C’est que la fécondation a été simultanée
3. Nul œuf n’est fécondé qu’autant qu’il est parvenu à l’état parfait , à un certain point précis de maturité.
4. Superfétation suppose fécondation successive. Dans la femme, la matrice est unique, et la superfétation impossible. Dans les femelles à matrice double, dans la femelle du lièvre, par exemple, on conçoit très-bien qu’une des cornes de la matrice puisse rester libre après une première fécondation , et laisser ainsi la voie ouverte à une fécondation subséquente,
tomistes que, trois ou quatre jours après la conception, il y a dans la matrice une bulle ovale qui a au moins six lignes sur son grand diamètre, et quatre lignes sur le petit; cette bulle est formée par une membrane extrêmement fine, qui renferme une liqueur limpide et assez semblable à du blanc d’œuf. On peut déjà apercevoir dans cette liqueur quelques petites fibres réunies, qui sont les premières ébauches du fœtus; on voit ramper sur la surface de la bulle un lacis de petites fibres, qui occupe la moitié de la superficie de cet ovoïde depuis l’une des extrémités du grand axe jusqu’au milieu, c’està-dire jusqu’au cercle formé par la révolution du petit axe : ce sont là les premiers vestiges du placenta.
Sept jours après la conception, l’on peut distinguer à l’œil simple les premiers linéaments du fœtus 1 ; cependant ils sont encore informes : on voit seulement au bout de ces sept jours ce qu’on voit dans l’œuf au bout de vingt-quatre heures, une masse d’une gelée presque transparente qui a déjà quelque solidité, et dans laquelle on reconnaît la tête et le tronc, parce que cette masse est d’une forme allongée , que la partie supérieure qui représente le tronc est plus déliée et plus longue : on voit aussi quelques petites fibres en forme d’aigrette, qui sortent du milieu du corps du fœtus, et qui aboutissent à la membrane dans laquelle il est renfermé aussi bien que la liqueur qui l’environne; ces fibres doivent former dans la suite le cordon ombilical.
Quinze jours après la conception l’on commence à bien distinguer la tête, et à reconnaître les traits les plus apparents du visage ; le nez n’est encore qu’un petit filet proéminent et perpendiculaire à une ligne qui indique la séparation des lèvres; on voit deux petits points noirs à la place des yeux, et deux petits trous à celle des oreilles : le corps du fœtus a aussi pris de l'accroissement; on voit, aux deux côtés de la partie supérieure du tronc et au bas de la partie inférieure, de petites protubérances qui sont les premières ébauches des bras et des jambes; la longueur du corps entier est alors à peu près de cinq lignes.
Huit jours après, c’est-à-dire au bout de trois semaines, le corps du fœtus n’a augmenté que d’environ une ligne , mais les bras et les jambes, les mains et les pieds sont apparents ; l’accroissement des bras est plus prompt que celui des jambes , et les doigts des mains se séparent plus tôt que ceux des pieds ; dans ce même temps l’organisation intérieure du fœtus commence à être sensible, les os sont marqués par de petits filets aussi fins que des cheveux ; on reconnaît les côtes, elles ne sont encore que des
1. On ne possède encore, sur les premiers développements du fœtus humain, que des notions peu sûres.
A un mois, le fœtus humain a un peu plus de 2 centimètres de long ; à deux mois, il en a de 4 à 5 ; à trois , de 8 à 1 0 ; à quatre, de 14 à 16 ; à cinq , de 18 à 20 ; à six , de 22 à 27 ; à sept de 29 à 34 ; à huit de 36 à 42 ; à neuf, de 45 à 55.
DU FŒTUS
filets disposés régulièrement des deux côtés de l'épine; les bras , les jambes et les doigts des pieds et des mains sont aussi représentés par de pareils filets.
