Ou Assiniboins
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Le fleuve Orénoque a plus de 575 lieues de cours, en comptant depuis la source de la rivière Caketa près de Pasto, qui se jette en partie dans l’Oréjioque, et coule aussi en partie vers la rivière des Amazones. (Voyez la Carte de M. de la Condatnine.)
La rivière Madera qui se jette dans celle des Amazones, a plus de GGO ou 670 lieues *.
Pour savoir à peu près la quantité d’eau que la mer reçoit par tous les fleuves qui y arrivent, supposons que la moitié du globe soit couverte par la mer, et que l’autre moitié soit terre sèche, ce qui est assez juste; supposons aussi que la moyenne profondeur de la mer, en la prenant dans toute son étendue, soit d’un quart de mille d’Italie, c’est-à-dire d’environ 230 toises, la surface de toute la terre étant de 170,981,012 milles, la surface de la mer est de 85,490,506 milles carrés, qui, étant multipliés par profondeur de la mer, donnent 21,372,626 milles cubiques pour la quantité d’eau contenue dans l’océan tout entier. Maintenant, pour calculer la quantité d’eau que l’océan reçoit des rivières, prenons quelque grand fleuve dont la vitesse et la quantité d’eau nous soient connues, le Pô, par exemple, qui passe en Lombardie et qui arrose un pays de 380 milles de longueur, suivant Riccioli ; sa largeur, avant qu’il se divise en plusieurs bouches pour tomber dans la mer, est de 100 perches de Bologne, ou de 1,000 pieds, et sa profondeur de 10 pieds; sa vitesse est telle, qu’il parcourt quatre milles dans une heure, ainsi le Pô fournit à la mer 200,000 perches cubiques d’eau en une heure, ou 4,800,000 dans un jour; mais un mille cubique contient 125,000,000 perches cubiques, ainsi il faut vingt-six jours pour qu’il porte à la mer un mille cubique d’eau ; reste maintenant à déterminer la proportion qu’il y a entre la rivière du Pô et toutes les rivières de la terre prises ensemble, ce qu’il est impossible de faire exactement ; mais, pour le savoir à peu près, supposons que la quantité d’eau, que la mer reçoit par les grandes rivières dans tous les pays, soit proportionnelle à l’étendue et à la surface de ces pays, et que par conséquent le pays, arrosé par le Pô et par les rivières qui y tombent, soit à la surface de toute la terre sèche en même proportion que le Pô est à toutes les rivières de la terre. Or par les cartes les plus exactes le Pô, depuis sa source jusqu’à son embouchure, traverse un pays de 380 milles de longueur, et les rivières qui y tombent de chaque côté viennent de sources et de rivières qui sont à environ 60 milles de distance du Pô; ainsi ce fleuve, et les rivières qu’il reçoit, arrosent un pays de 380 milles de long et de 120 milles de large, ce qui fait 45,600 milles carrés : mais la surface de toute la terre sèche est de 85,490,506 milles carrés, par conséquent la quantité d’eau que toutes
1. J’ai cru devoir rectifier les noms de quelques-uns des principaux fleuves, cités par Buffon, ne fùt-cs que pour rendre plus facile au lecteur la rectification de Yétendue de cours qu’il leur attribue. (Voyez Ritter, Maltebrun, M. Brué, etc., etc.)
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les rivières portent à la mer sera 1,874 fois plus grande que la quantité que le Pô lui fournit; mais comme vingt-six rivières comme le Pô fournissent un mille cubique d’eau à la mer par jour, il s’ensuit que dans l’espace d’un an 1,874 rivières comme le Pô fourniront à la mer 26,308 milles cubiques d’eau, et que dans l’espace de 812 ans toutes ces rivières fourniraient à la mer 21,372,626 milles cubiques d’eau, c’est-à-dire autant qu’il y en a dans l’océan, et que par conséquent il ne faudrait que 812 ans pour le remplir. (Voyez J. Keill, Examinât, of Burnet’s Theory. London, 1734, p. 126 et suiv.)
