Dniester ou Tyras
très-considérable, et c’est à cause de cette grande évaporation qui se fait sur la Méditerranée, que l’eau de l’Océan coule continuellement pour y arriver par le détroit de Gibraltar. Il est assez difficile de juger de la quantité d’eau que reçoit une mer : il faudrait connaître la largeur, la profondeur et la vitesse de tous les fleuves qui y arrivent, savoir de combien ils augmentent et diminuent dans les différentes saisons de l’année ; et quand même tous ces faits seraient acquis, le plus important et le plus difficile reste encore, c’est de savoir combien cette mer perd par l’évaporation ; car en la supposant même proportionnelle aux surfaces, on voit bien que dans un climat chaud elle doit être plus considérable que dans un pays froid ; d’ailleurs l’eau mêlée de sel et de bitume s’évapore plus lentement que l’eau douce, une mer agitée, plus promptement qu’une mer tranquille, la différence de profondeur y fait aussi quelque chose : en sorte qu’il entre tant d’éléments dans cette théorie de l’évaporation, qu’il n’est guère possible de faire sur cela des estimations qui soient exactes.
L’eau de la mer Noire paraît être moins claire, et elle est beaucoup moins salée que celle de l’Océan. On ne trouve aucune île dans toute l’étendue de cette mer ; les tempêtes y sont très-violentes et plus dangereuses que sur l’Océan, parce que toutes les eaux étant contenues dans un bassin qui n'a, pour ainsi dire, aucune issue, elles ont une espèce de mouvement de tourbillon, lorsqu’elles sont agitées, qui bat les vaisseaux de tous les côtés avec une violence insupportable. (Voyez Voyages de Chardin, p. 142.)
Après la mer Noire, le plus grand lac de l’univers est la mer Caspienne, qui s’étend du midi au nord sur une longueur d’environ 300 lieues, et qui n’a guère que 50 lieues de largeur en prenant une mesure moyenne. Ce lac reçoit l’un des plus grands fleuves du mond-e, qui est le Volga, et quelques autres rivières considérables, comme celles de Kur ‘, de Faie, de Gempo ; mais ce qu’il y a de singulier, c’est qu’elle n’en reçoit aucune dans toute cette longueur de 300 lieues du côté de l’orient : le pays qui l’avoisine de ce côté est un désert de sable que personne n’avait reconnu jusqu’à ces derniers temps; le czar Pierre Ier y ayant envoyé des ingénieurs pour lever la carte de la mer Caspienne, il s’est trouvé que cette mer avait une figure tout à fait différente de celle qu’on lui donnait dans les cartes géographiques; on la représentait ronde, elle est fort longue et assez étroite; on ne connaissait donc point du tout les côtes orientables de cette mer, non plus que le pays voisin, on ignorait jusqu’à l’existence du lac Aral, qui en est éloigné vers l’orient d’environ 100 lieues, ou, si on connaissait quelques-unes des côtes de ce lac Aral, on croyait que c’était une partie de la mer Caspienne, en sorte qu’avant les découvertes du Czar il y avait dans ce climat un terrain de plus de 300 lieues de longueur sur 100 et 150 de largeur, qui n’était
Kour ( Cyrus des anciens).
pas encore connu. Le lac Aral est à peu près de figure oblongue, et peut avoir 90 ou 100 lieues dans sa plus grande longueur sur 50 ou 60 de largeur; il reçoit deux fleuves très-considérables qui sont le Sirderoias et l'Oxus, et les eaux de ce lac n’ont aucune issue non plus que celles de la mer Caspienne ; et de même que la mer Caspienne ne reçoit aucun fleuve du côté de l’orient, le lac Aral n’en reçoit aucun du côté de l’occident, ce qui doit faire présumer qu’autrefois ces deux lacs n’en formaient qu’un seul, et que les fleuves ayant diminué peu à peu et ayant amené une très-grande quantité de sable et de limon, tout le pays qui les sépare aura été formé de ces sables. Il y a quelques petites îles dans la mer Caspienne, et ses eaux sont beaucoup moins salées que celles de l’Océan, les tempêtes y sont aussi fort dangereuses, et les grands bâtiments n’y sont pas d’usage pour la navigation, parce qu’elle est peu profonde et semée de bancs et d’écueils au-dessous de la surface de l’eau : voici ce qu’en dit Pietro-della-Valle, tome III, page 235. « Les plus grands vaisseaux que l’on voit sur la mer Caspienne « le long des côtes de la province de Mazande en Perse, où est bâtie la ville « de Ferhabad , quoiqu’ils les appellent navires, me paraissent plus petits « que nos tartanes; Us sont fort hauts de bord, enfoncent peu dans l’eau, « et ont le fond plat; ils donnent aussi cette forme à leurs vaisseaux, non- « seulement à cause que la mer Caspienne n’est pas profonde à la rade et « sur les