A un mois le foetus a plus d’un pouce de longueur ; il est un peu courbé dans la situation qu'il prend naturellement au milieu de la liqueur qui l’environne ; les membranes qui contiennent le tout se sont augmentées en étendue et en épaisseur ; toute la masse est toujours de figure ovoïde , et elle est alors d’environ un pouce et demi sur le grand diamètre, et d’un pouce et un quart sur le petit diamètre. La figure humaine n’est plus équivoque dans le fœtus, toutes les parties de la face sont déjà reconnaissables ; le corps est dessiné, les hanches et le ventre sont élevés, les membres sont formés, les doigts des pieds et des mains sont séparés les uns des autres, la peau est extrêmement mince et transparente, les viscères sont déjà marqués par des fibres pelotonnées, les vaisseaux sont menus comme des fils, et les membranes extrêmement déliées ; les os sont encore mous, et ce n’est qu’en quelques endroits qu’ils commencent à prendre un peu de solidité ; les vaisseaux qui doivent composer le cordon ombilical sont encore en ligne droite les uns à côté des autres; le placenta n’occupe plus que le tiers de la masse totale, au lieu que dans les premiers jours il en occupait la moitié ; il paraît donc que son accroissement en étendue superficielle n’a pas été aussi grand que celui du fœtus et du reste de la masse, mais il a beaucoup augmenté en solidité; son épaisseur est devenue plus grande à proportion de celle de l’enveloppe du fœtus, et on peut déjà distinguer les deux membranes dont cette enveloppe est composée.
Selon Hippocrate, le fœtus mâle se développe plus promptement que le fœtus femelle; il prétend qu’au bout de trente jours toutes les parties du corps du mâle sont apparentes, et que celles du fœtus femelle ne le sont qu’au bout de quarante-deux jours.
A six semaines le fœtus a près de deux pouces de longueur; la figure humaine commence à se perfectionner, la tête est seulement beaucoup plus grosse à proportion que les autres parties du corps; on aperçoit le mouvement du cœur à peu près dans ce temps : ou l’a vu battre dans un fœtus de cinquante jours, et même continuer de battre assez longtemps après que le fœtus fut tiré hors du sein de la mère.
A deux mois le fœtus a plus de deux pouces de longueur; l’ossification est sensible au milieu du bras, de l’avant-bras, de la cuisse et de la jambe, et dans la pointe de la mâchoire inférieure, qui est alors fort avancée au delà de la mâchoire supérieure. Ce ne sont encore, pour ainsi dire, que des points osseux; mais par l’effet d’un développement plus prompt les clavicules sont déjà ossifiées en entier, le cordon ombilical est formé, les vaisseaux qui le composent commencent à se tourner et à se tordre, à peu près comme les fils qui composent une corde; mais ce cordon est encore fort court en comparaison de ce qu’il doit être dans la suite.
A trois mois le fœtus a près de trois pouces, il pèse environ trois onces. Hippocrate dit que c’est dans ce temps que les mouvements du fœtus mâle commencent à être sensibles pour la mère, et il assure que le fœtus femelle ne se fait sentir ordinairement qu’après le quatrième mois ; cependant il y a des femmes qui disent avoir senti dès le commencement du second mois le mouvement de leur enfant : il est assez difficile d’avoir sur cela quelque chose de certain, la sensation que les mouvements du fœtus excitent dépendant peut-être plus, dans ces commencements , de la sensibilité de la mère que de la force du fœtus.
Quatre mois et demi après la conception, la longueur du fœtus est de six à sept pouces ; toutes les parties de son corps sont si fort augmentées qu’on les distingue parfaitement les unes des autres; les ongles mêmes paraissent aux doigts des pieds et des mains. Les testicules des mâles sont enfermés dans le ventre au-dessus des reins; l’estomac est rempli d’une humeur un peu épaisse et assez semblable à celle que renferme l’amnios ; on trouve dans les petits boyaux une matière laiteuse, et dans les gros une matière noire et liquide; il y a un peu de bile dans la vésicule du fiel, et un peu d’urine dans la vessie. Comme le fœtus flotte librement dans le liquide qui l’environne, il y a toujours de l’espace entre son corps et les membranes qui l’enveloppent; ces enveloppes croissent d’abord plus que le fœtus, mais après un certain temps c’est tout le contraire ; le fœtus croît à proportion plus que ces enveloppes, il peut y toucher par les extrémités de son corps, et on croirait qu’il est obligé de les plier. Avant la fin du troisième mois la tête est courbée en avant, le menton pose sur la poitrine, les genoux sont relevés, les jambes repliées en arrière; souvent elles sont croisées, et la pointe