Il résulte de ce calcul, que la quantité d’eau que l’évaporation enlève de la surface de la mer, que les vents transportent sur la terre, et qui produit tous les ruisseaux et tous les fleuves, est d’environ 245 lignes, ou de 20 à 21 pouces par an, ou d’environ les deux tiers d’une ligne par jour; ceci est une très-petite évaporation, quand même on la doublerait ou triplerait, afin de tenir compte de l’eau qui retombe sur la mer, et qui n’est pas transportée sur la terre. (Voyez, sur ce sujet, l’écrit de Halley dans les Tram, philos., n° 192, où il fait voir évidemment et par le calcul, que les vapeurs, qui s’élèvent au-dessus de la mer et que les vents transportent sur la terre, sont suffisantes pour former toutes les rivières et entretenir toutes les eaux qui sont à la surface de la terre.)
Après le Nil, le Jourdain est le fleuve le plus considérable qui soit dans le Levant, et même dans la Barbarie; il fournit à la mer Morte environ six millions de tonnes d’eau par jour : toute cette eau, et au delà, est enlevée par l’évaporation , car en comptant , suivant le calcul de Halley , 6,914 tonnes d’eau qui se réduit en vapeurs sur chaque mille superficiel, on trouve que la mer Morte, qui a 72 milles de long sur 18 milles de large, doit perdre tous les jours par l’évaporation près de neuf millions de tonnes d’eau, c’est-à-dire non-seulement toute l’eau qu’elle reçoit du Jourdain, mais encore celle des petites rivières qui y arrivent des montagnes de Moab et d’ailleurs ; par conséquent elle ne communique avec aucune autre mer par des canaux souterrains. (Voyez les Voyages de Sliaw, vol. Il, page 71.)
Les fleuves les plus rapides de tous sont le Tigre, l’Indus, le Danube, l’Yrtisch en Sibérie, leMalmistra en Cilicie, etc. (Voyez Varenii Geograph. p. 178) ; mais, comme nous l’avons dit au commencement de cet article, la mesure de la vitesse des eaux d’un fleuve dépend de deux causes : la première est la pente, et la seconde le poids et la quantité d’eau; en examinant sur le globe quels sont les fleuves qui ont le plus de pente, on trouvera que le Danube en a beaucoup moins que le Pô, le Rhin et le Rhône, puisque, tirant quelques-unes de ses sources des mêmes montagnes, le Danube a un cours beaucoup plus long qu’aucun de ces trois autres fleuves , et
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qu’il tombe dans la mer Noire, qui est plus élevée que la Méditerranée, et peut-être plus que l’Océan.
Tous les grands fleuves reçoivent beaucoup d’autres rivières dans toute l’étendue de leur cours : on a compté, par exemple, que le Danube reçoit plus de deux cents, tant ruisseaux que rivières; mais, en ne comptant que les rivières assez considérables que les fleuves reçoivent, on trouvera que le Danube en reçoit trente ou trente et une , le Volga en reçoit trentedeux ou trente-trois, le Don cinq ou six, le Niéper dix-neuf ou vingt, la Duine onze ou douze ; et de même en Asie le Iloanho reçoit trente-quatre ou trente-cinq rivières, le Jénisca en reçoit plus de soixante , l’Oby tout autant, le fleuve Amour environ quarante, le Kian ou fleuve de Nankin en reçoit environ trente, le Gange plus de vingt, l’Euphrate dix ou onze, etc. En Afrique le Sénégal reçoit plus de vingt rivières, le Nil ne reçoit aucune rivière qu’à plus de cinq cents lieues de son embouchure; la dernière qui y tombe est le Moraba, et de cet endroit jusqu’à sa source il reçoit environ douze ou treize rivières ; en Amérique le fleuve des Amazones en reçoit plus de soixante, et toutes fort considérables, le fleuve Saint-Laurent environ quarante, en comptant celles qui tombent dans les lacs, le fleuve Mississipi plus de quarante, le fleuve de la Plata plus de cinquante, etc.
Il y a sur la surface de la terre des contrées élevées qui paraissent être des points de partage marqués par la nature pour la distribution des eaux. Les environs du mont Saint-Gothard sont un de ces points en Europe; un autre point est le pays situé entre les provinces de Belozera et de Vologda en Moscovie, d’où descendent des rivières dont les unes vont à la mer Blanche , d’autres à la mer Noire , et d’autres à la mer Caspienne ; en Asie le pays des Tartares Mogols , d’où il coule des rivières dont les unes vont se rendre dans la mer Tranquille ou mer de la Nouvelle-Zemble , d'autres au golfe Linchidolin, d’autres à la mer de Corée, d’autres à celle de la Chine, et de même le Petit-Thibet, dont les eaux coulent vers la mer de la Chine, vers le golfe de Bengale, vers le golfe de Cambaïe et vers le lac Aral; en Amérique la province de Quito, qui fournit des eaux à la mer du Sud, à la mer du Nord et au golfe du Mexique.
