‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de CuvierChapitre 74 sur 251 · Mer de K ara · texte numérisé non relu

Mer de K ara

2. Mer Glaciale arctique. La Mer de Kara communique avec la Mer Glaciale arctique. C’est ici surtout que (ainsi que je l’ai annoncé dans ma note de la page 200) les notions géographiques de Buffon deviennent confuses. Tous ces points, obscurs de son temps , ont été éclaircis de nos jours. (Voyez Ritter, Maltebrun, M. Brué, etc. )

3. Sur l’erreur de Buffon touchant la Nouvelle-Zemble , qu’il supposait tenir au continent de la Tartarie , voyez ma note 2 de la page 113.

chemin du détroit glacé de AVaigats, avec l’incertitude de ne pouvoir sortir de cette mer méditerranée.

En suivant donc l’océan tout le long des côtes de la Nouvelle-Zemble et du Jelmorland, on a reconnu ces terres jusqu’à l’embouchure du Chotanga’, qui est environ au 73e degré; après quoi l’on trouve un espace d’environ deux cents lieues, dont les côtes ne sont pas encore connues ; on a su seulement, par le rapport des Moscovites qui ont voyagé par terre dans ces climats, que les terres ne sont point interrompues, et leurs cartes y marquent des fleuves et des peuples qu’ils ont appelés Populi Patati. Cet intervalle de côtes encore inconnues est depuis l’embouchure du Chotanga jusqu’à celle du Kauvoina, au 66e degré de latitude : là l’océan fait un golfe dont le point le plus avancé dans les terres est à l’embouchure du Len2, qui est un fleuve très-considérable; ce golfe est formé par les eaux de l’océan, il est fort ouvert et il appartient à la mer de Tartarie : on l’appelle le golfe Linchidolin, et les Moscovites y pêchent la baleine.

De l’embouchure du fleuve Len on peut suivre les côtes septentrionales de la Tartarie dans un espace de plus de 500 lieues vers l’orient, jusqu’à une grande péninsule ou terre avancée où habitent les peuples Schelates; cette pointe est l’extrémité la plus septentrionale de la Tartarie la plus orientale, et est elle située sous le 72e degré environ de latitude nord • dans cette longueur de plus de 500 lieues, l’océan ne fait aucune irruption dans les terres, aucun golfe, aucun bras, il forme seulement un coude considérable à l’endroit de la naissance de cette péninsule des peuples Schelates, à l’embouchure du fleuve Korvinea ; cette pointe de terre fait aussi l’extrémité orientale de la côte septentrionale du continent de l’ancien monde , dont l’extrémité occidentale est au cap Nord en Laponie, en sorte que l’ancien continent a environ 1 ,700 lieues de côtes septentrionales, en y comprenant les sinuosités des golfes, en comptant depuis le cap Nord de Laponie jusqu’à la pointe de la terre des Schelates, et il y a environ 1,100 lieues en naviguant sous le même parallèle.

Suivons maintenant les côtes orientales de l’ancien continent, en commençant à cette pointe de la terre des peuples Schelates, et en descendant vers l’équateur : l’océan fait d’abord un coude entre la terre des peuples Schelates et celle des peuples Tschutschi 3, qui avance considérablement dans la mer; au midi de cette terre il forme un petit golfe fort ouvert, qu’on appelle le golfe Suctoikret 4, et ensuite un autre plus petit golfe qui avance même comme un bras à 40 ou 50 lieues dans la terre de Kamtsclmtka; après quoi l’océan entre dans les terres par un large détroit rempli de plusieurs petites îles, entre la pointe méridionale de la terre de Kamtschatka et la pointe septentrionale de la terre d’Yeço 5, et il forme une

1. Khatanga. — 2. Léna. — 3. Tchoulit h:s. — 4. Anachjr. — 5. Iesso ou Yeso.

grande mer méditerranée dont il est bon que nous suivions toutes les parties. La première est la mer de Kamtschatka, dans laquelle se trouve une île trèsconsidérable qu’on appelle l’Ile Amour ; cette mer de Kamtschatka pousse un bras dans les terres au nord-est, mais ce petit bras et la mer de Kamtschatka elle-même pourraient bien être, au moins en partie, formés par l’eau des fleuves qui y arrivent, tant des terres de Kamtschatka, que de celles de la Tartarie. Quoi qu’il en soit, cette mer de Kamtschatka communique par un très-large détroit avec la mer de Corée, qui fait la seconde partie de cette mer méditerranée ; et toute cette mer, qui a plus de 600 lieues de longueur, est bornée à l’occident et au nord par les terres de Corée et de Tartarie, à l’orient et au midi par celles de Kamtschatka, d’Yeço et du Japon, sans qu’il y ait d’autre communication avec l’océan que celle du détroit dont nous avons parlé, entre Kamtschatka et Yeço, car on n’est pas assuré si celui que quelques cartes ont marqué entre le Japon et la terre d’Yeço existe réellement, et quand même ce détroit existerait, la mer de Kamtschatka et celle de Corée ne laisseraient pas d’être toujours regardées comme formant ensemble une grande mer méditerranée, séparée de l’océan de tous côtés, et qui ne doit pas être prise pour un golfe, car elle ne communique pas directement avec le grand océan par son détroit méridional qui est entre le Japon et la Corée; la mer de la Chine, à laquelle elle communique par ce détroit, est plutôt encore une mer méditerranée qu’un golfe de l’océan.

