HISTOIRE ET THÉORIE DE LA TERRE
l’univers ; c’est sa constitution intérieure, sa forme et sa matière que nous nous proposons d’examiner. L’histoire générale de la terre doit précéder l’histoire particulière de ses productions , et les détails des faits singuliers de la vie et des mœurs des animaux ou de la culture et de la végétation des plantes, appartiennent peut-être moins à l’histoire naturelle que les résultats généraux des observations qu’on a faites sur les différentes matières qui composent le globe terrestre, sur les éminences, les profondeurs et les inégalités de sa forme, sur le mouvement des mers, sur la direction des montagnes, sur la position des carrières, sur la rapidité et les effets des courants de la mer, etc. Ceci est la nature en grand, et ce sont là ses principales opérations, elles influent sur toutes les autres, et la théorie de ces effets est une première science de laquelle dépend l’intelligence des phénomènes particuliers, aussi bien que la connaissance exacte des substances terrestres ; et quand même on voudrait donner à cette partie des sciences naturelles le nom d & physique *, toute physique où l’on n’admet point de systèmes n’est-elle pas l’histoire de la nature?
Dans des sujets d’une vaste étendue dont les rapports sont difficiles à rapprocher, où les faits sont inconnus en partie, et pour le reste incertains, il est plus aisé d’imaginer un système que de donner une théorie; aussi la théorie de la terre n’a-t-elle jamais été traitée que d’une manière vague et hypothétique. Je ne parlerai donc que légèrement des idées singulières de quelques auteurs qui ont écrit sur cette matière.
L’un“, plus ingénieux que raisonnable, astronome convaincu du système de Newton, envisageant tous les événements possibles du cours et de la direction des astres, explique, à l’aide d’un calcul mathématique, par la queue d’une comète2, tous les changements qui sont arrivés au globe terrestre.
Un autre6 , théologien hétérodoxe, la tête échauffée de visions poétiques, croit avoir vu créer l’univers; osant prendre le style prophétique, après nous avoir dit ce qu’était la terre au sortir du néant, ce que le déluge y a changé, ce qu’elle a été et ce qu’elle est, il nous prédit ce qu’elle sera, même après la destruction du genre humain.
Un troisième0, à la vérité meilleur observateur que les deux premiers, mais tout aussi peu réglé dans ses idées, explique par un abîme immense d’un liquide contenu dans les entrailles du globe, les principaux phénomènes de la terre, laquelle, selon lui, n’est qu’une croûte super-
a. Whiston. Voyez les Preuves de la Théorie de la terre, art. n.
b. Burnet. Voyez les Preuves de la Théorie de la terre, art. ni.
c. Woodward. Voyez les Preuves, art. iv.
1 Les faits, éuumérés ici par Buffon, se partagent aujourd’hui en deux sciences : la physique du globe et la géologie.
2. Buffon se moque ici de la comète de Whiston, et bientôt il va lui-même en imaginer une. (Voyez, ci-après, l’article sur la formation des planètes.)
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ficielle et fort mince qui sert d’enveloppe au fluide qu’elle renferme.
Toutes ces hypothèses faites au hasard, et qui ne portent que sur des fondements ruineux, n’ont point éclairci les idées et ont confondu les faits, on a mêlé la fahle à la physique ; aussi ces systèmes n’ont été reçus que de ceux qui reçoivent tout aveuglément, incapables qu’ils sont de distinguer les nuances du vraisemblable, et plus flattés du merveilleux que frappés du vrai.
Ce que nous avons à dire au sujet de la terre sera sans doute moins extraordinaire, et pourra paraître commun en comparaison des grands systèmes dont nous venons de parler; mais on doit se souvenir qu’un historien est fait pour décrire et non pour inventer, qu’il ne doit se permettre aucune supposition, et qu’il ne peut faire usage de son imagination que pour combiner les observations, généraliser les faits, et en former un ensemble qui présente à l’esprit un ordre méthodique d’idées claires et de rapports suivis et vraisemblables; je dis vraisemblables, car il ne faut pas espérer qu’on puisse donner des démonstrations exactes sur cette matière, elles n’ont lieu que dans les sciences mathématiques, et nos connaissances en physique et en histoire naturelle dépendent de l’expérience et se bornent à des inductions.
