza che si potesse sospet- « tare che fossero di que’ del maschio, etc. » Si le fait est vrai, comme je n’en doute pas, il est certain que cette liqueur que les femmes répandent est la même que celle qui se trouve dans la cavité des corps glanduleux de leurs testicules, et que par conséquent c’est de la liqueur vraiment séminale; et, quoique les anatomistes n’aient pas découvert de communication entre les lacunes de Graaf et les testicules, cela n’empêche pas que la liqueur séminale des testicules étant une fois dans la matrice, où elle peut entrer, comme je l’ai dit ci-dessus, elle ne puisse en sortir par ces petites ouvertures ou lacunes qui en environnent le col, et que par la seule action du tissu spongieux de toutes ces parties elle ne puisse parvenir aussi aux lacunes qui sont autour de l’orifice extérieur de l’urètre, surtout si le mouvement de cette liqueur est aidé par les ébranlements et la tension que l’acte de la génération occasionne dans toutes ces parties.
De là on doit conclure que les femmes qui ont beaucoup de tempérament sont peu fécondes, surtout si elles font un usage immodéré des hommes, parce qu’elles répandent au dehors la liqueur séminale qui doit rester dans la matrice pour la formation du fœtus. Aussi voyons-nous que les femmes publiques ne font point d’enfants, ou du moins qu’elles en font bien plus rarement que les autres ; et dans les pays chauds, où elles ont toutes beaucoup plus de tempérament que dans les pays froids, elles sont aussi beaucoup moins fécondes. Mais nous aurons occasion de parler de ceci dans la suite.
588 RÉFLEXIONS
II est naturel de penser que la liqueur séminale, soit du mâle, soit de la femelle, ne doit être féconde que quand elle contient des corps en mouvement; cependant c’est encore une question, et je serais assez porté à croire que comme ces corps sont sujets à des changements de forme et de mouvement, que ce ne sont que des parties organiques qui se mettent en mouvement selon différentes circonstances, qu’ils se développent, qu’ils se décomposent, ou qu’ils se composent suivant les différents rapports qu’ils ont entre eux, il y a une infinité de différents états de cette liqueur, et que l’état où elle est lorsqu’on y voit ces parties organiques en mouvement n’est peut-être pas absolument nécessaire pour que la génération puisse s’opérer. Le même docteur italien, que nous avons cité, dit qu’ayant observé plusieurs années de suite sa liqueur séminale, il n’y avait jamais vu d’animaux spermatiques pendant toute sa jeunesse, que cependant il avait lieu de croire que cette liqueur était féconde, puisqu’il était devenu pendant ce temps le père de plusieurs enfants, et qu’il n’avait commencé à voir des animaux spermatiques dans cette liqueur que quand il eut atteint le moyen âge, l’âge auquel on est obligé de prendre des lunettes , qu’il avait eu des enfants dans ce dernier temps aussi bien que dans le premier; et il ajoute qu’ayant comparé les animaux spermatiques de sa liqueur séminale avec ceux de quelques autres, il avait toujours trouvé les siens plus petits que ceux des autres. Il semble que cette observation pourrait faire croire que la liqueur séminale peut être féconde, quoiqu’elle ne soit pas actuellement dans l’état où il faut qu’elle soit pour qu’on y trouve les parties organiques en mouvement; peut-être ces parties ne prennent-elles du mouvement dans ce cas que quand la liqueur est dans le corps de la femelle; peut-être le mouvement qui y existe est-il insensible, parce que les molécules organiques sont trop petites.
On peut regarder ces corps organisés qui se meuvent, ces animaux spermatiques, comme le premier assemblage de ces molécules organiques qui proviennent de toutes les parties du corps; lorsqu’il s’en rassemble une assez grande quantité, elles forment un corps qui se meut et qu’on peut apercevoir au microscope ; mais si elles 11e se rassemblent qu’en petite quantité, le corps qu’elles formeront sera trop petit pour être aperçu, et dans ce cas on ne pourra rien distinguer de mouvant dans la liqueur séminale : c’est aussi ce que j’ai remarqué très-souvent; il y a des temps où cette liqueur ne contient rien d’animé, et il faudrait une très-longue suite d’observations pour déterminer quelles peuvent être les causes de toutes les différences qu’on remarque dans les états de cette liqueur.
Ce que je puis assurer, pour l’avoir éprouvé souvent, c’est qu’en mettant infuser avec de l’eau les liqueurs séminales des animaux dans de petites bouteilles bien bouchées, on trouve au bout de trois ou quatre jours, et souvent plus tôt, dans la liqueur de ces infusions, une multitude infinie de
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corps en mouvement; les liqueurs séminales dans lesquelles il n’y a aucun mouvement, aucune partie organique mouvante au sortir du corps de l’animal, en produisent tout autant que celles où il y en a une grande quantité; le sang, le chyle, la chair, et même l’urine, contiennent aussi des parties organiques qui se mettent en mouvement au bout de quelques jours d’infusion dans de l'eau pure ; les germes des amandes de fruits, les graines, le nectareum, le miel et même les bois, les écorces et les autres parties des plantes en produisent aussi de la même façon : on ne peut donc pas douter de l’existence de ces parties organiques vivantes dans toutes les substances animales ou végétales.
