Devient mouche, c’est-à-dire prend des ailes
2. Il y a, parmi les pucerons, des individus ailés et des individus sans ailes. Ils concourent tous également à la génération. (Voyez la note 2 de la page 596. )
coo
que nous avons dit, que la quantité de nourriture organique est à proportion moindre dans les gros que dans les petits animaux, car c’est du superflu de la nourriture de la mère que le fœtus tire celle qui est nécessaire à son accroissement et au développement de toutes ses parties; et puisque ce développement demande beaucoup plus de temps dans les gros animaux que dans les petits, c’est une preuve que la quantité de matière qui y contribue n’est pas aussi abondante dans les premiers que dans les derniers.
Il y a donc une variété infinie dans les animaux pour le temps et la manière de porter, de s’accoupler et de produire, et cette môme variété se trouve dans les causes mêmes de la génération ; car, quoique le principe général de toute production soit cette matière organique qui est commune à tout ce qui vit ou végète, la manière dont s’en fait la réunion doit avoir des combinaisons à l’infini, qui toutes peuvent devenir des sources de productions nouvelles : mes expériences démontrent assez clairement qu’il n’y a point de germes préexistants, et en même temps elles prouvent que la génération des animaux et des végétaux n’est pas univoque; il y a peutêtre autant d’êtres, soit vivants, soit végétants, qui se produisent par l’assemblage fortuit des molécules organiques 1 qu’il y a d’animaux ou de végétaux qui peuvent se reproduire par une succession constante de génération; c’est à la production de ces espèces d’êtres qu’on doit appliquer l’axiome des anciens : Corruptio unius, generatio alterius. La corruption, la décomposition des animaux et des végétaux produit une infinité de corps organisés vivants et végétants 2 : quelques-uns, comme ceux de la laite du calmar, ne sont que des espèces de machines, mais des machines qui, quoique très-simples, sont actives par elles-mêmes; d’autres, comme les animaux spermatiques, sont des corps qui par leur mouvement semblent imiter les animaux; d’autres imitent les végétaux par leur manière de croître et de s’étendre; il y en a d’autres, comme ceux du blé ergoté, qu’on peut alternativement faire vivre et mourir aussi souvent que l’on veut, et l’on ne sait à quoi les comparer; il y en a d’autres, même en grande quantité, qui sont d’abord des espèces de végétaux, qui ensuite deviennent des espèces d’animaux , lesquels redeviennent à leur tour des végétaux 3, etc. Il y a grande apparence que plus on observera ce nouveau genre d’êtres orga-
1. h' assemblage fortuit des molécules organiques , c’est-à-dire V assemblage qui s’opère sans moule. Les êtres vivants peuvent donc se former sans moule , et le système se modifie encore. (Voyez la note de la page 566.) Nous verrons bientôt ce que sont enfin les molécules organiques elles-mêmes.
2. La corruption ne produit rien. Dans le système même de Buffon, elle ne pourrait faire qu'une chose : dégager et rendre libres les molécules organiques.
3. Les algues (les algues zoosporées) se reproduisent par de petits corps, nommés spores. Ces spores, à l’état libre, sont douées d’un certain mouvement. Bientôt ce mouvement cesse, la spore s’immobilise , germe , et reproduit le végétal qui lui a donné naissance. Il n’y a point ià de végétaux, qui deviennent des animaux, et redeviennent ensuite des végétaux.
nisés, et plus on y trouvera de variétés, toujours d’autant plus singulières pour nous qu’elles sont plus éloignées de nos yeux et de l’espèce des autres variétés que nous présente la nature.
