‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de CuvierChapitre 234 sur 251 · Voyez note de la page · texte numérisé non relu

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toute autre partie d’une femme. Autour de cette espèce de point d’appui ou de centre de réunion , les autres molécules organiques s’arrangent successivement et dans le même ordre où elles étaient dans le corps de l'individu ; et selon que les molécules organiques de l’un ou de l’autre individu se trouvent être plus abondantes ou plus voisines de ce point d’appui, elles entrent en plus ou moins grande quantité dans la composition du nouvel être qui se forme de cette façon au milieu d’une liqueur homogène et cristalline, dans laquelle il se forme en même temps des vaisseaux ou des membranes qui croissent et se développent ensuite comme le fœtus, et qui servent à lui fournir de la nourriture : ces vaisseaux, qui ont une espèce d’organisation qui leur est propre, et qui en même temps est relative à celle du fœtus auquel ils sont attachés, sont vraisemblablement formés de l’excédant des molécules organiques qui n’ont pas été admises dans la composition même du fœtus ; car comme ces molécules sont actives par elles-mêmes et qu’elles ont aussi un centre de réunion formé par les molécules organiques des parties sexuelles de l’autre individu, elles doivent s’arranger sous la forme d’un corps organisé qui ne sera pas un autre fœtus, parce que la position des molécules entre elles a été dérangée par les différents mouvements des autres molécules qui ont formé le premier embryon , et par conséquent il doit résulter de l’assemblage de ces molécules excédantes un corps irrégulier, différent de celui d’un fœtus, et qui n’aura rien de commun que la faculté de pouvoir croître et de se développer comme lui, parce qu’il est en effet composé de molécules actives, aussi bien que le fœtus, lesquelles ont seulement pris une position différente, parce qu’elles ont été, pour ainsi dire, rejetées hors de la sphère dans laquelle se sont réunies les molécules qui ont formé l’embryon 1 .

Lorsqu’il y a une grande quantité de liqueur séminale des deux individus, ou plutôt lorsque ces liqueurs sont fort abondantes en molécules organiques, il se forme différentes petites sphères d’attraction ou de réunion en différents endroits de la liqueur; et alors, par une mécanique semblable à celle que nous venons d’expliquer, il se forme plusieurs fœtus, les uns mâles et les autres femelles, selon que les molécules qui représentent les parties sexuelles de l’un ou de l’autre individu se seront trouvées plus à portée d’agir que les autres, et auront en effet agi les premières ; mais jamais il ne se fera dans la même sphère d’attraction deux petits embryons, parce qu’il faudrait qu’il y eût alors deux centres de réunion dans cette

1. Voilà donc Yembnjon formé , et par la seule réunion des molécules organiques. Mais que de nouvelles suppositions, ajoutées à la première (c’est-à-dire à celle des molécules organiques ), n’a-t-il pas fallu pour en venir là? Buffon imagine d’aliord une force d'affinité , d'attraction , qui attire les molécules semblables. Il imagine ensuite un certain mélange de molécules , lequel ne se fait que comme il l’entend. Il imagine un excédant de ces molécules, etc., etc. A chaque difficulté qui survient , nouvelle hypothèse. Le système, tout entier, n’est que la combinaison artificielle de toutes ces hypothèses , occasionnelles et successives.

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sphère, qui auraient chacun une force égale, et qui commenceraient tous deux à agir en même temps, ce qui ne peut arriver dans une seule et même sphère d’attraction; et d’ailleurs, si cela arrivait, il n’y aurait plus rien pour former le placenta et les enveloppes, puisque alors toutes les molécules organiques seraient employées à la formation de cet autre fœtus, qui dans ce cas serait nécessairement femelle, si l’autre était mâle ; tout ce qui peut arriver, c’est que quelques-unes des parties communes aux deux individus se trouvant également à portée du premier centre de réunion , elles y arrivent en même temps, ce qui produit alors des monstres par excès, et qui ont plus de parties qu’il ne faut, ou bien que quelques-unes de ces parties communes, se trouvant trop éloignées de ce premier centre, soient entraînées par la force du second autour duquel se forme le placenta, ce qui doit faire alors un monstre par défaut, auquel il manque quelque partie.

