Voyez les notes des pages 496, 537 et
Dans les mâles, il y a aussi une espèce de production nouvelle qui précède toujours la génération; car dans les mâles des ovipares, il se forme peu à peu une grande quantité de liqueur qui remplit un réservoir très-considérable, et quelquefois le réservoir même se forme tous les ans; dans les poissons, la laite se forme de nouveau tous les ans, comme dans le calmar, ou bien d'une membrane sèche et ridée qu’elle était auparavant, elle devient une membrane épaisse et qui contient une liqueur abondante; dans les oiseaux, les testicules se gonflent extraordinairement dans le temps qui précède celui de leurs amours, en sorte que leur grosseur devient, pour ainsi dire, monstrueuse, si on la compare à celle qu’ils ont ordinairement; dans les mâles des vivipares, les testicules se gonflent aussi assez considérablement dans les espèces qui ont un temps de rut marqué ; et en général, dans toutes les espèces, il y a de plus un gonflement et une extension du membre génital , qui, quoiqu’elle soit passagère et extérieure au corps de l’animal, doit cependant être regardée comme une production nouvelle qui précède nécessairement toute génération.
Dans le corps de chaque animal, soit mâle, soit femelle, il se forme donc de nouvelles productions qui précèdent la génération ; ces productions nouvelles sont ordinairement des parties particulières, comme les œufs , les corps glanduleux, les laites, etc., et quand il n’y a pas de production réelle, il y a toujours un gonflement et une extension très-considérables dans quelques-unes des parties qui servent à la génération; mais dans d’autres espèces, non-seulement cette production nouvelle se manifeste dans quelques parties du corps, mais même il semble que le corps entier se reproduise de nouveau avant que la génération puisse s’opérer : je veux parler des insectes et de leurs métamorphoses. Il me paraît que ce changement, cette espèce de transformation qui leur arrive n’est qu’une production nouvelle qui leur donne la puissance d’engendrer; c’est au moyen de cette production que les organes de la génération se développent et se mettent en état de pouvoir agir, car l’accroissement de l’animal est pris en entier avant qu’il se transforme ; il cesse alors de prendre de la nourriture, et le corps sous cette première forme n’a aucun organe pour la génération, aucun moyen de transformer cette nourriture, dont ces animaux ont une quantité fort surabondante, en œufs et en liqueur séminale; et dès lors cette quantité surabondante de nourriture, qui est plus grande dans les insectes que dans aucune autre espèce d’animal, se moule et se réunit tout entière, d’abord sous une forme qui dépend beaucoup de celle de l’animal même, et qui y ressemble en partie : la chenille devient papillon, parce que n’ayant aucun organe, aucun viscère capable de contenir le superflu de la nourriture, et ne pouvant par conséquent produire de petits êtres organisés semblables au grand, cette nourriture organique, toujours active, prend une autre forme en se joignant en total selon les combinaisons qui résultent
de la figure de la chenille, et elle forme un papillon dont la figure répond en partie, et même pour la constitution essentielle, à celle de la chenille, mais dans lequel les organes de la génération sont développés et peuvent recevoir et transmettre les parties organiques de la nourriture qui forment les œufs et les individus de l’espèce, qui doivent, en un mot, opérer la génération ; et les individus qui proviennent du papillon ne doivent pas être des papillons, mais des chenilles, parce qu’en effet c’est la chenille qui a pris la nourriture , et que les parties organiques de cette nourriture se sont assimilées à la forme de la chenille et non pas à celle du papillon ', qui n’est qu’une production accidentelle de cette même nourriture surabondante qui précède la production réelle des animaux de cette espèce, et qui n’est qu’un moyen que la nature emploie pour y arriver, comme lorsqu’elle produit les corps glanduleux ou les laites dans les autres espèces d’animaux; mais cette idée au sujet de la métamorphose des insectes sera développée avec avantage, et soutenue de plusieurs preuves dans notre Histoire des insectes1 2.