du pied est tournée en haut et appliquée contre la cuisse, de sorte que les deux talons sont fort près l’un de l’autre : quelquefois les genoux s’élèvent si haut qu’ils touchent presque aux joues, les jambes sont pliées sous les cuisses, et la plante du pied est toujours en arrière ; les bras sont abaissés et repliés sur la poitrine : l’une des mains, souvent toutes les deux, touchent le visage; quelquefois elles sont fermées, quelquefois aussi les bras sont pendants à côté du corps. Le fœtus prend ensuite des situations différentes de celle-ci ; lorsqu’il est prêt à sortir de la matrice, et même longtemps auparavant, il a ordinairement la tête en bas et la face tournée en arrière, et il est naturel d’imaginer qu’il peut changer de situation à chaque instant. Des personnes expérimentées dans l’art des accouchements ont prétendu s’être assurées qu’il en changeait en effet beaucoup plus souvent qu’on ne le croit vulgairement. On peut le prouver par plusieurs observations : 1° On trouve souvent le cordon ombilical tortillé et passé autour du corps et des membres de l’enfant, d’une manière qui suppose nécessairement que le fœtus ait fait des mouvements dans tous les sens, et qu’il ait pris des positions successives très-différentes entre elles; 2° les mères sen-
DU FŒTUS. 637
tent les mouvements du fœtus tantôt d’un côté de la matrice et tantôt d’un autre côté, il frappe également en plusieurs endroits différents, ce qui suppose qu’il prend des situations différentes; 3° comme il nage dans un liquide qui l’environne de tous côtés, il peut très-aisément se tourner, s’étendre, se plier par ses propres forces, et il doit aussi prendre des situations différentes, suivant les différentes attitudes du corps de la mère ; par exemple, lorsqu’elle est couchée, le fœtus doit être dans une autre situation que quand elle est debout.
La plupart des anatomistes ont dit que le fœtus est contraint de courber son corps et de plier ses membres, parce qu’il est trop gêné dans son enveloppe; mais cette opinion ne me paraît pas fondée, car il y a, surtout dans les cinq ou six premiers mois de la grossesse, beaucoup plus d’espace qu’il n’en faut pour que le fœtus puisse s’étendre , et cependant il est dans ce même temps courbé et replié : on voit aussi que le poulet est courbé dans la liqueur que contient l’amnios, dans le temps même que cette membrane est assez étendue et cette liqueur assez abondante pour contenir un corps cinq ou six fois plus gros que le poulet ; ainsi on peut croire que cette forme courbée et repliée que prend le corps du fœtus est naturelle, et point du tout forcée; je serais volontiers de l’avis d’Harvey, qui prétend que le fœtus ne prend cette attitude que parce qu’elle est la plus favorable au repos et au sommeil, car tous les animaux mettent leur corps dans cette position pour se reposer et pour dormir; et comme le fœtus dort presque toujours dans le sein de la mère, il prend naturellement la situation la plus avantageuse : « Certè, dit ce fameux anatomiste , animalia omnia , dum quiescunt «. et dormiunt, membra sua ut plurimùm adducunt et complicant, figuram- « que ovalem ac conglobatam quærunt : ita pariter embryones qui ætatem « suam maximè somno transigunt, membra sua positione eâ quà plasman- « tur (tanquàm naturalissimâ ac maximè indolenti quietique aptissimâ) « componunt. » (Yoyez Harvey, de Générât. , p. 257.)
La matrice prend , comme nous l’avons dit, un assez prompt accroissement dans les premiers temps de la grossesse, elle continue aussi à augmenter à mesure que le fœtus augmente; mais l’accroissement du fœtus devenant ensuite plus grand que celui de la matrice, surtout dans les derniers temps, on pourrait croire qu’il s’y trouve trop serré et que, quand le temps d’en sortir est arrivé, il s’agite par des mouvements réitérés; il fait alors , en effet , successivement et à diverses reprises des efforts violents ; la mère en ressent vivement l’impression; l’on désigne ces sensations douloureuses et leur retour périodique, quand on parle des heures du travail de l’enfantement; plus le fœtus a de force pour dilater la capacité de la matrice, plus il trouve de résistance; le ressort naturel de cette partie tend à la resserrer et en augmente la réaction : dès lors tout l’effort tombe sur son orifice ; cet orifice a déjà été agrandi peu à peu dans les derniers mois
de la grossesse; la tête du fœtus porte depuis longtemps sur les bords de cette ouverture et la dilate par une pression continuelle; dans le moment de l’accouchement le fœtus, en réunissant ses propres forces1 à celles de la mère, ouvre enfin cet orifice autant qu’il est nécessaire pour se faire passage et sortir de la matrice.