Il y a dans l’ancien continent environ quatre cent trente fleuves qui tombent immédiatement dans l’Océan ou dans la Méditerranée et la mer Noire, et dans le nouveau continent on ne connaît guère que cent quatrevingts fleuves qui tombent immédiatement dans la mer; au reste je n’ai compris dans ce nombre que des rivières grandes au moins comme Test la Somme en Picardie.
Toutes ces rivières transportent à la mer avec leurs eaux une grande quantité de parties minérales et salines qu’elles ont enlevées des différents terrains par où elles ont passé. Les particules de sel qui, comme Ton saii, se dissolvent aisément, arrivent à la mer avec les eaux des fleuves. Quel-
ques physiciens, et entre autres Halley, ont prétendu que la salure de la mer ne provenait que des sels de la terre que les lleuves y transportent; d’autres ont dit que la salure de la mer était aussi ancienne que la mer même, et que ce sel n’avait été créé que pour l’empêcher de se corrompre, mais on peut croire que l’eau de la mer est préservée de la corruption par l’agitation des vents et par celle du flux et reflux, autant que par le sel qu’elle contient; car, quand on la garde dans un tonneau, elle se corrompt au bout de quelques jours, et Boyle rapporte qu’un navigateur, pris par un calme qui dura treize jours, trouva la mer si infectée au bout de ce temps que, si le calme n’eût cessé, la plus grande partie de son équipage aurait péri. (Yol. III, p. 222.) L’eau de la mer est aussi mêlée d’une huile bitumineuse, qui lui donne un goût désagréable et qui la rend trèsmalsaine. La quantité de sel que l'eau de la mer contient est d’environ une quarantième partie, et la mer est à peu près également salée partout, audessus comme au fond, également sous la ligne et au cap de Bonne-Espérance, quoiqu’il y ait quelques endroits, comme à la côte de Mozambique, où elle est plus salée qu’ailleurs. (Voyez Boyle, vol. III, p. 217.) On prétend aussi qu’elle est moins salée dans la zone arctique; cela peut venir de la grande quantité de neige et des grands fleuves qui tombent dans ces mers, et de ce que la chaleur du soleil n’y produit que peu d’évaporation, en comparaison de l’évaporation qui se fait dans les climats chauds.
Quoi qu’d en soit, je crois que les vraies causes de la salure de la mer sont non-seulement les bancs de sel qui ont pu se trouver au fond de la mer et le long des côtes , mais encore les sels mêmes de la terre que les fleuves y transportent continuellement, et que Halley a eu quelque raison de présumer qu’au commencement du monde la mer n’était que peu ou point salée, qu’elle l’est devenue par degrés et à mesure que les fleuves y ont amené des sels; que cette salure augmente peut-être tous les jours et augmentera toujours de plus en plus, et que par conséquent il a pu conclure qu’en faisant des expériences pour reconnaître la quantité de sel dont l’eau d’un fleuve est chargée lorsqu’elle arrive à la mer, et qu’en supputant la quantité d’eau que tous les fleuves y portent, on viendrait à connaître l’ancienneté du monde par le degré de la salure de la mer.
Les plongeurs et les pêcheurs de perles assurent, au rapport de Boyle, que plus on descend dans la mer, plus l’eau est froide 1 * * 4; que le froid est
1. « Une longue série d'observations thermométriques fort exactes nous a montré que, depuis « l’équateur jusqu’aux parallèles du 48® degré de latitude boréale et australe, la température « moyenne de la surface des mers est un peu supérieure à celle de l’atmosphère. Mais la
« température décroissant à partir de la surface, à mesure que la profondeur augmente, on
« comprendra que l’eau , puisée dans la mer à de grandes profondeurs , pendant les voyages de
« Kotzebue et de Dupetit-Thouars, n’ait accusé au thermomètre que 2° 8 et 2° 5. Cette température, « presque glaciale, règne même dans les abîmes des mers des tropiques; elle a fait connaître les « courants inférieurs qui se diligent des deux pôles vers l’équateur. » (Cosmos, 1. 1, p. 355.)