Dans les liqueurs séminales, il paraît que ces parties organiques vivantes sont toutes en action : il semble qu’elles cherchent à se développer, puisqu’on les voit sortir des filaments, et qu’elles se forment aux yeux même de l’observateur ; au reste, ces petits corps des liqueurs séminales ne sont cependant pas doués d’une force qui leur soit particulière, car ceux que l’on voit dans toutes les autres substances animales ou végétales, décomposées à un certain point, sont doués de la même force; ils agissent et se meuvent à peu près de la même façon, et pendant un temps assez considérable ; ils changent de forme successivement pendant plusieurs heures, et même pendant plusieurs jours. Si l’on voulait absolument que ces corps fussent des animaux, il faudrait donc avouer que ce sont des animaux si imparfaits qu’on ne doit tout au plus les regarder que comme des ébauches d’animal, ou bien comme des corps simplement composés des parties les plus essentielles à un animal ; car des machines naturelles, des pompes telles que sont celles qu’on trouve en si grande quantité dans la laite du calmar, qui d’elles-mêmes se mettent en action dans un certain temps , et qui ne finissent d’agir et de se mouvoir qu’au bout d’un autre temps, et après avoir jeté toute leur substance, ne sont certainement pas des animaux, quoique ce soient des êtres organisés, agissants et, pour ainsi dire, vivants, mais leur organisation est plus simple que celle d’un animal ; et si ces machines naturelles, au lieu de n’agir que pendant trente secondes ou pendant une minute tout au plus, agissaient pendant un temps beaucoup plus long, par exemple, pendant un mois ou un an, je ne sais si on ne serait pas obligé de leur donner le nom d’animaux, quoiqu’elles ne parussent pas avoir d’autre mouvement que celui d’une pompe qui agit par elle-même, et ' que leur organisation fût aussi simple en apparence que celle de cette machine artificielle; car combien n’y a-t-il pas d’animaux dans lesquels nous ne distinguons aucun mouvement produit par la volonté ? et n’en connaissons-nous pas d’autres dont l’organisation nous paraît si simple que tout leur corps est transparent comme du cristal , sans aucun membre , et presque sans aucune organisation apparente?
Si l’on convient une fois que l’ordre des productions de la nature se suit
RÉFLEXIONS
•uniformément et se fait par degrés et par nuances, on n’aura pas de peine à concevoir qu’il existe des corps organiques qui ne sont ni animaux , ni végétaux, ni minéraux ; ces êtres intermédiaires auront eux-mêmes des nuances dans les espèces qui les constituent, et des degrés différents de perfection et d’imperfection dans leur organisation : les machines de la laite du calmar sont peut-être plus organisées, plus parfaites que les autres animaux spermatiques, peut-être aussi le sont-elles moins; les œufs le sont peut-être encore moins que les uns et les autres ; mais nous n’avons sur cela pas même de quoi fonder des conjectures raisonnables.
Ce qu’il y a de certain, c’est que tous les animaux et tous les végétaux, et toutes les parties des animaux et des végétaux contiennent une infinité de molécules organiques vivantes qu’on peut exposer aux yeux de tout le monde 1 , comme nous l’avons fait par les expériences précédentes ; ces molécules organiques prennent successivement des formes différentes et des degrés différents de mouvement et d’activité, suivant les différentes circonstances : elles sont en beaucoup plus grand nombre dans les liqueurs séminales des deux sexes et dans les germes des plantes que dans les autres parties de l’animal ou du végétal ; elles y sont au moins plus apparentes et plus développées, ou, si l’on veut, elles y sont accumulées sous la forme de ces petits corps en mouvement. Il existe donc dans les végétaux et dans les animaux une substance vivante qui leur est commune : c’est cette substance vivante et organique qui est la matière nécessaire à la nutrition ; l'animal se nourrit de l’animal ou du végétal, comme le végétal peut aussi se nourrir de l’animal ou du végétal décomposé : cette substance nutritive, commune à l’un et à l’autre, est toujours vivante, toujours active ; elle produit l’animal ou le végétal, lorsqu’elle trouve un moule intérieur2, une matrice convenable et analogue à l’un et à l’autre, comme nous l’avons expliqué dans les premiers chapitres; mais lorsque cette substance active se trouve rassemblée en grande abondance dans des endroits où elle peut s’unir, elle forme dans le corps animal d’autres animaux tels que le ténia, les ascarides, les vers qu’on trouve quelquefois dans les veines, dans les sinus du cerveau, dans le foie, etc. Ces espèces d’animaux ne doivent pas leur existence à d'autres animaux de même espèce qu’eux , leur génération ne se fait pas comme celle des autres animaux ; on peut donc croire qu’ils sont produits par cette matière organique lorsqu’elle est extravasée, ou lorsqu’elle n’est pas pompée par les vaisseaux qui servent à la nutrition du corps de l’animal; il est assez probable qu’alors cette substance productive, qui est toujours active et qui tend à s’organiser, produit des vers et de petits corps organisés de différente espèce, suivant les différents lieux, les différentes