Au reste, il s’en faut bien que je regarde comme une chose démontrée que ce soient en effet les molécules organiques des parties sexuelles qui servent de point d’appui ou de centre de réunion autour duquel se rassemblent toutes les autres parties qui doivent former l’embryon ; je le dis seulement comme une chose probable, car il se peut bien que ce soit quelque autre partie qui tienne lieu de centre et autour de laquelle les autres se réunissent; mais comme je ne vois point de raison qui puisse faire préférer l’une plutôt que l’autre de ces parties, que d’ailleurs elles sont toutes communes aux deux individus, et qu’il n’y a que celles des sexes qui soient différentes, j’ai cru qu’il était plus naturel d’imaginer 1 que c’est autour de ces parties différentes, et seules de leur espèce, que se fait la réunion.

On a vu ci-devant que ceux qui ont cru que le cœur était le premier formé se sont trompés ; ceux qui disent que c’est le sang se trompent aussi : tout est formé en même temps. Si l’on ne consulte que l’observation , le poulet se voit dans l’œuf avant qu’il ait été couvé, on y reconnaît la tête et l’épine du dos, et en même temps les appendices qui forment le placenta. J’ai ouvert une grande quantité d’œufs à différents temps, avant, et après l’incubation® , et je me suis convaincu par mes yeux que le poulet existe en entier dans le milieu de la cicatricule au moment qu’il sort du corps de la poule; la chaleur que lui communique l’incubation ne fait que le développer en mettant les liqueurs en mouvement : mais il n’est pas possible de déterminer, au moins par les observations qui ont été faites jusqu’à présent, laquelle des parties du fœtus est la première fixée dans l’instant de la formation, laquelle est celle qui sert de point d’appui ou de centre de réunion à toutes les autres.

a. Les figures que Langly a données des différents états du poulet dans l’œuf m’ont paru assez conformes à la nature et à ce que j’ai vu moi-même.

1. J’ai cru qu’il était plus naturel d’imaginer. Expression qui peint le procédé habituel de Buffon : îi imagine.

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J’ai toujours dit que les molécules organiques étaient fixées, et que ce n’était qu’en perdant leur mouvement qu’elles se réunissaient; cela me paraît certain, parce que si l’on observe séparément la liqueur séminale du mâle et celle de la femelle, on y voit une infinité de petits corps en grand mouvement, aussi bien dans l’une que dans l’autre de ces liqueurs; et ensuite, si l’on observe le résultat du mélange de ces deux liqueurs actives, on ne voit qu’un petit corps en repos et tout à fait immobile, auquel la chaleur est nécessaire pour donner du mouvement; car le poulet qui existe dans le centre de la cicatricule est sans aucun mouvement avant l’incubation; et même vingt-quatre heures après, lorsqu’on commence à l’apercevoir sans microscope, il n’a pas la plus petite apparence de mouvement, ni même le jour suivant; ce n’est pendant ces premiers jours qu’une petite masse blanche d’un mucilage qui a de la consistance dès le second jour, et qui augmente insensiblement et peu à peu par une espèce de vie végétative dont le mouvement est très-lent, et ne ressemble point du tout à celui des parties organiques qui se meuvent rapidement dans la liqueur séminale. D’ailleurs j’ai eu raison de dire que ce mouvement est absolument détruit et que l’activité des molécules organiques est entièrement fixée, car si on garde un œuf sans l’exposer au degré de chaleur qui est nécessaire pour développer le poulet, l’embryon, quoique formé en entier, y demeurera sans aucun mouvement, et les molécules organiques dont il est composé resteront fixées sans qu’elles puissent d’elles-mêmes donner le mouvement et la vie à l’embryon qui a été formé par leur réunion. Ainsi après que le mouvement des molécules organiques a été détruit, après la réunion de ces molécules et l’établissement local de toutes les parties qui doivent former un corps animal, il faut encore une puissance extérieure pour l’animer et lui donner la force de se développer en rendant du mouvement à celles de ces molécules qui sont contenues dans les vaisseaux de ce petit corps; car avant l’incubation la machine animale existe en entier, elle est entière, complète et toute prête à jouer ; mais il faut un agent extérieur pour la mettre en mouvement, et cet agent est la chaleur qui, en raréfiant les liqueurs, les oblige à circuler et met ainsi en action tous les organes, qui ne font plus ensuite que se développer et croître, pourvu que cette chaleur extérieure continue à les aider dans leurs fonctions et ne vienne à cesser que quand ils en ont assez d’eux-mêmes pour s’en passer et pour pouvoir, en venant au monde, faire usage de leurs membres et de tous leurs organes extérieurs.