Ce qui peut faire croire que ces douleurs, qu’on désigne par le nom d’heures du travail , ne proviennent que de la dilatation de l’orifice de la matrice, c’est que cette dilatation est le plus sûr moyen pour reconnaître si les douleurs que ressent une femme grosse sont, en effet, les douleurs de l’enfantement : il arrive assez souvent que les femmes éprouvent dans la grossesse des douleurs très-vives, et qui ne sont cependant pas celles qui doivent précéder l’accouchement; pour distinguer ces fausses douleurs des vraies, Deventer conseille à l’accoucheur de toucher l’orifice de la matrice, et il assure que si ce sont en effet les douleurs vraies, la dilatation de cet orifice augmentera toujours par l’effet de ces douleurs; et qu’au contraire, si ce ne sont que de fausses douleurs, c’est-à-dire des douleurs qui proviennent de quelque autre cause que de celle d’un enfantement prochain, l’orifice de la matrice se rétrécira plutôt qu’il ne se dilatera , ou du moins qu’il ne continuera pas à se dilater; dès lors on est assez fondé à imaginer que ces douleurs ne proviennent que de la dilatation forcée de cet orifice : la seule chose qui soit embarrassante est cette alternative de repos et de souffrance qu’éprouve la mère; lorsque la première douleur est passée, il s’écoule un temps considérable avant que la seconde se fasse sentir; et de même il y a des intervalles, souvent très-longs, entre la seconde et la troisième, entre la troisième et la quatrième douleur, etc. Cette circonstance de l’effet ne s’accorde pas parfaitement avec la cause que nous venons d’indiquer, car la dilatation d’une ouverture qui se fait peu à peu , et d’une manière continue, devrait produire une douleur constante et continue, et non pas des douleurs par accès; je ne sais donc si on ne pourrait pas les attribuer à une autre cause qui me paraît plus convenable à l’effet, cette cause serait la séparation du placenta : on sait qu’il tient à la matrice par un certain nombre de mamelons qui pénètrent dans les petites lacunes ou cavités de ce viscère; dès lors ne peut-on pas supposer que ces mamelons ne sortent pas de leurs cavités tous en même temps ? le premier mamelon qui se séparera de la matrice produira la première douleur, un autre mamelon qui se séparera quelque temps après produira une autre douleur2, etc. L’effet répond ici parfaitement à la cause, et on peut appuyer cette conjecture par une autre observation; c’est qu’immédiatement avant l’accouchement il sort une liqueur blanchâtre et visqueuse, semblable à
1. C’est une erreur. Le fœtus est tout à fait passif dans l’acte de Y accouchement.
2. Tout ceci ne peut s’appliquer qu’aux animaux à mamelons ou placentas multiples, comme les ruminants.
DU FŒTUS
telle que rendent les mamelons du placenta lorsqu’on les tire hors des lacunes où ils ont leur insertion, ce qui doit faire penser que cette liqueur, qui sort alors de la matrice, est en effet produite par la séparation de quelques mamelons du placenta.
Il arrive quelquefois que le fœtus sort de la matrice sans déchirer les membranes qui l’enveloppent, et par conséquent sans que la liqueur qu’elles contiennent se soit écoulée : cet accouchement paraît être le plus naturel et ressemble à celui de presque tous les animaux; cependant le fœtus humain perce ordinairement ses membranes à l’endroit qui se trouve sur V orifice de la matrice, par l’effort qu’il fait contre cette ouverture1; et il arrive assez souvent que l’amnios, qui est fort mince, ou même le chorion, se déchirent sur les bords de l’orifice de la matrice, et qu’il en reste une partie sur la tête de l’enfant en forme de calotte ; c’est ce qu’on appelle naître coiffé. Dès que cette membrane est percée ou déchirée, la liqueur quelle contient s’écoule : on appelle cet écoulement le bain ou les eaux de la mère; les bords de l’orifice de la matrice et les parois du vagin en étant humectés se prêtent plus facilement au passage de l’enfant ; après l’écoulement de cette liqueur, il reste dans la capacité de la matrice un vide dont les accoucheurs intelligents savent profiter pour retourner le fœtus, s’il est dans une position désavantageuse pour l’accouchement, ou pour le débarrasser des entraves du cordon ombilical, qui l’empêchent quelquefois d’avancer. Lorsque le fœtus est sorti, l’accouchement n’est pas encore fini; il reste dans la matrice le placenta et les membranes; l’enfant nouveau-né y est attaché par le cordon ombilical : la main de l’accoucheur, ou seulement le poids du corps de l’enfant, les tire au dehors par le moyen de ce cordon; c’est ce qu’on appelle délivrer la femme, et on donne alors au placenta et aux membranes le nom de délivrance. Ces organes, qui étaient nécessaires à la vie du fœtus, deviennent inutiles et même nuisibles à celle du nouveau-né; on les sépare tout de suite du corps de l’enfant en nouant le cordon à un doigt de distance du nombril, et on le coupe à un doigt audessus de la ligature; ce reste du cordon se dessèche peu à peu et se sépare de lui-même à l’endroit du nombril, ordinairement au sixième ou septième jour.
