Voyez, ei-devant, la note de la page
2. Le mot insecte n’avait pas encore l’acception précise qu’il a aujourd’hui. Les animaux dont Buffon parle ici, sous le nom d'insectes, sont des polypes. (Voyez, ci-devant, la note de la p. 142).
3. Encore Réaumur. Il est vrai que Réaumur douta d’abord de la découverte de Peyssonel; mais il est vrai aussi que personne ne la proclama ensuite plus noblement. (Voyez ses Mém. pour servir à l'hist. des insectes, t. VI, p. lxxiv. )
de petits animaux qui ressemblent aux poissons des coquilles en ce qu’ils forment, comme eux, une grande quantité de substance pierreuse dans laquelle ils habitent, comme les poissons dans leurs coquilles1 ; ainsi les plantes marines, que d’abord l’on avait mises au rang des minéraux, ont ensuite passé dans la classe des végétaux, et sont enfin demeurées pour toujours dans celle des animaux.
Il y a des coquillages qui habitent le fond des hautes mers, et qui ne sont jamais jetés sur les rivages; les auteurs les appellent Pelagiœ, pour les distinguer des autres qu’ils appellent Littorales. Il est à croire que les cornes d’ammon et quelques autres espèces qu’on trouve pétrifiées, et dont on n’a pas encore trouvé les analogues vivants, demeurent toujours dans le fond des hautes mers, et qu’ils ont été remplis du sédiment pierreux dans le lieu même où ils étaient; il peut se faire aussi qu’il y ait eu de certains animaux dont l’espèce a péri; ces coquillages pourraient être du nombre : les os fossiles extraordinaires, qu’on trouve en Sibérie, au Canada, en Irlande et dans plusieurs autres endroits, semblent confirmer cette conjecture 2, car jusqu’ici on ne connaît pas d’animal à qui on puisse attribuer ces os qui, pour la plupart, sont d’une grandeur et d’une grosseur démesurées.
On trouve ces coquilles depuis le haut jusqu’au fond des carrières, on les voit aussi dans des puits beaucoup plus profonds; il y en a au fond des mines de Hongrie. (Voyez Woodward.)
On en trouve à 200 brasses, c’est-à-dire, à mille pieds de profondeur dans des rochers qui bordent l’île de Caldé et dans la province de Pembroke en Angleterre. (Voyez Rai/ s Discourses, p. 178.)
Non -seulement on trouve à de grandes profondeurs et au-dessus des plus hautes montagnes des coquilles pétrifiées , mais on en trouve aussi qui n’ont point changé de nature, qui ont encore le luisant, les couleurs et la légèreté des coquilles de la mer; on trouve des glossopètres et d’autres dents de poisson dans leurs mâchoires, et il ne faut, pour se convaincre entièrement sur ce sujet, que regarder la coquille de mer et celle de terre, et les comparer: il n’y a personne qui, après un examen, même léger, puisse douter un instant que ces coquilles fossiles et pétrifiées ne soient pas les mêmes que celles de la mer; on y remarque les plus petites articulations, et même les perles que l’animal vivant produit; on remarque que les dents de poisson sont polies et usées à l’extrémité, et qu’elles ont servi pendant le temps que l’animal était vivant.
1. Il faut faire, sur le mot poisson, la même remarque que sur le mot insecte. Ce mot n’avait pas encore l’acception précise qu’il a maiutenant. Les animaux à coquilles sont des mollusques.
2. Cette conjecture, vue supérieure d’un pénétrant génie, s’est admirablement vérifiée de nos jours. Cette conjecture, entre les mains de Cuvier, nous a donné la science des êtres perdus : la paléontologie.
On trouve aussi presque partout, dans la terre, des coquillages de la même espèce, dont les uns sont petits, les autres gros, les uns jeunes, les autres vieux, quelques-uns imparfaits, d’autres entièrement parfaits; on en voit même de petits et de jeunes attachés aux gros.
Le poisson à coquille *, appelé Purpura, a une langue fort longue dont l’extrémité est osseuse et pointue; elle lui sert comme de tarière pour percer les coquilles des autres poissons et pour se nourrir de leur chair; on trouve communément dans les terres des coquilles qui sont percées de cette façon, ce qui est une preuve incontestable qu’elles renfermaient autrefois des poissons vivants , et que ces poissons habitaient dans des endroits où il y avait aussi des coquillages de pourpre qui s’en étaient nourris. (Voyez Woodward, p. 296 et 300.)