Avant l’action de cette chaleur extérieure, c’est-à-dire avant l’incubation, l’on ne voit pas la moindre apparence de sang, et ce n’est qu’environ vingt-quatre heures après que j’ai vu quelques vaisseaux changer de couleur et rougir : les premiers qui prennent cette couleur et qui contiennent en effet du sang sont dans le placenta, et ils communiquent au corps du poulet ; mais il semble que ce sang perde sa couleur en approchant du corps

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de l’animal ; car le poulet entier est tout blanc, et à peine découvre-t-on dans le premier, le second et le troisième jour après l’incubation, un, ou deux, ou trois petits points sanguins qui sont voisins du corps de l’animal, mais qui semblent n’en pas faire partie dans ce temps, quoique ce soient ces points sanguins qui doivent ensuite former le cœur. Ainsi la formation du sang n’est qu’un changement occasionné dans les liqueurs par le mouvement que la chaleur leur communique, et ce sang se forme même hors du corps de l’animal, dont toute la substance n’est alors qu’une espèce de mucilage, de gelée épaisse, de matière visqueuse et blanche, comme serait de la lymphe épaissie.

L’animal, aussi bien que le placenta, tirent la nourriture nécessaire à leur développement par une espèce d’intussusception, et ils s’assimilent les parties organiques de la liqueur dans laquelle ils nagent ; car on ne peut pas dire que le placenta nourrisse l’animal, pas plus que l’animal nourrit le placenta, puisque si l’un nourrissait l’autre, le premier paraîtrait bientôt diminuer, tandis que l’autre augmenterait, au lieu que tous deux augmentent ensemble. Seulement il est aisé d’observer, comme je l’ai fait sur les œufs, que le placenta augmente d’abord beaucoup plus à proportion que l’animal, et que c’est par cette raison qu’il peut ensuite nourrir l’animal, ou plutôt lui porter de la nourriture, et ce ne peut être que par l’intussusception que ce placenta augmente et se développe.

Ce que nous venons de dire du poulet s’applique aisément au fœtus humain ; il se forme par la réunion des molécules organiques des deux individus qui ont concouru à sa production; les enveloppes et le placenta sont formés de* l’excédant de ces molécules organiques qui ne sont point entrées dans la composition de l’embryon ; il est donc alors renfermé dans un double sac où il y a aussi de la liqueur qui peut-être n’est d’abord, et dans les premiers instants, qu’une portion de la semence du père et de la mère, et comme il ne sort pas de la matrice, il jouit, dans l’instant même de sa formation, de la chaleur extérieure qui est nécessaire à son développement; elle communique un mouvement aux liqueurs, elle met en jeu tous les organes, et le sang se forme dans le placenta et dans le corps de l’embryon par le seul mouvement occasionné par cette chaleur; on peut) même dire que la formation du sang de l'enfant est aussi indépendante de celui de la mère que ce qui se passe dans l’œuf est indépendant de la poule qui le couve ou du four qui l’échauffe.

