‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de CuvierChapitre 61 sur 251 · Voyez, ci-devant, la note 2 de la page · texte numérisé non relu

Voyez, ci-devant, la note 2 de la page

2. Vitrifialles. Voyez , ci-devant, la note 4 de la page 78, et la note 2 de la page 137.

c’est trop espérer, et sur des fondements trop légers , et je pense qu’il faut nous borner à croire qu’on y trouvera des coquilles , comme on en trouve partout ailleurs.

A l’égard de la manière dont ces coquilles sont disposées et placées dans les couches de terre ou de pierre, voici ce qu’en dit Woodward. « Tous les coquillages qui se trouvent dans une infinité de couches de « terres et de bancs de rochers , sur les plus hautes montagnes et dans « les carrières et les mines les plus «profondes, dans les cailloux de cor- « naline, de chalcédoine, etc., et dans les masses de soufre, de marcassites « et d’autres matières minérales et métalliques, sont remplis de la matière « même qui forme les bancs ou les couches, ou les masses qui les renfer- « ment, et jamais d’aucune matière hétérogène. » (Page 206 et ailleurs.) « La pesanteur spécifique des différentes espèces de sables ne diffère que « très-peu, étant généralement, par rapport à l’eau , comme 2£ ou 2 à 1, « et les coquilles de pétoncle, qui sont à peu près de la même pesanteur, « s’y trouvent ordinairement renfermées en grand nombre, tandis qu’on « a de la peine à y trouver des écailles d’huîtres , dont la pesanteur « spécifique n’est environ que comme 2 f à 1 , de hérissons de mer, dont la « pesanteur n’est que comme 2 ou 2| à 1, ou d’autres espèces de coquilles « plus légères; mais au contraire dans la craie qui est plus légère que la « pierre , n’étant à la pesanteur de l’eau que comme environ 2 à 1 , on « ne trouve que des coquilles de hérissons de mer et d’autres espèces de « coquilles plus légères. » (Voyez p. 17 et 18.)

Il faut observer que ce que dit ici Voodward ne doit pas être regardé comme règle générale , car on trouve des coquilles plus légères et plus pesantes dans les mêmes matières, par exemple, des pétoncles, des huîtres et des oursins dans les mêmes pierres et dans les mêmes terres , et même peut voir au cabinet du Roi un pétoncle pétrifié en cornaline et des oursins pétrifiés en agate ; ainsi la différence de la pesanteur spécifique des coquilles n’a pas influé, autant que le prétend Woodward, sur le lieu de leur position dans les couches de terre ; et la vraie raison pourquoi les coquilles d’oursins et d’autres aussi légères se trouvent plus abondamment dans les craies, c’est que la craie n’est qu’un détriment de coquilles, et que celles des oursins étant plus légères, moins épaisses et plus friables que les autres, elles auront été aisément réduites en poussière et en craie, en sorte qu’il ne se trouve des couches de craie que dans les endroits où il y avait anciennement sous les eaux de la mer une grande abondance de ces coquilles légères, dont les débris ont formé la craie dans laquelle nous trouvons celles qui, ayant résisté au choc et aux frottements, se sont conservées tout entières, ou du moins en parties assez grandes pour que nous puissions les reconnaître.

Nous traiterons ceci plus à fond dans notre discours sur les minéraux ;