Commençons donc par nous représenter ce que l’expérience de tous les temps et ce que nos propres observations nous apprennent au sujet de la terre. Ce globe immense nous offre à la surface, des hauteurs, des profondeurs, des plaines, des mers, des marais, des fleuves, des cavernes, des gouffres, des volcans , et à la première inspection nous ne découvrons entoutcela aucune régularité, aucun ordre. Si nous pénétrons dans son intérieur, nous y trouvons des métaux, des minéraux, des pierres, des bitumes, des sables, des terres, des eaux et des matières de toute espèce, placées comme au hasard et sans aucune règle apparente; en examinant avec plus d’attention, nous voyons des montagnes0 affaissées, des rochers fendus et brisés, des contrées englouties, des îles nouvelles, des terrains submergés, des cavernes comblées; nous trouvons des matières pesantes souvent posées sur des matières légères, des corps durs environnés de substances molles, des choses sèches, humides, chaudes, froides, solides, friables, toutes mêlées et dans une espèce de confusion qui ne nous présente d’autre image que celle d’un amas de débris et d’un monde en ruines.
Cependant nous habitons ces ruines avec une entière sécurité; les générations d’hommes, d’animaux, de plantes se succèdent sans interruption, la terre fournit abondamment à leur subsistance; la mer a des limites et des lois, ses mouvements y sont assujettis, l’air a ses courants b réglés, les saisons »ont leurs retours périodiques et certains, la verdure n’a jamais manqué de
a, \id. Senec. quœst. lib. VI, cap. xxi. — Strab. Geograyli. lib. I. — Orosius, lib. If, cap. xvm, — P lin. lib. II, cap. xix. — IJist. de l’ Acad, des Sc. année 1708, p. 23.
b. Voyez les Preuves, art. xiv.
DE LA TERRE
succéder aux frimas : tout nous paraît être dans l’ordre; la terre qui tout à l’heure n’était qu’un chaos, est un séjour délicieux où régnent le calme et l’harmonie , où tout est animé et conduit avec une puissance et une intelligence qui nous remplissent d’admiration et nous élèvent jusqu’au Créateur.
Ne nous pressons donc pas de prononcer sur l’irrégularité que nous voyons à la surface de la terre, et sur le désordre apparent qui se trouve dans son intérieur, car nous en reconnaîtrons bientôt l’utilité et même la nécessité; et en y faisant plus d’attention nous y trouverons peut-être un ordre que nous ne soupçonnions pas, et des rapports généraux que nous n’apercevions pas au premier coup d’œil. A la vérité, nos connaissances à cet égard seront toujours bornées : nous ne connaissons point encore la surface entière du “ globe, nous ignorons en partie ce qui se trouve au fond des mers, il y en a dont nous n’avons pu sonder les profondeurs : nous ne pouvons pénétrer que dans l’écorce de la terre, et les plus grandes cavités 6 , les mines c les plus profondes ne descendent pas à la huit-millième partie de son diamètre 1 ; nous ne pouvons donc juger que de la couche extérieure et presque superficielle, l’intérieur de la masse nous est entièrement inconnu : on sait que, volume pour volume, la terre pèse quatre fois plus que le soleil ; on a aussi le rapport de sa pesanteur avec les autres planètes , mais ce n’est qu’une estimation relative, l’unité de mesure nous manque, le poids réel de la matière nous étant inconnu , en sorte que l’intérieur de la terre pourrait être ou vide ou rempli d’une matière mille fois plus pesante que l’or, et nous n’avons aucun moyen de le reconnaître; à peine pouvons-nous former sur cela quelques conjectures d raisonnables 2.
Il faut donc nous borner à examiner et à décrire la surface de la terre, et la petite épaisseur intérieure dans laquelle nous avons pénétré. La première
а. Voyez les Preuves, art. vi.
б. Voyez Trans. phil. Abr. vol. II, p. 323.
c. Voyez Boyle’s Works, vol. III, p. 232.
d. Voyez les Preuves, art. i.
