‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de CuvierChapitre 78 sur 251 · Marsigli · texte numérisé non relu

Marsigli

3. BufTon lui-même en citera plus tard un exemple. (Voyez l 'Addition sur le double courant des eaux dans quelques endroits de l’Océan.)

quoi, ce pays est absolument perdu, et l’on n’a trouvé dans le nouveau Groenland aucun indice de tout ce que nous venons de rapporter : les peuples y sont sauvages, il n’y a aucun vestige d’édifice, pas un mot de leur langue qui ressemble à la langue danoise, enfin, rien qui puisse faire juger que c’est le même pays , il est même presque désert et bordé de glaces pendant la plus grande partie de l’année ; mais comme ces terres sont d’une très-vaste étendue, et que les côtes ont été très-peu fréquentées par les navigateurs modernes, ces navigateurs ont pu manquer le lieu où habitent les descendants de ces peuples policés, ou bien il se peut que les glaces étant devenues plus abondantes dans cette mer, elles empêchent aujourd’hui d'aborder en cet endroit : tout ce pays cependant, à en juger par les cartes, a été côtoyé et reconnu en entier1, il forme une grande presqu’île à l’extrémité de laquelle sont les deux détroits de Frobisher et l’île de Frisland, où il fait un froid extrême, quoiqu’ils ne soient qu’à la hauteur des Orcades, c’est-à-dire à 60 degrés.

Entre la côte occidentale du Groenland et celle de la terre de Labrador l’océan fait un golfe, et ensuite une grande mer méditerranée, la plus froide de toutes les mers, et dont les côtes ne sont pas encore bien reconnues; en suivant ce golfe droit au nord on trouve le large détroit de Davis qui conduit à la mer Christiane2, terminée par la mer de Baffin, qui fait un cul-de-sac dont il paraît qu’on ne peut sortir que pour tomber dans un autre cul-desac qui est la baie de Hudson. Le détroit de Cumberland qui peut, aussi bien que celui de Davis, conduire à la mer Christiane, est plus étroit et plus sujet à être glacé ; celui de Hudson, quoique beaucoup plus méridional, est aussi glacé pendant une partie de l’année, et on a remarqué dans ces détroits et dans ces mers méditerranées un mouvement de flux et reflux très-fort, tout au contraire de ce qui arrive dans les mers méditerranées de l’Europe, soit dans la Méditerranée, soit dans la mer Baltique, où il n’y a point de flux et reflux , ce qui ne peut venir que de la différence du mouvement de la mer, qui, se faisant toujours d’orient en occident, occasionne de grandes marées dans les détroits qui sont opposés à cette direction de mouvement, c'est-à-dire dans les détroits dont les ouvertures sont tournées vers l’orient, au lieu que dans ceux de l’Europe, qui présentent leur ouverture à l’occident, il n’y a aucun mouvement : l’océan, par son mouvement général, entre dans les premiers et fuit les derniers, et c’est par cette même raison qu’il y a de violentes marées dans les mers de la Chine, de Corée et de Kamtschatka.

En descendant du détroit de Hudson vers la terre de Labrador, on voit une ouverture étroite, dans laquelle Davis, en 1586, remonta jusqu’à trente

1. Ses bornes au nord sont encore ignorées. Le récit de Buffon sur le vieux Groenland a quelque chose d’exagéré, mais le fond en est vrai. (Voyez Maltebrun, etc.)

2. Mer de Baffin. Ici encore les notions précises manquent à Buffon.

lieues, et fit quelque petit commerce avec les habitants; mais personne, que je sache, n’a depuis tenté la découverte de ce bras de mer, et on ne connaît de la terre voisine que le pays des Eskimaux : le fort Pontchartrain est la seule habitation et la plus septentrionale de tout ce pays, qui n’est séparé de l’île de Terre-Neuve que par le petit détroit de Bellisle, qui n’est pas trop fréquenté ; et comme la côte orientale de Terre-Neuve est dans la même direction que la côte de Labrador, on doit regarder l’île de Terre-Neuve comme une partie du continent, de même que l’île Royale paraît être une partie du continent de l’Acadie 1 ; le grand banc et les autres bancs sur lesquels on pêche la morue ne sont pas des hauts-fonds, comme on pourrait le croire, ils sont à une profondeur considérable sous l’eau , et produisent dans cet endroit des courants très-violents. Entre le cap Breton et Terre-Neuve est un détroit assez large par lequel on entre dans une petite mer méditerranée qu’on appelle le golfe de Saint-Laurent; cette petite mer a un bras qui s’étend assez considérablement dans les terres, et qui semble n’être que l’embouchure du fleuve Saint-Laurent; le mouvement du flux et reflux est extrêmement sensible dans ce bras de mer, et à Québec même, qui est plus avancé dans les terres, les eaux s’élèvent de plusieurs pieds. Au sortir du golfe de Canada, et en suivant la côte de l’Acadie, on trouve un petit golfe qu’on appelle la baie de Boston, qui fait un petit enfoncement carré dans les terres ; mais, avant que de suivre celte côte plus loin, il est bon d’observer que depuis l’île de Terre-Neuve jusqu’aux îles Antilles les plus avancées, comme laBarbade et Antigoa, et même jusqu’à celles de la Guyane, l’océan fait un très-grand golfe qui a plus de 500 lieues d’enfoncement jusqu’à la Floride; ce golfe du nouveau continent est semblable à celui de l’ancien continent dont nous avons parlé, et tout de même que dans le continent oriental l’océan, après avoir fait un golfe entre les terres de Kamtschatka et de la Nouvelle-Bretagne, forme ensuite une vaste mer méditerranée, qui comprend la mer de Kamtschatka, celle de Corée, celle de la Chine, etc., dans le nouveau continent l’océan, après avoir fait un grand golfe entre les terres de Terre-Neuve et celles de la Guyane, forme une trèsgrande mer méditerranée qui s’étend depuis les Antilles jusqu’au Mexique; ce qui confirme ce que nous avons dit au sujet des effets du mouvement de l’océan d’orient en occident, car il semble que l’océan ait gagné tout autant de terrain sur les côtes orientales de l’Amérique, qu’il en a gagné sur les côtes orientales de l’Asie ; et ces deux grands golfes ou enfoncements que l’océan a formés dans ces deux continents sont sous le même degré de latitude, et à peu près de la même étendue, ce qui fait des rapports ou des convenances singulières, et qui paraissent venir de la même cause.

Si l’on examine la position des îles Antilles, à commencer par celle de la

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