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même si grand à une profondeur considérable, qu’ils ne peuvent le souffrir, et que c’est par cette raison qu’ils ne demeurent pas aussi longtemps sous l’eau, lorsqu’ils descendent à une profondeur un peu grande, que quand ils ne descendent qu’à une petite profondeur. 11 me paraît que le poids de l’eau pourrait en être la cause aussi bien que le froid, si on descendait à une grande profondeur, comme trois ou quatre cents brasses; mais à la vérité les plongeurs ne descendent jamais à plus de cent pieds ou environ. Le même auteur rapporte que dans un voyage aux Indes orientales, au delà de la ligne, à environ 35 degrés de latitude sud, on laissa tomber une sonde à quatre cents brasses de profondeur, et qu’ayant retiré cette sonde , qui était de plomb et qui pesait environ 30 à 35 livres, elle était devenue si froide, qu’il semblait toucher un morceau de glace. On sait aussi que les voyageurs, pour rafraîchir leur vin, descendent les bouteilles à plusieurs brasses de profondeur dans la mer, et plus on les descend, plus le vin est frais.
Tous ces faits pourraient faire présumer que l’eau de la mer est plus salée au fond qu’à la surface; cependant on a des témoignages contraires, fondés sur des expériences qu’on a faites pour tirer dans des vases, qu’on ne débouchait qu’à une certaine profondeur, de l’eau de la mer, laquelle ne s’est pas trouvée plus salée que celle de la surface1 ; il y a même des endroits où l’eau de la surface étant salée, l’eau du fond se trouve douce, et cela doit arriver dans tous les lieux où il y a des fontaines et des sources qui sortent au fond de la mer, comme auprès de Goa, à Ormuz, et même dans la mer de Naples, où il y a des sources chaudes dans le tond.
Il y a d’autres endroits où Ton a remarqué des sources bitumineuses et des couches de bitume au fond de la mer, et sur la terre il y a une grande quantité de ces sources qui portent le bitume mêlé avec l’eau dans la mer. A la Barbade il y a une source de bitume pur qui coule des rochers jusqu’à la mer; le sel et le bitume sont donc les matières dominantes dans l’eau de la mer, mais elle est encore mêlée de beaucoup d’autres matières; car le goût de l’eau n’est pas le même dans toutes les parties de l’océan ; d’ailleurs l’agitation et la chaleur du soleil altèrent le goût naturel que devrait avoir l’eau de la mer, et les couleurs différentes des différentes mers, et des mêmes mers en différents temps, prouvent que l’eau de la mer contient des matières de bien des espèces, soit qu’elle les détache de son propre fond, soit qu’elles y soient amenées par les fleuves.
1. « La zone où les eaux de la mer atteignent le maximum de densité ( de salure) , ne coïncide « ni avec celle du maximum de température, ni avec l’équateur géographique. Les eaux les plus « chaudes paraissent former, au nord et au sud de cette ligne , deux bandes non parallèles. Lenz « a trouvé, dans son voyage autour du monde, que les eaux les plus denses étaient, en mer « calme, par 22® de latitude nord et par 18° de latitude sud ; la zone des eaux les moins salées se « trouvait à quelques degrés au sud de l’équateur. » ( Cosmos, t, I, p. 357.)