Nous avons dit dans le Discours précédent que la mer avait un mouvement constant d’orient en occident *, et que par conséquent la grande mer Pacifique fait des efforts continuels contre les terres orientales : l’inspection attentive du globe confirmera les conséquences que nous avons tirées de cette observation , car si l’on examine le gisement des terres, à commencer de Kamtschatka jusqu’à la Nouvelle-Bretagne 9 , découverte en 1700 par Dampier, et qui est à 4 ou 5 degrés de l’équateur latitude sud , on sera très-porté à croire que l’océan a rongé toutes les terres de ces climats dans une profondeur de quatre ou cinq cents lieues, que par conséquent les bornes orientales de l’ancien continent ont été reculées, et qu’il s’étendait autrefois beaucoup plus vers l’orient; car on remarquera que la Nouvelle-Bretagne et Kamtschatka, qui sont les terres les plus avancées vers l’orient, sont sous le même méridien ; on observera que toutes les terres sont dirigées du nord au midi : Kamtschatka fait une pointe d’environ 160 lieues du nord au midi, et cette pointe, qui du côté de l’orient est baignée par la mer Pacifique, et de l’autre par la mer méditerranée dont nous venons de parler, est partagée dans cette direction du nord au midi

■J . Ce mouvement est surtout sensible sous la zone torride entre les tropiques.

2. Archipel du Grand Océan équinoxial , au Nord de la Nouvelle-Guinée et au Sud de la Nouvelle-Irlande.

par une chaîne de montagnes. Ensuite Yeço et le Japon forment une terre dont la direction est aussi du nord au midi dans une étendue de plus de 400 lieues entre la grande mer et celle de Corée , et les chaînes des montagnes d’Yeço et de cette partie du Japon ne peuvent pas manquer d’être dirigées du nord au midi, puisque ces terres, qui ont quatre cents lieues de longueur dans cette direction, n’en ont pas plus de cinquante, soixante, ou cent de largeur dans l’autre direction de l’est à l’ouest; ainsi Kamtschatka, Yeço et la partie orientale du Japon sont des terres qu’on doit regarder comme contiguës et dirigées du nord au sud; et suivant toujours la même direction l’on trouve, après la pointe du cap Ava au Japon, l’île deBarnevelt et trois autres îles qui sont posées les unes au-dessus des autres exactement dans la direction du nord au sud, et qui occupent en tout un espace d’environ cent lieues : on trouve ensuite dans la même direction trois autres îles appelées les îles des Callanos , qui sont encore toutes trois posées les unes au-dessus des autres dans la même direction du nord au sud; après quoi on trouve les îles des Larrons1 au nombre de quatorze ou quinze, qui sont toutes posées les unes au-dessus des autres dans la même direction du nord au sud , et qui occupent toutes ensemble , y compris les îles des Callanos, un espace de plus de trois cents lieues de longueur dans cette direction du nord au sud, sur une largeur si petite que dans l’endroit où elle est la plus grand», ces îles n’ont pas sept à huit lieues : il me paraît donc que Kamtschatka, Yeço, le Japon oriental, les îles Barnevelt, du Prince, des Callanos et des Larrons, ne sont que la même chaîne de montagnes et les restes de l’ancien pays que l’océan a rongé et couvert peu à peu. Toutes ces contrées ne sont en effet que des montagnes, et ces îles des pointes de montagnes ; les terrains moins élevés ont été submergés par l’océan, et, si ce qui est rapporté dans les Lettres édifiantes est vrai, et qu’en effet on ait découvert une quantité d’îles qu’on a appelées les Nouvelles-Philippines2, et que leur position soit réellement telle qu’elle est donnée parle P. Gobien, on ne pourra guère douter que les îles les plus orientales de ces nouvelles Philippines ne soient une continuation 3 de la chaîne de montagnes qui forme les îles des Larrons ; car ces îles orientales, au nombre de onze, sont toutes placées les unes au-dessus des autres dans la même direction du nord au sud ; elles occupent en longueur un espace de plus de deux cents lieues, et la plus large n’a pas sept ou huit lieues de largeur dans la direction de l’est à l’ouest.

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