Il est certain que le produit total de la génération, c’est-à-dire le fœtus, son placenta, ses enveloppes, croissent tous par intussusception ; car dans les premiers temps le sac qui contient l’œuvre entière de la génération n’est point adhérent à la matrice. On a vu, par les expériences de Graaf sur les femelles des lapins, qu’on peut faire rouler dans la matrice ces globules où est renfermé le produit total de la génération, et qu’il appelait mal à propos des

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œufs : ainsi dans les premiers temps ces globules, et tout ce qu’ils contiennent, augmentent et s’accroissent par intussusception en tirant la nourriture des liqueurs dont la matrice est baignée; ils s’y attachent ensuite, d’abord par un mucilage dans lequel, avec le temps, il se forme de petits vaisseaux, comme nous le dirons dans la suite.

Mais, pour ne pas sortir du sujet que je me suis proposé de traiter dans ce chapitre, je dois revenir à la formation immédiate du fœtus, sur laquelle il y a plusieurs remarques à faire, tant pour le lieu où se doit faire cette formation, que par rapport à différentes circonstances qui peuvent l’empêcher ou l’altérer.

Dans l’espèce humaine, la semence du mâle entre dans la matrice, dont la cavité est considérable, et lorsqu’elle y trouve une quantité suffisante de celle de la femelle, le mélange doit s’en faire, la réunion des parties organiques succède à ce mélange, et la f rmation du fœtus suit; le tout est peut-être l’ouvrage d’un instant, surtout si les liqueurs sont toutes deux nouvellement fournies, et si elles sont dans l’état actif et florissant qui accompagne toujours les productions nouvelles de la nature. Le lieu où le fœtus doit se former est la cavité de la matrice, parce que la semence du mâle y arrive plus aisément qu’elle ne pourrait arriver dans les trompes, et que ce viscère n’ayant qu’un petit orifice , qui même se tient toujours fermé, à l’exception des instants où les convulsions de l’amour peuvent le faire ouvrir, l’œuvre de la génération y est en sûreté, et ne peut guère en ressortir que par des circonstances rares et par des hasards peu fréquents ; mais comme la liqueur du mâle arrose d’abord le vagin, qu’ ensuite elle pénètre dans la matrice , et que par son activité et par le mouvement des molécules organiques qui la composent, elle peut arriver plus loin et aller dans les trompes, et peut-être jusqu’aux testicules, si le pavillon les embrasse dans ce moment; et de même, comme la liqueur séminale de la femelle a déjà toute sa perfection dans le corps glanduleux des testicules, qu’elle en découle et qu’elle arrose le pavillon et les trompes avant que de descendre dans la matrice, et qu’elle peut sortir par les lacunes qui sont autour du col de la matrice, il est possible que le mélange des deux liqueurs se fasse dans tous ces différents lieux. Il est donc probable qu’il se forme souvent des fœtus dans le vagin, mais qu’ils en retombent, pour ainsi dire, aussitôt qu’ils sont formés, parce qu’il n’y a rien qui puisse les y retenir; il doit arriver aussi quelquefois qu’il se forme des fœtus dans les trompes; mais ce cas sera fort rare, car cela n’arrivera que quand la liqueur séminale du mâle sera entrée dans la matrice en grande abondance, qu’elle aura été poussée jusqu’à ces trompes, dans lesquelles elle se sera mêlée avec la liqueur séminale de la femelle.