Lorsque la quantité surabondante de la nourriture organique n’est pas grande, comme dans l’homme et dans la plupart des gros animaux, la génération ne se fait que quand l’accroissement du corps de l’animal est pris, et cette génération se borne à la production d’un petit nombre d’individus; lorsque cette quantité est plus abondante , comme dans l’espèce des coqs, dans plusieurs autres espèces d’oiseaux, et dans celles de tous les poissons ovipares, la génération se fait avant que le corps de l’animal ait pris son accroissement, et la production de cette génération s’étend à un grand nombre d’individus ; lorsque cette quantité de nourriture organique est encore plus surabondante, comme dans les insectes, elle produit d’abord un grand corps organisé qui retient la constitution intérieure et essentielle de l’animal, mais qui en diffère par plusieurs parties, comme le papillon diffère de la chenille ; et ensuite, après avoir produit d’abord cette nouvelle forme de corps , et développé sous cette forme les organes de la génération , cette génération se fait en très-peu de temps, et sa production est un nombre prodigieux d’individus semblables à l’animal qui le premier a préparé celte nourriture organique dont sont composés les petits individus naissants; enfin, lorsque la surabondance de la nourriture est encore plus grande, et qu’en même temps l’animal a les organes nécessaires à la génération, comme dans l’espèce des pucerons, elle produit d’abord une génération dans tous les individus, et ensuite une transformation, c’est-à-dire, un grand corps organisé , comme dans les autres insectes ; le puceron devient
1. Idée ingénieuse , mais trop visiblement amenée pour l’explication de la formation de l’être par les molécules organiques et par les moules.
2, Voyez la note de la page 123.
mouche *, mais ce dernier corps organisé ne produit rien 2, parce qu’i] n’est en effet que le superflu, ou plutôt le reste de la nourriture organique qui n’avait pas été employée à la production des petits pucerons.
Presque tous les animaux, à l’exception de l’homme, ont chaque année des temps marqués pour la génération : le printemps est pour les oiseaux la saison de leurs amours; celle du frai des carpes et de plusieurs autres espèces de poissons est le temps de la plus grande chaleur de l’année, comme aux mois de juin et d’août; celle du frai des brochets, des barbeaux et d’autres espèces de poissons, est au printemps ; les chats se cherchent au mois de janvier, au mois de mai et au mois de septembre; les chevreuils au mois de décembre, les loups et les renards en janvier, les chevaux en été, les cerfs aux mois de septembre et d’octobre; presque tous les insectes ne se joignent qu’en automne, etc. Les uns, comme ces derniers, semblent s’épuiser totalement par l’acte de la génération, et en effet ils meurent peu de temps après, comme l’on voit mourir au bout de quelques jours les papillons qui produisent les vers à soie ; d’autres ne s’épuisent pas jusqu’à l’extinction de la vie, mais ils deviennent, comme les cerfs, d’une maigreur extrême et d’une grande faiblesse , et il leur faut un temps considérable pour réparer la perte qu’ils ont faite de leur substance organique; d’autres s’épuisent encore moins et sont en état d’engendrer plus souvent; d’autres enfin, comme l’homme, ne s’épuisent point du tout, ou du moins sont en état de réparer promptement la perte qu’ils ont faite, et ils sont aussi en tout temps en état d’engendrer ; cela dépend uniquement de la constitution particulière des organes de ces animaux : les grandes limites que la nature a mises dans la manière d’exister se trouvent toutes aussi étendues dans la manière de prendre et de digérer la nourriture, dans les moyens de la rendre ou de la garder, dans ceux de la séparer et d’en tirer les molécules organiques nécessaires à la reproduction ; et partout nous trouverons toujours que tout ce qui peut être, est.
On doit dire la même chose du temps de la génération des femelles : les unes, comme les juments, portent le fœtus pendant onze à douze mois; d’autres, comme les femmes, les vaches, les biches, pendant neuf mois; d’autres, comme les renards, les louves, pendant cinq mois; les chiennes pendant neuf semaines, les chattes pendant six, les lapins trente-un jours; la plupart des oiseaux sortent de l’œuf au bout de vingt-un jours; quelquesuns, comme les serins, éclosent au bout de treize ou quatorze jours, etc. La variété est ici tout aussi grande qu’en toute autre chose ; seulement il paraît que les plus gros animaux qui ne produisent qu’un petit nombre de fœtus sont ceux qui portent le plus longtemps; cejqui confirme encore ce