1. La plus grande profondeur, qui ait encore été atteinte, est celle du puits artésien de Neu- Salz'werlt, près deMinden, en Prusse; elle est de 680 mètres; le puits de Grenelle, à Paris, a 847 mètres ; et le rayon de la terre est de 6,366,000 mètres. — On voit combien sont relativement petites les plus grandes profondeurs où nous soyons parvenus.
2. L’observation du pendule, à de grandes profondeurs, montre l’accroissement rapide de la densité, à mesure qu’on descend au-dessous de la surface du globe. « Les recherches récentes, « que Reich a faites avec la balance de torsion (qu’on peut considérer comme un pendule oscillant « horizontalement), ont fixé la densité moyenne de la terre entière à 8,44, celle de l’eau pure « étant prise pour unité. Or, d’après la nature des roches qui composent les couches supérieures « de la partie solide du globe, la densité des continents est à peine de 2,7 ; par conséquent, la « densité moyenne des continents et des mers n’atteint pas 1,6. On voit par là combien la densité « des couches intérieures doit croître vers le centre , soit par suite de la pression qu’elles sup- « portent, soit à cause de la nature de leurs matériaux. » (Voyez M. de Huhboldt : Cosmos, t. I, p. 191.)
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chose qui se présente, c’est l’immense quantité d’eau qui couvre la plus grande partie du globe ; ces eaux occupent toujours les parties les plus basses, elles sont aussi toujours de niveau, et elles tendent perpétuellement à l’équilibre et au repos : cependant nous les voyons0 agitées par une forte puissance, qui s’opposant à la tranquillité de cet élément, lui imprime un mouvement périodique et réglé, soulève et abaisse alternativement les flots, et fait un balancement de la masse totale des mers en les remuant jusqu’à la plus grande profondeur. Nous savons que ce mouvement est de tous les temps, et qu’il durera autant que la lune et le soleil qui en sont les causes.
Considérant ensuite le fond de la mer, nous y remarquons autant d’inégalités b que sur la surface de la terre ; nous y trouvons des hauteurs c, des vallées, des plaines, des profondeurs, des rochers, des terrains de toute espèce; nous voyons que toutes les îles ne sont que les sommets d dévastés montagnes, dont le pied et les racines sont couverts de l’élément liquide ; nous y trouvons d’autres sommets de montagnes qui sont presqu’à fleur d’eau, nous y remarquons des courants e rapides qui semblent se soustraire au mouvement général : on les voit f se porter quelquefois constamment dans la même direction, quelquefois rétrograder et ne jamais excéder leurs limites, qui paraissent aussi invariables que celles qui bornent les efforts des fleuves de la terre. Là sont ces contrées orageuses où les vents en fureur précipitent la tempête, où la mer et le ciel également agités se choquent et se confondent; ici sont des mouvements intestins, des bouillonnements 0, des trombes h, et des agitations extraordinaires causées par des volcans dont la bouche submergée vomit le feu du sein des ondes, et pousse jusqu’aux nues une épaisse vapeur mêlée d’eau, de soufre et de bitume. Plus loin je vois ces gouffres * dont on n’ose approcher, qui semblent attirer les vaisseaux pour les engloutir : au delà j’aperçois ces vastes plaines toujours calmes et tranquilles i, mais tout aussi dangereuses, où les vents n’ont jamais exercé leur empire, où l’art du nautonier devient inutile, où il faut rester et périr; enfin portant les yeux jusqu’aux extrémités du globe, je vois ces glaces 4 énormes qui se détachent des continents des pôles, et viennent comme
a. Voyez les Preuves, art. xii.
b. Voyez les Preuves, art. xm.
c. Voyez la carte dressée en 1737 par M. Buache, des profondeurs de l’Océan entre l’Afrique et l’Amérique.
d. Voyez Varcn. Geogr. gen. p. 218.
e. Voyez les Preuves, art. xm.
f. Voyez Varcn. p. 140. — Voyez aussi les Voyages de Pyrard, p. 137.
g. Voyez les Voyages de Sliaw, tom. II, p. SG.
h. Voyez les Preuves, art. xvi.
î. Le Malestroom dans la mer de Norvège.
j. Les calmes et les tornados de la mer Étlùopique.
k. Voyez les Preuves, art. vi et x.