Les recueils d’observations anatomiques font mention non-seulement de fœtus trouvés dans les trompes, mais aussi de fœtus trouvés dans les testi-

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cules : on conçoit très-aisément, parce que nous venons de dire, comment il se peut qu’il s’en forme quelquefois dans les trompes; mais, à l’égard des testicules, l’opération me paraît beaucoup plus difficile; cependant elle n’est peut-être pas absolument impossible ; car si l’on suppose que la liqueur séminale du mâle soit lancée avec assez de force pour être portée jusqu’à l’extrémité des trompes, et qu’au moment qu’elle y arrive le pavillon vienne à se redresser et à embrasser le testicule, alors il peut se faire qu’elle s’élève encore plus haut, et que le mélange des deux liqueurs se fasse dans le lieu même de l’origine de cette liqueur, c’est-à-dire dans la cavité du corps glanduleux ', et il pourrait s’y former un fœtus, mais qui n’arriverait pas à sa perfection. On a quelques faits qui semblent indiquer que cela est arrivé quelquefois. Dans l’Histoire de l’ancienne Académie des Sciences (tome II, p. 91) on trouve une observation à ce sujet. M. Theroude, chirurgien à Paris, fit voir à l’Académie une masse informe qu’il avait trouvée dans le testicule droit d’une fille âgée de dix-huit ans; on y remarquait deux fentes ouvertes et garnies de poils comme deux paupières; au-dessus de ces paupières était une espèce de front avec une ligne noire à la place des sourcils; immédiatement au-dessus il y avait plusieurs cheveux ramassés en deux paquets, dont l’un était long de sept pouces et l’autre de trois; au-dessous du grand angle de l’œii sortaient deux dents molaires, dures, grosses et blanches; elles étaient avec leurs gencives, elles avaient environ trois lignes de longueur, et étaient éloignées l’une de l’autre d’une ligne; une troisième dent plus grosse sortait au-dessous de ces deux-là ; il paraissait encore d’autres dents différemment éloignées les unes des autres et de celles dont nous venons de parler; deux autres entre autres, de la nature des canines, sortaient d’une ouverture placée à peu près où est l’oreille. Dans le même volume (page 244) il est rapporté que M. Méry trouva dans le testicule d’une femme, qui était abcédé, un os de la mâchoire supérieure avec plusieurs dents si parfaites que quelques-unes parurent avoir plus de dix ans. On trouve dans le Journal de Médecine (janvier 1683), publié par l’abbé de la Roque, l’histoire d’une dame qui, ayant fait huit enfants fort heureusement, mourut de la grossesse d’un neuvième qui s’était formé auprès de l’un de ses testicules, ou même dedans; je dis auprès ou dedans parce que cela n’est pas bien clairement expliqué dans la relation qu’un M. de Saint-Maurice, médecin, à qui on doit cette observation, a faite de cette grossesse; il dit seulement qu’il ne doute pas que le fœtus ne fut dans le testicule , mais lorsqu’il le trouva il était dans l’abdomen ; ce fœtus était gros comme le pouce et entièrement formé, on y reconnais-

1. Il peut se faire , en effet , que l’œuf soit fécondé dans Y ovaire, et que le fœtus s’y développe jusqu’à un certain point. C’est là ce qui constitue la grossesse ovarienne. Mais alors c’est dans la vésicule de Graaf, qui contient encore l’œuf, et non dans le corps glanduleux qui ne le contient plus, que la fécondation s’opère. (Voyez les notes des pages 496 , 515, 537 et 54Cj.

