‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de CuvierChapitre 57 sur 251 · Voyez la note 1 de la page précédente · texte numérisé non relu

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2. Jais ou lignite. Même remarque que pour le charbon de terre ou la houille.

perpendiculaires des rochers, ou partout ailleurs, ne sont que des exsudations1, des cailloux en grande masse, des sucs concrets de ces mêmes matières, des pierres parasites nouvelles , de vraies stalactites de caillou ou de roc vif.

On ne trouve jamais de coquilles ni dans le roc vif ou granité, ni dans le grès, au moins je n’y en ai jamais vu, quoiqu’on en trouve, et même assez souvent, dans le sable vitrifiable duquel ces matières tirent leur origine; ce qui semble prouver que le sable ne peut s’unir pour former du grès ou du roc vif, que quand il est pur, et que s’il est mêlé de substances d’un autre genre, comme sont les coquilles, ce mélange de parties, qui lui sont hétérogènes, en empêche la réunion. J’ai observé, dans le dessein de m’en assurer, ces petites pelotes qui se forment souvent dans les couches de sable mêlé de coquilles , et je n’y ai jamais trouvé aucune coquille ; ces pelotes sont un véritable grès, ce sont des concrétions qui se forment dans le sable aux endroits où il n’est pas mêlé de matières hétérogènes, qui s’opposent à la formation des bancs ou d’autres masses plus grandes que ces pelotes.

Nous avons dit qu’on a trouvé à Amsterdam, qui est un pays dont le terrain est fort bas, des coquilles de mer à 100 pieds de profondeur sous terre, et à Marly-la-Ville à 6 lieues de Paris, à 75 pieds : on en trouve de même au fond des mines et dans des bancs de rochers au-dessous d’une hauteur de pierre de 50, 100, 200 et jusqu’à mille pieds d’épaisseur, comme il est aisé de le remarquer dans les Alpes et dans les Pyrénées; il n’y a qu’à examiner de près les rochers coupés à plomb, et on voit que dans les lits inférieurs il y a des coquilles et d’autres productions marines : mais, pour aller par ordre, on en trouve sur les montagnes d’Espagne, sur les Pyrénées, sur les montagnes de France, sur celles d’Angleterre, dans toutes les carrières de marbre en Flandre, dans les montagnes de Gueldre, dans toutes les collines autour de Paris, dans toutes celles de Bourgogne et de Champagne, en un mot dans tous les endroits où le fond du terrain n’est pas de grès ou de tuf; et dans la plupart des lieux dont nous venons de parler, il y a presque dans toutes les pierres plus de coquilles que d'autres matières. J’entends ici par coquilles, non - seulement les dépouilles des coquillages, mais celles des crustacés, comme têts et pointes d’oursin, et aussi toutes les productions des insectes de mer, comme les madrépores, les coraux, les astroïtes, etc. Je puis assurer, et on s’en convaincra par ses yeux quand on le voudra, que dans la plupart des pierres calcinables et des marbres il y a une si grande quantité de ces productions marines, qu’elles paraissent surpasser en volume la matière qui les réunit.

Mais suivons : on trouve ces productions marines dans les Alpes, même

l. Voyez, ci-devant, la note de la page 5.

au-dessus des plus hautes montagnes, par exemple, au-dessus du mont Cenis ; on en trouve dans les montagnes de Gênes, dans les Apennins et dans la plupart des carrières de pierre ou de marbre en Italie. On en voit dans les pierres dont sont bâtis les plus anciens édifices des Romains ; il y en a dans les montagnes du Tyrol et dans le centre de l’Italie , au sommet du mont Paterne près de Boulogne, dans les mêmes endroits qui produisent cette pierre lumineuse qu’on appelle la pierre de Boulogne : on en trouve dans les collines de la Pouille, dans celles de la Calabre, en plusieurs endroits de l’Allemagne et de la Hongrie , et généralement dans tous les lieux élevés de l’Europe. (Yoyez, sur cela, Stenon, Ray, Woodward, etc.)

En Asie et en Afrique les voyageurs en ont remarqué en plusieurs endroits; par exemple, sur la montagne de Castravan au-dessus de Barut il y a un lit de pierre blanche, mince comme de l’ardoise, dont chaque feuille contient un grand nombre et une grande diversité de poissons; ils sont la plupart fort plats et fort comprimés, comme est la fougère fossile, et ils sont cependant si bien conservés qu’on y remarque parfaitement jusqu’aux moindres traits des nageoires, des écailles et de toutes les parties qui distinguent chaque espèce de poisson. On trouve de même beaucoup d’oursins de mer et de coquilles pétrifiées entre Suez et le Caire, et sur toutes les collines et les hauteurs de la Barbarie ; la plupart sont exactement conformes aux espèces qu’on prend actuellement dans la mer Rouge. (Yoyez les Voyages de Shaiv, vol. II, p. 70 et 84.) Dans notre Europe on trouve des poissons pétrifiés en Suisse, en Allemagne, dans la carrière d’Oningen, etc.