DE LA TERRE
des montagnes flottantes voyager et se fondre jusque dans les régions tempérées a.
Voilà les principaux objets que nous offre le vaste empire de la mer; des milliers d’habitants de différentes espèces en peuplent toute l’étendue, les uns couverts d’écailles légères en traversent avec rapidité les différents pays, d’autres chargés d’une épaisse coquille se traînent pesamment et marquent avec lenteur leur route sur le sable ; d’autres à qui la nature a donné des nageoires en forme d’ailes, s’en servent pour s’élever et se soutenir dans les airs; d’autres enfin à qui tout mouvement a été refusé, croissent et vivent attachés aux rochers; tous trouvent dans cet élément leur pâture; le fond de la mer produit abondamment des plantes, des mousses et des végétations encore plus singulières; le terrain de la mer est de sable, de gravier, souvent de vase, quelquefois de terre ferme, de coquillages, de rochers, et partout il ressemble à la terre que nous habitons.
Voyageons maintenant sur la partie sèche du globe, quelle différence prodigieuse entre les climats! quelle variété de terrains! quelle inégalité de niveau! mais observons exactement, et nous reconnaîtrons que les grandes6 chaînes de montagnes se trouvent plus voisines de l’équateur que des pôles; que dans l’ancien continent elles s’étendent d’orient en occident beaucoup plus que du nord au sud, et que dans le Nouveau-Monde elles s’étendent au contraire du nord au sud beaucoup plus que .d’orient en occident; mais ce qu’il y a de très-remarquable, c’est que la forme de ces montagnes et leurs contours qui paraissent absolument irréguliers 0 , ont cependant des directions suivies et correspondantes d entre elles, en sorte que les angles saillants d’une montagne se trouvent toujours opposés aux angles rentrants de la montagne voisine qui en est séparée par un vallon ou par une profondeur. J’observe aussi que les collines opposées ont toujours à très-peu près la même hauteur, et qu’en général les montagnes occupent le milieu des continents et partagent dans la plus grande longueur les îles, les promontoires et les autres * terres avancées : je suis de même la direction des plus grands fleuves, et je vois qu’elle est toujours presque perpendiculaire à la côte de la mer dans laquelle ils ont leur embouchure, et que dans la plus grande partie de leur cours ils vont à peu près f comme les chaînes de montagnes dont ils prennent leurs sources et leur direction. Examinant ensuite les rivages de la mer, je trouve qu’elle est ordinairement bornée par des rochers, des marbres et d’autres pierres dures, ou bien par des terres et des sables qu’elle a elle-même accumulés ou que les fleuves ont amenés, et je remarque que
a Voyez la Carte de l’expédition de M. Bouvet, dressée par M. Buache en 1739.
b. Voyez les Preuves, art. ix.
c. Voyez les Preuves, art. ix et xu.
d. Voyez Lettres philos, de Bourguet, p. 181.
e. Vid. Varenii Geogr.y.69.
f. Voyez les Preuves, art. x.
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les côtes voisines, et qui ne sont séparées que par un bras ou par un petit trajet de mer, sont composées des mêmes matières, et que les lits de terre sont les mêmes de l’un et de l’autre côté®; je vois que les volcans se 6 trouvent tous dans les hautes montagnes1, qu’il y en a un grand nombre dont les feux sont entièrement éteints, que quelques-uns de ces volcans ont des correspondances c souterraines, et que leurs explosions se font quelquefois en même temps. J’aperçois une correspondance semblable entre certains lacs et les mers voisines; ici sont des fleuves et des torrents d qui se perdent tout à coup et paraissent se précipiter dans les entrailles de la terre ; là est une mer intérieure où se rendent cent rivières qui y portent de toutes parts une énorme quantité d’eau sans jamais augmenter ce lac immense , qui semble rendre par des voies souterraines tout ce qu’il reçoit par ses bords; et chemin faisant je reconnais aisément les pays anciennement habités, je les distingue de ces contrées nouvelles où le terrain paraît encore tout brut, où les fleuves sont remplis de cataractes, où les terres sont en partie submergées, marécageuses ou trop arides, où la distribution des eaux est irrégulière, où des bois incultes couvrent toute la surface des terrains qui peuvent produire.