contentons-nous seulement d’avertir ici qu’il faut encore donner une modification aux expressions de Woodward : il paraît dire qu’on trouve des coquilles dans les cailloux, dans les cornalines, dans les chalcédoines , dans les mines , dans les masses de soufre , aussi souvent et en aussi grand nombre que dans les autres matières , au lieu que la vérité est qu’elles sont très-rares dans toutes les matières vitrifiables ou purement inflammables , et qu’au contraire elles sont en prodigieuse abondance dans les craies , dans les marnes , dans les marbres et dans les pierres , en sorte que nous ne prétendons pas dire ici qu’absolument les coquilles les plus légères sont dans les matières légères, et les plus pesantes dans celles qui sont aussi les plus pesantes, mais seulement qu’en général cela se trouve plus souvent ainsi qu’autrement. A la vérité, elles sont toutes également remplies de la substance même qui les environne , aussi bien celles qu’on trouve dans les couches horizontales que celles qu’on trouve en plus petit nombre dans les matières qui occupent les fentes perpendiculaires, parce qu’en effet les unes et les autres 1 ont été également formées par les eaux ; quoique en différents temps et de différentes façons, les couches horizontales de pierre, de marbre, etc., ayant été formées parles grands mouvements des ondes de la mer, et les cailloux, les cornalines, les chalcédoines et toutes les matières qui sont dans les fentes perpendiculaires ayant été produites par le mouvement particulier d’une petite quantité d’eau chargée de différents sucs lapidifiques, métalliques, etc.; et, dans les deux cas, les matières étaient réduites en poudre fine et impalpable qui a rempli l’intérieur des coquilles si pleinement et si absolument, qu’elle n’y a pas laissé le moindre vide, et qu’elle s’en est fait autant de moules , à peu près comme on voit un cachet se mouler sur le tripoli.

Il y a donc, dans les pierres, dans les marbres, etc., une multitude trèsgrande de coquilles qui sont entières, belles et si peu altérées, qu’on peut aisément les comparer avec les coquilles qu’on conserve dans les cabinets ou qu’on trouve sur les rivages de la mer; elles ont précisément la même figure et la même grandeur; elles sont de la même substance et leur tissu est le même; la matière particulière qui les compose est la même, elle est disposée et arrangée de la même manière, la direction de leurs fibres et des lignes spirales est la même, la composition des petites lames formées par les fibres est la même dans les unes et les autres ; on voit dans Je même endroit les vestiges ou insertions des tendons par le moyen desquels l’animal était attaché et joint à sa coquille, on y voit les mêmes tubercules, les mêmes stries, les mêmes cannelures; enfin, tout est semblable, soit au dedans, soit au dehors de la coquille, dans sa cavité ou sur sa convexité, dans sa substance ou sur sa super-

1. Les unes et les autres : c’est-à-dire, les couches horizontales et les matières qui occupent les fentes perpendiculaires. Phrase embarrassée.

ficic : d’ailleurs ces coquillages fossiles sont sujets aux mêmes accidents ordinaires que les coquillages de la mer; par exemple, ils sont attachés les plus petits aux plus gros, ils ont des conduits vermiculaires , on y trouve des perles et d’autres choses semblables qui ont été produites par l’animal lorsqu’il habitait sa coquille, leur gravité spécifique est exactement la même que celle de leur espèce qu’on trouve actuellement dans la mer, et par la chimie on y trouve les mêmes choses ; en un mot, ils ressemblent exactement à ceux de la mer. (Voyez Woodward, page 13.)

J’ai souvent observé moi-même avec une espèce d’étonnement, comme je l’ai déjà dit, des montagnes entières, des chaînes de rochers, des bancs énormes de carrières tout composés de coquilles et d’autres débris de productions marines qui y sont en si grande quantité, qu’il n’y a pas à beaucoup près autant de volume dans la matière qui les lie.

J’ai vu des champs labourés dans lesquels toutes les pierres étaient des pétoncles pétrifiés, en sorte qu’en fermant les yeux et ramassant au hasard on pouvait parier de ramasser un pétoncle; j’en ai vu d’entièrement couverts de cornes d’ammon, d’autres dont toutes les pierres étaient des cœursde-bœuf pétrifiés; et plus on examinera la terre, plus on sera convaincu que le nombre de ces pétrifications est infini, et on en conclura qu’il est impossible que tous les animaux qui habitaient ces coquilles aient existé dans le même temps.