En examinant le fœtus dans le temps qui précède la naissance, l’on peut prendre quelque idée du mécanisme de ses fonctions naturelles; il a des organes qui lui sont nécessaires dans le sein de sa mère, mais qui lui deviennent inutiles dès qu’il en est sorti. Pour mieux entendre le mécanisme des fonctions du fœtus, il faut expliquer un peu plus en détail ce qui a rapport à ses parties accessoires, qui sont le cordon, les enveloppes, la liqueur qu’elles contiennent, et enfin le placenta : le cordon qui est attaché au corps
1. Le fœtus ne fait aucun effort. (Voyez la note 1 de la page précédente. )
du fœtus, à l’endroit du nombril, est composé de deux artères et d'une veine qui prolongent le cours de la circulation du sang; la veine est plus grosse que les artères : à l’extrémité de ce cordon, chacun de ces vaisseaux se divise en une infinité de ramifications qui s’étendent entre deux membranes et qui s’écartent également du tronc commun, de sorte que le composé de ces ramifications est plat et arrondi ; on l’appelle placenta, parce qu’il ressemble, en quelque façon, à un gâteau; la partie du centre en est plus épaisse que celle des bords; l’épaisseur moyenne est d’environ un pouce, et le diamètre de huit ou neuf pouces et quelquefois davantage; la face extérieure qui est appliquée contre la matrice est convexe, la face intérieure est concave ; le sang du fœtus circule dans le cordon et dans le placenta; les deux artères du cordon sortent de deux grosses artères du fœtus et en reçoivent du sang qu’elles portent dans les ramifications artérielles du placenta, au sortir desquelles il passe dans les ramifications veineuses qui le rapportent dans la veine ombilicale; cette veine communique avec une veine du fœtus dans laquelle elle le verse.
La face concave du placenta est revêtue par le chorion; l’autre face est aussi recouverte par une sorte de membrane molle et facile à déchirer, qui semble être une continuation du chorion , et le fœtus est renfermé sous la double enveloppe du chorion et de l’amnios; la forme du tout est globuleuse, parce que les intervalles qui se trouvent entre les enveloppes et le fœtus sont remplis par une liqueur transparente qui environne le fœtus. Cette liqueur est contenue par l’amnios , qui est la membrane intérieure de l’enveloppe commune; cette membrane est mince et transparente, elle se replie sur le cordon ombilical à l’endroit de son insertion dons le placenta, et le revêt sur toute sa longueur jusqu’au nombril du fœtus : le chorion est la membrane extérieure, elle est épaisse et spongieuse, parsemée de vaisseaux sanguins, et composée de plusieurs lames dont on croit que l’extérieur tapisse la face convexe du placenta ; elle en suit les inégalités, elle s’élève pour recouvrir les petits mamelons qui sortent du placenta et qui sont reçus dans les cavités qui se trouvent dans le fond de la matrice et que l’on appelle lacunes; le fœtus ne tient à la matrice que par cette seule insertion de quelques points de son enveloppe extérieure dans les petites cavités ou sinuosités de ce viscère.
Quelques anatomistes ont cru que le fœtus humain avait, comme ceux de certains animaux quadrupèdes, une membrane appelée allantoïde ‘, qui formait une capacité destinée à recevoir l’urine, et ils ont prétendu l’avoir trouvée entre le chorion et l’ainnios, ou au milieu du placenta à la racine du. cordon ombilical, sous la forme d’une vessie assez grosse, dans laquelle
On a cru reconnaître, dans ces derniers temps , Y allantoïde des autres classes dans Je chorion de V œuf humain.
