DE M. BURNET
très-différente de celle que nous lui voyons aujourd’hui. C’était d’abord une masse fluide, un chaos composé de matières de toutes espèces et de toutes sortes de figures; les plus pesantes descendirent vers le centre et formèrent au milieu du globe un corps dur et solide, autour duquel les eaux plus légères se rassemblèrent et enveloppèrent de tous côtés le globe intérieur; l’air et toutes les liqueurs plus légères que l’eau la surmontèrent et l’enveloppèrent aussi dans toute la circonférence : ainsi entre l’orbe de l’air et celui de l’eau, il se forma un orbe d’huile et de liqueur grasse plus légères que l’eau ; mais comme l’air était encore fort impur et qu’il contenait une très-grande quantité de petites particules de matière terrestre, peu à peu ces particules descendirent, tombèrent sur la couche d’huile, et formèrent un orbe terrestre mêlé de limon et d’huile, et ce fut là la première terre habitable et le premier séjour de l’homme. C’était un excellent terrain, une cerre légère, grasse, et faite exprès pour se prêter à la faiblesse des premiers germes. La surface du globe terrestre était donc dans ces premiers temps égale, uniforme, continue, sans montagnes, sans mers et sans inégalités; mais la terre ne demeura qu’environ seize siècles dans cet état, car la chaleur du soleil, desséchant peu à peu cette croûte limoneuse, la fit fendre d’abord à la surface ; bientôt ces fentes pénétrèrent plus avant et s’augmentèrent si considérablement avec le temps, qu’enfin elles s’ouvrirent en entier ; dans un instant toute la terre s’écroula et tomba par morceaux dans l’abîme d’eau qu’elle contenait, voilà comme se fit le déluge universel.
Mais toutes ces masses de terre en tombant dans l’abîme entraînèrent une grande quantité d’air, et elles se heurtèrent, se choquèrent, se divisèrent, s’accumulèrent si irrégulièrement, qu’elles laissèrent entre elles de grandes cavités remplies d’air; les eaux s’ouvrirent peu à peu les chemins de ces cavités, et , à mesure qu’elles les remplissaient, la surface de la terre se découvrait dans les parties les plus élevées, enfin il ne resta de l’eau que dans les parties les plus basses, c’est-à-dire, dans les vastes vallées qui contiennent la mer ; ainsi notre océan est une partie de l’ancien abîme , le reste est entré dans les cavités intérieures avec lesquelles communique l’océan. Les îles et les écueils sont les petits fragments, les continents sont les grandes masses de l’ancienne croûte ; et, comme la rupture et la chute de cette croûte se sont faites avec confusion, il n’est pas étonnant de trouver sur la terre des éminences, des profondeurs, des plaines et des inégalités de toute espèce.
Cet échantillon du système de Burnet suffit pour en donner une idée; c’est un roman bien écrit, et un livre qu’on peut lire pour s’amuser, mais qu’on ne doit pas consulter pour s’instruire. L’auteur ignorait les principaux phénomènes de la terre, et n’était nullement informé des observations ; il a tout tiré de son imagination qui, comme l’on sait, sert volontiers aux dépens de la vérité.
DU SYSTÈME