J'ai même fait une observation en cherchant ces coquilles, qui peut être de quelque utilité , c’est que dans tous les pays où l’on trouve dans les champs et dans les terres labourables un très-grand nombre de ces coquilles pétrifiées, comme pétoncles, cœurs-de-bœuf , etc., entières, bien conservées, et totalement séparées, on peut être assuré que la pierre de ces pays est gélisse. Ces coquilles ne s’en sont séparées en si grand nombre que par l’action de la gelée, qui détruit la pierre et laisse subsister plus longtemps la coquille pétrifiée.

Cette immense quantité de fossiles marins, que l’on trouve en tant d’endroits, prouve qu’ils n’y ont pas été transportés par un déluge; car on observe plusieurs milliers de gros rochers et des carrières dans tous les pays où il y a des marbres et de la pierre à chaux , qui sont toutes remplies de vertèbres d’étoiles de mer, de pointes d’oursins, de coquillages et d’autres débris de productions marines. Or si ces coquilles, qu’on trouve partout, eussent été amenées sur la terre sèche par un déluge ou par une inondation, la plus grande partie serait demeurée sur la surface de la terre, ou du moins elles ne seraient pas enterrées à une grande profondeur, et on ne les trouverait pas dans les marbres les plus solides 5 sept ou huit cents pieds de profondeur.

Dans toutes les carrières, ces coquilles font partie de la pierre à l’intérieur, et on en voit quelquefois à l’extérieur qui sont recouvertes de

TROUVEES DANS E’INTErjEUR DE LA TERRE. 10!.

stalactites qui, comme l’on sait, oq soûl pas des matières aussi anciennes que la pierre qui contient les coquilles : une seconde preuve, que cela n’est point arrivépar un déluge,, c’est que ies os, les cornes, leÿretîgots , les ongles, etc.,, nq se trouvent que très-rarement, et peutrêtre, point du tout, renfermés dans les marbres et dans les autres pierres dures, tandis que, si c’était l’effet d’un déluge où tout aurait péri , ou y devrait - troujver les restes des animaux de la terre aussi bien que ceux des .mcr$, ( Voyez Bay’ s Discq^s^ £ 7 8 et suiv^([0-,9£[0âl gon ie ,sumiooni »

C’est, comme nous l’avons dit, une supposition bien. gratuite, que de prétendre que toute la terre a été dissoute dans l’eau auoiempfedfÏ! djéiuge * et 011 ne peut donner quelque fondement à celle* idée, qu’en, supposant

un second miracle qui aurait donné à l’eau; la,, propriété 4’tyi1 di^olpnt universel, miracle dont il n’est fait, aucune, mention dan^it’^crituîP^aintei d’ailleurs, ce qui anéantit la supposition et Ja rend,, même cofltrmdiçtojre^ c’est que toutes Jes matières, ayant été dissoutes .djang l’euo»^ coquille^ 11c l’ont pas été, . puisque nous les trouvons entières et .bien conservées dans toutes les masses qu’on prétend avoir été dissoutes ; cela prouve évidemment qu’il 11’y a jamais eu de telle dissolution,, et que l’arr,angeraenhdca couches horizontales et parallèles ne s’est pas fait eo les, sédimepts qui se sont amoncelés peu à, peu, e,t qui ont, er$n .produit des hauteurs considérables par la succession des temps ; car ile§;tséyid^dlt?‘PUUT tous les gens qui se donneront la peine d’observer, que l'arrangement de toutes les matières qui composent le globe est l'ouvrage des .eftu&; il n’est donc question que de savoir si cet arrangement a; él$f temps : or nous avons prouvé qu’il n’a pas pu se faire dans le même ; temps, puisque les matières ne gardent pas l’ordre de la pesanteur .spécifique et qu’il n’v a pas eu de dissolution générale de toutes les ujatiè^s,; donç; çQt arrangement a été produit par les eaux ou plutôt par Je? eéd impôts, qu’elles ont déposés dans la succession des temps ; Ion le autre, .r,év.o,lu|ion ,, tout autre mouvement, toute autre cause aurait produit qn mTmigemeiit t rès-différent; d'ailleurs, un accident particulier, unfr-jrévpl^on^w bouleversement, n’aurait pas produit un pareil effet dans le globe topt entier, et ?J! si l’arrangement des terres et des couches avait pour cause des révolutions, particulières et accidentelles, on trouverait les pierres et les terres disposées différemment en différents pays, ail lieu qu’on les trouve partout disposées de même par couches parallèles, horizontales, ou également inclinées.