DU FŒTUS
l’urine entrait par un long tuyau qui faisait partie du cordon, et qui allait s’ouvrir d’un côté dans la vessie, et de l’autre dans cette membrane allantoïde; c’était, selon eux, l’ouraque tel que nous le connaissons dans quelques animaux. Ceux qui ont cru avoir fait cette découverte de l’ouraque dans le fœtus humain avouent qu’il n’était pas, à beaucoup près, si gros que dans les quadrupèdes, mais qu’il était partagé en plusieurs filets si petits qu’à peine pouvait-on les apercevoir; que cependant ces filets étaient creux, et que l’urine passait dans la cavité intérieure de ces filets, comme dans autant de canaux.
L’expérience et les observations du plus grand nombre des anatomistes sont contraires à ces faits; on ne trouve ordinairement aucuns vestiges de l’allantoïde entre l’amnios et le chorion ou dans le placenta , ni de l’ouraque dans le cordon; il y a seulement une sorte de ligament qui tient d’un bout à la face extérieure du fond de la vessie, et de l’autre au nombril , mais il devient si délié en entrant dans le cordon qu’il y est réduit à rien ; pour l’ordinaire, ce ligament n’est pas creux, et on ne voit point d’ouverture dans le fond de la vessie qui y réponde.
Le fœtus n’a aucune communication avec l’air libre, et les expériences que l’on a faites sur ses poumons ont prouvé qu’ils n’avaient pas reçu l’air comme ceux de l’enfant nouveau-né, car ils vont à fond dans l’eau, au lieu que ceux de l’enfant qui a respiré surnagent ; le fœtus ne respire donc pas dans le sein de la mère, par conséquent il ne peut former aucun son par l’organe de la voix, et il semble qu’on doit regarder comme des fables les histoires qu’on débite sur les gémissements et les cris des enfants a^ant leur naissance. Cependant il peut arriver après l’écoulement des eaux que l’air entre dans la capacité de la matrice et que l’enfant commence à respirer avant que d’en être sorti ; dans ce cas il pourra crier, comme le petit poulet crie avant même que d’avoir cassé la coquille de l’œuf qui le renferme, parce qu’il y a de l’air dans la cavité qui est entre la membrane extérieure et la coquille, comme on peut s’en assurer sur les œufs dans lesquels le poulet est déjà fort avancé, ou seulement sur ceux qu’on a gardés pendant quelque temps et dont le petit-lait s’est évaporé à travers les pores de la coquille; car en cassant ces œufs on trouve une cavité considérable dans le bout supérieur de l’œuf entre la membrane et la coquille , et cette membrane est dans un état de fermeté et de tension , ce qui ne pourrait être, si cette cavité était absolument vide, car, dans ce cas, le poids du reste de la matière de l’œuf casserait cette membrane, et le poids de l’atmosphère briserait la coquille à l’endroit de cette cavité ; il est donc certain qu’elle est remplie d’air, et que c’est par le moyen de cet air que le poulet commence à respirer avant que d’avoir cassé la coquille; et si l’on demande d’où peut venir cet air qui est renfermé dans cette cavité, il est aisé de répondre qu’il est produit par la fermentation intérieure des
matières contenues dans l’œuf1 2, comme l’on sait que toutes les matières en fermentation en produisent. (Voyez la Statique des végétaux9- , chap. vi.)
Le poumon du fœtus étant sans aucun mouvement, il n’entre dans ce viscère qu’au tant de sang qu’il en faut pour le nourrir et le faire croître, et il y a une autre voie ouverte pour le cours de la circulation : le sang, qui est dans l’oreillette droite du cœur, au lieu de passer dans l’artère pulmonaire et de revenir, après avoir parcouru le poumon, dans l’oreillette gauche par la veine pulmonaire, passe immédiatement de l’oreillette droite du cœur dans la gauche par une ouverture nommée le trou ovale, qui est dans la cloison du cœur entre les deux oreillettes; il entre ensuite dans l’aorte, qui le distribue dans toutes les parties du corps par toutes ses ramifications artérielles, au sortir desquelles les ramifications veineuses le reçoivent et le rapportent au cœur en se réunissant toutes dans la veine-cave qui aboutit à l’oreillette droite du cœur : le sang que contient cette oreillette, au lieu de passer en entier par le trou ovale, peut s’échapper en partie dans l’artère pulmonaire, mais il n’entre pas pour cela dans le corps des poumons, parce qu’il y a une communication entre l’artère pulmonaire et l’aorte par un canal artériel qui va immédiatement de l’une à l’autre ; c’est par ces voies que le sang du fœtus circule sans entrer dans le poumon, comme il y entre dans les enfants, les adultes, et dans tous les animaux qui respirent.