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sait aisément le sexe. On trouve aussi dans les Transactions Philosophiques quelques observations sur des testicules de femmes, où l’on a trouvé des dents, des cheveux, des os. Si tous ces faits sont vrais, on ne peut guère les expliquer que comme nous l’avons fait, et il faudra supposer que la liqueur séminale du mâle monte quelquefois, quoique très-rarement, jusqu’aux testicules de la femelle; cependant j’avouerai que j’ai quelque peine à le croire : premièrement, parce que les faits qui paraissent le prouver sont extrêmement rares; en second lieu, parce qu’on n’a jamais vu de fœtus parfait dans les testicules, et que l’observation de M. Littré, qui est la seule de cette espèce, a paru fort suspecte; en troisième lieu, parce qu’il n’est pas impossible que la liqueur séminale de la femelle ne puisse toute seule produire quelquefois des masses organisées, comme des môles, des kistes remplis de cheveux, d’os, de chair, et enfin parce que si l’on veut ajouter foi à toutes les observations des anatomistes, on viendra à croire qu’il peut se former des fœtus dans les testicules des hommes aussi bien que dans ceux des femmes; car on trouve dans le second volume de l’Histoire de l’ancienne Académie (page 298) une observation d’un chirurgien qui dit avoir trouvé, dans le scrotum d’un homme, une masse de la figure d’un enfant enfermé dans les membranes; on y distinguait la tête, les pieds, les yeux, des os et des cartilages1. Si toutes ces observations étaient également vraies, il faudrait nécessairement choisir entre les deux hypothèses suivantes, ou que la liqueur séminale de chaque sexe ne peut rien produire toute seule et sans être mêlée avec celle de l’autre sexe, ou que cette liqueur peut produire toute seule des masses irrégulières, quoique organisées; en se tenant à la première hypothèse, on serait obligé d’admettre, pour expliquer tous les faits que nous venons de rapporter, que la liqueur du mâle peut quelquefois monter jusqu’au testicule de la femelle, et y former, en se mêlant avec la liqueur séminale de la femelle, des corps organisés; et de même, que quelquefois la liqueur séminale de la femelle peut, en se répandant avec abondance dans le vagin, pénétrer dans le temps de la copulation jusque dans le scrotum du mâle , à peu près comme le virus vénérien y pénètre souvent; et que dans ces cas, qui sans doute seraient aussi fort rares, il peut se former un corps organisé dans le scrotum par le mélange de cette liqueur séminale de la femelle avec celle du mâle, dont une partie qui était dans l’urètre aura rebroussé chemin et sera parvenue, avec celle de la femelle, jusque dans le scrotum ; ou bien, si l’on admet l’autre hypothèse, qui me paraît plus vraisemblable, et qu’on suppose que la liqueur

1. Les faits de ce genre sont des faits de monstruosité double. Le cas particulier, que Bnffon explique si étrangement, est un cas de la monstruosité double, dite monstruosité incluse. De deux fœtus, se développant ensemble, l’un avorte de très-bonne heure et finit par se trouver enveloppé , inclus, dans un des organes de l’autre. (Voyez, sur les monstres, les travaux de M. Geoffroy Saint-Hilaire. J

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séminale de chaque individu ne peut pas, à la vérité, produire toute seule un animal, un fœtus, mais qu’elle puisse produire des masses organisées lorsqu’elle se trouve dans des lieux où ses particules actives peuvent en quelque façon se réunir, et où le produit de cette réunion peut trouver de la nourriture, alors on pourra dire que toutes ces productions osseuses, charnues, chevelues, dans les testicules des femelles et dans le scrotum des mâles, peuvent tirer leur origine de la seule liqueur de l’individu dans lequel elles se trouvent1. Mais c’est assez s’arrêter sur des observations dont les faits me paraissent plus incertains qu’inexplicables , car j’avoue que je suis très-porté à imaginer que dans de certaines circonstances et dans de certains états la liqueur séminale d’un individu, mâle ou femelle, peut seule produire quelque chose. Je serais, par exemple, fort tenté de croire que les filles peuvent faire des môles sans avoir eu de communication avec le mâle, comme les poules font des œufs sans avoir vu le coq; je pourrais appuyer cette opinion de plusieurs observations qui me paraissent au moins aussi certaines que celles que je viens de citer, et je me rappelle que M. de la Saône, médecin et anatomiste de l’Académie des Sciences, a fait un Mémoire sur ce sujet, dans lequel il assure que des religieuses bien cloîtrées avaient fait des môles : pourquoi cela serait-il impossible, puisque les poules font des œufs sans communication avec le coq, et que dans la cicatricule de ces œufs on voit, au lieu d’un poulet, une môle avec des appendices? l’analogie me paraît avoir assez de force pour qu’on puisse au moins douter et suspendre son jugement. Quoi qu’il en soit, il est certain qu’il faut le mélange des deux liqueurs pour former un animal, que ce mélange ne peut venir à bien que quand il se fait dans la matrice ou bien dans les trompes de la matrice, où les anatomistes ont trouvé quelquefois des fœtus, et qu’il est naturel d’imaginer que ceux qui ont été trouvés hors de la matrice et dans la cavité de l’abdomen sont sortis par l’extrémité des trompes ou par quelque ouverture qui s’est faite par accident à la matrice, et que ces fœtus ne sont pas tombés du testicule, où il me paraît fort difficile qu’ils puissent se former, parce que je regarde comme une chose presque impossible que la liqueur séminale du mâle puisse remonter jusque-là. Leeuwenhoek a supputé la vitesse du mouvement de ses prétendus animaux spermatiques, et il a trouvé qu’ils pouvaient faire quatre ou cinq pouces de chemin en quarante minutes : ce mouvement serait plus que suffisant pour parvenir du vagin dans la matrice , de la matrice dans les trompes et des trompes dans les testicules en une heure ou deux, si toute