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Presque tous les pays arrosés par de grands fleuves soni sujets a des inondations périodiques, surtout les pays bas et voisins de leur embouchure, et les fleuves qui tirent leurs sources de fort loin sont ceux qui débordent le plus régulièrement. Tout le monde a entendu parler des inondations du Nil : il conserve dans un grand espace, et fort loin dans la mer, la douceur et la blancheur de ses eaux. Strabon et les autres anciens auteurs ont écrit qu’il avait sept embouchures, mais aujourd’hui il n’en reste que deux qui soient navigables; il y a un troisième canal qui descend à Alexandrie pour remplir les citernes, et un quatrième canal qui est encore plus petit; comme on a négligé depuis fort longtemps de nettoyer les canaux, ils se sont comblés : les anciens employaient à ce travail un grand nombre d’ouvriers et de soldats ; et tous les ans, après l’inondation, l’on enlevait le limon et le sable qui étaient dans les canaux ; ce fleuve en charrie une très-grande quantité. La cause du débordement du Nil vient des pluies qui tombent en Éthiopie, elles commencent au mois d’avril, et ne finissent qu’au mois de septembre; pendant les trois premiers mois les jours sont sereins et beaux, mais dès que le soleil se couche, il pleut jusqu’à ce qu’il se lève, ce qui est accompagné ordinairement de tonnerres et d’éclairs. L’inondation ne commence en Égypte que vers le 17 de juin, elle augmente ordinairement pendant environ quarante jours, et diminue pendant tout autant de temps; tout le plat pays de l’Égypte est inondé. Mais ce débordement est bien moins considérable aujourd’hui qu’il ne l’était autrefois, car Hérodote nous dit que le Nil était cent jours à croître et autant à décroître ; si le fait est vrai, on ne peut guère en attribuer la cause qu’à l’élévation du terrain que le limon des eaux a haussé peu à peu, et à la diminution de la hauteur des montagnes de l’intérieur de l’Afrique dont il tire sa source : il est assez naturel d’imaginer que ces montagnes ont diminué, parce que les pluies abondantes, qui tombent dans ces climats pendant la moitié de l’année, entraînent les sables et les terres du dessus des montagnes dans les vallons, d’où les torrents les charrient dans le canal du Nil , qui en emporte une bonne partie en Égypte, où il les dépose dans ses débordements.
Le Nil n’est pas le seul fleuve dont les inondations soient périodiques et annuelles : on a appelé la rivière de Pégu le Nil indien, parce que ses débordements se font tous les ans régulièrement ; il inonde ce pays à plus de trente lieues de ses bords, et il laisse, comme le Nil, un limon qui fertilise si fort la terre, que les pâturages y deviennent excellents pour le bétail, et que le riz y vient en si grande abondance, qu’on en charge tous les ans un grand nombre de vaisseaux, sans que le pays en manque. (Voyez Voyages cl’Ovington, t. II, p. 290. ) Le Niger, ou, ce qui revient au même, la partie supérieure du Sénégal *, déborde aussi comme le Nil, et l’inondation, qui couvre tout le plat pays de la Nigritie, commence à peu près dans 4. Voyez, ci-devant, la note 3 de la page 188.
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le même temps que celle du Nil, vers le 15 juin ; elle augmente aussi pendant quarante jours : le fleuve de la Plata au Brésil déborde aussi tous les ans, et dans le même temps que le Nil; le Gange, l’Indus, l’Euphrate et quelques autres débordent aussi tous les ans , mais tous les autres fleuves n’ont pas des débordements périodiques, et quand il arrive des inondations, c’est un effet de plusieurs causes qui se combinent pour fournir une plus grande quantité d’eau qu’à l’ordinaire, et pour retarder en même temps la vitesse du fleuve.
Nous avons dit que dans presque tous les fleuves la pente de leur lit va toujours en diminuant jusqu’à leur embouchure d’une manière assez insensible, mais il y en a dont la pente est très-brusque dans certains endroits, ce qui forme ce qu’on appelle une cataracte, qui n’est autre chose qu’une chute d’eau plus vive que le courant ordinaire du fleuve. Le Rhin, par exemple, a deux cataractes, l’une à Bilefeld et l’autre auprès de Schaffhouse : le Nil en a plusieurs, et entre autres deux qui sont très-violentes et qui tombent de fort haut entre deux montagnes ; la rivière Yologda en Moscovie a aussi deux cataractes auprès de Ladoga; le Zaïre, fleuve de Congo, commence par une forte cataracte qui tombe du haut d’une montagne; mais la plus fameuse cataracte est celle de la rivière Niagara en Canada; elle tombe de cent cinquante-six pieds de hauteur perpendiculaire comme un torrent prodigieux, et elle a plus d’un quart de lieue de largeur; la brume ou le brouillard, que l’eau fait en tombant, se voit de cinq lieues et s’élève jusqu’aux nues; il s’y forme un très-bel arc-en-ciel lorsque le soleil donne dessus. Au-dessous de cette cataracte il y a des tournoiements d’eau si terribles, qu’on ne peut y naviguer jusqu’à six milles de distance, et audessus de la cataracte la rivière est beaucoup plus étroite qu’elle ne l’est dans les terres supérieures. (Yoyez Transact. philosoph. abr. , vol. YI, part. 2, pag. 119.) Yoici la description qu’en donne le Père Charlevoix :
« Mon premier soin fut de visiter la plus belle cascade qui soit peut-être « dans la nature, mais je reconnus d’abord que le baron de la Hontan s’était « trompé sur sa hauteur et sur sa figure, de manière à faire juger qu’il ne « l’avait point vue.