Voici ce que dit à ce sujet l’historien de l’Académie ( année 1718,

page 3 et.suiv.): inominfu/i olîioviom ni hiov ; 4 sftndîoJ ,M irol é »

« Des vestiges, très-anciens et en très-grand nombre, d’inondations qui

« ont dû être très-étendues a , et la manière dont on est obligé de concevoir

Voyez les Mémoires, p. 2S7.

10T1 s h ,22 .q r80VV cif> TsiH'I soyoV .0 ara î9 c .q ,80 ti of> aïtoteilTI sayoT .0 :g ssb süîs sxoït , Dsiaair i, pniota .i

« que les montagnes se sont formées * , prouvent assez qu’il est arrivé autre- « fois à la surface de la terre de grandes révolutions. Autant qu’on en a « pu creuser, on n’a presque vu que des ruines, des débris, de vastes « décombres entassés pêle-mêle, et qui par une longue suite de siècles se « sont incorporés ensemble et unis en une seule masse, le plus qu’il a été « possible. S’il y a dans le globe de la terre quelque espèce d’organisation « régulière, elle est plus profonde et par conséquent nous sera toujours « inconnue, et toutes nos recherches se termineront à fouiller dans les « ruines de la croûte extérieure. Elles donneront encore assez d’occupation «4 aux philosophes.

« M. de Jussieu 1 a trouvé aux environs de Saint-Chaumont dans le Lvon- « nais une grande quantité de pierres écailleuses ou feuilletées, dont pres- « que tous les feuillets portaient sur leur superficie l’empreinte, ou d’un « bout de tige, ou d’une feuille , ou d’un fragment de feuille de quelque « plante. Les représentations de feuilles étaient toujours exactement éten- « dues, comme si on avait collé les feuilles sur les pierres avec la main, « ce qui prouve qu’elles avaient été apportées par de l’eau qui les avait « tenues en cet état ; elles étaient en différentes situations, et quelquefois « deux ou trois se croisaient.

« On imagine bien qu’une feuille déposée par l’eau sur une vase molle, « et couverte ensuite d’une autre vase pareille, imprime sur l’une l’image « de l’une de ses deux surfaces et sur l’autre l’image de l’autre surface, de « sorte que ces deux lames de vase, étant durcies et pétrifiées, elles porteront « chacune l’empreinte d’une face différente. Mais ce qu’on aurait cru devoir « être n’est pas. Les deux lames ont l’empreinte de la même face de la feuille, « l’une en relief, l’autre en creux. M. de Jussieu a observé dans toutes « ces pierres figurées de Saint-Chaumont ce phénomène qui est assez bizarre, ce Nous lui en laissons l’explication pour passer à ce que ces sortes d’obser- « vations ont de plus général et de plus intéressant.

« Toutes les plantes, gravées dans les pierres de Saint-Chaumont, sont « des plantes étrangères. Non-seulement elles ne se retrouvent ni dans le « Lyonnais ni dans le reste de la France, mais elles ne sont que dans les « Indes orientales et dans les climats chauds de l’Amérique. Ce sont la plu- « part des plantes capillaires, et souvent en particulier des fougères. Leur « tissu dur et serré les a rendues plus propres à se graver et à se conserver « dans les moules autant de temps qu’il a fallu. Quelques feuilles de plantes « des Indes, imprimées dans des pierres d’Allemagne, ont paru étonnantes « à feu M. Leibnitz 1 ; voici la merveille infiniment multipliée. Il semble « même qu’il y ait à cela une certaine affectation de la nature : dans toutes

a. Voyez l’Hist. dp 1703, p. 22, de 1706, p. 9, de 1708, p. 34, et de 1716, p. 8, etc.

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