côtes, mais encore parce qu’elle est remplie de bancs de sablé, et « que les eaux sont basses en plusieurs endroits; tellement que si les vais- « seaux n’étaient fabriqués de cette façon, on ne pourrait pas s’en servir x sur cette mer. Certainement je m’étonnais , et avec quelque fondement, « ce me semble, pourquoi ils ne pêchaient à Ferhabad que des saumons « qui se trouvent à l’embouchure du fleuve, et de certains esturgeons très- « mal conditionnés, de même que de plusieurs autres sortes de poissons qui « se rendent à l’eau douce et qui ne valent rien ; et comme j’en attribuais « la cause à l’insuffisance qu’ils ont en l’art de naviguer et de pêcher, ou « à la crainte qu’ils avaient de se perdre s’ils pêchaient en haute mer, parce « que je sais d’ailleurs que les Persans ne sont pas d’habiles gens sur cet « élément, et qu’ils n’entendent presque pas la navigation , le cham d’Es- « térabad qui fait sa résidence sur le port de mer, et à qui par conséquent ules raisons n’en sont pas inconnues, par l’expérience qu'il en a, m’en «débita une, savoir, que les eaux sont si basses à 20 et 30 milles dans la « mer, qu’il est impossible d’y jeter des filets qui aillent au fond, et d’y « faire aucune pêche qui soit de la conséquence de celle de nos tartanes ; « de sorte que c’est par cette raison qu’ils donnent à leurs vaisseaux la « forme que je vous ai marquée ci-dessus, et qu’ils ne les montent d’aucune « pièce de canon, parce qu’il se trouve fort peu de corsaires et de pirates « qui courent cette mer. »
Struvs, le P. Avril et d’autres voyageurs ont prétendu qu’il y avait dans
le voisinage de Kilan deux gouffres où les eaux de la mer Caspienne étaient englouties, pour se rendre ensuite par des canaux souterrains dans le golfe Persique ; De Fer et d’autres géographes ont même, marqué ces gouffres sur leurs cartes; cependant ces gouffres n’existent pas, les gens envoyés par le Czar s’en sont assurés. (Voyez les Mém. de V Acad, des Sciences, année 1721 .) Le fait des feuilles de saule qu’on voit en quantité sur le golfe Persique, et qu’on prétendait venir de la mer Caspienne, parce qu’il n’y a pas de saule sur le golfe Persique, étant avancé par les mêmes auteurs, est apparemment aussi peu vrai que celui des prétendus gouffres, et Gemelli-Caréri , aussi bien que les Moscovites, assure que ces gouffres sont absolument imaginaires : en effet si l’on compare l’étendue de la mer Caspienne avec celle de la mer Noire, on trouvera que la première est de près d’un tiers plus petite que la seconde, que la mer Noire reçoit beaucoup plus d’eau que la mer Caspienne, que par conséquent l’évaporation suffit dans l’une et dans l’autre pour enlever toute l’eau qui arrive dans ces deux lacs, et qu’il n’est pas nécessaire d’imaginer des gouffres dans la mer Caspienne plutôt que dans la mer Noire.
Il y a des lacs qui sont comme des mares qui ne reçoivent aucune rivière, et desquels il n’en sort aucune; il y en a d’autres qui reçoivent des fleuves, et desquels il sort d’autres fleuves, et enfin d’autres qui seulement reçoivent des fleuves. La mer Caspienne et le lac Aral sont de cette dernière espèce; ils reçoivent les eaux de plusieurs fleuves et les contiennent; la mer Morte reçoit de même le Jourdain, et il n’en sort aucun lleuve. Dans l’Asie-Mineure, il y a un petit lac de la même espèce qui reçoit les eaux d’une rivière dont la source est auprès de Cogni, et qui n’a, comme les précédents, d’autre voie que l’évaporation pour rendre les eaux qu’il reçoit : il y en a un beaucoup plus grand en Perse, sur lequel est située la ville de Marago 1 ; il est de figure ovale et il a environ 10 ou 12 lieues de longueur sur 6 ou 7 de largeur : il reçoit la rivière de Tauris qui n’est pas considérable. Il y a aussi un pareil petit lac en Grèce à 12 ou 15 lieues de Lépante, ce sont là les seuls lacs de cette espèce qu’on connaisse en Asie ; en Europe il n’y en a pas un qui soit un peu considérable. En Afrique il y en a plusieurs, mais qui sont tous assez petits, comme le lac qui reçoit le fleuve Ghir, celui dans lequel tombe le fleuve Zez, celui qui reçoit la rivière de Touguedout, et celui auquel aboutit le fleuve Tafdet. Ces quatre lacs sont assez près les uns des autres, et ils sont situés vers les frontières de Barbarie près des déserts de Zaara2 ; il y en a un autre situé dans la contrée de Kovarqui reçoit la rivière du pays de Berdoa. Dans l’Amérique septentrionale, où il y a plus de lacs qu’en aucun pays du monde, on n’en connaît pas un de cette espèce , à moins qu’on ne veuille regarder comme tels deux