Entrant dans un plus grand détail, je vois que la première couche e qui enveloppe le globe est partout d’une même substance; que cette substance qui sert à faire croître et à nourrir les végétaux et les animaux, n’est ellemême qu’un composé de parties animales et végétales détruites, ou plutôt réduites en petites parties, dans lesquelles l’ancienne organisation n’est pas sensible. Pénétrant plus avant je trouve la vraie terre, je vois des couches de sable, de pierres à chaux, d’argile, de coquillages, de marbres, de gravier, de craie, de plâtre, etc., et je remarque que ces f couches sont toujours posées parallèlement les unes » sur les autres, et que chaque couche a la même épaisseur dans toute son étendue : je vois que dans les collines voisines les mêmes matières se trouvent au même niveau, quoique les collines soient séparées par des intervalles profonds et considérables. J’observe que dans tous les lits de terre, eth même dans les couches plus solides, comme dans les rochers, dans les carrières de marbres et de pierres, il y a des fentes, que ces fentes sont perpendiculaires à l’horizon, et que dans les plus grandes comme dans les plus petites profondeurs, c’est une espèce de règle que la nature suit constamment. Je vois de plus que dans l’intérieur de Ja
a. Voyez les Preuves, art. vu.
b. Voyez les Preuves, art. xvi.
c. Vid. Kircher. Mund. Subter. in præf.
d. Voyez Varen. Gcogr. p. 43.
e. Voyez les Preuves, art. vu.
f. Voyez les Preuves, art. vu.
g. Voyez NVoodward, p. 41, etc.
h. Voyez les Preuves, art. vm.
1 Voyez, plus loin, mes notes sur les Volcans.
DE LA TERRE
terre, sur la cime des monts “ et dans les lieux les plus éloignés de la mer, on trouve des coquilles, des squelettes de poissons de mer, des plantes marines, etc., qui sont entièrement semblables aux coquilles, aux poissons, aux plantes actuellement vivantes dans la mer, et qui en effet sont absolument les mêmes1. Je remarque que ces coquilles pétrifiées sont en prodigieuse quantité, qu’on en trouve dans une infinité d’endroits, qu’elles sont renfermées dans l’intérieur des rochers et des autres masses de marbre et de pierre dure, aussi bien que dans les craies et dans les terres; et que non-seulement elles sont renfermées dans toutes ces matières, mais qu’elles y sont incorporées, pétrifiées et remplies de la substance même qui les environne: enfin je me trouve convaincu par des observations réitérées que les marbres, les pierres, les craies, les marnes, les argiles, les sables et presque toutes les matières terrestres, sont remplies de b coquilles et d’autres débris de la mer, et cela par toute la terre et dans tous les lieux où l’on a pu faire des observations exactes.
Tout cela posé, raisonnons.
Les changements qui sont arrivés au globe terrestre depuis deux et même trois mille ans sont fort peu considérables en comparaison des révolutions qui ont dû se faire dans les premiers temps après la création , car il est aisé de démontrer que comme toutes les matières terrestres n’ont acquis de la solidité que par l’action continuée de la gravité et des autres forces qui rapprochent et réunissent les particules de la matière, la surface de la terre devait être au commencement beaucoup moins solide qu’elle ne l’est devenue dans la suite, et que par conséquent les mêmes causes qui ne produisent aujourd’hui que des changements presque insensibles dans l’espace de plusieurs siècles, devaient causer alors de très-grandes révolutions dans un petit nombre d’années ; en effet il paraît certain que la terre actuellement sèche et habitée a été autrefois sous les eaux de la mer, et que ces eaux étaient supérieures aux sommets des plus hautes montagnes , puisqu’on trouve sur ces montagnes et jusque sur leurs sommets, des productions marines et des coquilles 2, qui comparées avec les coquillages vivants sont
a. Voyez les Preuves, art. vin.
b. Voy. Stenon, Woodward, Ray, Bourguet, Sclieuclizer,lesTrans. pli il., lesMém. de l’Acad.,etc.