Les obélisques de Saint-Pierre-de-Rome , de Saint-Jean-de-Latran , de la place Navone, viennent, à ce qu’on prétend, des pyramides d’Égypte; elles sont de granité rouge, lequel est une espèce de roc vif ou de grès fort dur : cette matière, comme je l’ai dit, ne contient point de coquilles, mais les anciens marbres africains et égyptiens, et les porphyres que l’on a tirés, dit-on, du temple de Salomon et des palais des rois d’Égypte, et que l’on a employés à Rome en différents endroits, sont remplis de coquilles. Le porphyre rouge est composé d’un nombre infini de pointes de l’espèce d’oursin que nous appelons châtaigne de mer; elles sont posées assez près les unes des autres et forment tous les petits points blancs qui sont dans ce porphyre : chacun de ces points blancs laisse voir encore dans son milieu un petit point noir, qui est la section du conduit longitudinal de la pointe de l’oursin. Il y a en Bourgogne, dans un lieu appelé Ficin à trois lieues de Dijon, une pierre rouge tout à fait semblable au porphyre par sa composition, et qui n’en diffère que par la dureté, n’ayant que celle du marbre, qui n’est pas à beaucoup près si grande que celle du porphyre; elle est de même entièrement composée de pointes d’oursins, et elle est très-considérable par l’étendue de son lit de carrière et par son épaisseur ; on en a fait de très-beaux ouvrages dans cette province, et notamment les gradins du piédestal de la figure équestre de Louis-le-Grand, qu’on a élevée au milieu de la place-royale à Dijon ; cette pierre n’est pas la seule de cette espèce que je connaisse ; il y a dans la même province de Bourgogne, près de la ville de Montbard, une carrière considérable de pierre composée comme le porphyre, mais dont la dureté est encore moindre que celle du marbre; ce porphyre tendre est composé comme le porphyre dur, et il contient même une plus grande quantité de pointes d’oursins et beaucoup moins de matière rouge. Voilà donc les mêmes pointes d’oursins que l’on trouve dans le porphyre ancien d’Égypte et dans les nouveaux porphyres de
1 Voyez, ci-devant, la note 1 de la page 154.
Bourgogne, qui ne diffèrent des anciens que par le degré de dureté et par le nombre, plus ou moins grand, des pointes d’oursins qu’ils contiennent.
À l’égard de ce que les curieux appellent du porphyre vert, je crois que c’est plutôt un granité qu’un porphyre1, il n’est pas composé de pointes d’oursins, comme le porphyre rouge, et sa substance me paraît semblable à celle du granité commun. En Toscane, dans les pierres dont étaient bâtis les anciens murs de la ville de Yolatera , il y a une grande quantité de coquillages, et cette muraille était faite il y a deux mille cinq cents ans. (Voyez Stenon in Prodromo diss. de solido intra solidum, pag. 63.) La plupart des marbres antiques, les porphyres et les autres pierres des plus anciens monuments contiennent donc des coquilles, des pointes d’oursins, et d’autres débris des productions marines, comme les marbres que nous tirons aujourd’hui de nos carrières ; ainsi on ne peut pas douter, indépendamment même du témoignage sacré de l’Écriture Sainte, qu’avant le déluge la terre n’ait été composée des mêmes matières dont elle l’est aujourd’hui.
Par tout ce que nous venons de dire , on peut être assuré qu’on trouve des coquilles pétrifiées en Europe, en Asie et en Afrique, dans tous les lieux où le hasard a conduit les observateurs ; on en trouve aussi en Amérique , au Brésil , dans le Tucuman , dans les terres Magellaniques , et en si grande quantité dans les îles Antilles, que, au-dessous de la terre labourable , le fond, que les habitants appellent la chaux, n’est autre chose qu’un composé de coquilles, de madrépores, d’astroïtes et d’autres productions de la mer. Ces observations, qui sont certaines, m’auraient fait penser qu’il y a de même des coquilles et d’autres productions marines pétrifiées dans la plus grande partie du continent de l’Amérique, et surtout dans les montagnes, comme l’assure AYoodward; cependant M. de la Condamine, qui a demeuré pendant plusieurs années au Pérou, m’a assuré qu’il n’en avait pas vu dans les Cordillères, qu’il en avait cherché inutilement, et qu’il ne croyait pas qu’il y en eût. Cette exception serait singulière, et les conséquences qu’on en pourrait tirer le seraient encore plus; mais j'avoue que , malgré le témoignage de ce célèbre observateur, je doute encore à cet égard, et que je suis très-porté à croire qu’il y a dans les montagnes du Pérou , comme partout ailleurs , des coquilles et d’autres pétrifications marines, mais qu’elles ne se sont pas offertes à ses yeux. On sait qu’en matière de témoignages, deux témoins positifs, qui assurent avoir vu , suffisent pour faire preuve complète , tandis que mille et dix mille témoins négatifs, et qui assurent seulement n’avoir pas vu, ne peuvent que faire naître un doute léger; c’est par cette raison, et parce que la force de l’analogie m’y contraint , que je persiste à croire qu’on trouvera des coquilles sur les montagnes du Pérou , comme on en trouve presque par-