On a cru que le sang de la mère passait dans le corps du fœtus, par le moyen du placenta et du cordon ombilical : on supposait que les vaisseaux sanguins de la matrice étaient ouverts dans les lacunes, et ceux du placenta dans les mamelons, et qu’ils s’abouchaient les uns avec les autres3, mais l’expérience est contraire à cette opinion : on a injecté les artères du cordon, la liqueur est revenue en entier par les veines , et il ne s’en est échappé aucune partie à l’extérieur; d’ailleurs on peut tirer les mamelons 4 des lacunes où ils sont logés, sans qu’il sorte du sang ni de la matrice, ni du placenta; il suinte seulement de l’une et de l’autre une liqueur laiteuse5 * *.
1. Cette cavité est, en effet, remplie d’air, et c’est au moyen de cet air que le fœtus respire; mais cet air n’est pas le produit de la fermentation des matières contenues dans l’œuf; c’est de l’air extérieur qui a pénétré jusque dans Y œuf, à travers les pores de la coquille. Si l’on bouche les pores de la coquille avec une substance grasse , avec de l’huile , par exemple , l’air ne passe plus et le poulet meurt par asphyxie.
2. Ouvrage célèbre de Haies , traduit par Bufîon , encore jeune homme.
3. Et c’est, en effet, ce qui a lieu. Dans mes expériences, la liqueur injectée a toujours passé des vaisseaux du fœtus dans ceux de la mère, et réciproquement. (Voyez mes Recherches sur les communications vasculaires entre la mère et le fœtus : Annales des sciences naturelles, t. V, p. 65. )
4. Il s’agit évidemment ici des mamelons ou cotylédons des ruminants. (Voyez la note 2 de la page 638.) Dans les ruminants, animaux h placentas multiples, la communication entre la mère et le fœtus n’est pas à beaucoup près aussi intime que dans les animaux à placenta unique, tels que Yhomme , les carnassiers , les rongeurs , etc.
5. Cette liqueur laiteuse ne se trouve que dans les ruminants. Par une méprise singulière,
Buffon croit décrire la matrice et Y œuf de l’espèce humaine ; et il décrit partout la matrice et
Y œuf des ruminants .
nu FŒTUS.
C’est, comme nous l’avons dit, cette liqueur qui sert de nourriture au fœtus; il semble qu’elle entre dans les veines du placenta, comme le chyle entre dans la veine sous-clavière, et peut-être le placenta fait-il en grande partie l’office du poumon pour la sanguification1. Ce qu’il y a de sûr, c’est que le sang paraît bien plus tôt dans le placenta que dans le fœtus, et j’ai souvent observé dans des œufs couvés pendant un jour ou deux que le sang paraît d’abord dans les membranes et que les vaisseaux sanguins y sont fort gros et en très-grand nombre, tandis qu’à l’exception du point auquel ils aboutissent, le corps entier du petit poulet n’est qu’une matière blanche, et presque transparente, dans laquelle il n’y a encore aucun vaisseau sanguin.
