‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de CuvierChapitre 75 sur 251 · Iles Mariannes. — 2. Iles Carolines · texte numérisé non relu

Iles Mariannes. — 2. Iles Carolines

3. Cette belle idée de chaînes de montagnes, continuées sous la mer, qui vient de Buache, et qu’agrandit Buffon, tire une nouvelle force du vrai mécanisme, aujourd’hui connu, de la

formation des montagnes. A mesure que l’intérieur du globe se refroidit , il diminue de volume, et sa croûte ou son enveloppe se ride. Ces ridements , ces dislocations, ces ruptures forment les montagnes , lesquelles s’établissent ainsi en cercles ou demi-cercles, par rapport à la surface du

Mais si l’on trouve ces conjectures trop hasardées, et qu’on m’oppose les grands intervalles qui sont entre les îles voisines du cap Ava, du Japon et celles des Callanos, et entre ces îles et celles des Larrons, et encore entre celles des Larrons et les Nouvelles-Philippines, dont en effet le premier est d’environ cent soixante lieues, le second de cinquante ou soixante, et le troisième de près de cent vingt, je répondrai que les chaînes des montagnes s’étendent souvent beaucoup plus loin sous les eaux de la mer, et que ces intervalles sont petits en comparaison de l’étendue de terre que présentent ces montagnes dans cette direction, qui est de plus de onze cents lieues, en les prenant depuis l’intérieur de la presqu’île de Kamtschatka. Enfin si l’on se refuse totalement à cette idée que je viens de proposer au sujet des cinq cents lieues que l’océan doit avoir gagnées sur les côtes orientales du continent, et de cette suite de montagnes que je fais passer par les îles des Larrons, on ne pourra pas s’empêcher de m’accorder au moins que, Kamtschatka, Yeço, le Japon, les îlesBongo, Tanaxima, celles de Lequeogrande, l’île des Rois, celle de Formosa, celle de Yaif, de Bashe, de Babuyanes, la grande île de Luçon, les autres Philippines, Mindanao, Gilolo, etc. ; enfin la Nouvelle-Guinée, qui s’étend jusqu’à la Nouvelle-Bretagne, située sous le même méridien que Kamtschatka, ne fassent une continuité de terre de plus de deux mille deux cents lieues, qui n’est interrompue que par de petits intervalles, dont le plus grand n’a peut-être pas vingt lieues, en sorte que l’océan forme dans l’intérieur des terres du continent oriental un trèsgrand golfe, qui commence à Kamtschatka et finit à la Nouvelle-Bretagne; que ce golfe est semé d’îles, qu’il est figuré comme le serait tout autre enfoncement que les eaux pourraient faire à la longue en agissant continuellement contre des rivages et des côtes, et que par conséquent on peut conjecturer avec quelque vraisemblance que l’océan, par son mouvement constant d’orient en occident 1 , a gagné peu à peu cette étendue sur le continent oriental, et qu’il a de plus formé les mers méditerranées de Kamtschatka, de Corée, de la Chine, et peut-être tout l’archipel des Indes, car la terre et la mer y sont mêlées de façon qu’il paraît évidemment que c’est un pays inondé, duquel on ne voit plus que les éminences et les terres élevées, et dont les terres plus basses sont cachées par les eaux; aussi cette mer n’estelle pas profonde comme les autres ; et les îles innombrables qu’on y trouve ne sont presque toutes que des montagnes.

Si l'on examine maintenant toutes ces mers en particulier, à commencer

globe. (Voyez le remarquable mémoire de M. Élie de Beaumont sur la corrélation des directions des différents systèmes de montagnes. Compte-Rendu des séan. de l’Acad. des Sc., t. XXXI, p. 325.)

1. L’effet envahissant , que Buffon attribue, dans tout ce chapitre, au mouvement constant de l’océan d’orient en occident serait, dans tous les cas, singulièrement exagéré, on peut douter qu’il ait rien de réel.

au détroit de la mer de Corée vers celle de la Chine, où nous en étions demeurés, on trouvera que cette mer de la Chine forme dans sa partie septentrionale un golfe fort profond, qui commence à l’île Fungma, et se termine à la frontière de la province de Pékin, à une distance d'environ quarante-cinq ou cinquante lieues de cette capitale de l’empire chinois ; ce golfe , dans sa partie la plus intérieure et la plus étroite , s’appelle le golfe de Changi : il est très-probable que ce golfe de Changi et une partie de cette mer de la Chine ont été formés par l’océan , qui a inondé tout le plat pays de ce continent, dont il ne reste que les terres les plus élevées, qui sont les îles dont nous avons parlé; dans cette partie méridionale sont les golfes de Tunquin et de Siam , auprès duquel est la presqu’île de Malaie formée par une longue chaîne de montagnes , dont la direction est du nord au sud, et les îles Andamans, qui sont une autre chaîne de montagnes dans la môme direction, et qui ne paraissent être qu’une suite des montagnes de Sumatra.

L’océan fait ensuite un grand golfe qu’on appelle le golfe de Bengale, dans lequel on peut remarquer que les terres de la presqu’île de l’Inde font une courbe concave vers l’orient, à peu près comme le grand golfe du continent oriental, ce qui semble aussi avoir été produit par le même mouvement de l’océan d’orient en occident : c’est dans cette presqu’île que sont les montagnes de Gates, qui ont une direction du nord au sud jusqu’au cap de Comorin, et il semble que l’île de Ceylan en ait été séparée et qu’elle ait fait autrefois partie de ce continent. Les Maldives ne sont qu’une autre chaîne de montagnes, dont la direction est encore la même, c’est-à-dire, du nord au sud; après cela est la mer d’Arabie qui est un très-grand golfe, duquel partent quatre bras qui s’étendent dans les terres, les deux plus grands du côté de l’occident, et les deux plus petits du côté de l’orient; i le premier de ces bras du côté de l’orient est le petit golfe de Cambaie, qui n’a guère que 50 à 60 lieues de profondeur, et qui reçoit deux rivières assez considérables, savoir, le fleuve Tapty et la rivière de Baroche, que Pietro-della-Yalle appelle le Mehi; le second bras vers l’orient est cet endroit fameux par la vitesse et la hauteur des marées, qui y sont plus grandes qu’en aucun lieu du monde, en sorte que ce bras, ou ce petit golfe tout entier, n’est qu’une terre, tantôt couverte par le flux, et tantôt découverte par le reflux, qui s’étend à plus de 50 lieues : il tombe dans cet endroit plusieurs grands fleuves, tels que l’Indus, le Padar, etc., qui ont amené une grande quantité de terre et de limon à leurs embouchures, ce qui a peu à peu élevé le terrain du golfe, dont la pente est si douce, que la marée s’étend à une distance extrêmement grande. Le premier bras du golfe Arabique1 vers l’occident est le golfe Persique, qui a plus de 250 lieues

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