« Il est certain que si on mesure sa hauteur par les trois montagnes « qu’il faut franchir d’abord, il n’y a pas beaucoup à rabattre des six cents « pieds que lui donne la carte de M. Delisle, qui, sans doute, n’a avancé « ce paradoxe que sur la foi du baron de la Hontan et du P. Hennepin. « Mais, après que je fus arrivé au sommet de la troisième montagne, j’ob- « servai que dans l’espace de trois lieues que je fis ensuite jusqu’à cette « chute d’eau, quoiqu’il faille quelquefois monter, il faut encore plus des- « cendre, et c’est à quoi ces voyageurs paraissent n’avoir pas fait assez d’at- « tention. Comme on ne peut approcher la cascade que de côté, ni la voir « que de profil , il n’est pas aisé d’en mesurer la hauteur avec les inslru-
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« ments : on a voulu le faire avec une longue corde attachée à une longue « perche, et, après avoir souvent réitéré cette manière, on n’a trouvé que « cent quinze ou cent vingt pieds de profondeur; mais il n’est pas possible « de s’assurer si la perche n’a pas été arrêtée par quelque rocher qui avan- « çait, car, quoiqu’on l’eût toujours retirée mouillée aussi bien qu’un bout « de la corde à quoi elle était attachée, cela ne prouve rien, puisque l’eau « qui se précipite de la montagne rejaillit fort haut en écumant; pour moi,
« après l’avoir considérée de tous les endroits d’où on peut l’examiner à son « aise, j’estime qu’on ne saurait lui donner moins de cent quarante ou cent « cinquante pieds.
« Quant à sa figure, elle est en fer à cheval, et elle a environ quatre cents « pas de circonférence ; mais précisément dans son milieu elle est partagée « en deux par une île fort étroite et d’un demi-quart de lieue de long, qui « y aboutit. Il est vrai que ces deux parties ne tardent pas à se rejoindre; « celle qui était de mon côté, et qu’on ne voyait que de profil, a plusieurs « pointes qui avancent, mais celle que je découvrais en face me parut fort « unie. Le baron de la Hontan y ajoute un torrent qui vient de l’ouest ; il faut « que dans la fonte des neiges les eaux sauvages viennent se décharger là « par quelque ravine, etc. » (Tome III, page 332 , etc.)
Il y a une autre cataracte à trois lieues d’Albanie l, dans la province de la Nouvelle-York, qui a environ cinquante pieds de hauteur perpendiculaire, et de cette chute d’eau il s’élève aussi un brouillard dans lequel on aperçoit un léger arc-en-ciel qui change de place à mesure qu’on s’en éloigne ou qu’on s’en approche. (Yoyez Trans. phil. abr., vol. YI, part. 2, page 119.)
En général, dans tous les pays où le nombre d’hommes n’est pas assez considérable pour former des sociétés policées, les terrains sont plus irréguliers et le lit des fleuves plus étendu, moins égal et rempli de cataractes. Il a fallu des siècles pour rendre le Rhône et la Loire navigables ; c’est en contenant les eaux, en les dirigeant et en nettoyant le fond des fleuves, qu’on leur donne un cours assuré ; dans toutes les terres où il y a peu d’habitants la nature est brute et quelquefois difforme.
Il y a des fleuves qui se perdent dans les sables, d’autres qui semblent se précipiter dans les entrailles de la terre; le Guadalquivir en Espagne, la rivière de Gottemburg en Suède, et le Rhin même, se perdent dans la terre. On assure que dans la partie occidentale de l’île Saint-Domingue il y a une montagne d’une hauteur considérable, au pied de laquelle sont plusieurs cavernes où les rivières et les ruisseaux se précipitent avec tant de bruit, qu’on l’entend de sept ou huit lieues. (Yoyez Varenii Geograph. general. , page 43.)
Au reste, le nombre de ces fleuves qui se perdent dans le sein de la terre est fort petit, et il n’y a pas d’apparence que ces eaux descendent bien bas