‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de CuvierChapitre 243 sur 251 · COI · texte numérisé non relu

COI

Les ovaires ou testicules des femelles sont donc dans un travail continuel depuis la puberté jusqu’à l'àge de stérilité. Dans les espèces où la femelle n’entre en chaleur qu’une seule fois par an, il ne croit ordinairement qu’un ou deux corps glanduleux sur chaque testicule, et quelquefois sur un seul ; ils se trouvent en pleine maturité dans le temps de la chaleur dont ils paraissent être la cause occasionnelle; c’est aussi pendant ce temps qu’ils laissent échapper la liqueur contenue dans leur cavité, et dès que ce réservoir est épuisé, et que le testicule ne lui fournit plus de liqueur, la chaleur cesse et la femelle ne se soucie plus de recevoir le mâle ; les corps glanduleux qui ont fait alors toutes leurs fonctions commencent à se flétrir, ils s’affaissent, se dessèchent peu à peu, et finissent par s’oblitérer en ne laissant qu’une petite cicatrice sur la peau du testiticule. L'année suivante, avant le temps de la chaleur, on voit germer de nouveaux corps glanduleux sur les testicules, mais jamais dans le même endroit où étaient les précédents ; ainsi les testicules de ces femelles, qui n’entrent en chaleur qu’une fois par an, n'ont de travail que pendant deux ou trois mois, au lieu que ceux de la femme, qui peut concevoir en toute saison, et dont la chaleur, sans être bien marquée, ne laisse pas d’être durable et même continuelle, sont pussi dans un travail continuel ; les corps glanduleux y germent en tout temps; il y en a toujours quelques-uns d’entièrement mûrs, d’autres approchant de la maturité, et d’autres, en plus grand nombre, qui sont oblitérés, et qui ne laissent que leur cicatrice à la surface du testicule.

On voit, par l’observation de M. Ambroise Bertrandi, citée ci-dessus, que quand ces corps glanduleux prennent une végétation trop forte, ils causent dans toutes les parties sexuelles une ardeur si violente qu’on l’a appelée/ureM?’ utérine ; si quelque chose peut la calmer c’est l’évacuaiion de la surabondance de cette liqueur séminale filtrée en trop grande quantité par ces corps glanduleux trop puissants; la continence produit, dans ce cas, les plus funestes effets; car si cette évacuation n’est pas favorisée par l’usage du mâle, et par la conception qui doit en résulter, tout le système sexuel tombe en irritation et arrive à un tel érétisme que quelquefois la mort s’ensuit et souvent la démence.

C’est à ce travail continuel des testicules de la femme, travail causé par la germination et l'oblitération presque continuelle de ces corps glanduleux , qu’on doit attribuer la cause d’un grand nombre des maladies du sexe. Les observations recueillies par les médecins anatomistes, sous le nom de maladies des ovaires, sont peut-être en plus grand nombre que celles des maladies de toute autre partie du corps, et cela ne doit pas nous surprendre , puisque l’on sait que ces parties ont de plus que les autres, et indépendamment de leur nutrition, uu travail particulier presque continuel, qui ne peut s’opérer qu’à leurs dépens, leur faire des blessures et finir par les charger de cicatrices.

Les vésicules qui composent presque toute la substance des testicules des femelles, et qu’on croyait jusqu’à nos jours être les œufs des vivipares , ne sont rien autre chose que les réservoirs d’une lymphe épurée, qui fait la première base de la liqueur séminale : cette lymphe, qui remplit les vésicules, ne contient encore aucune molécule animée, aucun atome vivant ou se mouvant; mais dès qu’elle a passé par le filtre du corps glanduleux et qu’elle est déposée dans sa cavité, elle change de nature; car dès lors elle paraît composée , comme la liqueur séminale du mâle , d’un nombre infini de particules organiques vivantes et toutes semblables à celles que l’on observe dans la liqueur évacuée par le mâle, ou tirée de ses vésicules séminales. C’était donc par une illusion bien grossière 1 que les anatomistes modernes, prévenus du système des œufs, prenaient ces vésicules, qui composent la substance et forment l’organisation des testicules, pour les œufs des femelles vivipares; et c’était non-seulement par une fausse

t. L'illusion n’était pas du cû'é des anatomistes.