La longue chaîne de montagnes, dit M. Bourguet, qui s’étend d’occident en orient, depuis le fond du Portugal jusqu’aux parties les plus orientales de la Chine, celles qui s’étendent collatéralement du côté du nord et du midi, les montagnes d’Afrique et d’Amérique qui nous sont connues, les vallées et les plaines de l’Europe, renferment toutes des couches de terre et de pierres qui sont remplies de coquillages, et de là on peut conclure pour les autres parties du monde qui nous sont inconnues.

Les îles de l’Europe, celles de l’Asie et de l’Amérique où les Européens ont eu occasion de creuser, soit dans les montagnes, soit dans les plaines, fournissent aussi des coquilles, ce qui fait voir qu’elles ont cela de commun avec les continents qui les avoisinent. (Yoyez Lett. phil. sur la form. des sels, p. 205.)

En voilà assez pour prouver qu’en effet on trouve des coquilles de mer, des poissons pétrifiés et d’autres productions marines presque dans tous les lieux où on a voulu les chercher, et qu’elles y sont en prodigieuse quantité. « Il est vrai, dit un auteur anglais ( Tancred Robinson), qu’il y a eu quelques « coquilles de mer dispersées çà et là sur la terre par les armées, par les « habitants des villes et des villages, et que La Loubère rapporte, dans son

« voyage de Siam, que les singes au cap de Bonne-Espérance s’amusent, « continuellement à transporter des coquilles du rivage de la mer au-dessus « des montagnes, mais cela ne peut pas résoudre la question pourquoi ces « coquilles sont dispersées dans tous les climats de la terre, et jusque dans « l’intérieur des plus hautes montagnes, où elles sont posées par lits, comme « elles le sont dans le fond de la mer. »

En lisant une lettre italienne sur les changements arrivés au globe terrestre, imprimée à Paris cette année (1746), je m’attendais à y trouver ce fait rapporté par La Loubère ; il s’accorde parfaitement avec les idées de l’auteur : les poissons pétrifiés ne sont, à son avis, que des poissons rares rejetés de la table des Romains, parce qu’ils n’étaient pas frais; et à l’égard des coquilles ce sont, dit-il, les pèlerins de Syrie qui ont rapporté dans le temps des croisades celles des mers du Levant qu’on trouve actuellement pétrifiées en France, en Italie et dans les autres États de la chrétienté; pourquoi n’a-t-il pas ajouté que ce sont les singes qui ont transporté les coquilles au sommet des hautes montagnes et dans tous les lieux où les hommes ne peuvent habiter? cela n’eùt rien gâté et eût rendu son explication encore plus vraisemblable. Comment se peut-il que des personnes éclairées, et qui se piquent même de philosophie1, aient encore des idées aussi fausses sur ce sujet? nous ne nous contenterons donc pas d’avoir dit qu’on trouve des coquilles pétrifiées dans presque dans tous les endroits de la terre où l’on a fouillé, et d’avoir rapporté les témoignages des auteurs d’histoire naturelle : comme on pourrait les soupçonner d’apercevoir, en vue de quelques systèmes, des coquilles où il n’y en a point, nous croyons devoir encore citer les voyageurs qui en ont remarqué par hasard, et dont les yeux moins exercés n’ont pu reconnaître que les coquilles entières et bien conservées; leur témoignage sera peut-être d’une plus grande autorité auprès des gens qui ne sont pas à portée de s’assurer par eux-mêmes de la vérité des faits, et de ceux qui ne connaissent ni les coquilles, ni les pétrifications, et qui, n’étant pas en état d’en faire la comparaison, pourraient douter que les pétrifications fussent en effet de vraies coquilles, et que ces coquilles se trouvassent entassées par millions dans tous les climats de la terre.

Tout le monde peut voir par ses yeux les bancs de coquilles qui sont dans les collines des environs de Paris, surtout dans les carrières de pierre, comme à la Chaussée près de Sèvres, à Issy, à Passy et ailleurs. On trouve à Villers-Cotterets une grande quantité de pierres lenticulaires, les rochers en sont même entièrement formés, et elles y sont mêlées sans aucun ordre avec une espèce de mortier pierreux qui les tient toutes liées ensemble. A Chaumont on trouve une si grande quantité de coquilles pétrifiées, que

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