‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de CuvierChapitre 43 sur 251 · ARTICLE IV · texte numérisé non relu

ARTICLE IV

DU SYSTÈME DE M. WOODWARD a.

On peut dire de cet auteur qu’il a voulu élever un monument immense sur une base moins solide que le sable mouvant, et bâtir l’édifice du monde avec de la poussière; car il prétend que dans le temps du déluge il s’est fait une dissolution totale de la terre; la première idée qui se présente après avoir lu son livre, c’est que cette dissolution s’est faite par les eaux du grand abîme, qui se sont répandues sur la surface de la terre, et qui ont délayé et réduit en pâte les pierres, les rochers, les marbres, les métaux, etc. Il prétend que l’abîme, où cette eau était renfermée, s’ouvrit tout d’un coup à la voix de Dieu, et répandit sur la surface de la terre la quantité énorme d’eau qui était nécessaire pour la couvrir et surmonter de beaucoup les plus hautes montagnes, et que Dieu suspendit la cause de la cohésion des corps, ce qui réduisit tout en poussière, etc. Il ne fait pas attention que, par ces suppositions, il ajoute au miracle du déluge universel d’autres miracles, ou tout au moins des impossibilités physiques qui ne s’accordent ni avec la lettre de la sainte Écriture, ni avec les principes mathématiques de la philosophie naturelle. Mais comme cet auteur a le mérite d’avoir rassemblé plusieurs observations importantes, et qu’il connaissait mieux que ceux qui ont écrit avant lui les matières dont le globe est composé, son système, quoique mal conçu et mal digéré, n’a pas laissé d’éblouir les gens séduits par la vérité de quelques faits particuliers, et peu difficiles sur la vraisemblance des conséquences générales. Nous avons donc cru devoir présenter un extrait de cet ouvrage, dans lequel, en rendant justice au mérite de l’auteur et à l’exactitude de ses observations , nous mettrons le lecteur en état déjuger de l’insuffisance de son système et de la fausseté de quelques-unes de ses remarques. M. \Yoodward dit avoir reconnu par ses yeux que toutes les matières qui composent la terre en Angleterre, depuis sa surface jusqu’aux endroits les plus profonds où il est descendu , étaient disposées par couches, et que dans un grand nombre de ces couches il y a des coquilles et d’autres productions marines ; ensuite il ajoute que par ses correspondants et par ses amis il s’est assuré que dans tous les autres pays la terre est composée de même, et qu’on y trouve des coquilles non-seulement dans les plaines et en quelques endroits, mais encore sur les plus hautes montagnes, dans les carrières les plus profondes et en une infinité d’endroits; il a vu que ces couches étaient horizontales et posées les unes sur les autres , comme le seraient des matières transportées par les eaux et déposées en forme de sédiments. Ces remarques générales, qui sont très-vraies, sont suivies d’observations particulières

a. Jean Woodward. An Essay lowards the Kalural Iliatory of lhe Earth , etc.

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