1. Ce chapitre est rempli de faits inexacts, et de suppositions gratuites. On y trouve même plus d’une idée, qu’on pourrait appeler bizarre. L’application aux détails est l’épreuve des théories. Ici Buffon veut faire une application détaillée de ses théories à la formation du fœtus , et tout ce qu’elles renferment de mal assuré , de confus, de vague , tout ce qui manque à l’auteur lui-même de savoir précis , tout cela se fait aussitôt sentir.

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la liqueur avait ce même mouvement; mais comment concevoir que les molécules organiques qui sont en mouvement dans cette liqueur du mâle et dont le mouvement cesse aussitôt que le liquide dans lequel elles se meuvent vient à leur manquer, comment concevoir, dis-je, que ces molécules puissent arriver jusqu’au testicule, à moins que d’admettre que la liqueur elle-même y arrive et les y porte? Ce mouvement de progression, qu’il faut supposer dans la liqueur même, ne peut être produit par celui des molécules organiques qu’elle contient : ainsi, quelque activité que l’on suppose à ces molécules, on ne voit pas comment elles pourraient arriver aux testicules et y former un fœtus, à moins que par quelque voie que nous ne connaissons point, par quelque force résidante dans le testicule, la liqueur même ne fût pompée et attirée jusque-là, ce qui est une supposition non-seulement gratuite, mais même contre la vraisemblance.

Autant il est douteux que la liqueur séminale du mâle puisse jamais parvenir aux testicules de la femelle, autant il paraît certain qu’elle pénètre la matrice et qu’elle y entre, soit par l’orifice, soit à travers le tissu même des membranes de ce viscère. La liqueur qui découle des corps glanduleux des testicules de la femelle peut aussi entrer dans la matrice, soit par l’ouverture qui est à l’extrémité supérieure des trompes, soit à travers le tissu même de ces trompes et de la matrice. Il y a des observations qui semblent prouver clairement que ces liqueurs peuvent entrer dans la matrice à travers le tissu de ce viscère. Je vais en rapporter une de M. Weitbrech, habile anatomiste de l’académie de Pétersbourg, qui confirme mon opinion : « Res omni attentione dignissima oblata mihi est in utero feminæ alicujus « à me dissectæ; erat utérus eâ magnitudine quâ esse solet in virginibus, « tubæque ambæ apertæ quidem ad ingressum uteri, ita ut ex hoc in illas « cum specillo facilè possem transire ac flatum injicere, sed in tubarum « extremo nulla dabatur apertura, nullus aditus; fimbriarum enim ne vesti- « gium quidem aderat, sed loco illarum bulbus aliquis pyriformis materiâ « subalbidâ fluidâ turgens, in cujus medio fibra plana nervea, cicatriculæ « æmula, apparebat, quæ sub ligamentuli specie usque ad ovarii invol liera «’protendebatur.