On pourrait croire que la liqueur de l’amnios est une nourriture que le fœtus reçoit par la bouche; quelques observateurs prétendent avoir reconnu cette liqueur dans son estomac, et avoir vu quelques fœtus auxquels le cordon ombilical manquait entièrement, et d’autres qui n’en avaient qu’une très-petite portion qui ne tenait point au placenta ; mais, dans ce cas, la liqueur de l’amnios ne pourrait-elle pas entrer dans le corps du fœtus par la petite porti m du cordon ombilical, ou par l’ombilic même? D’ailleurs, on peut opposer à ces observations d’autres observations. On a trouvé quelquefois des fœtus qui avaient la bouche fermée, et dont les lèvres n’étaient pas séparées ; on en a vu aussi dont l’œsophage n’avait aucune ouverture : pour concilier tous ces faits, il s’est trouvé des anatomistes qui ont cru que les aliments passaient au fœtus en partie par le cordon ombilical, et en partie par la bouche. Il me paraît qu’aucune de ces opinions n’est fondée; il n’est pas question d’examiner le seul accroissement du fœtus, et de chercher d’où et par où il tire sa nourriture; il s’agit de savoir comment se fait l’accroissement du tout, car le placenta, la liqueur et les enveloppes croissent et augmentent aussi bien que le fœtus, et par conséquent ces instruments, ces canaux, employés à recevoir ou à porter cette nourriture au fœtus, ont eux-mêmes une espèce de vie. Le développement ou l’accroissement du placenta et des enveloppes est aussi difficile à concevoir que celui du fœtus2, et on pourrait également dire, comme je l’ai déjà insinué, que le fœtus nourrit le placenta, comme l’on dit que le placenta nourrit le fœtus. Le tout est, comme l’on sait, flottant dans la matrice, et sans aucune adhérence dans les commencements de cet accroissement : ainsi il ne peut se faire que par une intussusception de la matière laiteuse qui est contenue dans la matrice ; le placenta paraît tirer le premier cette nourriture, convertir ce
1. Vue très-juste : le placenta est, en effet, le poumon provisoire du fœtus, comme la membrane du vitellus , la membrane du jaune, en est l'intestin provisoire. (Voyez la ncte de la page 569. )
2. Il suit de celui du fœtus, car le placenta et les enveloppes sont des organes du fœtus. (Voyez la note de la page 569.)
r.44 DU DÉVELOPPEMENT ET DE L’ACCROISSEMENT
Jait en sang et le porter au fœtus par des veines; la liqueur de l’amnios ne paraît être que cette même liqueur laiteuse dépurée, dont la quantité augmente par une pareille intussusception , à mesure que cette membrane prend de l’accroissement, et le fœtus peut tirer de cette liqueur, par la même voie d’intussusception, la nourriture nécessaire à son développement, car on doit observer que dans les premiers temps, et même jusqu’à deux et trois mois, le corps du fœtus ne contient que très-peu de sang : il est blanc comme de l’ivoire, et ne paraît être composé que de lymphe qui a pris de la solidité; et comme la peau est transparente, et que toutes les parties sont très-molles, on peut aisément concevoir que la liqueur dans laquelle le fœtus nage peut les pénétrer immédiatement, et fournir ainsi la matière nécessaire à sa nutrition et à son développement. Seulement on peut croire que dans les derniers temps il prend de la nourriture par la bouche *, puisqu’on trouve dans son estomac une liqueur semblable à celle que contient l’amnios, de l’urine dans la vessie, et des excréments dans les intestins ; et comme on ne trouve ni urine, ni méconium, c’est le nom de ces excréments , dans la capacité de l’amnios, il y a tout lieu de croire que le fœtus ne rend point d’excréments, d’autant plus qu’on en a vu naître sans avoir l’anus percé, et sans qu’il y eût pour cela une plus grande quantité de méconium dans les intestins.
Quoique le fœtus ne tienne pas immédiatement à la matrice1 2, qu’il n’y soit attaché que par de petits mamelons extérieurs à ses enveloppes, qu’il n’y ait aucune communication du sang de la mère avec le sien3, qu’en un mot il soit à plusieurs égards aussi indépendant de la mère qui le porte, que l’œuf l’est de la poule qui le couve 4, on a prétendu que tout ce qui affectait la mère affectait aussi le fœtus ; que les impressions de l’une agissaient sur le cerveau de l’autre, et on a attribué à cette influence imaginaire les ressemblances, les monstruosités, et surtout les taches qu’on voit sur la peau. J’ai examiné plusieurs de ces marques, et je n’ai jamais aperçu que des taches qui m’ont paru causées par un dérangement dans le tissu de la peau. Toute tache doit nécessairement avoir une figure qui ressemblera, si l’on veut, à quelque chose, mais je crois que la ressemblance que l’on trouve dans cellesci dépend plutôt de l’imagination de ceux qui les voient, que de celle de la mère. On a poussé sur ce sujet le merveilleux aussi loin qu’il pouvait aller :
1 . Le fœtus ne prend pas de la nourriture par la bouche; il ne se nourrit pas de la liqueur de l’amnios , ni de la matière laiteuse de la matrice, etc. La vraie et unique source de la nutrition du fœtus est la communication du sang de la mère avec le sien. C’est par cette communication que le fœtus se nourrit et respire.
2. Il y tient immédiatement , et très-intimement, par le placenta.