Par exemple, l’ergot ou le blé ergoté, qui est produit par une espèce d’altération ou de décomposition de la substance organique du grain ', est composé d’une infinité de filets ou de petits corps organisés, semblables par la figure à des anguilles; pour les observer au microscope, il n’y a qu’à faire infuser le grain pendant dix à douze heures dans de l’eau et séparer les filets qui en composent la substance, on verra qu’ils ont un mouvement de flexion et de tortillement très-marqué, et qu’ils ont en même temps un léger mouvement de progression qui imite en perfection celui d’une anguille qui se tortille; lorsque l’eau vient à leur manquer, ils cessent de se mouvoir; en y ajoutant de la nouvelle eau, leur mouvement recommence, et si on garde cette matière pendant plusieurs jours, pendant plusieurs mois, et même pendant plusieurs années, dans quelque temps qu’on la prenne pour l’observer on y verra les mêmes petites anguilles, dès qu’on la mêlera avec de l’eau, les mêmes filets en mouvement qu’on y aura vus la première fois; en sorte qu’on peut agir avec ces petites machines aussi souvent et aussi longtemps qu’on le veut, sans les détruire et sans qu’elles perdent rien de leur force ou de leur activité. Ces petits corps seront, si l’on veut, des espèces de machines qui se mettent en mouvement dès qu’elles sont plongées dans un fluide. Ces filets s’ouvrent quelquefois comme les filaments de la semence et produisent des globules mouvants ; on pourrait donc croire qu’ils sont de la même nature, et qu’ils sont seulement plus fixes et plus solides que ces filaments.
Les anguilles, qui se forment dans la colle faite avec de la farine, n’ont pas d’autre origine que la réunion des molécules organiques de la partie la plus substantielle du grain; les premières anguilles qui paraissent ne sont certainement pas produites par d’autres anguilles1 2 ; cependant, quoiqu’elles n’aient pas été engendrées, elles ne laissent pas d’engendrer elles-mêmes d’autres anguilles vivantes; on peut, en les coupant avec la pointe d’une lancette, voir les petites anguilles sortir de leur corps , et même en trèsgrand nombre : il semble que le corps de l’animal ne soit qu’un fourreau ou un sac qui contient une multitude d’autres petits animaux, qui ne sont peut-être eux-mêmes que des fourreaux de la même espèce, dans lesquels, à mesure qu’ils grossissent, la matière organique s’assimile et prend la même forme d’anguilles.
Il faudrait un plus grand nombre d’observations que je n’en ai pour
1. L 'ergot du blé, ou plus exactement du seigle, est uu champignon , nommé d’abord par M. De Candolle sclerotium clavus, et plus tard, par M. Léveillé, sphacelia segetum.
2. Mais comment Buffon le prouve-t-il ? La manière constante de Buffon est de poser comme prouvé le fait à prouver.
établir des classes et des genres entre ces êtres si singuliers et jusqu’à présent si peu connus; il y en a qu’on pourrait regarder comme de vrais zoophytes qui végètent, et qui en même temps paraissent se tortiller, et qui meuvent quelques-unes de leurs parties comme les animaux les remuent; il y en a qui paraissent d’abord être des animaux et qui se joignent ensuite pour former des espèces de végétaux 1 : qu’on suive seulement avec un peu d’attention la décomposition d’un grain de froment dans l’eau, on y verra une partie de ce que je viens de dire. Je pourrais joindre d’autres exemples à ceux-ci, mais je ne les ai rapportés que pour faire remarquer la variété qui se trouve dans la génération prise généralement; il y a certainement2 des êtres organisés que nous regardons comme des animaux, et qui cependant ne sont pas engendrés par des animaux de même espèce qu’eux ; il y en a qui ne sont que des espèces de machines; il y a de ces machines dont l’action est limitée à un certain effet, et qui ne peuvent agir qu’une fois et pendant un certain temps, comme les vaisseaux laiteux du calmar3; il y en a d’autres qu’on peut faire agir aussi longtemps et aussi souvent qu’on le veut, comme celles du blé ergoté; il y a des êtres végétaux qui produisent des corps animés , comme les filaments de la semence humaine , d’où sortent des globules actifs et qui se meuvent par leurs propres forces. Il y a dans la classe de ces êtres organisés qui ne sont produits que par la corruption4, la fermentation, ou plutôt la décomposition des substances animales ou végétales; il y a, dis-je, dans cette classe des corps organisés qui sont de vrais animaux qui peuvent produire leurs semblables, quoiqu’ils n’aient pas été produits eux- mêmes de cette façon. Les limites de ces variétés sont peut-être encore plus grandes que nous ne pouvons l’imaginer5; nous avons beau généraliser nos idées et faire des efforts pour réduire les effets de la nature à de certains points et ses productions à de certaines classes, il nous échappera toujours une infinité de nuances 6 et même de degrés qui cependant existent dans l’ordre naturel des choses.