« Dices : eadem à Regnero de Graaf jam olim notata. Equidem non « negaverim illustrera hune prosectorem in libro suo de organis mulie- « bribus non modo similem tubam delineasse ( tab . xix, fig. 3), sed et « monuisse « tubas, quamvis secundùm ordinariani naturæ dispositionem « in extremitate sua notabilem semper coarctationem habeant, præter natu- « ram tamen aliquandô claudi; » verùm enimverô cùm non meminerit « auctor an id in utraque tuba ita deprehenderit? an in virgine? an status « iste præternaturalis sterilitatem inducat? an vero conceptio nihilominùs « lieri possit? an à principio vitæ talis structura suam originem ducat? sive « an tractu temporis ita degenerare tubæ possint? facilè perspicimus multa

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« nobis relicta esse problemata quæ, iitcumque soluta, mullùm negotii « facescant in exemplo noslro. Erat enim hæc femina maritata, viginti « quatuor annos nata, quæ filium pepererat quem vidi ipse, octo jam annos « natum. Die igitur tubas ab incunabulis clausas sterilitatem inducere : « quare hæc nostra femina peperit? Die concepisse tubis clausis : quomodô « ovulum ingredi tubam potuit? Die coaluisse tubas post partum : quomodô « id nosti? quomodo adeô evanescere in utroque latere fimbriæ possunt, « tanquam nunquam adfuissent? Si quidem ex ovario ad tubas alia daretur « via præter illarum orificium, unico gressu omnes superarentur difficul- « tates : sed fictiones intellectum quidem adjuvant, rei veritatem non « demonstrant; præstat igitur ignorationem fateri , quàm speculationibus « indulgere. » (Voyez Comm. Acad. Petropol., vol. IY, p. 261 et 262.) L’auteur de cette observation, qui marque, comme l’on voit, autant d’es prit et de jugement que de connaissances en anatomie, a raison de se faire ces difficultés, qui paraissent être en effet insurmontables dans le système des oeufs, mais qui disparaissent dans notre explication ; et cette observation semble seulement prouver, comme nous l’avons dit, que la liqueur séminale de la femelle peut bien pénétrer le tissu de la matrice et y entrer à travers les pores des membranes de ce viscère, comme je ne doute pas que celle du mâle ne puisse y entrer aussi de la même façon; il me semble que pour se le persuader il suffit de faire attention à l’altération que la liqueur séminale du mâle cause à ce viscère, et à l’espèce de végétation ou de développement qu’elle y cause. D’ailleurs la liqueur qui sort par les lacunes de Graaf, tant celles qui sont autour du col de la matrice que celles qui sont aux environs de l’orifice extérieur de l’urètre, étant, comme nous l’avons insinué, de la même nature que la liqueur du corps glanduleux, il est bien évident que cette liqueur vient des testicules, et cependant il n’y a aucun vaisseau qui puisse la conduire, aucune voie connue par où elle puisse passer; par conséquent on doit conclure qu’elle pénètre le tissu spongieux de toutes ces parties, et que non-seulement elle entre ainsi dans la matrice, mais même qu’elle en peut sortir lorsque ces parties sont en irritation.

Mais quand même ou se refuserait à cette idée , et qu’on traiterait de chose impossible la pénétration du tissu de la matrice et des trompes par les molécules actives des liqueurs séminales, on ne pourra pas nier que celle de la femelle qui découle des corps glanduleux des testicules ne puisse entrer par l’ouverture qui est à l’extrémité de la trompe et qui forme le pavillon , qu’elle ne puisse arriver dans la cavité de la matrice par cette voie , comme celle du mâle y arrive par l’orifice de ce viscère , et que par conséquent ces deux liqueurs ne puissent se pénétrer, se mêler intimement dans cette cavité , et y former le fœtus de la manière dont nous l’avons expliqué.

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