ADDITIONS

analogie 1 qu’on avait transporté le mode de la génération des ovipares aux vivipares, mais encore par une grande erreur qu’on attribuait à l’œuf presque toute la puissance et l’effet de la génération. Dans tous les genres, l’œuf, selon ces physiciens anatomistes, contenait le dépôt sacré des germes préexistants, qui n’avaient besoin pour se développer que d’être excités par l’esprit séminal ( aura seminalis ) du male; les œufs de la première femelle contenaient non-seulement les germes des enfants qu’elle devait ou pouvait produire, mais ils renfermaient encore tous les germes de sa postérité, quelque nombreuse et quelque éloignée qu’elle pût être 2 3. Rien de plus faux que toutes ces idées; mes expériences ont clairement démontré qu’il n’existe point d’œuf dans les femelles vivipares, qu’elles ont comme le mâle leur liqueur séminale, que cette liqueur réside dans la cavité des corps glanduleux, qu’elle contient, comme celle des mâles, une infinité de molécules organiques vivantes. Ces mêmes expériences démontrent de plus que les femelles ovipares ont, connue les vivipares, leur liqueur séminale toute semblable à celle du mâle ; que cette semence de la femelle est contenue dans une très-petite partie de l’œuf, qu’on appelle la cicatricule5 ; que l'on doit comparer cette cicatriculede l’œuf des femelles ovipares au corps glanduleux des testicules des vivipares , puisque c’est dans cette cicatricule que se filtre et se conserve la semence de la femelle ovipare , comme la semence de la femelle vivipare se filtre et se conserve de même dans le corps glanduleux ; que c’est à cette même cicatricule que la liqueur du mâle arrive pour pénétrer celle de la femelle et y former l’embryon ; que toutes les autres parties de l’œuf ne servent qu’à sa nutrition et à son développement.; qu’enfin l’œuf lui-même n’est qu’une vraie matrice4, une espèce de viscère portatif, qui remplace dans les femelles ovipares la matrice qui leur manque : la seule différence qu’il y ait entre ces deux viscères, c’est que l’œuf doit se séparer du corps de l’animal , au lieu que la matrice y est fixement adhérente ; que chaque femelle vivipare n’a qu’une matrice qui fait partie constituante de son corps, et qui doit servir à porter tous les individus qu’elle produira , au lieu que dans la femelle ovipare il se forme autant d’œufs , c’est-à-dire autant de matrices qu’elle doit produire d’embryons, en la supposant fécondée par le mâle. Cette production d’œufs ou de matrices se fait successivement et en fort grand nombre, elle se fait indépendamment de la communication du mâle ; et lorsque l’œuf ou matrice n’est pas imprégné dans sa primeur, et que la semence de la femelle contenue dans la cicatricule de cet œuf naissant n’est pas fécondée, c’est-à-dire pénétrée de la semence du mâle, alors cette matrice, quoique parfaitement formée à tous autres égards, perd sa fonction principale , qui est de nourrir l’embryon qui ne commence à s’y développer que par la chaleur de l’incubation.

Lorsque la femelle pond, elle n’accouche donc pas d’un fœtus, mais d’une matrice entièrement formée ; et lorsque cette matrice a été précédemment fécondée par le mâle, elle contient dans sa cicatricule le petit embryon dans un étal de repos ou de non-vie,

1. Ce n’était pas une fausse analogie. Une très-belle suite de travaux a prouvé, depuis Buffon, que le même mode de génération règne partout: vivipares ou ovipares, tous les animaux viennent également d'un œuf.

2. Leibniz disait que tous les germes étaient contenus les uns dans les autres, en réalité. A mon avis, c’est en puissance qu’il fallait dire. C’est la puissance de se reproduire à l’infini qui a été donnée au premier être ‘dans chaque espèce , et qui de celui-là s’est transmise à tous les autres.

3. Nouvelle supposition, et toujours imaginée pour le système. Il fallait bien que la liqueur séminale de la femelle des ovipares fût contenue dans une partie de l’œuf, puisque , dans la plupart des ovipares (dans la plupart des poissons, par exemple), le mâle n’a aucun rapport avec la femelle.

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